Beguinages flamands

Béguinages flamands

Béguinages flamands 1
Patrimoine mondial de l’UNESCO
Béguinage d'Audenarde.

Béguinage d'Audenarde.

Latitude
Longitude
51° 1′ 51.5″ Nord
       4° 28′ 25.5″ Est
/ 51.030972, 4.47375
Pays Belgique Belgique
Type Culturel
Critères ii, iii, iv
Superficie 59,9500 ha
Subdivision Belgique : Région flamande, Provinces d'Anvers, Limbourg, Flandre orientale, Flandre occidentale et Brabant flamand
No  identification (ID) 855
Région 2 Europe et Amérique du Nord
Année d’inscription 1998 (22e session)

1 Descriptif officiel (UNESCO)
2 Classification UNESCO

World Heritage Emblem.svg
Documentation du modèle

Le terme de béguinage peut désigner 1) une communauté autonome de religieuses (les béguines), en particulier en Europe du nord, et 2) un ensemble de bâtiments intégrés, généralement construits autour d'une cour arborée, hébergeant une telle communauté, et comprenant non seulement les installations domestiques et monastiques, mais aussi des ateliers utilisés par la communauté, et une infirmerie.

En Flandre ― que nous entendons ici au sens moderne, c’est assavoir : la moitié nord de la Belgique actuelle ―, à la différence du reste de l’Europe, des communautés de béguines ont pu, pour un certain nombre de raisons, se développer très largement, disposer d’effectifs suffisants pour construire des cités à part (les béguinages) et y vivre, et se maintenir, avec des hauts et des bas, au fil des siècles, jusqu’à l’époque contemporaine. Abstraction faite de trois béguinages aux Pays-Bas, la Flandre est aussi la seule région d’Europe où de vastes béguinages au sens 2), véritables villes en miniature, aient été conservés, plus ou moins intacts ; on en recense 27, sur les quelque quatre-vingts qui existaient autrefois, et il est peu de villes flamandes, grandes ou moyennes, qui n’aient leur begijnhof.

Le béguinisme s’est totalement éteint en Flandre, et il n’y a plus aujourd’hui de béguines actives ; les béguinages ont reçu d’autres affectations.

Depuis 1998, treize béguinages de Flandre sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.


Sommaire

Singularité du béguinisme dans les Pays-Bas du sud

Après que les germes en eurent été semés en Wallonie à la fin du XIIe siècle, le béguinisme se développa en Flandre, comme ailleurs en Europe, au début du XIIIe siècle. Le propos des communautés de béguines était d’offrir une structure communautaire durable à des groupes nombreux de femmes seules, désireuses, dans l’esprit de mysticisme et de frugalité apostolique de cette époque, de mener une vie pieuse et contemplative, et de parvenir, par l’abnégation et la pénitence, à s’unir avec le Sauveur, mais souhaitant en même temps garder une certaine autonomie, ne pas s’engager pour la vie par des voeux définitifs, et rester économiquement actives. Les couvents, seule possibilité jusque-là de mener une vie contemplative dans un environnement sécurisé, se trouvant saturés (l’entrée dans un couvent était par ailleurs conditionnée par l’apport d’une importante somme d’argent), le béguinisme sera, à partir du XIIIe siècle, la structure apte à répondre à la demande nouvelle et à permettre à des femmes qui, tout d’abord, s’étaient installées individuellement à proximité d’une église, d’un couvent ou d’un hospice, à se regrouper et à mener une vie commune dans un même immeuble ou ensemble d’immeubles, puis, plus tard, à s’organiser en réseau.

Le mouvement, à mesure qu’il se répandait en Europe occidentale et centrale, donnait lieu à une suspicion d’hérésie et suscita les réserves de l’église, jusqu’à entraîner l’interdiction, lors du concile de Latran de 1215, de toute nouvelle congrégation monastique. Dans quasi toute l’Europe, les béguines n’eurent dès lors d’autre choix que d’entrer dans un ordre reconnu ― chez les cisterciens ou les franciscains.

Dans les Pays-Bas méridionaux, le beguinisme apparaît avoir pu se soustraire à cet interdit de l’église. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce fait. Contrairement au reste de l’Europe, et sans doute sous l’effet notamment du haut degré d’urbanisation de la Flandre d’alors, plus particulièrement du comté de Flandre et du duché de Brabant, les béguines flamandes eurent tôt cessé de mener une vie errante et peu structurée, et tendirent progressivement vers une institutionnalisation de leur mouvement. Ce processus d’institutionnalisation, qui se matérialisa, à partir de 1230, par le regroupement dans un même lieu, par une hiérarchisation des communautés (avec l’élection par chaque groupe de béguines d’une responsable), et par la rédaction de statuts, série de règles précises préalablement soumises pour approbation à l’évêque, rendait le mouvement béguinal plus acceptable pour l’église, car plus contrôlable. La stade ultime de ce processus est la constitution de cités à part, coupées du reste de la ville par un haut mur d’enceinte, et érigées en paroisses autonomes ayant leurs propres curés, jouissant de privilèges, et disposant de leurs propres sources de revenus (v. ci-dessous).

Dans la Wallonie actuelle, où pourtant le mouvement béguinal avait pris naissance (à Liège, Nivelles, et Oignies, près de Namur), les béguines, moins nombreuses qu’en Flandre, continuèrent à vivre éparses dans la ville ou ensemble dans des maisons communautaires près des hôpitaux et des églises, sans réussir à constituer de véritables béguinages.

En outre, contrairement au clergé des Pays-Bas du nord, où les évêques appliquèrent avec rigueur les prescriptions du concile de Vienne de 1312, les évêques de Cambrai, de Liège, de Tournai et d'Utrecht s’efforcèrent de démontrer l’orthodoxie des béguines dans leurs diocèses, notamment en rédigeant en 1320, à l’attention du pape Jean XXII, un rapport sur l’état de la foi dans les béguinages, dont les conclusions étaient très favorables.

Les béguines flamandes, sédentarisées, n’erraient et ne mendiaient pas, contrairement à leurs consoeurs rhénanes par exemple, mais travaillaient. La condition pour devenir béguine était d’être veuve ou non mariée, et d’être capable de subvenir à ses besoins. L’oisiveté était proscrite, y compris pour les béguines fortunées qui n’avaient pas besoin de travailler pour vivre. La plupart des béguines effectuaient des travaux de tissage, de filage, de couture ou de blanchissage.

Genèse des cités béguinales

Aux Pays-Bas, comme il a été décrit ci-dessus, les béguines finirent par s’organiser dans de petites cités à part, appelées béguinages. L’autorité ecclésiastique en effet poussait à un regroupement plus strict de ces femmes pieuses. Certaines vivaient encore éparpillées dans la ville, séparées du groupe auquel elles voulaient appartenir ; pour y remédier, et pour les préserver en même temps des influences du siècle et des tendances hérétiques, les Dominicains plus particulièrement s’efforcèrent de les regrouper, tout d’abord dans des maisons de béguines, au départ desquelles elles pouvaient se rendre en commun aux offices et à leurs réunions, ensuite, pour éviter ces déplacements, et pour faire face au nombre croissant de candidates, dans des béguinages, c'est-à-dire dans des cités à part, formant paroisses autonomes, avec église séparée, cimetière propre, curé, et statuts diocésains propres. Cette cité-béguinage, ultime étape dans le développement du béguinisme aux Pays-Bas et en Flandre, naquit au milieu du XIIIe siècle. Souvent, il s’agit de cités encloses d’un mur d’enceinte, dotées d’une église et d’une infirmerie, et auxquelles donnait accès un portail d’entrée étroitement surveillé. Elles furent généralement construites hors les murs des villes médiévales ; à quelques occasions, elle servirent de point d’appui à des armées étrangères venues assaillir ces villes (la crainte que cela ne se produisît incita les défenseurs de la ville d’Anvers en 1542, alors que des troupes de Gueldre la menaçaient, à incendier préventivement le béguinage, situé alors en dehors des remparts. Celui-ci fut promptement reconstitué intra muros).

Illustration du caractère clos des béguinages : haut mur et portail d'entrée du béguinage d'Anvers.
Écriteau à l'entrée : « prière aux membres de la gent masculine de ne plus se présenter après 18 h ».
Serrures et verrous du portail.

Organisation hiérarchique des béguinages

À la tête d’un béguinage se trouvait la grande-maîtresse (magistra, néerl. grootmeesteresse). Élue par les maîtresses, elle était chargée de faire respecter les statuts et de contrôler l’organisation générale. Certains grands béguinages pouvaient en avoir plusieurs.

La grande-maîtresse se faisait assister par un ou plusieurs tuteurs (néerl. momboor), agents masculins chargés d’effectuer les transactions financières en vue de l’acquisition de propriétés et, le cas échéant, de mener des affaires en justice au nom du béguinage. Il était en effet interdit aux béguines de poursuivre de telles activités.

Au second rang on trouve la maîtresse de l’hôpital. Celle-ci avait notamment dans ses attributions la gestion de la caisse (néerl. de kiste, appelée aussi table du Saint-Esprit), laquelle était alimentée, outre par les modestes contributions hebdomadaires des béguines, par des donations et des legs, et qui permettait de financer le séjour à l’infirmerie des béguines nécessiteuses qui en raison de maladie ou de vieillesse n’étaient plus en mesure de subvenir à leurs besoins.

Vient ensuite la maîtresse de l’église (la sacristaine), à qui étaient confiés l’entretien et les dépenses de l’église. Elle dirigeait aussi la chorale, destinée à donner du lustre aux offices, et les exercices spirituels.

La concierge du béguinage faisait partie également de ce second rang. Main-courantière du béguinage, son rôle était de surveiller les mouvements d’entrée et de sortie des béguines, des livreurs de matériaux et de vivres, des visiteurs et des travailleurs externes.

Au troisième rang se situent les maîtresses des convents : elles étaient responsables du bon ordre général, du respect des règles et du bon fonctionnement dans le convent qui leur a été attribué, et, s’il s’agissait d’un convent de novices, de la formation de celles-ci. Ces règles, qui peuvent avoir été prescrites par le fondateur, comprennent des devoirs de prière ou des exercices religieux en mémoire du fondateur et de sa famille.

Chez les béguines elles-mêmes existaient également des degrés de situation. Il y avait tout d’abord les beguines propriétaires de leur propre maison, soit qu’elles l’avaient fait construire par leurs moyens propres, soit qu’elles avaient acquis une maison existante à l’occasion d’une vente publique dans le béguinage. Le titre de propriété valait pour la vie ; après le décès de la béguine, la maison revenait à la communauté, qui la remettait en vente. Venaient ensuite les béguines locataires d’une chambre dans un des grands immeubles, dont elles devaient assumer elles-mêmes l’entretien. Enfin, il y avait les béguines dépourvues de revenus propres et les novices, qui étaient hébergées dans les maisons communes (convents) et devaient travailler pour subvenir à leurs besoins ; néanmoins, elles recevaient des aides pour l’achat de nourriture et de bois de chauffage (les frais d’entretien d’un convent étaient couverts par le fondateur pour une longue période).

Cette hiérarchie déterminait l’ordre de préséance dans l’église. Lors des offices, les grandes-maîtresses prenaient place tout à l’avant, suivies des maîtresses, des béguines propriétaires, puis des beguines sans fortune et des novices.

Histoire des béguinages de Flandre

Moyen-Âge

Le mouvement béguinal ne naquit pas en Flandre, mais en Wallonie (la moitié méridionale de la Belgique actuelle), lorsqu’à la fin du XIIe siècle, des femmes mues par le même élan de dévotion se groupèrent autour d’une figure charismatique, pour s’organiser et mener une activité commune ― à Liège d’abord, autour de l’hôpital Saint-Christophe, puis à Oignies, non loin de Namur, autour de la personne de Marie d’Oignies, à Huy, autour d’Yvette d’Huy, et à Nivelles, autour d’Ida de Nivelles. Mais il ne s’agissait encore que de communautés de béguines, non de véritables béguinages, que l’on ne réussit pas à constituer de manière durable en Wallonie.

À la première floraison du béguinisme au XIIIe siècle succéda une période de déclin au XIVe siècle. L’épidémie de peste et le recul démographique qu’elle provoque, la Guerre de Cent Ans, aux effets délétères sur l’activité économique, en particulier sur l’industrie drapière en Flandre, le climat religieux, affecté par le schisme d’Occident, et les toujours présentes suspicions d’hérésie à l’endroit des béguines, ravivées en Flandre par les accusations de Ruusbroec, expliquent ce déclin. Il ne sera fondé durant cette période qu’un seul nouveau béguinage, celui de Hoogstraten.

Le XVe siècle verra un temporaire rétablissement de l’ordre béguinal. Les béguinages, communautés auto-suffisantes ayant des revenus propres, sont désormais des institutions intégrées dans la société. Chaque béguine était censée subvenir à ses propres besoins, et les communautés de béguines, exonérées d’impôts (au dam, du reste, des corporations de métier), bénéficiaient de donations et de legs. Chaque béguinage était doté d’une infirmerie, incarnation de l’idéal apostolique de charité et de solidarité, où sont prises en charge les béguines malades ou âgées.

Guerres de religion

Les guerres de religion du XVIe siècle furent très néfastes au béguinisme. Nombre de béguinages furent saccagés ou détruits : notamment le Grand Béguinage de Malines en 1578, et celui de Bruxelles l’année d’après.

Dans les Pays-Bas du nord, la diffusion de la Réforme signa quasiment l’arrêt de mort du béguinisme. Des béguinages du nord ne purent se maintenir que ceux de Breda et d’Amsterdam.

Restauration de l’autorité catholique et Contre-réforme

Dans le sud, le mouvement cependant parvint à se redresser, d’abord sous l’impulsion de Nicolaas (ou Klaas, ou Claes) van Essche (ou van Esch, ou encore, de son nom latin, Esschius, 1507-1578), originaire de Bois-le-Duc et devenu curé de béguinage dans la ville de Diest. Son action, qui prit valeur d’exemple dans le reste de la Flandre, consista à édicter de nouveaux statuts, à restaurer le caractère clos de son béguinage et à limiter le commerce avec l’extérieur, à rétablir une attitude spirituelle faite de dépouillement et de prière, et à généraliser un habit noir uniforme en remplacement de l’habit gris.

De grande importance furent également les réformes menées par Jean Hauchinus, archevêque de Malines à partir de 1583. Il rédigea un règlement uniforme, applicable dans tous les béguinages de son diocèse, et sera imité en cela par les autres évêques de Flandre. Ce règlement, en plus de préciser des normes et coutumes existantes, comportait quelques nouveautés, comme l’obligation faite aux béguines de célébrer toutes les fêtes religieuses importantes (en particulier du saint patron du béguinage), le devoir d’obéissance à la direction du béguinage, et l’instauration d’un contrôle régulier de chaque béguinage par l’évêque ou son représentant.

La Contre-réforme est une période faste pour le béguinisme. Le nouvel essor de la religiosité entraîne une forte augmentation des donations et des adhésions : au Grand Béguinage de Louvain, le nombre de béguines passa du simple au quadruple, pour atteindre 200 personnes. On estimé à 5% la proportion de femmes qui au milieu du XVIIe siècle avaient adopté le béguinat. Il s’ensuivit une fébrile activité de construction, les habitations en torchis faisant place à des maisons de pierre, les églises gothiques des béguinages se dotant d’ornements baroques, et plusieurs béguinages s’agrandissant d’une parcelle ou ajoutant une rue à leur périmètre. La plupart des maisonnettes de béguines visibles aujourd’hui datent de cette époque.

Époque autrichienne

L’époque autrichienne, ainsi qu’il est convenu d’appeler la période de domination des Habsbourg dans les Pays-Bas du sud entre 1713 et 1794, fut peu propice aux béguines. La propagation des idées des Lumières entraîna une baisse des adhésions et, par conséquent, des donations de la part de béguines fortunées. De surcroît, l’impératrice Marie-Thérèse décida de lever un impôt extraordinaire sur les biens de l’Église, ce qui acheva de ruiner nombre de béguinages, qui furent contraints de louer des immeubles devenus vacants à des non religieux.

La suppression de plusieurs couvents, ordonnée sous Joseph II, profita en retour aux béguinages : les religieuses chassées, contraintes de se reloger ailleurs, vinrent accroître les effectifs de béguines.

Régime français

La victoire de Fleurus en 1794 permit aux républicains français d’étendre leur domination sur les Pays-Bas autrichiens. En 1795, tous les ordres monastiques furent abolis et la prise en charge des indigents et malades fut confiée aux Commissions des Hospices civils placées sous l’autorité communale. En ce qui concerne les béguinages pouvaient alors se produire deux cas de figure : soit le béguinage était considéré comme une communauté religieuse, et il sera donc aboli et ses biens immeubles vendus publiquement ; soit il était considéré comme une communauté caritative, composée de femmes menant une vie pieuse certes, mais laïques, et le béguinage pouvait continuer son existence, moyennant il est vrai cession des droits de propriété à la Commission des Hospices civils. Jusqu’à la prise de pouvoir par Bonaparte, si certains béguinages purent être rachetés par les béguines par le truchement d’hommes de paille, des dizaines d’autres disparurent durant cette période.

Avec l’avènement de Bonaparte, les églises furent rendues au culte, mais les biens confisqués ne furent pas restitués pour autant. Certains béguinages, comme celui de Bruxelles, périclitèrent définitivement, d’autres, comme celui d’Anvers, furent sévèrement entamés. Souvent, des institutions sociales, telles qu’orphelinats, hospices pour vieillards etc., étaient installées à demeure dans leurs infirmeries.

Régime hollandais

Après 1815, il ne se produisit guère de changement dans la situation des béguinages en Flandre. Le fait que les Commissions des Hospices civils, dont les droits de propriété furent du reste confirmés, devaient s’opposer au recrutement de béguines dans leurs rangs, eut pour effet d’en diminuer encore le nombre ; par cette disposition, le béguinat allait être désormais réservé aux seules femmes nanties.

État belge

Après l’indépendance belge (1830), et dans les décennies qui suivirent, les béguinages, comme les autres communautés religieuses, firent les frais de l’opposition entre catholiques et libéraux. Ce fut le cas notamment à Gand, où, en 1874, la municipalité libérale entendit supprimer le béguinage dans le centre de la ville pour le réaménager en logements pour nécessiteux. En réaction, un mécène catholique fit construire en dehors de la ville un béguinage neuf, de style néogothique, selon des plans de l’architecte Jean-Baptiste Béthune.

Un dernier sursaut eut lieu au milieu du XIXe siècle sous l’effet du renouveau catholique animé principalement par l’archevêque de Malines Engelbert Sterckx (1792 - 1867). Celui-ci réorganisa complètement l'archidiocèse, en créant des écoles, des collèges, des petits séminaires, et en œuvrant à constituer un clergé de bonne formation et loyal. Ce clergé s’appliqua aussi à prêcher dans les béguinages, y suscitant une nouvelle ferveur religieuse et rehaussant le niveau spirituel des béguines, ce qui eut une répercussion positive sur les effectifs. Le culte marial, qu’avait ranimé la proclamation en 1854 du dogme de l’immaculée conception et les apparitions de Lourdes, atteignit aussi les béguinages et conduisit certains à ériger des grottes artificielles au-dedans de leurs murs, qui devinrent des buts de pèlerinage.

Époque contemporaine

Béguinage de Courtrai.

Au XXe siècle, la perte progressive d’influence et d’autorité de l’Église catholique, associée à l’émancipation de la femme qui désormais a accès à toutes les professions, entraîne le déclin du béguinisme en Flandre. Si les béguinages flamands hébergeaient encore 1500 béguines au début du siècle, il n’en restait plus guère que 500 en 1960, puis une cinquantaine au début des années 1980. Après la guerre, il restait douze béguinages actifs en Flandre, et deux aux Pays-Bas. En 2004 ne subsistaient plus en Flandre que 5 béguines actives, à Courtrai et à Gand ; en 2008, l’avant-dernière béguine décéda à Gand, à l’âge de 99 ans, et la toute dernière vit à Courtrai dans un hospice.

Sur les quatre-vingts béguinages environ que comptait jadis la Flandre, vingt-cinq environ ont été conservés et, devenus vacants par la disparition des béguines, ont reçu, après restauration, d’autres destinations, comme musée (p.ex le musée d’art religieux à Saint-Trond), centre culturel (Hasselt), cité estudiantine (Louvain), ou ensemble de logements pour personnes âgées (Diest).

Typologie

Béguinage de Termonde, exemple type de béguinage à cour: maisonnettes disposées autour d'une vaste cour intérieure arborée.

Les béguinages peuvent se ramener à deux configurations de base, selon la façon dont sont agencés les habitations des béguines et autres immeubles. Dans le premier type, les maisonnettes sont disposées autour d’une cour (parfois de deux), plus ou moins grande, souvent arborée et herbue, appelée dries (prononcer driss) ; ce sont les béguinages à cour (néerl. pleinbegijnhof). L’exemple classique de ce type de béguinage est celui de Termonde : toutes les maisonnettes bordent une vaste place herbue triangulaire, dont l’église occupe le centre. Appartiennent également à ce type les béguinages de Hoogstraten, Turnhout, Herentals, Hasselt, Aarschot, Dixmude.

Les béguinages du deuxième type consistent en un réseau de rues et de placettes ; ce sont les béguinages à rues (néerl. stratenbegijnhof). Peuvent y être rattachés les béguinages de Lierre, Malines (Grand béguinage), Tongres, Diest, les deux béguinages de Louvain.

Enfin, un troisième type, mixte, réunit les caractéristiques des deux précédents, d’ordinaire par suite de l’extension d’un béguinage à cour. C’est le cas d’Anvers, où le béguinage s’agrandit par l’acquisition, vers 1650, d’une terrain adjacent, sur lequel ensuite une ruelle fut aménagée. On trouve des béguinages de type mixte à Alost, Audenarde, Gand (les trois béguinages), Bruges, Courtrai.

Unesco

En 1998, treize béguinages de Flandre ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Les trois critères suivants ont justifié leur inscription sur cette liste :

  • spécificités architecturales religieuses et traditionnelles, et planification urbaine et rurale typiques de Flandre ;
  • témoignage exceptionnel de la tradition des femmes religieuses indépendantes en Europe du nord-ouest au Moyen Âge ;
  • ensemble architectural exceptionnel associé à un mouvement religieux caractéristique du Moyen Âge associant valeurs séculières et monastiques.
Identifiant
UNESCO
Nom Situation Coordonnées Superficie
855-001 Béguinage de Hoogstraten Hoogstraten, Anvers 51° 24′ 12″ N 4° 45′ 50″ E / 51.40331667, 4.7638 1,7 ha
855-002 Béguinage de Lierre Lierre, Anvers 51° 07′ 42″ N 4° 34′ 06″ E / 51.12835278, 4.568263889 3,4 ha
855-003 Grand Béguinage de Malines Malines, Anvers 51° 01′ 54″ N 4° 28′ 26″ E / 51.03165, 4.473927778 5,4 ha
855-004 Béguinage de Turnhout Turnhout, Anvers 51° 19′ 36″ N 4° 56′ 35″ E / 51.32661111, 4.943111111 1,5 ha
855-005 Béguinage de Saint-Trond Saint-Trond, Limbourg 50° 49′ 16″ N 5° 11′ 35″ E / 50.82116667, 5.193027778 22,8 ha
855-006 Béguinage de Tongres Tongres, Limbourg 50° 46′ 44″ N 5° 28′ 09″ E / 50.77897222, 5.469138889 2,5 ha
855-007 Béguinage de Termonde Termonde, Flandre-Orientale 51° 01′ 38″ N 4° 05′ 49″ E / 51.02725, 4.096972222 2,5 ha
855-008 Petit Béguinage de Gand Gand, Flandre-Orientale 51° 02′ 46″ N 3° 44′ 10″ E / 51.04613889, 3.736083333 4,5 ha
855-009 Béguinage de Mont-Saint-Amand-lez-Gand Mont-Saint-Amand-lez-Gand, Flandre-Orientale 51° 03′ 24″ N 3° 44′ 50″ E / 51.05677778, 3.747361111 5,7 ha
855-010 Béguinage de Diest Diest, Brabant flamand 50° 59′ 16″ N 5° 03′ 42″ E / 50.98780833, 5.061575 4,5 ha
855-011 Grand Béguinage de Louvain Louvain, Brabant flamand 50° 52′ 19″ N 4° 41′ 50″ E / 50.87192222, 4.697361111 4,2 ha
855-012 Béguinage de Bruges Bruges, Flandre-Occidentale 51° 12′ 04″ N 3° 13′ 21″ E / 51.20122222, 3.222555556 0,55 ha
855-013 Béguinage de Courtrai Courtrai, Flandre-Occidentale 50° 49′ 42″ N 3° 16′ 04″ E / 50.82833889, 3.267772222 0,7 ha

Liste des béguinages flamands

Par province

Bibliographie

(nl) Michiel HEIRMAN, Langs Vlaamse begijnhoven, Davidsfonds éd., Louvain 2001.
(fr) Suzanne VAN AERSCHOT, les Béguinages de Flandre. Un patrimoine mondial. Lannoo éd., 2001.
(nl) Renaat TISSEGHEM & Jos DAEMEN, Begijnhoven, vroeger en nu. Globe/Fontein éd., Groot-Bijgaarden 1994.

Voir aussi

Liens externes


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