Odin


Odin
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Odin
Óðinn, Wōden, Wodan, Wotan
Odin chevauchant Sleipnir, tiré d'un manuscrit islandais datant du XVIIIe.
Odin chevauchant Sleipnir, tiré d'un manuscrit islandais datant du XVIIIe.
Dieu principal de la mythologie nordique, du savoir, de la guerre et de la mort
Nom en vieux norrois Óðinn
Attribut(s) Lance Gungnir, anneau Draupnir,
Compagnon(s) Sleipnir, Hugin et Munin, Geri et Freki
Résidence Valaskjálf
Famille
Père Bor
Mère Bestla
Fratrie Vili et
1re épouse Frigg
Enfant(s) Baldr et Höd
2e épouse Jörd
Enfant(s) Thor
3e épouse Grid
Enfant(s) Vidar
4e épouse Rind
Enfant(s) Vali

Odin (du vieux norrois Óðinn ; Wōden en anglo-saxon ; , Wodan en vieux néerlandais ou Wotan en vieux haut-allemand ou Gaut dans les anciennes langues gothiques) est considéré comme le dieu principal de la mythologie nordique et le chef d'Ásgard. Il est un descendant du dieu proto-germanique Wōdanaz. Son nom fait référence à Ód, et signifie « fureur », aux côtés d' « esprit » et de « poésie », d'où l'allemand Wut (fureur) et le néerlandais woede de même sens. C'est un dieu polymorphe.

Son rôle, comme pour la plupart des dieux nordiques, est complexe, étant donné que ses fonctions sont multiples : il est le dieu du savoir, de la victoire et de la mort. Dans une moindre mesure, il est également considéré comme le patron de la magie, de la poésie, des prophéties, de la guerre et de la chasse. Il est considéré comme étant le principal membre des Ases. Odin partage la fête de Jul, qui est célébrée le 21 décembre, avec le dieu Ull.

Le lieu de résidence d'Odin est le palais de Valaskjálf, situé en Ásgard, où se trouve également son trône, appelé Hlidskjalf, d'où il peut observer les neuf mondes de la cosmologie nordique. Il possède plusieurs objets fabuleux, sa lance Gungnir et son anneau Draupnir, et monte son cheval à huit jambes nommé Sleipnir.

Fils de Bor et de la géante Bestla, il a pour frères Vili et . Son épouse est Frigg ; il a de nombreux enfants, dont les dieux Baldr, Thor et Vidar.

Sommaire

Étymologie

Odin est une évolution de la divinité proto-germanique Wōđinaz ou Wōđanaz, dont le nom a été transformé en « Óðinn » en vieux norrois, puis en « Wōden » en anglo-saxon.

De même que les langues latines reprennent les noms des dieux romains pour les jours de la semaine, les langues germaniques utilisent les noms des dieux germaniques. Comme Odin était assimilé à Mercure (qui a donné son nom au mercredi) par les Romains, le nom du dieu se retrouve dans le nom de ce jour dans plusieurs langues germaniques : Wednesday en anglais, woensdag en néerlandais, onsdag en danois, norvégien et suédois (l'allemand et l'islandais employant en revanche des termes neutres, respectivement Mittwoch et miðvikudagur)[1].

Odin était réputé avoir mille surnoms. Parmi les plus courants, figurent :

  • Alfadir (le père de tout) ;
  • Farmatyr (dieu des cargaisons) ;
  • Bolverk (fauteur de malheur) ;
  • Har (très haut) ;
  • Harbard (barbe grise) ;
  • Jafnhar (également haut) ;
  • Thridi (le troisième) ;
  • Vegtam (familier des chemins) ;
  • Bruno, Brunon, (bouclier, cuirasse).
Article détaillé : Liste des noms d'Odin.

Origines

L'adoration d'Odin date de l'époque du paganisme proto-germanique. Une théorie[réf. nécessaire] est qu'Odin, ou du moins plusieurs de ses caractéristiques importantes, aurait surgi avant le VIe siècle en tant qu'un dieu cheval cauchemardesque nommé Echwaz, plus tard connu en tant que le cheval à huit pattes Sleipnir. Quelques sources disant qu'Odin serait apparu tard dans le panthéon des dieux nordiques se retrouvent dans les sagas où, par exemple, Odin fut jeté en dehors d'Ásgard par les autres dieux ; une légende improbable pour un « père de tous les dieux ». Odin est aussi relié au dieu de la mort. Il est aussi théorisé qu'Odin et Loki ne formeraient qu'un seul dieu avant le début de la période de la mythologie nordique[réf. nécessaire].

L'Odin scandinave (Óðinn) a émergé du proto-norrois Wōdin pendant les Grandes invasions. Le contexte dans lequel les nouvelles élites émergeaient durant cette période correspond avec la légende de Snorri Sturluson, où les Vanes indigènes sont remplacés par les Ases, qui sont des étrangers venus du Continent[2].

Plusieurs parallèles ont été établis entre Odin et le dieu celtique Lug. En effet, les deux sont des dieux intellectuels qui commandent la magie et la poésie. Les deux ont des corbeaux et une lance en tant qu'attributs.

Caractéristiques

Odin le Vagabond réalisé par Georg von Rosen en 1886
Odin sur Sleipnir réalisé par John Bauer en 1901

Odin est représenté comme un homme âgé, barbu et borgne. Il est une divinité polymorphe[3]. Il se déplace sur un cheval à huit jambes nommé Sleipnir et il est armé de sa lance Gungnir. Lorsqu'il est dans son palais, la Valhöll, les deux corbeaux Hugin (la pensée) et Munin (la mémoire) lui racontent à l'oreille ce qu'ils ont vu des neuf mondes. De plus, deux loups, Geri et Freki, restent à ses pieds. Son trône, Hlidskjalf, lui permet de voir tout ce qui existe dans les neuf mondes. Il possédait l'anneau Draupnir, un anneau qui se multipliait par neuf tous les neuf jours ; mais il le posa sur le bûcher funéraire de son fils Baldur qui le donnera à Hermodr plus tard.

Les rôles d'Odin sont complexes[3]. Il est entre autres le dieu des morts ayant fonctions de psychopompe et de nécromancien. D'ailleurs, il accueille la moitié des âmes des guerriers tombés au combat au Valhöll (ou Valhalla); Freyja accueillant la seconde moitié. Ceux-ci combattent entre eux le jour pour se préparer au Ragnarök et sont conviés la nuit au « Banquet d'Odin ». De plus, sous le nom de Handagud, Odin est particulièrement le dieu des pendus. Il est aussi le patron des scaldes, poètes scandinaves, auxquels il a apporté l'élixir de poésie. Il possède aussi des caractéristiques des shamans qui se reflètent dans le mythe de sa monture Sleipnir.

Odin sur son trône, illustration tirée du manuel de mythologie d'Alexander Murray publié en 1865

Sans être directement dieu de la guerre, Odin est néanmoins le dieu de la victoire. Il l'offre à ses protégés par quelque moyen que ce soit, qu'il s'agisse de valeur au combat, de chance ou, plus particulièrement, de ruse et de fourberie. Odin conférait la victoire en inspirant l'intelligence et la stratégie, bien plus qu'en activant l'ardeur des guerriers. C'est donc un dieu sage, courageux et généreux, mais craint, et qui possède des traits sombres et peut se montrer fourbe et sévère. Odin possède de nombreuses hypostases dont certaines n'ont peut-être pas encore été identifiées.

Généalogie

Odin est l'un des trois fils de Bor et de Bestla[4]. Avec ses deux frères, Vili et , il est le premier de la race des Ases[4]. En fait, son ascendance selon le Gylfaginning de l'Edda de Snorri est celle-ci :

 
 
 
 
 
 
Búri
 
 
 
 
 
Bolthorn
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Bor
 
 
 
 
 
Bestla
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Vili
 
 
Odín
 


Il est né dans le fond du Ginnungagap où il fit la guerre aux enfants de Thrudgelmir, le grand-père de tous les géants de glace, pendant plusieurs années sans qu'aucun des deux camps n'ait jamais l'avantage[4]. Bien qu'Odin et ses frères n'étaient que trois dans le camp des Ases, ils étaient extrêmement forts et leurs blessures guérissaient très rapidement tandis que les géants subissaient de nombreuses pertes, mais se reproduisaient constamment[4]. Un jour, Odin et ses deux frères réussirent à tuer le géant originel, Ymir, dont la marée de sang qui s'écoula de ses blessures noya l'armée des géants à l'exception de deux qui survécurent, Bergelmir et son épouse[4].

La descendance d'Odin est difficile à tracer puisqu'elle diverge selon les différentes sources existantes. Cependant, le fait qu'il a au moins pour fils Thor, Váli et Baldr est commun à l'ensemble des poèmes scaldiques. Höd est mentionné en tant que le « fils d'Odin » dans le Skáldskaparmál. De plus, Vidar est aussi mentionné en tant que le fils d'Odin dans le Skáldskaparmál et, dans le Gylfaginning, il est dit qu'il est son enfant tranquille. L'arbre généalogique probable de la descendance d'Odin serait celui-ci :

 
 
 
Jörd
 
 
 
Odín
 
 
 
Frigg
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Meili
 
Thor
 
 
 
Hermód
 
Höd
 
Baldr


 
 
 
Gríðr
 
 
 
Odín
 
 
 
Rind
 
 
 
 
Odín
 
 
 
Gunnlöð
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Vidar
 
 
 
Vali
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Bragi
 

Création du monde

Odin, Vili et Vé créant la Terre à partir du corps d'Ymir, réalisé par Lorenz Frølich

Après avoir tué Ymir, le géant originel, et par le fait même mis fin à la guerre, Odin aidé de ses frères décidèrent de créer l'univers[5]. Ils créèrent le monde avec le cadavre d'Ymir puisque c'est tout ce qu'ils avaient[5]. Le sang d'Ymir avait déjà créé les océans[5]. Avec la chair d'Ymir, ils créèrent Midgard entre Jotunheim et Asgard qui deviendra plus tard le monde des hommes[5]. Jotunheim est le monde des géants de glace au sud fondé par Bergelmir et son épouse lorsque ceux-ci se sauvèrent vivants en bateau de la marée de sang d'Ymir qui tua tous les autres géants[4]. Les trois frères utilisèrent les os d'Ymir afin d'élever certaines parties de sa chair créant ainsi les montagnes et les collines[5]. Les dents d'Ymir furent arrachées et utilisées pour former les falaises du monde[5]. Ses cheveux devinrent la végétation et les restes de son cerveau devinrent les nuages[5]. Finalement, son crâne devînt le ciel ou le paradis au-dessus de tout[5].

Chariot du soleil de Trundholm (Zélande-du-Nord, Danemark) datant de l'âge de bronze au musée national de Danemark

Le monde est créé, mais il manque toujours la lumière. C'est pourquoi, les dieux se rendirent au Muspellheim, le monde de feu, afin de recueillir des étincelles lancées par l'épée de feu Surtr, le gardien du Muspellheim, qu'ils lancèrent dans le ciel pour créer les étoiles[5]. Deux étincelles étaient plus brillantes que les autres et devinrent respectivement le Soleil et la Lune[5]. Les trois dieux façonnèrent deux chariots spécialement conçus afin de tirer ces deux astres dans le ciel[5]. En effet, le chariot du Soleil est équipé de poches de glace derrière les chevaux les empêchant de souffrir de la chaleur du Soleil[6]. De plus, ils ont créé un bouclier, le Svalin, pour que le conducteur puisse se défendre et protéger ses chevaux contre les rayons éternels du Soleil[7]. D'un autre côté, le chariot de la Lune n'avait pas besoin des mêmes précautions étant donné que ses rayons étaient beaucoup moins puissants[7]. Les deux chevaux tirant le chariot du Soleil sont Árvak et Alsvid (« tôt levé » et « très rapide » en vieux norrois) où Árvak était responsable que le Soleil se lève tôt dans la journée et Alsvid qu'il ne reste pas trop longtemps au-dessus de Midgard, car il pourrait brûler le sol[7]. Le cheval du chariot de la Lune est Alsvider (« toujours très rapide » en vieux norrois)[7]. Odin entendit parler de deux enfants issus d'une relation entre un géant et un Ases, Máni et Sól dont le nom signifie respectivement « lune » et « soleil », et il les choisit pour qu'ils deviennent les conducteurs des deux chariots[7]. En conduisant à chaque jour le chariot du Soleil et celui de la Lune au travers du ciel, non seulement les journées furent créées, mais aussi le temps[7].

Création des hommes, des nains et des elfes

Odin et ses frères créant Ask et Embla, publié en 1895 et réalisé par Lorenz Frølich.

Un jour, Odin et ses deux frères, Vili et Vé, marchaient le long de la mer et remarquèrent deux arbres qui étaient tombés sur le sol, un orme et un frêne[7]. Odin donna aux deux arbres l'étincelle de vie, tandis que Vili leur donna l'esprit et un peu de connaissance, et Vé leur donna les cinq sens[7]. Une fois cela terminé, les arbres n'avaient plus du tout l'allure d'arbres, mais plutôt de versions réduites des dieux eux-mêmes : ils sont le premier homme et la première femme, respectivement issu du frêne et de l'orme et nommés Ask et Embla[7]. Odin leur donna le monde de Midgarg[7].

Deux nains, illustration tirée de la Völuspá réalisée par Lorenz Frølich.

Les trois fils de Bor remarquèrent que, pendant qu'ils étaient occupés à créer l'Univers et les Hommes, plusieurs créatures ont émergé de la chair en décomposition d'Ymir[7]. Bien que ces créatures aient été sombres, malodorantes et laides, Odin a senti qu'il fallait leur venir en aide, puisqu'elles avaient la vie[7]. Odin et ses frères examinèrent les créatures et les changèrent en une forme qui était plus appropriée à leur nature[7]. Les créatures qui avaient une nature plus mauvaise et cupide furent transformées en une forme plutôt recourbée et voûtée, mais elles étaient en bonne santé et pourraient survivre où les autres ne le pourraient pas[7]. Ce sont les nains qui ont été bannis au Svartalfheim, le monde souterrain situé sous la surface de Midgard[7]. En raison de leur nature avide, les nains pourront creuser le sol de la Terre afin de découvrir les métaux précieux qu'ils chérissent[8]. Cependant, les nains ne peuvent pas se rendre à la surface de la Terre durant la journée puisque la lumière du Soleil les pétrifierait instantanément sur place[9].

Mentions dans les textes

Adam de Brême

Le Gesta Hammaburgensis ecclesiae pontificum écrit par Adam de Brême vers 1080 est la plus ancienne source écrite sur les pratiques religieuses pré-chrétiennes en Scandinavie. Adam de Brême déclare avoir accès à des sources de première main sur les pratiques du paganisme en Suède. Sa description du Temple d'Uppsala donne plusieurs détails sur Odin. Il décrit un temple entièrement plaqué d'or où les gens vénèrent trois dieux : Thor, le plus puissant, occupe un trône dans le milieu de la pièce et Wotan (Odin) ainsi que Frikko (Freyr) ont chacun leur place de chaque côté[10]. Il est dit que Wotan, le Furieux, s'occupe de la guerre et donne la force aux hommes à se battre contre leurs ennemis[10].

Edda poétique

Odin et la völva réalisé par Lorenz Frølich en 1895

Dans le poème Völuspá de l'Edda poétique, une völva révèle à Odin plusieurs événements du passé et du futur incluant sa propre mort. La völva décrit la naissance d'Odin de son père Bur (ou Bor) et de sa mère Bestla et raconte comment, avec ses frères, il a créé Midgard à partir des océans[11]. Plus loin, elle décrit la création des premiers êtres vivants, Ask et Embla, par Hœnir, Lódur et Odin[11]. Entre autres évènements, la völva mentionne l'implication d'Odin dans la Guerre entre les Ases et les Vanes, l'énucléation d'un œil d'Odin à la Fontaine de Mímir et la mort de son fils Baldr[11]. Elle décrit comment Odin est massacré par le loup Fenrir au Ragnarök ainsi que la vengeance subséquente d'Odin et la mort de Fenrir par son fils Vidar; comment le monde disparut dans les flammes et resurgit des océans à nouveau[11]. Finalement, elle relate comment les survivants des Ases se souviennent des actes d'Odin[11].

Dans le poème Lokasenna, la conversation entre Odin et Loki débute avec Odin qui essaie de défendre Gefjun et se termine par sa femme, Frigg, qui le défend[12]. Dans ce poème, Loki tourne Odin en dérision parce qu'il pratique le Seydr qui est une forme de sorcellerie réservée aux femmes[12]. Une autre occurrence de ce fait est rapportée dans la Saga des Ynglingar de l'Edda de Snorri où ce dernier insinue que les hommes qui pratiquent le Seydr sont des Ergi, des hommes efféminés et lâches.

Yggdrasil réalisé par Lorenz Frølich en 1895

Dans Rúnatal, une section du poème Hávamál, la découverte des runes est attribuée à Odin[13]. Ce dernier a été suspendu à l'Arbre Monde, l'Yggdrasil, pendant qu'il était percé par sa propre lance, Gungnir, durant neuf jours et neuf nuits afin qu'il puisse acquérir la sagesse nécessaire à avoir la puissance dans les neuf mondes ainsi que la connaissance des choses cachées dont les runes[13]. Le nombre « neuf » a une signification importante dans la pratique de la magie dans la mythologie nordique. Un des noms d'Odin est Ygg et le nom de l'Arbre Monde est Yggdrasil qui pourrait se traduire du vieux norrois par le « cheval d'Ygg » (ou le cheval d'Odin). Un autre nom d'Odin est Hangatýr qui signifie le « dieu des pendus ».

Dans le poème Hárbarðsljóð, Odin déguisé comme l'opérateur de traversier Hárbarðr engage son fils Thor qui n'est pas au fait du déguisement dans une longue argumentation[14]. Thor tente de contourner un grand lac et Hárbarðr refuse de le faire traverser[14].

Edda de Snorri

Couverture d'un manuscrit de l'Edda de Snorri illustré par Ólafur Brynjúlfsson en 1760 à la Bibliothèque royale de Copenhague

Dans le prologue de l'Edda de Snorri en prose, Snorri Sturluson essaie de donner une explication rationnelle des Ases. Selon lui, Odin et ses pairs étaient originellement des réfugiés de la ville d'Anatolie de Troie et que Ases serait un dérivé folklorique du mot Asie.

Dans le Gylfaginning, la première partie de l'Edda de Snorri, il est dit qu'Odin, le premier et le plus puissant des Ases, est le fils de Bestla et de Bur et qu'il a pour frères Vili et Vé[15]. Avec ses frères, il a tué le géant de glace Ymir et a créé Midgard à partir de son corps[15]. Avec sa chair, ils ont créé la terre; avec ses os et ses dents brisés, ils ont formé les rochers et les pierres; avec son sang, ils ont créé les lacs et les rivières; avec son cerveau, ils ont formé les nuages et ses sourcils sont devenus une barrière entre Jötunheim, le monde des géants, et Midgard[15]. Son crâne fut envoyé à quatre endroits dans le ciel gardé par quatre nains nommés Est, Ouest, Nord et Sud[15]. Avec les vers qui mangeaient les restes du géant, ils ont créé les nains.

Toujours dans le Gylfaginning, on apprend que, après avoir créé Midgard, Odin et ses frères ont créé l'être humain[15]. Les trois frères sont passés devant un frêne et orme auxquels Odin donna la vie et la respiration, Vili donna le cerveau et les sentiments, puis, Vé donna l'ouïe et la vue[15]. Les deux premiers humains se nommaient Ask et Embla respectivement le premier homme et la première femme[15].

Odin a enfanté de nombreux enfants. Avec sa femme, Frigg, il eut deux enfants : le condamné Baldr et l'aveugle Höd[15]. Avec la personnification de la Terre, Fjörgyn, Odin eut son fils le plus célèbre, Thor[15]. Avec la géante Gríðr, Odin devint le père de Vidar[15]. Avec la géante Rind, il eut Vali (ou Áli)[15]. Il a aussi pour enfant le messager Hermód. De plus, plusieurs familles royales ont affirmé qu'ils sont les descendants d'Odin par d'autres fils.

Odin avec Gunnlöð réalisé par Johannes Gehrts en 1901

Odin a appris le secret du Seydr par une déesse vane et la völva Freyja malgré le caractère non guerrier et efféminé du Seydr et de l'utilisation de la magie[15]. Dans la seconde section du Skáldskaparmál, la quête du savoir d'Odin est vue dans le fait qu'il a travaillé pour un été en tant qu'ouvrier agricole pour Baugi et qu'il a séduit Gunnlöð afin d'obtenir l'Hydromel poétique[16].

Sagas des Islandais

Odin déguisé en vagabond

Dans la Saga des Ynglingar des Sagas des Islandais, il est dit qu'Odin a deux frères, Vili et Vé, qui gouvernent le royaume en son absence[17]. Une fois, Odin était parti pour une très longue distance et période, Vili et Vé ont décidé de se diviser sa propriété, mais ils prirent tous deux sa femme, Frigg[17]. Lorsque Odin est revenu, il reprit sa femme[17]. Il est aussi dit qu'Odin est le second roi mythique de la Suède succédant à Gylfi et précédant Njörd[17]. Plus loin dans la même saga, il est écrit qu'Odin s'aventura à la Fontaine de Mímir près de Jötunheim, le monde des géants, en tant que Vegtam le Vagabond habillé avec un manteau bleu foncé et transportant un bâton de voyageur[17]. Pour pouvoir boire dans la fontaine du savoir, Odin a du sacrifier un de ses yeux pour démontrer sa volonté d'acquérir les connaissances du passé, du présent et du futur[17]. Pendant qu'il s'abreuvait à la fontaine il vit les douleurs et les dérangements qui tomberont sur les hommes et sur les dieux ainsi que les raisons de ceux-ci[17]. Mímir accepta l'œil d'Odin et celui-ci repose au fond de la fontaine en signe que le père des dieux a payé le prix pour recevoir le savoir[17].

Dans la Saga de Njáll le Brûlé des mêmes sagas islandaises, Hjalti Skeggiason un islandais récemment converti au christianisme souhaitait exprimer son mépris pour les dieux natifs. C'est pourquoi il a écrit une chanson blasphématoire à l'endroit notamment d'Odin et de Freyja[18]. Il a été trouvé coupable de blasphème et s'exila en Norvège avec son beau-père, Gizur the White. Plus tard, avec l'aide d'Olaf Tryggvason, Hjalti et Gizur revinrent en Islande pour convaincre les gens rassemblés à l'Althing de se convertir au christianisme; ce qui se produisit en 999[19],[20].

Par la suite, dans la Saga du roi Olaf Tryggvason écrite vers 1300, il est décrit que les nouveaux convertis au christianisme doivent insulter les divinités païennes tel qu'Odin afin de prouver leur foi et leur piété. D'ailleurs, Hallfreðr vandræðaskáld qui fut converti au christianisme à contrecœur par Olaf dut écrire un poème d'abandon des divinités païennes; ce poème traita d'Odin[21].

Témoignages archéologiques

L'importance du dieu Odin chez les germains se reflète dans ses représentations nombreuses en gravures, ou sur des pierres runiques, bractéates ou en statuette. Les représentations les plus célèbres proviennent des pierres runiques vikings, où l'on reconnaît parfois un homme chevauchant un cheval à huit jambes, sans doute Odin chevauchant Sleipnir, comme sur la pierre d'Ardre VIII et la pierre de Tjängvide. On connaît également deux représentations d'Odin se faisant engloutir par le loup Fenrir au Ragnarök ; la croix de Thorwald et la pierre runique de Ledberg, toutes deux découvertes dans les îles Britanniques qui furent fortement colonisées par les vikings. Les statuettes sont rares. Plusieurs bractéates différentes semblent représenter de manière similaire le visage d'Odin et son cheval Sleipnir.

Théories et interprétations

Œil et source

Le sacrifice d'Odin est ainsi raconté par la Gylfaginning (15):

Sous la racine dirigée vers les géants du givre se trouve Mimisbrunn, qui recèle la sagesse et l'intelligence. Celui qui possède cette source s'appelle Mimir : il est très savant, car il y boit à l'aide de la corne appelée Giallarhorn. Alfadr vint à la source et demanda à en boire une gorgée, mais il ne l'obtint pas avant d'avoir mis en gage l'un de ses yeux[22].

Si ce motif ne connaît pas d'autres manifestations germaniques ou scandinaves, il apparaît à de nombreuses reprises dans les mythes irlandais, et ce la plupart du temps accompagné de l'apparition d'une source d'eau[23].

Notamment, dans l'hagiographie de la sainte Brigitte d'Irlande, celle-ci refuse de se marier, ce qui irrite ses frères qui ne veulent pas renoncer à la dot qu'elle est susceptible de rapporter. Ils lui affirment donc que ses yeux, si beaux, ne sauraient rester célibataires. Elle se crève alors brusquement l'œil, afin que personne ne veuille l'épouser. Comme ses frères ne trouvent pas d'eau pour laver la blessure, elle fait jaillir une fontaine du sol[23]. Dans le Talland Etair, texte irlandais datant probablement du XIe siècle, le druide Aithirne Ailgesach exige du roi borgne Eochaid Mac Luchta, du Connaught, qu’il lui remette son seul œil valide, ce que celui-ci accepte. Alors que le roi lui demande ensuite de l'amener à une source, le druite fait couler trois flux d'eau sur son visage[24]. Enfin, le motif apparaît également dans le dindshenchas, il a aussi été rajouté dans certains poèmes ayant Sid Nechtain pour héros ou encore dans le Leabhar Breac[24].

Dans la plupart des occurrences, donc, la mutilation de l'œil est suivie directement ou non du jaillissement du sol d'un flux d'eau. Cela s'explique peut être parce l'œil est associé à l'eau, en effet, des larmes peuvent en couler, et ses reflets rappellent l'élément aquatique. Pour ces raisons il est possible que dans une version plus ancienne du sacrifice d'Odin, ce soit le don de l'œil qui entraîne l'apparition des eaux de la connaissance[25].

Dans la culture populaire

Opéra et musique

En opéra, c'est un personnage central, sous la graphie « Wotan », de la tétralogie L'Anneau du Nibelung de Richard Wagner : il apparaît dans L'Or du Rhin, La Walkyrie et – sous le nom « Le Voyageur » – dans Siegfried. Il apparaît également dans le semi-opéra Le roi Arthur de Henry Purcell sous le nom de Woden. C'est d'ailleurs le premier mot du livret.

Le dieu Odin est fréquemment référencé dans les paroles de musiques, tout particulièrement dans les genres issus du Heavy Metal qui empruntent régulièrement à la mythologie, surtout les groupes scandinaves et anglo-saxons ; on pense entre autres à Manowar, Bathory, Falkenbach et Amon Amarth. Il est naturellement très présent dans les paroles de groupes de Viking metal et de Pagan metal.

Littérature et bande dessinée

En littérature, c'est un personnage principal du roman American Gods de Neil Gaiman où il est décrit avec ses caractéristiques propres, et où certaines de ses aventures mythiques sont rappelées au fil de la lecture.

Odin est un personnage de Marvel Comics inspiré du dieu, le père du super-héros Thor.

Cinéma et télévision

Dans le film Le Fils du Mask (2005), le dieu Odin est interprété par Bob Hoskins.

Dans l'adaptation cinématographique du Marvel Comics, Thor (2011), Odin est interprété par Anthony Hopkins.

Jeux vidéo

Dans le jeu vidéo de stratégie Age of Mythology (2002), Odin est l'un des trois dieux scandinaves avec Thor et Loki. L'arc d'Odin est le meilleur arc disponible dans Dragon Quest : L'Odyssée du roi maudit (2004). Odin apparaît également dans le jeu Too Human (2008) représenté par l'un de ses deux corbeaux. L'Odin est une unité mécanique très puissante dans la campagne solo de StarCraft II (2010), qui s'apparente au Thor dont il est le prototype.

Odin est également une invocation récurrente de la saga Final Fantasy, et dans Pokémon son nom a servi à créer le nom d'Artikodin.

Néopaganisme

Odin est naturellement l'un des principaux dieux révérés dans les mouvements néo-païens nordiques actuels. On parle de la religion Ásatrú ou d'Odinisme.

Le parti d'extrême-droite allemand NPD a produit des T-shirts portant le slogan « Odin statt Jesus » (allemand pour Odin au lieu de Jésus), en référence aux mouvements néo-païens ou odinistes actuels. Ces T-shirts ont eu un succès relatif dans la mouvance d'extrême-droite mais également chez les néo-païens d'autres opinions politiques[réf. nécessaire].

Notes et références

  1. Wotan/Odin, page consultée le 21 décembre 2009.
  2. Post festum. Solid gold in the Vendel Period par Martin Rundkvist en avril 2003, page consultée le 6 juillet 2008.
  3. a et b Régis Boyer Les Vikings, 800-1050 Hachette Littératures (2003)
  4. a, b, c, d, e et f Norse Gods And Heroes, p. 19
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Norse Gods And Heroes, p. 21
  6. Norse Gods And Heroes, pp. 21-22
  7. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Norse Gods And Heroes, p. 22
  8. Norse Gods And Heroes, p. 22-23.
  9. Norse Gods And Heroes, p. 23.
  10. a et b (en) Gesta Hammaburgensis 26, Tschan's translation
  11. a, b, c, d et e (en) Völuspá sur Wikisource, page consultée le 20 décembre 2009
  12. a et b (en) Lokasenna sur Wikisource, page consultée le 20 décembre 2009
  13. a et b (en) Hávamál sur Wikisource, page consultée le 20 décembre 2009
  14. a et b (en) Hárbarðsljóð sur Wikisource, page consultée le 20 décembre 2009
  15. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l (en) Gylfaginning sur Wikisource, page consultée le 20 décembre 2009
  16. (en) Skáldskaparmál sur Wikisource, page consultée le 20 décembre 2009
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  25. (en) John Carey, "Irish Parallels to the Myth of Odin's Eye", in Folklore, Vol. 94, No. 2, 1983, pp. 216-217.

Annexes

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Bibliographie

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