Lug (dieu)


Lug (dieu)
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Illustration de la lance de Lugh par H.R.Millar, publiée dans Celtic Myth and Legend de Charles Squire (1905)

D'origine pré-celtique (probablement ligure)[réf. nécessaire] Lug est une divinité complexe de la mythologie celtique. Issu du couple indo-européen des Dioscures, les Jumeaux divins, une des plus anciennes figures du panthéon indo-européen[1]. Lug Samildanach « aux multiples arts », par son intervention restaure l'ordre et le droit lorsque les autres dieux sont tombés dans l'oppression.

Sommaire

Un dieu panceltique

Lug dans la mythologie celtique gauloise

L'importance de Lugos, *Lugus en Gaule et dans les régions anciennement celtes est attestée par un certain nombre de toponymes dont les plus connus sont Lugdunum (Lyon), Laon en France ou encore Legnica en Pologne actuelle[2].

Jules César, dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules l'identifie au dieu latin Mercure et le présente comme le plus haut dieu gaulois: « Le dieu qu’ils honorent le plus est Mercure : ses statues sont les plus nombreuses, ils le considèrent comme l’inventeur de tous les arts, il est pour eux le dieu qui indique la route à suivre, qui guide le voyageur, il est celui qui est le plus capable de faire gagner de l’argent et de protéger le commerce[3]. » Les historiens des religions, plutôt qu'une assimilation stricto sensu au Mercure romain, voient dans la description de ce Lugus Mercurius l’équivalent du Lug Samildanach mobilisateur des fonctions souveraines et artisanales[4].

Lug dans la mythologie celtique galloise

Lug est appelé Llew Llaw Gyffes (« à la main adroite ») au Pays de Galles. Il apparaît dans la littérature dans les récits des Mabinogion[5]. Llevelys est un *Lugus aux paroles de miel dont le rôle est de conseiller et d'aider son frère Lludd à remettre en ordre son royaume menacé[2].

Lug dans la mythologie celtique irlandaise

En Irlande, il est mentionné notamment dans le Cath Maighe Tuireadh, la « Bataille de Mag Tured » et dans le Táin Bó Cúailnge, la « Rafle des Vaches de Cooley ». De nos jours, Lug est présent dans la fête du 1er août : Lugnasad (Lûnasa en graphie moderne).

Les Tuatha Dé Danann

Selon les sources irlandaises, la société divine est structurée de la même manière que la société humaine, et l'organisation des Tuatha Dé Danann, les Gens de la tribu de Dana hiérarchisée en trois classes fonctionnelles. La société divine[6] est articulée autour du roi représentant la société entière, Lug Samildanach ou Nuada, le roi des dieux, avec la fonction sacerdotale représentée par Dagda, le dieu-druide, la fonction guerrière prise par Ogmios, le dieu de la magie guerrière et du savoir, la fonction artisanale étant prise par Goibniu, le forgeron, Credne, le bronzier, Luchta, le charpentier. Participent aux trois fonctions : Diancecht, le médecin, Oengus ou Mac Oc qui incarne la jeunesse et Brigit, la déesse des poètes, des forgerons et des médecins.

Ce schéma correspond à l'idéologie tripartite des Indo-Européens telle qu’elle a été étudiée par Georges Dumézil. Cependant, Lug est par essence rétif au classement et "bénéficie d'une indépendance fonctionnelle héritée"[7]. Il est au-dessus car il peut assumer toutes les fonctions (il est le dieu-roi). L'un de ses surnoms est Samildanach, le « polytechnicien » en ce sens qu'il maîtrise tous les arts, toutes les sciences.

Genèse et initiation de Lug

Lug est le fils de Cian et Eithne, il est aussi apparenté aux Fomoires par son grand-père maternel Balor, qu'il tue avec son lance-pierre, conformément à une prophétie[8]. Dans le récit de la conception de Lug, on reconnaît la légende héritée du Dioscure survivant, né de l'Aurore qui triomphe de son grand-père Balor, celui-ci s'efforçant d'empêcher le renouvellement du cycle cosmique[9].

Lug n'est pas admis d'emblée chez les dieux. Il lui faut surmonter une initiation pour être incorporé à la société des dieux[10] .

Alors qu'il se présente à la résidence du roi Nuada, à l'occasion d'une fête, le Portier[11] lui refuse l'accès. Lug affirme qu'il peut être utile, on lui répond par la négative ; c'est ainsi qu'il est successivement charpentier, forgeron, échanson, champion, magicien, harpiste, poète et historien. C'est en qualité de joueur d'échecs qu'il est accepté, et dispute une partie avec le roi qu'il bat. Cette partie est purement symbolique puisqu'il s’agit d’une joute intellectuelle à l'issue de laquelle, Lug prend le pouvoir du monde.

On le retrouve combattant avec son fils Cúchulainn, lors de l'invasion de l'Ulster par la reine Medb[12].

Multiples fonctions de Lug

Un autre de ses nombreux surnoms est lamfada « au long bras », comme le dieu indien Savitar, l'impulseur aux grands bras « qui assure à chacun sa place » . Cet épithète confirme l'universalité de ses pouvoirs. Il maîtrise la création, les échanges, la pensée et la beauté, c'est un magicien, un guerrier et un artisan qui peut aussi se montrer vindicatif et obscur[réf. nécessaire].

Il possède[réf. nécessaire] une lance magique, arme mortelle à chaque coup mais qui sert aussi à l'adoubement royal ; elle est inséparable du Chaudron du Dagda rempli de sang, il faut qu'elle y soit plongée pour éviter qu'elle ne détruise tout autour d'elle ; il se sert aussi d’une fronde redoutable. Pour les arts, il a une harpe qui joue de la musique toute seule, mais dont il sait se servir admirablement : elle peut endormir, faire pleurer ou rire[réf. nécessaire].

Dieu magicien, il protège son camp en gesticulant d'un bras, sautant à cloche-pied et en fermant un œil. Georges Dumézil a tenté de faire un parallèle entre Lug et le dieu borgne scandinave Odin ou son corolaire védique Varuna, mais a finalement renoncé à cette comparaison pour le domaine celtique. La posture de Lug est une mimique rituelle, pas une mutilation. Philippe Jouët voit dans la posture « sur un pied, avec un œil et une main » une rite de l'année où Lug, Dioscure guérisseur, mime la mutilation du cycle qui s'achève[13].

Dans le Táin Bó Cúailnge, Lug guérit Cúchulainn en accord avec sa fonction de médecin dioscurique[14].

Comme la Morrigan, il apparaît parfois[réf. nécessaire] sous la forme d’un corbeau.

Lug et le monothéisme

L'omnipotence de Lug a fait dire à certains[réf. nécessaire] que le druidisme était une religion relevant du monothéisme, tous les autres dieux n'étant que ses avatars. Cette thèse est invérifiable. Elle est par ailleurs incompatible avec les travaux de mythologie comparée sur le domaine des dieux indo-Européens, dont les structures des panthéons polythéistes sont relativement similaires[réf. nécessaire].

Notes et références

  1. Philippe Jouët, L’Aurore celtique dans la mythologie, l'épopée et les traditions, Yoran embanner, Fouesnant, 2007, (ISBN 978-2-914855-33-8)
  2. a et b Philippe Jouët, op. cit., p. 35
  3. Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre VI, 17
  4. Philippe Jouët, op. cit., p. 34
  5. 'Les Quatre branches du Mabinogi et autres contes gallois du Moyen-Age traduit du gallois, présenté et annoté par Pierre-Yves Lambert, Éditions Gallimard, collection « Le cul avant tout», Paris, 1993, (ISBN 2-07-073201-0).
  6. Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Druides, page 422
  7. Philippe Jouët, op. cit., p. 84
  8. Venceslas Kruta, Les Celtes, histoire et dictionnaire, page 712.
  9. Philippe Jouët, op. cit., p. 178
  10. Jean Haudry, Juno Moneta. Aux sources de la monnaie, Arché Milano, pp. 82-83, 2002.
  11. Le Portier (en irlandais dorsaide) est un personnage important puisque c’est un druide, dont la mission est, non seulement de recevoir les visiteurs, mais surtout de voir s’ils sont dignes d’être reçus. Guyonvarc’h et Le Roux, Les Druides, page 413.
  12. La Rafle des vaches de Cooley, récit celtique irlandais traduit de l'irlandais, présenté et annoté par Alain Deniel, L’Harmattan, Paris, 1997, (ISBN 2-7384-5250-7)
  13. Philippe Jouët, op. cit., p. 397
  14. Philippe Jouët, op. cit., p. 50

Articles connexes

Bibliographie

Bibliographie de la mythologie celtique

  • Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, Paris, éditions Payot, février 1993, 169 p. (ISBN 2-228-88621-1).
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1957 aux PUF. Paul-Marie Duval distingue la mythologie gauloise celtique du syncrétisme dû à la civilisation gallo-romaine.
     
  • Albert Grenier, Les Gaulois, Paris, Petite bibliothèque Payot, août 1994, 365 p. (ISBN 2-228-88838-9).
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1970. Albert Grenier précise l’origine indo-européenne, décrit leur organisation sociale, leur culture et leur religion en faisant le lien avec les Celtes insulaires.
     
  • Christian-J. Guyonvarc'h, Magie, médecine et divination chez les Celtes, Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1997, (ISBN 2-228-89112-6).
  • Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux :
    • Les Druides, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1986 (ISBN 2-85882-920-9) ;
    • La Civilisation celtique, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990 (ISBN 2-7373-0297-8) ;
    • Les Fêtes celtiques, Rennes, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », avril 1995, 216 p. (ISBN 2-7373-1198-7).
      Ouvrage consacré aux quatre grandes fêtes religieuses : Samain, Imbolc, Beltaine, Lugnasad.
       
  • Philippe Jouët, Aux sources de la mythologie celtique, Yoran embanner, Fouesnant, 2007 (ISBN 978-2-914855-37-0).
  • Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins » , Paris, 2000 (ISBN 2-7028-6261-6).
  • Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, Paris, Marabout, octobre 2009, 470 p. (ISBN 978-2-501-05410-2) .
  • Consulter aussi la Bibliographie sur la mythologie celtique et la Bibliographie sur la civilisation celtique.

Textes mythologiques irlandais


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