André Helbronner

André Samson Seby Helbronner, né le 23 décembre 1878 à Paris et mort le 14 mars 1944 en déportation au camp de concentration de Buchenwald, est un physicien, un chimiste et un inventeur français.

Biographie

André Helbronner a été élève du Lycée Condorcet, puis de l'École nationale supérieure de chimie de Paris sous la direction de Charles Friedel.

Il soutient en 1904 en Sorbonne sa thèse intitulée Contribution à l'étude des aldéhydes oxynaphtoïques[1]. Il a été en France le premier professeur de chimie physique, d'abord à partir de 1906 à Limoges, puis à Dijon en 1908, et enfin au Collège de France. En collaboration avec Georges Claude et K. Lévy, il réussit à produire de l’azote liquide en 1905, et un demi-litre d'air liquide en 1910. En 1908, il participe en vain à la tentative de distillation fractionnée de 120 tonnes d'air à Boulogne avec le professeur Moore, Claude, ainsi que les autres responsables d'Air liquide, pour tenter d'isoler deux ou trois nouveaux gaz inertes. Ses proches collaborateurs se nomment alors Ernest Vallée, G. Bernstein, puis le professeur Henri Victor, Max von Recklinghausen et enfin Pierre Pipereaut (pour le compte de la Compagnie Générale des Produits chimiques de Louvres), durant ces années 1910 (il réside alors à Suresnes, pendant la période de la Grande Guerre, où il étudie durant deux ans l'accélération de la cicatrisation des plaies par l'action combinée des radiations visibles et ultraviolettes, sur plusieurs centaines de soldats dans les hôpitaux parisiens, avec Charles Benoît). Durant les années 1920 il travaille avec W. Rudolfs, Adolphe Jean-Baptiste Jouve pour la Société Hydro-Électrique et Métallurgique du Palais, puis avec l'anglo-indien — et futur collaborationniste, fusillé en Afrique du Nord — Éric Edward Dutt. Ces chercheurs éclectiques s'intéressent ainsi aux rayonnements ultraviolets, mettant au point plusieurs procédés de stérilisation de liquides ou de vulcanisation de rubis grâce à ces derniers, obtiennent les premiers du caoutchouc chloré (ancêtre du PVC), développent les 1res substances détectrices d'encres sympathiques -capitales à l'orée de la Première Guerre mondiale-, et enregistrent une vingtaine de brevets dans les domaines les plus divers (cuir artificiel, pellicule pour la photographie, mécanismes d'ascenseurs hydrauliques, pile électrique, accumulateur à argent colloïdal, fabrication du ciment blane, etc...).

Helbronner s'installe en 1917 aux États-Unis, sur la recommandation de Georges Clemenceau, pour participer au développement de l'industrie aéronautique américaine, grâce à ses vernis et colles pour ailes d'avions. Il obtient en 1922 la Grande Médaille d'Or de l'Institut Franklin, pour ses travaux sur la liquéfaction des gaz et sur les colloïdes.

Inventeur d'un générateur magnéto hydrodynamique en 1930, il oriente ses travaux dans le domaine de la physique nucléaire à partir de 1934, et crée avec quelques nouveaux scientifiques un laboratoire de recherche sur les propriétés de l'atome, qu'il installe à son domicile, 49 rue Saint-Georges à Paris. Il engage alors le jeune ingénieur chimiste Jacques Bergier (avec lequel il est censé avoir rencontré Fulcanelli un après-midi de juin 1937, dans les locaux de la Société du Gaz de Paris, 28 place Saint-Georges (Paris 9e), l'un des anciens hôtels particuliers de la marquise de Païva), avec qui il étudie l'utilisation de l'eau lourde pour ralentir les neutrons dans la réaction de fission nucléaire, met au point un procédé de fabrication de deutériure de lithium, et produit la première synthèse d'un élément radioactif naturel, le polonium, à partir de bismuth et d'hydrogène lourd en volatilisant un filament de tungstène (et de particules d'or à partir de copeaux de bois par la sublimation de ce même filament[2]). En 1939, il publie la loi (dite de Helbronner et Bergier) sur l’antagonisme physique entre les radiations solaires et radioactives.

Au printemps 1940, avec Bergier et Alfred Eskenazi, il dépose à l'Académie des sciences un dossier sur l’élaboration d’une bombe H. Au début de l'occupation allemande, il rejoint le réseau de résistance Marco Polo, qui vient d'être créé dans la région lyonnaise. Il fait alors partie, avec quelques scientifiques comme Alfred Eskenazi, Jacques Bergier alias "Jacques Verne" et d'autres, du groupe dit « des Ingénieurs » qui étudie les avancées techniques des Allemands dans les domaines militaire et scientifique. Ils réussissent ainsi à mettre à jour les expérimentations des fusées V1 et V2, grâce aux renseignements d'un ingénieur russe travaillant sur place. Ils trouvent encore de 1941 à 1943 le temps et les moyens de travailler à des applications pour l'industrie textile (collages, mesures et automatismes liés aux tissus), grâce aux proches d'Eskenazi.

Arrêté par la Gestapo le 7 juin 1943 à Lyon (dans sa chambre de l'hôtel de la Tour du Pin, transformée en laboratoire de fortune) sur dénonciation d'un certain Plouvier (milicien à la solde de Klaus Barbie), il passe par la suite 60 jours dans la cellule la plus infestée de punaises du Fort Montluc, sans être rasé. Il est alors transféré couvert d'abcès dus aux piqures le 28 octobre 1943 vers le centre de triage de Compiègne, qu'il quittera le 27 janvier 1944 pour le camp de concentration de Buchenwald, où il mourra le 14 mars 1944 d'une pneumonie.

Bibliographie

  • Roger Laugier, « André Helbronner », L'Information des sciences physiques, no 4, septembre octobre 1946, p. 34
  • Louis Pauwels et Jacques Bergier, Le Matin des Magiciens, Ed. Gallimard, 1960
  • Louise Weiss, Mémoires d'une européenne (tome 2), « La Résurrection du Chevalier, juin 1940-août 1944 », 1974, page 275 : résumé des travaux scientifiques d'André Helbronner (par Jacques Bergier), dont le neveu par alliance était le frère de Louise Weiss
  • Pierre Ganz, « Jacques Bergier, l'espion des V2 », in Les grands espions de la seconde guerre mondiale, Historama, Ed. R.Y.B. 1974 (puis 1978), tome 2
  • Jacques Bergier, Je ne suis pas une Légende, Ed. Retz, 1977
  • Marcel Ruby, La Résistance à Lyon, 19 juin 1940 - 3 septembre 1944, Ed. L'Hermès, 1979
  • Bruno Permezel, Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours, Ed. BGA Permezel, 2003

Références

  1. http://chimie.these.free.fr/CHIMTHE470.htm
  2. Jacques Bergier, La Grande Conspiration russo-américaine, Albin-Michel, 1978, p. 99]

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