Kipling


Kipling

Rudyard Kipling

J. Rudyard Kipling
Rudyard Kipling
Rudyard Kipling

Activité(s) Journaliste, romancier, poète
Naissance 30 décembre 1865
Décès 18 janvier 1936
Genre(s) Aventures
Distinctions Prix Nobel de littérature

Joseph Rudyard Kipling (Bombay, Inde britannique, le 30 décembre 1865 - Londres, le 18 janvier 1936) est un écrivain britannique.

Ses ouvrages pour la jeunesse ont connu dès leur parution un succès qui ne s'est jamais démenti, notamment Le Livre de la jungle (1894), Le Second Livre de la jungle (1895), Histoires comme ça (1902), Puck, lutin de la colline (1906) ; il est également l'auteur du roman Kim (1901), de poèmes, (Mandalay (1890), Gunga Din (1890), et If— (en) (1895) sont parmi les plus célèbres) et de nouvelles, dont L'Homme qui voulait être Roi (1888) et le recueil Simples Contes des collines (1888). Il a été considéré comme un « innovateur dans l'art de la nouvelle »[1], un précurseur de la science-fiction[2],[3] et l'un des plus grands auteurs de la littérature de jeunesse ; son œuvre manifeste un talent pour la narration qui s'est exprimé dans des formes variées.

De la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle, Kipling est resté l'un des auteurs les plus populaires de la langue anglaise. L'écrivain Henry James écrit à son sujet : « Kipling me touche personnellement, comme l'homme de génie le plus complet que j'ai jamais connu ». En 1907, il est le premier auteur de langue anglaise à recevoir le prix Nobel de littérature, et le plus jeune à l'avoir reçu. Par la suite, il a refusé d'être anobli.

Cependant, Kipling a été souvent considéré comme un « prophète de l'impérialisme britannique », selon l'expression de George Orwell. La controverse au sujet des préjugés et du militarisme qui seraient présents dans son œuvre a traversé tout le XXe siècle. Selon le critique littéraire Douglas Kerr : « Il reste un auteur qui inspire des réactions de rejet passionnées, et sa place dans l'histoire littéraire et culturelle est loin d'être solidement établie. Cependant, à l'heure où les empires européens sont en repli, il est reconnu comme un interprète incomparable, sinon controversé, de la manière dont l'empire était vécu. Cela, ajouté à son extraordinaire génie narratif, lui donne une force qu'on ne peut que reconnaître. »[4]

Sommaire

Biographie

L'enfance

Joseph Rudyard Kipling naît le 30 décembre 1865 à Bombay, fils d'Alice Kipling, née MacDonald, et de John Lockwood Kipling, sculpteur et professeur à la Jejeebhoy School of Art and Industry de Bombay ; ses parents venaient à peine d'arriver en Inde, et s'étaient rencontrés en Angleterre, dans le Staffordshire, près du lac Rudyard (en) - dont ils donnèrent le nom à leur fils. D'après Bernice M. Murphy[5], « les parents de Kipling se considéraient comme des « Anglo-Indiens », et leur fils devait faire de même, bien qu'il ait passé la plus grande partie de sa vie hors d'Inde. Cela explique pourquoi des problèmes complexes d'identité et d'allégeance nationale marquent ses œuvres de fiction. »

James Tissot, le Calcutta (Portsmouth), 1876

Ces journées de « ténèbres et de lumière crue » passées à Bombay prirent fin lorsque Kipling eut six ans[6]. Comme le voulait la tradition chez les anglo-indiens, Rudyard et sa jeune sœur Trix de trois ans prirent le bateau pour l'Angleterre, en l'occurrence pour se rendre à Southsea, Portsmouth, dans une famille d'accueil qui prenait en pension des enfants britanniques dont les parents résidaient en Inde. Les deux enfants grandirent sous la tutelle du capitaine Holloway et de son épouse, à Lorne Lodge, pendant les six années qui suivirent. Dans son autobiographie, publiée plus de soixante ans plus tard, Kipling évoque cette période avec horreur en se demandant non sans ironie si le mélange de cruauté et d'abandon qu'il subit auprès de Mme Holloway n'aurait pas précipité l'éclosion de ses talents littéraires[6].

« Si vous faites subir un interrogatoire à un enfant de sept ou huit ans sur ses activités de la journée (surtout lorsqu'il tombe de sommeil), il se contredira d'une façon tout à fait satisfaisante. Si chaque contradiction est épinglée comme mensonge et rapportée au petit déjeuner, la vie n'est pas facile. J'ai dû subir pas mal de brimades, mais il s'agissait là de torture délibérée, appliquée religieusement et scientifiquement. Par contre cela m'obligea à faire très attention aux mensonges que je dus bientôt concocter et je suppose qu'il s'agit d'une bonne base pour une carrière littéraire. »

Trix fut mieux traitée que Rudyard, car Madame Holloway voyait en elle un beau parti pour son fils[7]. Cependant les deux enfants avaient de la famille en Angleterre dans laquelle ils pouvaient séjourner. À Noël, ils passaient un mois chez leur tante Georgiana (Georgy) et son mari, le peintre Edward Burne-Jones, dans leur maison de Fulham à Londres, un paradis auquel je dois en vérité d'avoir été sauvé selon Kipling[6]. Au printemps 1877, Alice Kipling revint d'Inde et retira les enfants de Lorne Lodge.

« Maintes et maintes fois par la suite, ma tante bien-aimée me demanda pourquoi je n'avais jamais raconté comment j'étais traité. Mais les enfants ne parlent pas plus que les animaux car ils acceptent ce qui leur arrive comme étant décidé de toute éternité. De plus, les enfants maltraités savent très exactement ce qui les attend s'ils révèlent les secrets d'une prison avant d'en être bel et bien sortis.[6] »

En janvier 1878, Kipling entra au United Services College, à Westward Ho! dans le Devon, école fondée quelques années plus tôt afin de préparer les garçons à la carrière militaire. Ses débuts à l'école s'avérèrent difficiles, mais il finit par se faire des amitiés durables et ces années lui fournirent la matière du recueil d'histoires de potaches, Stalky & Co. (en), publié des années plus tard[7]. Au cours de cette période, Kipling tomba amoureux de Florence Garrard, co-pensionnaire de Trix à Southend où sa sœur était retournée. Florence servira de modèle à Maisie, l'héroïne du premier roman de Kipling, La Lumière qui s'éteint (1891)[7].

Vers la fin de son séjour à l'école, il fut décidé qu'il n'avait pas les aptitudes nécessaires pour obtenir une bourse d'études qui lui aurait permis d'aller à l'université d'Oxford[7] puisque ses parents n'avaient pas les moyens de financer ses études supérieures[8]. Kipling père procura donc un emploi à son fils à Lahore[9], où il était directeur de l'école d'art Mayo College of Art[10] et curateur du musée de Lahore. Kipling devait travailler comme assistant dans un petit journal local, la Civil & Military Gazette. Il prit la mer pour l'Inde le 2 septembre et débarqua à Mumbai le 20 octobre 1882.

Voyages de jeunesse

La gazette civile et militaire (Civil and Military Gazette) de Lahore, que Kipling appellera plus tard « ma première maîtresse, mon premier amour »[6] paraissait six jours par semaine de janvier à décembre, avec une interruption d'une journée à Noël et une autre à Pâques. Kipling était rudement mis à contribution par le rédacteur en chef, Stephen Wheeler, mais rien ne pouvait étancher sa soif d'écrire. En 1886, il publia son premier recueil de poésies, Departmental Ditties. Cette même année vit arriver un nouveau rédacteur en chef, Kay Robinson, qui lui laissa une plus grande liberté artistique et proposa à Kipling de composer des nouvelles pour le journal.[11]

Entre temps, pendant l'été 1883, Kipling s'était rendu pour la première fois à Shimla, station de montagne célèbre qui servait de capitale estivale aux Britanniques. Le vice-roi et le gouvernement avaient pris l'habitude de s'installer à Shimla six mois par an, faisant de la ville un centre de pouvoir et de plaisir à la fois[11]. La famille de Kipling se rendait tous les ans en villégiature à Shimla et Lockwood reçut la commande d'une fresque qui devait orner l'église du Christ.

Kipling revint passer ses vacances à Shimla tous les ans de 1885 à 1888, et la ville figura régulièrement dans les récits qu'il publiait dans la Gazette[11].

« Les vacances à Shimla, ou toute autre station où se rendaient mes parents, étaient un mois de pur bonheur, où chaque heure dorée comptait. Le voyage commençait dans l'inconfort sur la route ou le rail. Il se terminait dans la fraîcheur du soir, avec un feu de bois dans votre chambre à coucher, et le lendemain matin (avec la perspective de trente matins encore à venir !) une tasse de thé matinale, apportée par votre mère, et ces longues conversations où vous vous retrouviez de nouveau tous ensemble. Et puis vous aviez le temps de travailler à toutes les idées folles ou sérieuses qui vous traversaient la tête, et Dieu sait s'il y en avait.[6] »

De retour à Lahore, Kipling publia une quarantaine de nouvelles dans la Gazette entre novembre 1886 et juin 1887. La plupart de ces récits furent rassemblés dans Simples contes des collines (en), son premier recueil de prose publié à Calcutta en janvier 1888, alors qu'il venait d'avoir vingt-deux ans. Mais le séjour à Lahore touchait à sa fin. En novembre 1887, il fut muté à Allâhâbâd, dans les bureaux de The Pioneer, grand frère de la Gazette. Kipling écrivait toujours au même rythme effréné, publiant six recueils de nouvelles dans l'année qui suivit : Soldiers Three (Trois soldats), The Story of the Gadsbys (Histoire des Gadbsy), In Black and White (En noir et blanc), Under the Deodars (Sous les cèdres de l'Himalaya), The Phantom Rickshaw (Le Rickshaw fantôme), et Wee Willie Winkie (P'tit Willie Winky), soit un total de 41 nouvelles, dont certaines étaient presque déjà un court roman. De plus, en tant que correspondant dans la zone ouest du Rajasthan, il rédigea de nombreux billets qui furent rassemblés plus tard sous le titre Letters of Marque et publiés dans From Sea to Sea and Other Sketches, Letters of Travel (D'une mer à l'autre, lettres de voyage).[11]

Au début de l'année 1889, The Pioneer renonça aux contributions de Kipling à la suite d'un différend. L'écrivain, quant à lui, commençait à songer à l'avenir. Il céda les droits de ses six volumes de nouvelles pour 200 livres sterling et de dérisoires droits d'auteur, et les droits des Plain Tales from the Hills pour cinquante livres. Enfin, il reçut six mois de salaire en guise de préavis de licenciement[6]. Il décida de consacrer cet argent pour financer son retour à Londres, capitale littéraire de l'empire britannique.

Le 8 mars 1889, Kipling quitta l'Inde, d'abord en direction de San Francisco en faisant escale à Rangoon, Singapour, Hong Kong et le Japon. Puis il traversa les États-Unis en rédigeant des articles pour The Pioneer qui devaient également paraître dans le recueil From Sea to Sea. De San Francisco, Kipling fit route vers le nord jusqu'à Portland, dans l'Oregon; puis Seattle, dans l'État de Washington. Il fit une incursion au Canada, visitant Victoria, Vancouver et la Colombie-Britannique. Il revint ensuite aux États-Unis pour explorer le parc de Yellowstone, avant de redescendre sur Salt Lake City. Ensuite, il prit la direction de l'est, traversant les États d'Omaha, du Nebraska et s'arrêtant à Chicago, dans l'Illinois. De là, il partit pour Beaver (Pennsylvanie), sur les rives de l'Ohio pour un séjour chez les Hill. Le professeur Hill l'accompagna ensuite à Chautauqua (New York) (en), puis aux chutes Niagara, Toronto, Washington D.C., New York et Boston[12]. Il fit la connaissance de Mark Twain à Elmira (État de New York), devant lequel il se sentit fort intimidé. Puis Kipling traversa l'Atlantique pour débarquer à Liverpool en octobre 1889. Quelques mois plus tard, il faisait des débuts remarqués dans le monde littéraire londonien[11].

Les débuts littéraires

Débuts londoniens

Rudyard réussit à publier plusieurs de ses nouvelles dans des revues et trouva une chambre dans Villiers Street, près du Strand, où il logea de 1889 à 1891. À l'époque où il publia son premier roman, La Lumière qui s'éteint, il commença à souffrir de dépression. Il fit alors la connaissance de Wolcott Balestier (en), écrivain américain, qui travaillait également comme agent littéraire. Ensemble ils écrivirent un roman, The Naulahka. En 1891, sur le conseil du corps médical, Kipling s'embarqua pour un nouveau voyage qui le mena d'Afrique du Sud en Australie, puis en Nouvelle-Zélande et en Inde. Mais il renonça à son projet de passer Noël en famille lorsqu'il apprit la nouvelle de la mort de Wolcott Balestier, qui venait de succomber brutalement à la fièvre typhoïde. Il décida de rentrer immédiatement à Londres et envoya un télégramme à la sœur de Wolcott, Carrie Balestier, pour lui demander sa main. La jeune fille, dont il avait fait la connaissance l'année précédente et dont il était très proche, accepta. Entretemps, vers la fin 1891, paraissait à Londres une anthologie de nouvelles sur la présence britannique en Inde, Life's handicap.

Mariage et lune de miel

Le 18 janvier 1892 a lieu le mariage de Carrie Balestier (29 ans) et Rudyard Kipling (26 ans) « au plus fort de l'épidémie de grippe » qui sévissait à Londres

Les jeunes mariés décidèrent de faire un voyage de noces qui les mènerait des États-Unis, où ils en profiteraient pour rencontrer la famille de Carrie dans le Vermont, au Japon[8]. Malheureusement, à leur arrivée à Yokohama, les jeunes gens eurent la mauvaise surprise d'apprendre que leur banque, la New Oriental Banking Corporation, était en défaut de paiement.

Séjour américain

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le jeune couple retourna aux États-Unis et loua une petite maison près de Brattleboro dans le Vermont pour une somme de dix dollars par mois. Carrie était enceinte de leur premier enfant.

Retour dans le Devon

De retour en Angleterre en septembre 1896, les Kipling s'installèrent à Torquay sur la côte du Devon, dans une maison à flanc de colline qui regardait la mer. Kipling n'aimait pas cette nouvelle résidence dont l'orientation, affirmait-il, rendait ses occupants tristes et déprimés, mais pendant son séjour il se montra très actif sur le plan social et littéraire[8]. Kipling était désormais célèbre, et ses écrits témoignaient d'un intérêt grandissant pour la politique. Il avait commencé à rédiger deux poèmes, Recessional (1897) et The White Man's Burden (Le Fardeau de l'homme blanc) (1898) qui allaient déclencher une vive controverse lors de leur publication. Certains y lurent un plaidoyer en faveur d'une politique impériale éclairée, animée par le sens du devoir, conforme à l'Èthos victorien, d'autres au contraire y virent une défense sans vergogne de l'impérialisme et de ses manifestations racistes. D'autres encore en firent une lecture au second degré, croyant voir dans ces poèmes une mise en accusation ironique de la façon dont était gérée la politique impériale[8]

Take up the White Man's burden—
Send forth the best ye breed—
Go, bind your sons to exile
To serve your captives' need;
To wait, in heavy harness,
On fluttered folk and wild—
Your new-caught sullen peoples,
Half devil and half child.[13]

Les poèmes exprimaient également l'inquiétude de l'auteur, la crainte que tout pourrait être un jour anéanti[14]

Far-called, our navies melt away;
On dune and headland sinks the fire:
Lo, all our pomp of yesterday
Is one with Nineveh and Tyre!
Judge of the Nations, spare us yet.
Lest we forget - lest we forget![15]

Écrivain prolifique, difficile à classer tant sa production est variée pendant ce séjour à Torquay, il rédige Stalky & Co., recueil de récits basés sur ses années de pensionnat au United Services College de Westward Ho!. Ses jeunes héros font preuve d'une vision désenchantée et cynique du patriotisme et de l'autorité. Les membres de la famille de Kipling racontèrent plus tard qu'il aimait leur faire la lecture à haute voix des aventures de Stalky et compagnie, et qu'il avait souvent des fou-rires à la lecture des passages les plus comiques[8].

Début 1898, Kipling et les siens se rendirent en Afrique du Sud pour les vacances d'hiver, séjour qui allait devenir une tradition jusqu'en 1908. Auréolé de sa toute nouvelle gloire de poète de l'empire, Kipling fut reçu chaleureusement par certains des politiciens les plus influents du Cap, dont Cecil Rhodes, Sir Alfred Milner et Leander Starr Jameson. De son côté Kipling cultiva leur amitié et devint un fervent admirateur des hommes et de leur politique. Les années 1898–1910 furent cruciales pour l'Afrique du Sud, avec la seconde Seconde Guerre des Boers (1899–1902), le traité de paix qui s'ensuivit et la naissance de l'Union Sud-Africaine en 1910. De retour en Angleterre, Kipling écrivit des poèmes de soutien à la cause anglaise dans la guerre des Boers et lors du séjour sud-africain de 1900, contribua à la création d'un journal, The Friend (L'Ami), destiné aux troupes britanniques de Bloemfontein, la nouvelle capitale de l'État libre d'Orange. Sa contribution au journal ne dura pas plus de deux semaines, mais c'était la première fois depuis qu'il avait quitté l'équipe de The Pioneer d'Allâhâbâd plus de dix ans plus tôt que Kipling reprenait la plume du journaliste[8].

C'est à Torquay que Kipling commença à rassembler des idées pour un autre grand classique de la littérature enfantine, Les Histoires comme ça (Just So Stories for Little Children). Le livre parut en 1902, un autre de ses plus grands succès de librairie, Kim, étant paru l'année précédente. En marge de ces œuvres romanesques, Kipling participa au débat sur la réponse que devait apporter l'Angleterre au développement de la flotte de guerre allemande; il rédigea une série d'articles dans le courant de l'année 1898, articles qui furent ensuite publiés sous le titre A Fleet in Being.

En 1899, lors d'un séjour aux États-Unis, Kipling et sa fille aînée Joséphine contractèrent une pneumonie à laquelle succomba la jeune fille.

L'apogée de la carrière littéraire

Kipling sur la droite

Kipling fut au sommet de sa gloire dans la première décennie du XXe siècle. En 1907, il reçut le prix Nobel de littérature « en raison de la puissance d'observation, de l'originalité d'invention, de la vigueur des idées et du remarquable talent narratif qui caractérisent les œuvres de cet écrivain mondialement célèbre. » L'attribution des différents prix Nobel date de 1901 et Kipling en fut le premier lauréat anglophone. Lors de la cérémonie qui eut lieu à Stockholm le 10 décembre 1907, le secrétaire permanent de l'académie suédoise, C.D. af Wirsén, associa dans un vibrant hommage Kipling et trois siècles de littérature anglaise[16].

« L'académie de Suède, en attribuant cette année le prix Nobel de littérature à Rudyard Kipling, souhaite rendre hommage à la littérature anglaise si riche de gloires diverses, ainsi qu'au plus grand génie que ce pays ait jamais produit dans le domaine de la narration. »

Le couronnement littéraire de ce succès fut la publication de deux recueils, l'un de poésies et l'autre de récits Puck of Pook's Hill en 1906 et Rewards and Fairies en 1910. Ce dernier contient le poème If, (Si dans la traduction d'André Maurois). En 1995, une enquête de la BBC le donnait comme le poème préféré des britanniques. Cette exhortation au contrôle de soi et au stoïcisme est indéniablement le plus célèbre poème de Kipling.

Kipling sympathisa avec les positions des unionistes irlandais qui s'opposaient à l'autonomie, la Home Rule. Il fréquenta Edward Carson, chef des unionistes de l'Ulster né à Dublin, qui forma une milice de volontaires unionistes pour combattre ce qu'il appelait par dérision Rome Rule (la dictature de Rome, allusion à l'église catholique) en Irlande. Kipling composa le poème Ulster vers 1912, où il expose ce point de vue. Le poème évoque la journée du 28 septembre 1912 en Irlande du nord, au cours de laquelle 500 000 personnes signèrent le covenant de l'Ulster.

La première guerre mondiale

La réputation de Kipling était si étroitement liée aux idées optimistes qui caractérisent la civilisation européenne de la fin du XIXe siècle qu'elle pâtit inévitablement du discrédit dans lequel ces idées tombèrent pendant la Première Guerre mondiale et dans les années d'après-guerre. Kipling fut lui-même durement frappé par la guerre lorsqu'il perdit son fils, le lieutenant John Kipling, tué à la bataille de Loos en 1915. Il écrivit ces lignes « Si quelqu'un veut savoir pourquoi nous sommes morts, / Dites-leur : parce que nos pères ont menti »[17].

La fin

Kipling continua à écrire jusqu'au début des années 1930, mais à un rythme moins soutenu et avec un succès moindre. Il mourut des suites d'une hémorragie causée par un ulcère gastro-duodénal le 18 janvier 1936, deux jours avant la mort de George V, à l'âge de 70 ans. Son décès avait d'ailleurs été annoncé de façon prématurée dans les colonnes d'une revue à laquelle il écrivit : « Je viens de lire que j'étais décédé. N'oubliez pas de me rayer de la liste des abonnés. »[18]

Les cendres de Kipling reposent dans le Poets' Corner de l'abbaye de Westminster, aux côtés d'autres personnalités littéraires britanniques.

Œuvres

  • Plain Tales From the Hills, 1888 (Simples contes des collines)
  • Soldiers Three, 1888
  • In Black and White, 1888
  • The Story of the Gadsbys, 1888
  • Under the Deodars, 1888)
  • The Phantom Rickshaw, 1888
  • Wee Willie Winkie, 1888
  • The Man Who Would Be King, 1888 (L'homme qui voulut être roi)
  • The Light That Failed, New York, F. M. Lupton, 1890 (La Lumière qui s'éteint, Paris, P. Ollendorff, 1900)
  • Life's Handicap, 1891
  • The Naulakka, Leipzig, Heinemann & Balestier, 1892 (avec W. Balestier)
  • Many Inventions, 1893
  • The Jungle Book, 1894 (Le Livre de la jungle, Paris, Mercure de France, 1899)
  • The Second Jungle Book, Londres, MacMillan, 1895
  • Captains Courageous: a Story of the Grand Banks, 1897 (Capitaines courageux, une histoire du banc de Terre-Neuve, Paris, Hachette, 1903)
Portrait de Rudyard Kipling par John Palmer
  • The Seven Seas, 1896
  • The Day's Work, 1898
  • A Fleet In Being, 1898
  • Stalky and Co, 1899
  • From the Sea To Sea, 1899
  • Kim, Londres, MacMillan, 1901
  • Just So Stories, 1902 (Histoires comme ça)
  • The Five Nations, 1903
  • Traffics and Discoveries, 1904
  • Puck of Pook's Hill, 1906
  • Actions and Reactions, 1909
  • Rewards and Fairies, 1910
  • Songs From Books, 1912
  • A Diversity of Creatures, 1917
  • Land and Sea Tales, 1923
  • Debits and Credits, 1926
  • Thy Servant a Dog, Told By Boots, 1930
  • Limits and Renewals, 1932

Bibliographie et biographies

  • Marcel Brion : Rudyard Kipling, Paris, Edition de la Nouvelle revue critique, 1929, 14
  • Morton Cohen : Rudyard Kipling to Henry Rider Haggard : the record of a friendship, Ed. Hutchinson, 1965

Traductions

Ses premières traductions en français sont dues à Robert d’Humières.
Le poème If possède plusieurs traductions françaises. Il s'agit de celle qu'André Maurois donne dans son livre Les silences du colonel Bramble. Maurois - comme Charles Baudelaire traduisant Edgar Allan Poe - a choisi de rendre sa traduction, pour reprendre le dicton, belle plutôt que fidèle. Les traducteurs du début du XXe siècle, pétris de lettres classiques, étaient soucieux de maintenir la pureté de la langue et de rester fidèle au sens plutôt qu'à la lettre des textes. La version de Maurois se compose de vers parfaitement réguliers et aucune rime n'y est approximative comme le veut la mode de l'époque. L'idée fondamentale du poème de Kipling reste cependant bien présente dans la version traduite.

D'autres traductions existent : celles de Germaine Bernard-Cherchevsky (1942), de Jules Castier (1949), Hervé-Thierry Sirvent (2003) et de Jean-François Bedel (2006)[19].

Adaptations cinématographiques

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Voir aussi

Liens externes

Notes et références

  1. Rutherford, Andrew, 1987, préface à l'édition des œuvres complètes de Rudyard Kipling dans la collection Oxford World's Classics, Oxford University Press, ISBN 0-19-282575-5
  2. Rudyard Kipling et l'enchantement de la technique, Actes des deuxièmes Journées interdisciplinaires Sciences & Fictions de Peyresq, dir. U. Bellagamba, E. Picholle et D. Tron, éditions du Somnium, 2009, ISBN : 978-2-9532703-1-0.
  3. Rudyard Kipling, Sans fil et autres récits de science-fiction, éditions du Somnium, 2009, ISBN : 978-2-9532703-5-8.
  4. Douglas Kerr, University of Hong Kong, "Rudyard Kipling", The Literary Encyclopedia, 30 mai 2002, The Literary Dictionary Company.
  5. Murphy, Bernice M. (1999-06-21), Rudyard Kipling - A Brief Biography (Rudyard Kipling, petite biographie), School of English, The Queen's University of Belfast.
  6. a , b , c , d , e , f  et g Rudyard Kipling, Something of Myself, 1935 (Deux trois choses sur moi-même, autobiographie), Cambridge University Press. ISBN 0-521-40584-X.
  7. a , b , c  et d Carpenter, Henry and Mari Prichard, 1984,Oxford Companion to Children's Literature, pp. 296-297
  8. Erreur de citation : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées gilmour.
  9. aujourd'hui au Pakistan
  10. National College of Arts Lahore
  11. a , b , c , d  et e Rutherford, Andrew. 1987. Introduction to the Oxford World's Classics edition of "Plains Tales from the Hills", by Rudyard Kipling. Oxford University Press. ISBN 0-19-281652-7
  12. Pinney, Thomas éd. Letters of Rudyard Kipling, volume 1. Macmillan and Company, London and New York
  13. Assume le fardeau de l'homme blanc, / Envoie les meilleurs de tes fils, / Allez ! Condamne tes enfants à l'exil, / Esclaves de leurs prisonniers, / Pour servir, ployant sous le joug / / Moitié bourreaux moitié enfants, / Des peuples tremblants et sauvages / Nouveaux et farouches captifs Kipling, Rudyard. 1899. The White Man's Burden. Publié dans le The Times, Londres, et McClure's Magazine (U.S.A.) 12 février 1899.
  14. Snodgrass, Chris. 2002. A Companion to Victorian Poetry. Blackwell, Oxford.
  15. Appelées au loin, nos flottes disparaissent. / Sur la dune et le promontoire le feu s'éteint : / Hélas, notre gloire d'antan/ A rejoint celle de Ninive et de Tyre/ Juge des nations, épargne nous encore un peu./ De peur que nous n'oublions - de peur que nous n'oublions! Kipling, Rudyard. 1897. Recessional. The Times, Londres, Juillet 1897.
  16. Prix Nobel
  17. "If any question why we died/ Tell them, because our fathers lied"
  18. Laura Ward, Famous last words : the ultimate collection of finales and farewells, London : PRC ; New York : Distributed in the U.S. and Canada by Sterling, 2004. (ISBN 9781856487085), p. 132.
  19. On peut les comparer Pierre Crescenzo, « ici Rudyard Kiplin »


Précédé de :
Giosuè Carducci
Prix Nobel de littérature
1907
Suivi de :
Rudolf Christoph Eucken


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  • Kipling — (Rudyard) (1865 1936) écrivain anglais. Excepté Capitaines courageux (1897), ses princ. oeuvres ont pour cadre l Inde: les deux Livres de la jungle (1894 et 1895), recueils de récits; Kim (1901), roman. P. Nobel 1907 …   Encyclopédie Universelle

  • Kipling — [kip′liŋ] (Joseph) Rudyard [rud′yərd] 1865 1936; Eng. writer, born in India …   English World dictionary