Aïd al-Adha
Sur une enluminure ottomane, Gabriel arrête le bras d'Ibrahim prêt à sacrifier son fils que la tradition islamique apparente à Ismaël.

L'Aïd al-Adha (en arabe عيد الأضحى, « fête du sacrifice »), appelé aussi Aīd al-Kabīr (العيد الكبير « la grande fête » principalement au Maghreb, par opposition avec l'Aïd el-Fitr appelé aïd el-seghir, ou petit aïd), est la fête la plus importante de l'islam. Elle a lieu le 10 du mois de dhou al-hijja, le dernier du calendrier musulman, après waqfat Arafa, ou station sur le mont Arafat. Il marque chaque année la fin du hajj.

Cette fête commémore la soumission d'Ibrahim (Abraham dans la tradition juive) à Dieu, symbolisée par l'épisode où il acceptait d'égorger son fils Ismaël[1] sur l'ordre de Dieu (اللّه), celui-ci envoyant au dernier moment un mouton par l'entremise de l'archange Gabriel pour remplacer l'enfant comme offrande sacrificielle. En souvenir de cette soumission totale d'Ibrahim à Dieu, les familles musulmanes sacrifient un mouton ou un bélier, mais parfois d'autres animaux comme des vaches ou des chèvres, en l'égorgeant, couché sur le flanc gauche et la tête tournée vers La Mecque, après la prière et le sermon de l'aïd.

Selon la tradition judéo-chrétienne, c'est le second fils d'Abraham, Isaac son héritier qui a failli être sacrifié, et non Ismaël.

Sommaire

Appellations

L’Aïd el-Kebir est nommé la Tabaski au Sénégal (son origine) et dans les autres pays d'Afrique de l'Ouest francophone (Guinée, Mali, Côte d'Ivoire, Bénin, Burkina Faso, Togo, Niger, Cameroun) et par exemple au Nigéria. En Afrique du Nord, il est appelé Tafaska chez les maghrébins de tradition Amazigh tandis que les autres Berbères, arabophones, utilisent le nom arabe. En Turquie, il est appelé Kurban Bayramı[2] et dans les Balkans, Kurban Bajram.

Autrefois les Morisques réfugiés en Afrique du Nord appelaient cette fête Karnéré, le terme disparaît peu à peu au profit de la dénomination arabe majoritairement en vigueur au Maghreb, il est parfois noté sous la graphie européanisée de Carnere par de nombreux voyageurs étrangers.[réf. nécessaire]

Origines du rite

Avant l'Islam

Dans le Coran

Cette tradition s'appuie sur la sourate 22 (dite du « pèlerinage »)[3], qui ne parle pourtant pas de mouton, mais de chameau.

Rites et traditions islamiques

Tabaski à Kounkané (Sénégal)

Le jour de Aïd el-Kebir constitue un jour de fête dans la tradition prophétique musulmane. En effet dès l'annonce de la vision de la nouvelle lune (cela signifie la fin du mois précédent et le début du suivant selon le calendrier lunaire), les musulmans glorifient la grandeur de Dieu par le takbir comme suit : Subhana Allahi wa el Hamdoulilahi wa la illaha illal Allahou , Allah ou Akbar, Allah ou Akbar, Allah ou Akbar wa lillahi al-hamd [réf. nécessaire] ( Gloire à Dieu, la louage appartient à Dieu, il n'y a pas d'autres divinités à part Dieu et Dieu est le plus grand,Dieu est le plus grand, Dieu est le plus grand, , Dieu est le plus grand et à Lui seul Lui sied la Louange). Ils doivent le prononcer autant qu'ils peuvent dans les mosquées, dans les maisons et les marchés. Les hommes le proclament à haute voix tandis que les femmes le font à voix basse, depuis la veille jusqu'à la prière du lendemain, jour de fête. Le matin très tôt, les musulmans mangent un nombre impair de dattes selon la sunna, puis après s'être purifiés par les ablutions et s'être parés de leurs plus beaux vêtements, ils se rendent au lieu de prière (à l'extérieur). Ils prient deux unités de prière et écoutent le sermon de l'imam qui les exhorte à craindre Dieu et à multiplier les actes d'adoration et de dévotion et à les parfaire afin qu’ils récoltent le succès au jour de la Résurrection. Enfin, l’imam égorge sa bête (mouton, chèvre, vache, chameau...)au nom de Dieu, sur le lieu de sacrifice ensuite les fidèles l'accomplissent à leur tour. L'islam incite les croyants à remercier Dieu pour ses bienfaits, et à partager la viande avec les plus pauvres dans un esprit de recueillement et de fraternité...

Dates dans le calendrier grégorien

Les dates du calendrier musulman varient en fonction des phases de la lune observées localement, le jour de la célébration de l'Aïd el-Kebir varie donc géographiquement en fonction du moment où la pleine lune est observée.

Aspects socioculturels

La pratique de ce sacrifice à domicile est controversée dans certains pays occidentaux. Cependant, certains pays européens, (Belgique, France…) essayent d'organiser des abattages dans des abattoirs ou des abattoirs mobiles afin de permettre d'assurer les meilleures conditions sanitaires d'abattage[4].

En Belgique, en 2007, l’agence Bruxelles-Propreté a ainsi édité un fascicule distribué dans les communes et les mosquées de la région bruxelloise. Publié en quatre langues, français, arabe, turc et néerlandais, il indique les coordonnées de quatre abattoirs communaux et quatre abattoirs privés de la région de Bruxelles[5]. La France publie chaque année une liste des sites autorisées disponible via les services des [directions départementales de la protection des populations] (DDPP) et des préfectures [6].

Substitution (selon le droit musulman)

Soheib Bencheikh, ancien Grand Mufti de Marseille, estime que le sacrifice d'un mouton à l'occasion de l'Aïd el-Kebir, « n'est ni un pilier de l'Islam, ni une obligation majeure comparable à la prière ou au jeûne du Ramadan » ; il ajoute que le droit musulman permet de remplacer cet acte par « un don fait dans un pays où les habitants ne mangent pas à leur faim, ce qui est plus conforme à l'esprit du partage que comporte cette pratique [7] », d'autant plus lorsque l'on sait que l'agriculture produit la majorité de sa production céréalière pour engraisser des animaux pour leur viande, alors que des êtres humains souffrent de la faim et de la sous-alimentation de par le monde [8].

Cette position a été confirmée dans l'ouvrage Animals in Islam, d'Al-Hafiz Basheer Ahmad Masri, qui fut l'imam de la mosquée Shah Jahan de Woking, au Royaume-Uni, de 1964 à 1968, et qui écrit :

« Pendant les premiers temps de l'Islam, la tradition d'offrir des animaux avait un sens. La viande était alors un ingrédient essentiel de l'alimentation humaine, et aucune miette n'en était perdue. De nos jours, tuer [des animaux] est devenu un rituel vide, et le sens profond [de l'acte] a été oublié. (...) Ne pas être cruel envers les animaux, ou même faire preuve d'une bienveillance condescendante à l'égard de nos soi-disant “inférieurs”, cela n'est que formulation négative. L'Islam demande que nous pensions et agissions de façon positive, en admettant les diverses espèces comme autant de communautés semblables à la nôtre, ayant leurs propres droits, et en ne les jugeant pas selon nos critères humains et nos échelles de valeurs (…) En fait, l'Islam est tellement concerné par la compassion pour les animaux que l'on peut se demander après tout pourquoi il nous a autorisés à les tuer pour notre nourriture, et pourquoi il ne nous a pas prescrit de devenir végétariens (...) D'un point de vue humanitaire, l'idéal serait que le monde entier devienne végétarien, et que soit laissée aux animaux la possibilité de vivre leur vie naturelle. »

Le poète saint indien Kabir, qui toute sa vie jamais ne renia le fait d'être musulman (quoique trouvant parmi les hindous des disciples aussi), considérait que le sacrifice sanglant n'était pas la loi d'Allah, mais la loi des mollah, loi qui est humaine et non loi divine, et s'y est donc toujours vivement opposé, en rapport avec sa propre philosophie mystique qui comprenait l'ahimsâ (« non-violence »)[9].

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes


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