50-29-3

Dichlorodiphényltrichloroéthane

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DDT
représentation 3D
représentation 3D
Général
Nom IUPAC 4,4'-(2,2,2-trichloroethane-
1,1-diyl)bis(chlorobenzene)
Synonymes DDT
No CAS 50-29-3
No EINECS 200-024-3
Apparence cristaux incolores ou poudre blanche. le produit technique est un solide cireux.[1]
Propriétés chimiques
Formule brute C14H9Cl5  [Isomères]
Masse molaire 354,486 gmol-1
C 47,43 %, H 2,56 %, Cl 50,01 %,
Propriétés physiques
T° fusion 109 °C[1]
T° ébullition 260 °C[1]
Solubilité dans l'eau : faible[1]
Masse volumique 1.6 g/cm³[1]
Précautions
Directive 67/548/EEC
Toxique
T
Dangereux pour l`environnement
N
Phrases R : 25, 40, 48/25, 50/53,
Phrases S : 1/2, 22, 36/37, 45, 60, 61, [2]
Transport
-
   2761   
SGH[3]
SGH06 : ToxiqueSGH08 : Sensibilisant, mutagène, cancérogène, reprotoxiqueSGH09 : Danger pour le milieu aquatique
Danger
H301, H351, H372, H410,
Écotoxicologie
LogP 6.36[1]
Unités du SI & CNTP, sauf indication contraire.
Structure chimique du DDT

Le dichlorodiphényltrichloroéthane, couramment appelé DDT est un pesticide moderne. À température et pression normale, il s'agit d'un solide incolore extrêmement hydrophobe avec une légère odeur. Il est insoluble dans l'eau mais se dissout facilement dans la plupart des solvants organiques, des matières grasses et des huiles. Le nom complet du DDT dans la nomenclature est le bis p-chlorophényl-2,2 trichloro-1,1,1 éthane ou encore le 1,1,1-trichloro-2,2-bis(p-chlorophényl)éthane.

Le DDT était le premier insecticide moderne, développé au début de la Seconde Guerre mondiale. Il fut utilisé avec beaucoup de succès aussi bien militairement que civilement dans la lutte contre les moustiques transmettant le paludisme, le typhus, ainsi que d'autres insectes vecteurs de maladies, et également comme insecticide agricole. En 1948, le chimiste suisse Paul Hermann Müller, qui pourtant n'est pas l'inventeur du DDT[4], reçut le prix Nobel de médecine « pour sa découverte de la grande efficacité du DDT en tant que poison contre divers arthropodes[5]. »

En 1962, la biologiste américaine Rachel Carson publia le livre Printemps silencieux (Silent Spring) accusant le DDT d'être cancérigène et d'empêcher la reproduction des oiseaux en amincissant la coquille de leurs œufs[6]. Ce livre créa un véritable tollé qui mena dans les années 1970 à l'interdiction de l'utilisation du DDT dans de nombreux pays et au début de mouvements écologiques. De nos jours, son utilisation pour combattre des vecteurs de maladie est encore sujet à controverse.

Sommaire

Propriétés

  • Le DDT est une substance cristalline incolore, presque insoluble dans l'eau mais très soluble dans les matières grasses et la plupart des solvants organiques.
Synthèse du DDT en partant de chloral et de chlorobenzène
  • Le DDT est synthétisé par réaction du 2,2,2-trichloroéthanol (Cl3C-CH2OH) avec du chlorobenzène (C6H5Cl).On forme alors un mélange de deux isomères de position de formule : C6H4Cl-CHOH-CCl3. En présence d'un excès de dichlorobenzène, une deuxième substitution électrophile aromatique (SEAr) permet de conduire à un mélange dont un des produits formés est le DDT. Il est également possible de le synthétiser en faisant réagir du chlorobenzène et du chloral (CCl3CH=O) en milieu acide et à chaud.
  • Le DDT est également vendu sous les noms de marque : Anofex, Cesarex, Chlorophenothane, Dedelo, p,p-DDT, Dichlorodiphenyltrichloroethane, Dinocide, Didimac, Digmar, ENT 1506, Genitox, Guesapon, Guesarol, Gexarex, Gyron, Hildit, Ixodex, Kopsol, Neocid, OMS 16, Micro DDT 75, Pentachlorin, Rukseam, R50 et Zerdane.
  • Outre l'isomère p,p dont traite cet article, on connaît également un isomère o,p où l'un des atomes de chlore est déplacé autour du cycle benzénique en position ortho. Lorsque le contexte rend nécessaire de faire la distinction entre les deux composés, ils sont parfois notés ppDDT et opDDT.
  • Le DDT est un puissant insecticide : il tue en ouvrant les canaux sodiques des neurones des insectes, ce qui les détruit instantanément, conduisant à des spasmes, puis à la mort. Certaines mutations génétiques agissant sur les canaux sodiques peuvent rendre certains insectes résistant au DDT et à d'autres insecticides fonctionnant sur le même principe.
  • SMILES (Simplified Molecular Input Line Entry Specification) : ClC(Cl)(Cl)C(C1=CC=C(Cl) C=C1)C2=CC=C(Cl)C=C2

Histoire

Le DDT est synthétisé la première fois par Othmar Zeidler en 1874, mais ses propriétés d'insecticide ne sont découvertes qu'en 1939 par Paul Hermann Müller qui reçoit à cet effet le prix Nobel de médecine en 1948[5]. Le DDT est alors abondamment utilisé lors de la Seconde Guerre mondiale par les militaires pour contrôler les insectes porteurs du paludisme et du typhus, parvenant à pratiquement éliminer ce dernier. Les civils en répandent sur les murs avec un spray pour tuer les moustiques qui viennent s'y poser, permettant de chasser des souches jusqu'alors résistantes. Des villes entières en Italie sont aspergées du produit pour tuer les poux porteurs de typhus. Après 1945, il est abondamment utilisé par l'agriculture, et en Grande-Bretagne pour tuer les midges (Culicoides impunctatus : moucherons piqueurs répandus en Écosse).

Le DDT a contribué à l'éradication complète du paludisme en Europe et en Amérique du Nord, bien que des mesures d'hygiène prises au début du XXe siècle et l'augmentation du niveau de vie aient déjà permis une quasi-disparition dans les pays développés. Le paludisme connaît en effet un déclin en Europe et aux États-Unis dès la fin du XIXe siècle en raison des assèchements de marais et de la suppression des bassins de réserve. Mais au Brésil et en Égypte, ce sont principalement les abondantes pulvérisations de DDT qui sont responsables de l'éradication du paludisme[7].

En 1955, l'OMS débute un programme mondial d'éradication du paludisme reposant principalement sur l'utilisation du DDT. Bien que le programme ait été un succès (le taux de mortalité lié au paludisme est tombé de 192 pour 100 000 à 7 pour 100 000)[réf. nécessaire], entre-temps des résistances sont apparues chez certains insectes. En outre, le DDT se montre moins efficace dans les régions tropicales à cause du cycle de vie continu des moustiques et des mauvaises infrastructures. Le programme n'est pas du tout suivi en Afrique subdésertique pour ces raisons, avec pour conséquence une faible diminution du taux de mortalité et le fait que ces régions restent actuellement les plus soumises au paludisme, surtout depuis l'apparition de souches résistantes aux médicaments et la propagation du Plasmodium falciparum[7].

Des doutes apparaissent sur l'effet du DDT sur l'environnement à travers des observations personnelles constatant une diminution du nombre d'oiseaux, confirmées ensuite par des études scientifiques. En 1957, le New York Times relate les efforts infructueux d'un mouvement contre le DDT dans le comté de Nassau dans l'état de New-York. Ceci constitue alors le premier mouvement attesté opposé à ce produit. L'éditeur William Shawn pousse la biologiste et auteur populaire Rachel Carson à écrire sur le sujet, et cette dernière publie en 1962 le bestseller Silent Spring (traduit en français en 1963 sous le titre Printemps silencieux[6]). Malgré le tollé suscité par ce livre, le DDT n'est pas interdit avant les années 1970.

Quelques années plus tard, Carol Yannacone assiste à la mort de poissons dans les mares de Yaphank suivant une pulvérisation de DDT menée par la commission de contrôle des moustiques du comté de Suffolk. Elle convainc son mari Victor Yannacone, un avocat, de les poursuivre en justice, ce qui mène à une interdiction locale d'utiliser le DDT. Le scientifique Charles Wurster, professeur à l'université de l'État de New York à Stony Brook, avait auparavant remarqué que l'utilisation du DDT sur les ormes tuait les oiseaux sans pour autant sauver les arbres[8]. Art Cooley, un instituteur de Bellport, constate entre-temps le déclin des balbuzards et autres grands oiseaux aux alentours de la rivière de Carman, et suppose un lien avec l'utilisation du DDT. En 1967, la famille Yannacone se joint à Wurster et Cooley pour former l'EDF (Environmental Defense Fund depuis rebaptisé en Environmental Defense) et lancer une plus grande campagne contre l'utilisation du DDT qui mène à son interdiction aux États-Unis. Suite à cette dernière, les balbuzards et aigles, espèces alors considérées en danger, se sont multipliés.

Au cours des années 1970 et 1980, l'usage du DDT pour l'agriculture est interdit dans la plupart des pays développés, et remplacé dans la lutte contre le paludisme par des produits moins persistants et plus chers. Les premiers pays à interdire le DDT sont la Norvège et la Suède en 1970, mais le Royaume-Uni ne l'interdira pas avant 1984.

De nos jours, le DDT est toujours utilisé dans les pays – principalement tropicaux – où la transmission du paludisme et du typhus reste un sérieux problème de santé. Son utilisation est principalement limitée à l'intérieur des bâtiments, par son inclusion dans des produits ménagers, et des pulvérisations sélectives, ce qui limite considérablement les dommages écologiques par rapport à son utilisation antérieure en agriculture. Cet usage permet également de réduire le risque de résistance au DDT[9], et requiert seulement une infime fraction de ce qui était utilisé pour un usage agraire : la quantité de DDT utilisée pour traiter tout le Guyana (215 000 km2) est à peu près celle qui était utilisée pour traiter 4 km2 de coton lors d'une seule saison des pousses[10].

La convention de Stockholm, ratifiée le 22 mai 2001 et effective depuis le 17 mai 2004, vise à interdire le DDT ainsi que d'autres polluants organiques persistants. Celle-ci est signée par 158 pays et soutenue par la plupart des groupes environnementaux. Cependant, une interdiction totale de l'utilisation du DDT dans les pays où sévit le paludisme est actuellement impossible car peu d'alternatives économiquement abordables ou suffisamment efficaces ont été découvertes. L'utilisation du DDT à des fins sanitaires reste donc tolérée jusqu'à ce que de telles alternatives soient développés. La Malaria Foundation International (Fondation internationale du paludisme) déclare :

« Les conséquences du traité seront probablement meilleures que le statu quo qui régnait lors des négociations d'il y a deux ans. Pour la première fois, il existe maintenant un insecticide dont l'utilisation est restreinte au contrôle des vecteurs de maladie, ce qui signifie que la sélection des souches de moustiques résistantes sera plus lente qu'avant[11]. »

En septembre 2006, presque trente ans après avoir abandonné les projections de DDT dans les pièces des maisons, l'OMS annonce que le DDT sera utilisé comme l'un des trois principaux outils dans la lutte contre le paludisme et recommande la pulvérisation des pièces dans les zones épidémiques, ainsi que dans les endroits à transmission du paludisme constante et élevée[12]. L'Agence des États-Unis pour le développement international annonce en conséquence qu'elle financera l'utilisation du DDT[13].

En mai 2009, seulement trois ans après l'avoir réintroduit, l'OMS retire son approbation pour son utilisation dans la lutte antivectorielle et vise à ce qu'il ne soit plus utilisé d'ici 2020[14][15].

L'interdiction aux États-Unis

En 1962 est publié le livre Silent Spring de Rachel Carson, qui soutient que les pesticides, surtout le DDT et les PCB (polychloro-biphényle), empoisonnaient à la fois la faune et l'environnement, mais mettaient également en danger la santé humaine[6]. Les réactions publiques envers Silent Spring amorcent le développement des mouvements écologiques modernes aux États-Unis, et le DDT devient la cible principale des mouvements antichimiques et antipesticides des années 1960. Cependant, Rachel Carson avait également dédié une page de son livre à une présentation réfléchie de la relation entre le DDT et les moustiques transmettant le paludisme, mais en prenant en compte le développement de la résistance des moustiques :

« Il est plus judicieux dans certains cas que d'accepter subir une faible quantité de dégâts, plutôt que de n'en subir aucun pendant un moment, mais de le payer sur le long terme en perdant son moyen de lutte [ceci est le conseil donné en Hollande par le Docteur Briejer en tant que directeur du Service de protection des plantes]. Un conseil pratique serait plus “Pulvérisez aussi peu que vous pouvez” que “Pulvérisez autant que possible”. »

Rachel Carson avait également fait la déclaration controversée que le DDT pouvait causer le cancer chez les humains, croyance toujours largement acceptée par le grand public. Charles Wurster, le scientifique en chef de l'Environmental Defense Fund (Fonds de défense de l'environnement) est cité dans le Seattle Times du 5 octobre 1969 pour avoir dit : « Si les écologistes l'emportent sur le DDT, ils atteindront un niveau d'autorité qu'ils n'avaient jamais eu auparavant. D'une certaine façon, on peut dire qu'il a plus gros en jeu que le DDT. »[16] Cependant, comme la recherche dans le domaine des pesticide était encore immature à l'époque de sa publication, il s'est avéré par la suite que de nombreuses affirmations faites dans Silent Spring étaient scientifiquement inexactes.

À la fin des années 1960, la pression des groupes écologistes s’intensifie et en janvier 1971, le tribunal fédéral de première instance ordonne à William Ruckelshaus, premier directeur de l’EPA, de commencer la procédure de désinscription du DDT. Après six mois de procédures, William Ruckelshaus rejette l’interdiction en se référant à des études concluant que le DDT ne pose aucun danger pour l’homme ou son environnement. Cependant, les découvertes de cette équipe ont été critiquées car les études ont été menées pour la plupart par des entomologistes du département de l’Agriculture, que beaucoup d’écologistes soupçonnent d’être en faveur des lobbies agricoles et donc de minimiser les dangers pour l’homme. La décision de ne pas interdire le produit a donc causé une controverse dans la population.

L’EPA a organisé sept mois d’audience en 1971-1972 lors desquels des scientifiques ont tour à tour donné des preuves incriminant ou innocentant le DDT. Lors de l’été 1972, William Ruckelshaus annonce l’interdiction du DDT pour toutes les utilisations aux États-Unis. Le DDT est alors classé comme substance toxique de classe II.

L’interdiction du DDT aux États-Unis dans les années 1970 avait lieu dans un climat de méfiance pour les communautés scientifiques et industrielles et faisait suite à des fiascos tel l’agent orange ou l’utilisation de l’hormone DES (diéthylstilbestrol). En outre, le placement du pygargue à tête blanche sur la liste des espèces menacées fut d’un poids significatif dans l’interdiction du DDT aux États-Unis : l’abus du DDT était cité comme étant le principal responsable du déclin de la population des pygargues à tête blanche – déclaration depuis sujette à controverse[17].

L’interdiction est vivement critiquée par les partisans du DDT, lesquels incluent Steven Milloy, Roger Bate et Richard Tren les arguments s’appuient sur les travaux de l’entomologiste J. Gordon Edwards, qui, introduit en tant que témoin lors des audiences avait annoncé qu’il n’y avait preuve concrète des effets nocifs du DDT sur l’homme. Ils rapportent qu’à la fin des audiences, l’examinateur Edmund Sweeney avait annoncé qu’aucun élément scientifique ne permettait de justifier une interdiction du DDT. Lors de l’été 1972, William Ruckelshaus passa en revue les avis données lors des audiences, ainsi que les rapports de deux groupes chargés d’étudier le DDT (les études Hilton et Marc) qui étaient parvenus à une conclusion diamétralement opposée. Steven Milloy et Edmund Sweeney déclarèrent que William Ruckelshaus n’avait assisté à aucune des audiences de la commission et (selon des assistants restés anonymes) n’avait même pas fait l’effort de lire les transcriptions de ces audiences. William Ruckelshaus rejeta les affirmations de Steven Milloy en déclarant que le DDT était « un avertissement que l’homme pourrait s’être exposé à une substance qui pourrait bien avoir un effet sérieux sur sa santé.[16],[18] »

Critique d’une éventuelle interdiction internationale

Certaines critiques affirment que les restrictions sur l’utilisation du DDT dans la lutte contre les vecteurs de maladie imposés par certains gouvernements, pays donateurs et agences d’aide d’internationales en réponse à la pression des mouvements écologistes auraient entraîné la mort de millions de personnes. En général ces affirmations font référence à l’interdiction de 1972 des États-Unis et impliquent qu’il s’agirait d’une interdiction internationale, laquelle, selon Nicholas Kristof aurait conduit à des centaines de milliers de morts[19]. Selon l'auteur Michael Crichton dans son roman État d'urgence[20] :

« Depuis l’interdiction, deux millions de personnes par an, principalement des enfants, meurent du paludisme. Cette interdiction a causé plus de cinquante millions de morts inutiles. Interdire le DDT a tué plus de personnes qu’Hitler. »

Une autre critique est que cette interdiction fait preuve d’un manque de compassion envers les pays du tiers monde : alors que les traitements au DDT ont été utilisés suffisamment longtemps dans les pays développés pour éliminer le paludisme, il est interdit quand les pays en voie de développement en ont besoin. Selon Paul Driessen, l’auteur de Imperialism: Green Power, Black Death, non seulement les épidémies de paludisme tuent deux millions de personnes par an, mais rend ceux qui y survivent incapables de contribuer à l’économie, malades et plus vulnérables à d’autres maladies qui pourraient les tuer. De nombreuses ressources en Afrique sont alors mobilisés pour les malades, rendant les pays pauvres encore plus pauvres.

Pourtant, le DDT n’a jamais été interdit pour la lutte contre le paludisme dans les pays tropicaux. Dans de nombreux pays développés, les programmes de pulvérisation ont été arrêtés pour des raisons de sûreté et de protection de l’environnement, ainsi qu’en raisons de problèmes dans la mise en œuvre au niveau administratif et financier. Les efforts se sont alors concentrés sur l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide.

Les groupes écologistes ont été vivement critiqués pour avoir tenté d’interdire complètement le DDT. De nombreux groupes écologistes se sont battus contre l’utilisation du DDT à des fins sanitaires lors de la convention de Stockholm de 2001, malgré l’opposition des gouvernements du tiers monde et de nombreux chercheurs du paludisme. « Greenpeace, World Wildlife Fund, Physicians for Social Responsibility et plus de 300 autres organisations environnementalistes ont prôné pour l’interdiction totale du DDT, et ceci dès 2007 dans certains cas. »[21] Un article de Nature Medicine s’était à l’époque violemment opposé à une interdiction : « Les écologistes de pays riches et développés ne gagnent rien du DDT et les risques leurs paraissent plus grands que les bénéfices que les pays pauvres tropicaux pourraient en tirer. Plus de 200 groupes environnementalistes, y compris Greenpeace, Physicians for Social Responsibility et la World Wildlife Fund, condamnent le DDT comme étant “ une source sérieuse de danger pour l'homme ” »[22]

Critique d’une limitation de l’utilisation du DDT

Le groupe pro-DDT Africa Fighting Malaria (AFM) a déclarée que l’USAID ainsi que d’autres organisations internationales donatrices ont refusé de financer des programmes de sanitaires utilisant du DDT[23]. De même, Roger Bates de l’AFM soutient que de nombreux pays ont été mis sous pression de la part d’organisations de santé internationales et d’agences environnementales pour qu’ils abandonnent le DDT sous peine de perdre leurs subventions. Ainsi, le Belize et la Bolivie ont fait publiquement savoir qu’ils ont cédé en ce sens à la pression du USAID[24].

De nombreux pays africains aimeraient utiliser le DDT pour contrôler le paludisme et sauver des vies, mais il leur a été signifié que leurs exportations agricoles pouvaient ne pas être acceptées si la pulvérisation était « étendue »[25].

L’argumentation principale des partisans du DDT est que les alternatives sont généralement plus chères, plus toxiques pour l’homme, et pas toujours aussi efficaces pour contrôler le paludisme ou d’autres maladies transmises par les insectes, et que les compagnies pétrochimiques qui brevètent ces alternatives ont supporté l’interdiction du DDT pour leurs propre profit : le DDT est entré dans le domaine public, mais pas leurs insecticides brevetés.

Les partisans du DDT avancent que certains détracteurs du DDT craignent que toute utilisation du DDT mènera à des abus, et confondent la pulvérisation à des fins agraires avec pulvérisation intérieure afin de contourner tout raisonnement scientifique[réf. nécessaire]. Les adversaires du DDT rétorquent que l’utilisation du DDT se traduit par la diminution des populations d’oiseaux et menace de la biodiversité[26].

Bien que soulevant des questions importantes quant à la manière dont l’Occident traite la crise sanitaire avec le tiers monde, le cœur de la discussion reste controversée. Bien que la publication de Silent Spring ait sans doute influencé l’interdiction du DDT aux États-Unis en 1972, la réduction de l’utilisation du DDT pour éradiquer le paludisme avait commencé déjà une décennie auparavant à cause de la l’apparition de souches de moustiques résistantes. Paul Russel, un ancien directeur de l’Allied Anti-Malaria Campaign (campagne unie contre le paludisme) fait observer que les programmes d’éradication devaient se garder de se fier au DDT trop longtemps car « des souches résistantes sont apparues après six ou sept ans[27]. »

En outre, l’utilisation du DDT qui s’est trouvée être la plus gênante pour les écologistes et les agents sanitaires était celle de l’agriculture. Tandis que les programmes antipaludisme réduisaient la quantité de DDT qu’ils utilisaient, les producteurs de coton et autres cultures de rente pulvérisaient de plus en plus de pesticide, limitant l’efficacité du DDT. El Salvador vit ses cas de paludisme augmenter lors des années où l’on utilisait beaucoup de DDT[28].

Kent R. Hill de l’USAID déclare que l’agence avait été pervertie :

« L’USAID soutient la pulvérisation comme moyen de lutte préventive contre le paludisme et soutient l’utilisation du DDT lorsqu’il est scientifiquement sain et garantie[29]. »

Cependant, l’USAID « privilégia » les alternatives du DDT dans ses financements :

« Contrairement à la croyance générale, l’USAID n’« interdit » pas l’utilisation du DDT dans ses programmes de contrôle antipaludisme. D’un point de vue purement technique en termes de méthodes efficaces de lutte antipalusidme, l’USAID et d’autres groupes n’ont pas jugé nécessaire de classer le DDT comme composant à haute priorité dans les programmes antipaludisme pour des raisons pratiques. Dans de nombreux cas, la pulvérisation en intérieur du DDT ou de tout autre insecticide n’est pas efficace en termes de coût et difficile à maintenir. Dans la plupart des pays d’Afrique où l’USAID soutient des programmes antipaludisme, il a été jugé plus efficace en termes de coût ainsi que plus approprié que d’utiliser les fonds du gouvernement américain dans des filets traités à l’insecticide, qui sont tout aussi efficaces à limiter le paludisme et plus faciles à mettre en œuvre dans les pays qui n’ont pas mis en place de programme de pulvérisation en intérieur[30]. »

Impact sur l'environnement

De façon générale, le DDT se concentre dans les systèmes biologiques, principalement les corps gras. C'est un produit nocif pour diverses espèces qui se bioamplifie le long de la chaîne alimentaire, atteignant sa plus haute concentration pour les superprédateurs, comme les humains ou les rapaces. Le DDT a notamment été montré du doigt pour expliquer le déclin des pygargues à tête blanche ou des faucons pélerins lors des années 1950 et 1960[31] : le DDT et ses produits de décomposition sont toxiques pour les embryons aviaires et peuvent perturber l'absorption de calcium, et donc sur la qualité de la coquille des œufs[32]. Pourtant, le DDT en faibles doses a très peu d'effet sur les oiseaux, contrairement à son métabolite, le DDE, qui est beaucoup plus toxique. Le DDT et le DDE ont également très peu d'effet sur certains oiseaux, comme les poules. Une étude récente a montré que des dommages cérébraux significatifs chez les merles sauvages dûs à une exposition au DDT aux États-Unis affecte leur chant, leur capacité à défendre leur territoire et à construire des nids[réf. nécessaire]. Le DDT est hautement toxique pour les organismes aquatiques, y compris les écrevisses, les daphnies, les crevettes et de nombreuses espèces de poisson. Le DDT peut être modérément toxique pour certaines espèces d'amphibiens, notamment à l'état larvaire. En outre, le DDT s'accumule de façon importante dans les poissons et d'autres espèces aquatiques, menant à de concentrations importantes pour de longues expositions.

Le DDT est un polluant organique persistant avec une demi-vie évaluée entre 2 et 15 ans, qui se fixe dans de nombreux sols. Dans les lacs, sa demi-vie est estimée à 56 jours et dans les rivières à 28 jours. Ses processus de dégradation incluent la volatilisation, la photolyse et la biodégradation aérobie et anaérobie. Ces processus sont en général assez lents. Ses produits de décomposition dans les sols sont le DDE (dichlorodiphényldichloroéthylène ou 1,1-dichloro-2,2-bis(p-dichlorodiphényl)éthylène) et le DDD (dichlorodiphényldichloroéthane ou 1,1-dichloro-2,2-bis(p-chlorophényl)éthane) qui sont eux aussi hautement persistants et possèdent des propriétés physiques et chimiques similaires[réf. nécessaire]. La quantité totale de ces produits est connu sous le nom de DDT total.

Aux États-Unis, tous les échantillons humains de sang et de tissus graisseux pris au début des années 1970 présentent des niveaux détectables de DDT. Une étude ultérieure d'échantillons de sang pris dans la seconde moitié des années 1970 (soit après l'interdiction aux États-Unis) montrent une concentration plus faible, mais le DDT et ses métabolites restaient à des concentrations importantes[réf. nécessaire].

Le DDT est un composé organochloré. Il a été démontré que certains composés organochlorés avaient un faible effet œstrogénique, c'est-à-dire se montraient suffisamment semblables à certains œstrogènes d'un point de vue chimique pour déclencher une réponse hormonale chez les animaux contaminés. Cet effet a été observé pour le DDT dans des études de laboratoire faites sur des souris et des rats, mais aucune enquête épidémiologique n'a pu prouver un effet similaire chez les humains. Trente ans après son interdiction, ce pesticide a été retrouvé dans le bassin d'Arcachon en France. En bout de course, la mer est l'émissaire naturel des polutions humaines. (L. Chauveau, Petit atlas des risques écologiques, Larousse, 2005)

Effets sur l’homme

Des études contradictoires

Il n’existe pas d’étude scientifique prouvant que le DDT soit particulièrement toxique pour les humains, ou d’autres primates, comparativement à d’autres pesticides répandus. Le DDT est souvent directement appliqué sur les vêtements ou ajouté au savon[33], et à de rares occasions, il fut prescrit oralement pour traiter des empoisonnement aux barbituriques[34].

En 1987, l'agence de protection de l'environnement des États-Unis a catégorisé le DDT en classe B2, c'est-à-dire cancérigène humain potentiel, classe qui comprend également le café et l’essence. Cette catégorisation se basait sur l’« observation des tumeurs de sept études sur diverses espèces de souris et de trois études sur les rats. Le DDT est structurellement similaire à d’autres carcinogènes probables, comme le DDD et le DDE. » Cependant, les études d’autopsies cherchant à corréler l’occurrence des cancers avec les concentrations en DDT ont donné des résultats mitigés. Trois études ont conclu que le taux de DDT et DDE dans les tissus était plus élevés chez les malades atteints d’un cancer que pour ceux mourant d’autres maladies (Casarett et coll., 1968 ; Dacre and Jennings, 1970 ; Wasserman et coll., 1976) mais selon d’autres études, aucune relation de la sorte n’a pu être établie (Maier-Bode, 1960 ; Robinson et coll., 1965 ; Hoffman et coll., 1967). Quant aux études portant sur des expositions occasionnelles d’ouvriers ou de volontaires, elles n’ont pas duré suffisamment longtemps pour évaluer la cancérigenoité du DDT chez les humains[35].

Une étude récente de l’Université de Californie à Berkeley suggère que les enfants qui auraient été exposés in utero au DDT auraient de plus fortes chances d’avoir des problèmes de développement.

Le docteur Mary Wolf publia en 1993 dans le Journal of the National Cancer Institue un article montrant une corrélation statistique significative entre la concentration des métabolites du DDT dans le sang et les risques de développer le cancer du sein dans la population générale. Les études directes n’ont trouvé aucun lien entre le DDT et le cancer du sein chez les humains. Certains éléments laissent cependant à penser qu’il pourrait y avoir une relation. Par exemple, les taux de cancer du sein en Israël en fonction du temps suivent le déclin du DDT et du hexachlorobenzène.[réf. nécessaire]

Dans une étude de 1969, 24 macaques crabiers et macaques rhésus ont reçu 20 mg/kg de DDT par voie orale pendant 130 mois et comparés à un groupe témoin de 17 singes. L’étude démontre « des preuves manifestes de la toxicité à long terme du DDT pour le foie et le système nerveux central ». Bien que le groupe exposé ait développé deux tumeurs malignes et trois tumeurs bénignes, elles ont été jugées statistiquement « peu concluantes pour juger d’un effet carcinogène du DDT chez les primates non humains. »

Une étude portant sur 692 femmes sur une période de vingt ans n’a pu établir aucune corrélation entre le sérum de DDE (un métabolite du DDT que l’on peut corréler à l’exposition au DDT) et le cancer du sein.

Une autre étude portant sur trente-cinq ouvriers exposés à 600 fois l’exposition moyenne de DDT sur des périodes allant de neuf à dix-neuf ans n’a pas observé d’augmentation de risque de cancer.

Dans une autre étude, des humains ont volontairement ingéré 35 mg de DDT par jour sur une période d’environ deux ans puis surveillés sur plusieurs années. Bien qu’il y ait eu des « effets potentiellement nuisibles pour le foie », aucun autre effet néfaste n’a pu être observé.

Un article récapitulatif publié dans The Lancet conclut :

« Bien que le DDT ne soit de façon générale pas toxique pour les humains et interdit pour des raisons principalement écologiques, les recherches ultérieures ont révélé qu’une exposition de DDT correspondant à des concentrations requises pour la lutte contre le paludisme pourraient causer des naissances et des sevrages prématurées, ce qui annulerait les bénéfices la baisse de mortalité infantile. (…) Le DDT peut être utile dans la lutte contre le paludisme mais la preuve de ses effets néfastes sur la santé humaine nécessite des recherches adéquates pour juger s’il apporte plus de bénéfices que de risques.
Travaux futurs : bien que les effets toxiques aigus soient rares, les études toxicologiques lui prêtent des propriétés de désorganisation endocrinien. Les données sur l’homme indiquent également un effet dégradant possible sur la qualité du sperme, sur la menstruation, la durée gestationnelle, et la durée de la lactation. Focaliser la recherche sur la reproduction et le développement humain semble donc approprié. Le DDT pourrait s’avérer être une intervention de santé publique efficace et bon marché, durable. Cependant, divers effets toxiques qui seraient difficile à détecter sans étude spécifique peuvent exister et pourraient résulter en une morbidité ou mortalité importante. L’usage responsable du DDT devrait inclure des programmes de recherche qui auraient pour but de détecter les effets toxiques les plus plausibles ainsi que de documenter les bénéfices attribuables spécifiquement au DDT. Bien que ce point de vue équivaille à une platitude dans le cas de la recherche pour le paludisme en Afrique, la problématique pourrait ici être suffisamment focalisée et incontestable pour que les gouvernements et agences de financement reconnaissent la nécessité d’inclure la recherche sur toute mortalité infantile quand le DDT est utilisé. »

Chez les humains, l’utilisation du DDT est généralement sûre. D’importantes populations y ont été exposées durant soixante ans avec peu de toxicité aiguë, hormis quelques cas d’empoisonnement. Des doses allant jusqu’à 285 mg/kg ont été ingérées accidentellement sans causer la mort, mais ont néanmoins causé des vomissements. Des doses de 10 mg/kg peuvent rendre malade certains individus.

Références

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