Académie de Platon
L'Académie de Platon (mosaïque romaine trouvée à Pompéi).

L’Académie est l'école philosophique fondée dans Athènes par Platon vers 388 av. J.-C. Elle dure jusqu'en 86 av. J.-C.

L'Académie tire son nom du domaine dans lequel elle est située, fait de jardins et de portiques et qui se trouve près du tombeau du héros Académos.

Platon et Aristote ont enseigné dans cette école.

Tous les usages modernes du terme académie ont pour origine le nom de l'institution platonicienne.

Sommaire

Description

Plan de l'Athènes antique. L'Académie se situe au nord de la ville.

Platon a acquis le terrain de l'Académie, situé dans les faubourgs d'Athènes pour y faire construire une école, mais aussi un lieu de vie en commun régi par de strictes règles éthiques.

L'Académie ne désigne d'abord pas une école mais un lieu qui se situe à un kilomètre et demi environ au nord-ouest d'Athènes en passant par la porte de Dipylon, le long d'une avenue comportant également des mausolées dédiés aux héros militaires défunts[1].

La propriété de Platon est entourée d'une enceinte et contient un grand jardin, un sanctuaire d'Athéna, plusieurs autels, un gymnase, des salles de cours ainsi que des habitations et une importante bibliothèque. Platon a fait ériger une statue d'Apollon, le maître des Muses.

Les activités consistent en des recherches et de l'enseignement ainsi qu'en des exercices de gymnastique et des activités culturelles. Des étrangers sont souvent invités pour partager leur savoir.

L'enseignement n'y est pas payant à la différence de celui des Sophistes. Les étudiants doivent néanmoins subvenir à leurs besoins. Ils sont donc pour la plupart issus de familles aisées. Ou, s'ils sont pauvres, ils doivent travailler ailleurs la nuit ou enseigner eux-mêmes[1].

Les élèves de l'Académie sont essentiellement des hommes et l'éducation prend la forme de la pédérastie (la formation de jeunes gens par des maîtres plus âgés) qui implique des relations plus ou moins intimes. Néanmoins, Diogène Laerce note la présence de deux femmes à l'Académie.

Certains ont pu considérer Platon comme le fondateur des universités modernes quoique le savoir enseigné n'était certainement pas systématique. L'Académie possède, en outre, un autel consacré aux Muses dans le jardin, et d'autres ont parlé de confrérie religieuse.

L'Académie a pris pour modèle les communautés pythagoriciennes fondées sur le principe d'une communion de vie et de savoir.

Enseignement de Platon

Platon a enseigné pendant quarante ans à l'Académie. Son enseignement se faisait soit au gymnase (pour les débutants) soit dans sa maison située dans le jardin (où il reçoit les initiés)[1]. Mais nous sommes aujourd'hui dans l'ignorance aussi bien de l'organisation interne de l'école que du rapport de Platon aux membres de l'Académie[2].

On a fait l'hypothèse d'un enseignement ésotérique perdu, dont les dialogues conservés seraient la protreptique, car Aristote, qui a été longtemps son élève, parle d'« opinions non écrites » (ἄγραφα δόγματα) de Platon. Mais il n'est pas certain que le fondateur de l'Académie ait donné des cours sous la forme d'un enseignement suivi ou régulier, ni même qu'il ait enseigné la théorie des idées.

La seule des leçons à laquelle renvoient les disciples est la leçon « sur le Bien » (Περὶ τἀγαθοῦ) auxquels se sont rendus de nombreux auditeurs, d'après Aristoxène. Tous ont été déçus, car Platon ne parlait pas des biens humains (la richesse, la santé, etc.) mais de mathématique, de nombre et de géométrie.

L'Académie de Platon est avant tout une organisation institutionnelle qui rassemble un certain nombre de personnes en vue du savoir. On a raillé ces chercheurs pour étudier et classifier des plantes. Philodème dit que Platon formulait des problèmes mathématiques, que d'autres résolvaient, ce qui n'implique pas que le maître donnait lui-même des leçons. La géométrie était en tous les cas une préoccupation fondamentale de l'Académie.

Historique des Académies après Platon

L'École d'Athènes (fresque de Raphaël, Palais du Vatican, v. 1509-1510).

On compte, chronologiquement, trois Académies, au sens d'écoles de philosophie platonicienne :

La Ire Académie ou Ancienne Académie (dogmatique)

La Ire Académie ou Ancienne Académie (Academia vetus) est d'orientation pythagorisante. Ce sont les disciples immédiats, ceux qui ont connu directement Platon, à savoir :

Il ne nous reste des ouvrages de ces philosophes que de rares fragments. Speusippe ramène les Idées aux nombres, et Xénocrate découvre dans les nombres l'essence des choses[3]. Certaines directions du néopythagorisme étaient en liaison avec l'Ancienne Académie[4]. L'Académie est considérée comme non dogmatique, puisqu'elle accepte Speusippe qui nie les Idées et Eudoxe qui est hédoniste. Elle accueille également deux femmes : Lasthénie de Mantinée et Axiothée de Phlionte, d'abord déguisées en homme.

La IIe Académie ou Moyenne Académie (sceptique)

Article détaillé : Scepticisme.

La IIe Académie ou Moyenne Académie (Academia media) est d'orientation sceptique.

  • Elle est fondée en 264 av. J.-C.[5] par Arcésilas de Pitane, cinquième scolarque, qui donne à l'Académie une figure nouvelle : "sceptique". Il prétendait que l'on ne peut rien savoir : on n'a que des opinions, aucune certitude. Il a introduit, plutôt que Pyrrhon, le concept de suspension du jugement, épochè, pour demeurer sans opinion et n'accepter, dans l'action, que le raisonnable (eulogon). Cependant, il considérait qu'il poursuivait la démarche de Socrate et de Platon, en usant (sans rien écrire) du dialogue et de discussions pro et contra.

Cicéron (Academica, I, XII, 46) ne distingue que deux Académies : celle de Platon et celle d'Arcésilas de Pitane, l'Ancienne et la Nouvelle. Selon lui, l'Ancienne Académie n'ajouta rien à l'enseignement de Platon, et se borna à exposer sa philosophie suivant une division en trois parties indiquée par le maître.

La IIIe Académie ou Nouvelle Académie ("probabiliste")

Article détaillé : Nouvelle Académie.

La IIIe Académie ou Nouvelle Académie (Academia nova), dominée par Carnéade, est d'orientation probabiliste. Sans tomber dans un scepticisme absolu, elle enseignait que l'on ne peut atteindre que le probable (pithanon), au sens de convaincant, probatoire : les représentations vraies sont indiscernables des représentations fausses, dans la pratique il faut user du probable et du vraisemblable, mais l'entendement conquiert sa faculté de douter (Cicéron, Academica, II, 104). Cicéron appartient à cette école (Academica, II, 69 et 73), même s'il a rencontré Philon de Larissa à Rome en 88 av. J.-C., et suivi les cours d'Antiochus d'Ascalon à Athènes en 79 av. J.-C.

Elle eut comme scholarques :

Au moment où la Nouvelle Académie se constitue, l'épicurisme et le stoïcisme sont déjà bien installés et s'imposent comme philosophies dominantes dans le monde hellénistique.

La IVe Académie ("faillibiliste")

Quelques historiens, depuis Sextus Empiricus (Esquisses pyrrhoniennes, I, 220), admettent une IVe et même une Ve Académie, dont les chefs se rapprochèrent de la véritable doctrine de Platon, et tâchèrent de la concilier avec le stoïcisme.

"Il y a, à ce que disent bon nombre de gens, trois Académies : l'une, la plus ancienne, celle des partisans de Platon, la deuxième, la moyenne, celle des partisans d'Arcésilas, l'élève de Polémon, la troisième, la nouvelle, celle des partisans de Carnéade et Clitomaque. Certains en ajoutent une quatrième : celle des partisans de Philon [de Larissa] et de Charmidas. D'autres en ajoutent même une cinquième : celle des partisans d'Antiochus [d'Ascalon]" (Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, I, 220).

La IVe Académie, d'orientation faillibiliste[6], avec Philon de Larissa, douzième scolarque en 110 av. J.-C. : l'homme ne peut savoir ce qu'il sait ou croit, "rien n'est compréhensible (katalêpton)" (Cicéron, Academica, II, 18). Par "dogmatisme négatif", Philon de Larissa affirme que les choses sont insaisissables (alors que les sceptiques suspendent leur jugement même sur ce dogme) : il reconnaît l'existence de la vérité mais il nie son accessibilité. Pourtant, il pense poursuivre Platon (Cicéron, Academica, I, 13).

La Ve Académie (syncrétique)

La Ve Académie ou moyen-platonisme, d'orientation syncrétique, avec Antiochos d'Ascalon, treizième et dernier scolarque en 89 av. J.-C. Antiochos d'Ascalon, qui appartenait à la Nouvelle Académie, fonda, en réalité "un mouvement dissident", l'Académie Ancienne, qui prétendait revenir à "un platonisme authentique"[7].Syncrétique, il croit que "les stoïciens sont d'accord avec les péripatéticiens sur les choses, mais différent dans les mots" (Cicéron, Academica, I, 16).

L'Académie originelle cessa en 86 av. J.-C., quand le général romain Sylla s'empara d'Athènes[8]. Des bâtiments sont détruits, les écoles philosophiques fermées. Athènes devient romaine. Les membres de l'Académie se dispersent. Ainsi, Philon de Larisse part, en 88 av. J.-C., se réfugier à Rome, où il enseigne à Cicéron.

L'école néoplatonicienne d'Athènes

Il ne faut pas confondre l'Académie de Platon et l'école néoplatonicienne d'Athènes.

En 176, une école néoplatonicienne naît quand l'empereur romain Marc Aurèle, stoïcien, fait ouvrir à Athènes quatre chaires de philosophie, rétribuées sur les fonds impériaux : une pour le platonisme, une pour l'aristotélisme, une pour le stoïcisme, une enfin pour l'épicurisme ; c'est Atticus qui enseigne le platonisme. Cependant, la philosophie ne consiste plus dans l'art de dialoguer, mais dans l'art de commenter. Cette nouvelle institution durera jusqu'en 529, de façon plus ou moins directe.

C'est entre 400 à 529 que se développa véritablement une école néoplatonicienne d'Athènes. Il y a donc 450 ans de "sommeil" entre l'Académie à Athènes et l'école d'Athènes. Pierre Hadot dit que "l'école d'Athènes parviendra à se greffer sur la souche de l'antique Académie de Platon au début du Ve siècle"[9].

Postérité de l'Académie

La plupart des académies modernes, comme l'Académie française, se réfèrent au modèle de l'académie platonicienne, ou plus exactement à la fondation par Cosme de Médicis à Florence en 1450 d'une Academia Platonica inspirée par ce modèle. Marsile Ficin et d'autres érudits font redécouvrir au monde occidental la pensée de Platon et le néoplatonisme. De nombreuses académies voient ensuite le jour, au XVIe puis au XVIIe siècle, en Italie, en France, en Allemagne et en Irlande[10].

Raphaël peint entre 1509 et 1511 sa fresque de L'école d'Athènes qui représente l'Académie de Platon et plusieurs de ses membres.

Bibliographie

Sources

  • Cicéron, Secondes Académiques (45 av. J.-C.), trad., Paris: Les Belles Lettres, 1970.
  • Diogène Laerce, Vies et doctrines des philosophes illustres (vers 200), Livre III (Platon), Livre IV (l'Académie) et Livre V (le Lycée)

Études

  • Harold F. Cherniss, L'énigme de l'ancienne Académie (1945), trad. Laurent Boulakia, Paris: Vrin, 1993.
  • Philip Merlan, From Platonism to Neoplatonism, La Haye, Nijhoff, 1953, 2e éd. revue 1960.
  • Harold Tarrant, Scepticism or Platonism ? The Philosophy of the Fourth Academy, Cambridge: Cambridge University Press, 1985.
  • Matthias Baltes, Plato's School, The Acadamy, Hermathena, no 155, 1993, p. 5-26. Repris dans : Dianoemata: Kleine Schriften zu Platon und zum Platonismus, B. G. Teubner, 1999.
  • Jean-François Pradeau, Platon, Paris: Ellipses, 1999.

Notes et références

  1. a, b et c Baltes, 1993
  2. Luc Brisson, Platon, 1990-1995: Bibliographie, Vrin, 1999, p. 375
  3. "À la différence de Speusippe qui remplaça les Idées par les Nombres mathématiques, Xénocrate les assimila aux Nombres" (Marie-Dominique Richard, d'après Aristote, Métaphysique, N, 3, 1090b28-32).
  4. R. Heinze, Xenocrates, Leipzig, 1892, p. 38.
  5. W. Görler, "Jüngere Akademie. Antiochos aus Askalon", in H. Flashar, Grundriss der Geschichte der Philosophie, band IV : Die hellenistische Philosophie, Basel, 1994, p. 791.
  6. B. Inwwod et J. Mansfeld, "Assent and Argument", Philosophia Antiqua, LXXVI, 1997, p. 257.
  7. Long et Sedley, Les philosophies hellénistiques, Garnier-Flammarion, t. III, p. 217.
  8. J. P. Lynch, Aristotle's School. A Study of Greek Educational Institution, University of California Pres, 1972, p. 154-207.
  9. Dictionnaire des philosophes, Encyclopaedia Universalis/Albin Michel, 1998, p. 124.
  10. Baltes, 1999, p. 249

Voir aussi

Liens internes

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