Edouard Manet


Edouard Manet

Édouard Manet

Édouard Manet
Portrait d’Édouard Manet par Nadar en 1874
Portrait d’Édouard Manet par Nadar en 1874
Naissance 23 janvier 1832
Paris, France
Décès 30 avril 1883
Paris, France
Nationalité Français Drapeau de la France
Activité(s) Artiste-peintre
Maître Thomas Couture
Mouvement artistique oeuvre isolée, instigatrice du champ artistique moderne, ouvrant vers l'impressionnisme, le naturalisme, le symbolisme, les Nabis...
Œuvres réputées Le Déjeuner sur l'herbe, Olympia, La lecture, Portrait de Berthe Morisot, Le bar des Folies Bergères...
Influencé par la grande tradition muséographique, comme la peinture flamande, allemande, espagnole et italienne... La peinture espagnole réaliste de Diego Vélasquez à Goya l'a fasciné un moment, mais aussi les arts orientaux de l'estampe et du dessin.
Récompenses 1882 : Chevalier de la Légion d'honneur remise par son ami Antonin Proust.

Édouard Manet (né à Paris le 23 janvier 1832 - mort à Paris le 30 avril 1883) est un peintre français majeur de la fin du XIXe siècle.

Sommaire

Manet en esquisse

Issu d'une famille grand-bourgeoise, bambin dessinateur et griffonneur, adolescent artiste dans l'âme, Edouard Manet refuse de s’engager dans les classiques études de droit auxquelles son père le prédestine. Diantre, il ne veut alors il sera contraint d'être militaire ou marin.

En 1850, le jeune homme force sa famille après deux échecs à l'entrée de l'école navale à suivre son choix professionnel, fortement déclassant à leurs yeux, de dessinateur et peintre : il entre en élève libre dans l'école-atelier du peintre académique de péplum Thomas Couture. En 1856, après six ans d'apprentissage, face à l'échec de ses toiles aux concours et ne supportant plus corrections et remontrances, l'étudiant attardé rompt finalement avec le maître Couture et s'installe dans un premier atelier rue Lavoisier, souhaitant maîtriser son propre style. Il part avec jubilation à la recherche d'une concision et d'une simplification accrue des codes. Il réfléchit autant à l'usage approprié des matières picturales qu'il explore les thèmes de la représentation des sens et de la tempérance au cours de l'histoire de la peinture.

Ce peintre d'atelier se forme alors librement en copiant les chefs-d'œuvre de tous les plus grands musées européens (France, Italie, Allemagne, Hollande et Espagne). D'ailleurs les fonds gris de certaines de ses œuvres dénotent une admiration pour Goya et surtout la grande tradition espagnole du siècle d'or, à commencer par Vélasquez.

Portrait de Manet par Fantin-Latour

En 1861, il rencontre un début de succès prometteur avec le Portrait de M. et Mme Auguste Manet, reçu sur les cimaises officielles. Cette considération académique lui restaure un égard parental. Moins d’un an plus tard, toutefois, les couleurs et l'aspect érotique de Lola de Valence font scandale. Il commence à être désormais connu, comme un peintre peu recommandable et sans commande, mais son père est mort (1862) et sa mère affectueuse le soutient.

En 1863, le célèbre Déjeuner sur l'herbe et la provocante Olympia (qu'il ne montra qu'en 1865) achèvent de le classer aux yeux de l’opinion dans la catégorie des artistes infréquentables, et ses œuvres sont dès lors refusées quasi-systématiquement au Salon de Paris ou aux expositions universelles. Pourtant, l'artiste décrié continue son labeur et soutient les courants associatifs naissants, il fait partie des membres fondateurs de la société des aquarellistes de France.

Par la grâce de l'Empereur en 1863 qui autorise un Salon des refusés, les toiles marginales, celles de Degas, Millet, Monet, Pissarro, Renoir, Sisley et d'Edouard Manet se voient sous l'oeil généralement moqueur ou scandalisé des visiteurs. S'il veut exposer, le maudit doit payer de sa poche pour installer un lieu d'exposition. Ainsi naît un champ artistique indépendant, d'abord minuscule et sans soutien, fondé sur la référence à la tradition et le métier de l'artiste-peintre[1]

Le 4 Septembre 1870, dès la proclamation de la Troisième République, Manet, ardent républicain, s'engage comme mobile. Il y est vite officier à l'état-major, très éloigné du terrain.

En 1873, il expose au Salon « Le Bon Bock », tableau « naturaliste »[2]. Une timide et prudente reconnaissance du marché de l’art consacre Manet. Son ami Durand-Ruel, marchand d'art, parvient à vendre un bon nombre de ses toiles. Stéphane Mallarmé, professeur d'anglais et puriste de la langue, passe en soirée à l'atelier pour discuter avec le peintre qui pose ses pinceaux, privé de la lumière du jour.

En 1874, alors qu'il est éminemment proche des jeunes artistes impressionnistes, il choisit de ne pas exposer avec eux dans l'atelier de Nadar. Il vient à l'exposition et affiche son soutien aux peintres Degas, Monet, Pissarro, Renoir, Sisley... qui se réclament de lui. Parmi eux, il éprouve une vive amitié envers Berthe Morisot, ils parlent souvent d'art, leurs familles se fréquentent. Berthe épouse cette même année Eugène Manet qui est le frère de son mentor en peinture[3]. Manet qui n'a été essentiellement jusque là qu'un peintre d'atelier, composant avec précision ses sujets par une patiente disposition choisie et réfléchie, passe l’été 1874 sur un bateau-atelier entre Argenteuil et Gennevilliers, avec ses amis Monet, Renoir... Il subit l'influence de groupe tout en préservant son style propre, touché par la grâce du « plein air », aux tons beaucoup plus clairs sans être tenté par l'abstraction impressionniste.

À partir de 1876 et jusqu'à ses dernières années, le maître est fatigué. Souvent malade et hospitalisé à maintes reprises après 1880, il souffre de sa jambe gauche, mais il continue à peindre des natures mortes, des « œuvres d’intérieur » qui ne nécessitent pas de lourdes préparations préalables ou des subtilités de cadrage, et voici des compositions florales ou de fruits, des portraits, notamment des belles femmes amies dont il apprécie la visite ou de ses familiers, comme le poète Stéphane Mallarmé en 1876. Il ne cesse d'exposer régulièrement au Salon. En 1881/1882, il présente à ce même Salon, sa dernière grande œuvre en atelier, Un bar aux Folies Bergère.

Les attaques et le lent affaiblissement du corps attestent une grave maladie qui mène à l'amputation de sa jambe gauche le 20 avril 1883 et finit par l'emporter le 30 avril à Paris. Et pourtant, même diminué physiquement, Edouard ne cesse de peindre les fleurs et les fruits que lui apportent parents et amis. Sur ces lettres, il les fixe à l'aquarelle, telle cette mirabelle pour sa belle cliente Isabelle Lémonnier. Mais le peintre ne définissait-il déjà pas son apogée artistique après les difficiles années 1870-1871 par la boutade de n'être qu'un saint François de la nature morte : un bon peintre n'a besoin que d'avoir à disposition que des fleurs, des fruits et des nuages... et il peut dire tout ce qu'il a à dire, affirmait-il.

Le maître de plus de quatre cents toiles sans parler d’innombrables pastels, esquisses, aquarelles etc.. passés depuis à la postérité ne laisse pas orphelin, le groupe des Batignolles, qui a matière à y puiser un regard différent et à retrouver la codification subtile, héritière de siècles de traditions picturales et encore si insuflée de vie que Manet a laissé.

Ses tableaux, mal perçus et surtout objets constants de persiflage et de dérision à l’époque, ouvrent la voie à la peinture moderne. Manet décrié, insulté, ridiculisé devient le chef de file reconnu des « avant-gardistes ». Le peintre si proche des acteurs du courant impressionniste est à tort considéré aujourd’hui comme l'un de ses pères, il n'en est qu'un puissant inspirateur autant par ses morceaux de peinture que par ses thèmes de prédilection. La manière de peindre de ce réaliste reste néanmoins foncièrement différente de celle de Claude Monet ou de Camille Pissarro.

En 1907, ironie de l’histoire de la peinture, Olympia « refusée » en 1863, entre, 44 ans après sa création, au Musée du Louvre. Le champ artistique, redéfini par Manet et les indépendants, renversant les valeurs à la fois autorisées et hiératiques, s'est imposé.

Premières années

Enfance

Édouard Manet voit le jour le 23 janvier 1832 au numéro 5 de la rue Bonaparte (à l'époque rue des Petits Augustins), dans le quartier parisien de Saint-Germain-des-Prés. Son père Auguste, fervent républicain, était un haut fonctionnaire, chef de division au ministère de la Justice et descendait d’une illustre famille bourgeoise de la capitale. Mme Eugénie Désirée Manet (née Fournier), quant à elle, était la fille d’un diplomate affecté à Stockholm, qui avait su si bien acquérir la confiance du roi de Suède que ce dernier avait autrefois accepté de devenir le parrain de la mère de Manet. Bien qu’élevé dans cette famille aux mœurs austères, le jeune Édouard put découvrir rapidement le monde artistique grâce à l’influence d’un oncle assez excentrique, le capitaine Édouard Fournier, qui entraîna très tôt Édouard et son frère Eugène dans les galeries du musée du Louvre pour y admirer les grands maîtres.

À l’âge de douze ans, Édouard Manet est envoyé au collège Rollin (aujourd’hui le lycée Jacques-Decour), au pied de la butte Montmartre. Il eut notamment pour professeur d’histoire le jeune Henri Wallon, dont le célèbre amendement allait plus tard constituer la pierre angulaire de la Troisième République. Les performances scolaires de Manet semblent avoir été très décevantes : le jeune garçon se montrait régulièrement dissipé, assez peu appliqué et faisait même parfois preuve d’insolence. Son camarade Antonin Proust rapporte par exemple une altercation que le futur peintre révolté eut avec Wallon au sujet d’un texte de Diderot sur la mode : le jeune homme se serait exclamé qu’ « il faut être de son temps, faire ce que l’on voit sans s’inquiéter de la mode ».[4] Manet agrémentait la plupart de ses cahiers de caricatures particulièrement assassines de ses professeurs ou de ses voisins de classe, au point d’acquérir rapidement une grande renommée en ce domaine parmi ses camarades.

Le voyage au Brésil

L'Évasion de Rochefort
1881 (143 x 114 cm)
Kunsthaus, Zurich

Les mauvais résultats obtenus par Édouard imposèrent à sa famille de réviser à la baisse les ambitions nourries autrefois à l’égard de leur fils aîné. Étant donné qu’une carrière dans le monde juridique semblait d’ores et déjà à exclure, les parents ne s’opposèrent pas au souhait soudainement exprimé par Manet de devenir marin. Un premier échec à l’entrée de l’École navale interdit cependant au jeune homme d’accéder au métier par la voie la plus noble, et lui imposa une formation sur le tas : alors qu’il n’est encore âgé que de seize années et que la fièvre révolutionnaire de la Seconde République vient à peine de s’apaiser, Édouard embarque en décembre 1848 sur le bateau-école Havre et Guadeloupe à destination de Rio de Janeiro, en qualité de simple pilotin.

Cette expérience, si elle ne confirma finalement pas la vocation maritime de Manet, lui fut néanmoins précieuse dans le développement de sa personnalité. Son séjour au Brésil lui donna un goût certain pour l’exotisme, pour les femmes, et lui fournit une confrontation brutale avec la réalité de l’esclavage. Toutes ces influences resteront perceptibles dans nombre de ses œuvres, notamment dans son Olympia. Le jeune homme vécut aussi très profondément sa rencontre spirituelle avec l’univers de la mer, et en conserva toute sa vie une fascination qu’il exprima en particulier dans sa série de paysages marins du type de L'Évasion de Rochefort, hommage au polémiste anti-impérial Henri Rochefort et à son évasion d’un bagne de Nouvelle-Calédonie.

Apprentissage à l’atelier de Thomas Couture

Portrait du Tintoret par lui-même, copie d'après le tableau du Louvre
1854 (61 x 51 cm)
Musée des Beaux-Arts de Dijon

Édouard Manet revient d’Amérique du Sud en juin 1849. L’expérience acquise au cours de ce long voyage ne lui permet cependant pas d’entrer à l’École navale, où il échoue une nouvelle fois. Loin de l’affliger, ce revers acheva de persuader Manet que son avenir passait nécessairement par une carrière artistique. Dès l’automne, le jeune homme obtient l’accord de ses parents pour entrer, avec son ami Antonin Proust, dans l’atelier du peintre Thomas Couture, où il resta environ six ans.

On considère souvent Thomas Couture comme l’une des figures emblématiques de l’art académique très formel de la seconde moitié du XIXe siècle, caractérisé notamment par un attrait quasi exclusif pour le monde antique et pour les sujets empreints de gravité. Le peintre doit cette réputation à son chef-d’œuvre des Romains de la décadence, présenté peu de temps auparavant au Salon de Paris de 1847. Son style, à l’époque, passait cependant pour novateur en comparaison d’autres artistes académiques beaucoup plus ternes et lourds, ce qui explique le choix, en réalité audacieux, de Manet.

Manet consacra l’essentiel de ces six années à l’apprentissage des techniques de base de la peinture et à la copie de quelques œuvres de grands maîtres exposées au musée du Louvre : ainsi de l’Autoportrait du Tintoret, du Jupiter et Antiope attribué au Titien ou d’Hélène Fourment et ses enfants, œuvre de Rubens. Son attirance pour le moderne était perceptible dès cette période, puisqu’il obtint de Delacroix la permission de copier La Barque de Dante, alors exposée au musée du Luxembourg. Le jeune peintre, même s’il réalisa probablement quelques œuvres originales à cette époque de sa vie, les détruisit probablement par la suite en guise de désaveu.

Vénus d'Urbin, copie d'après le tableau de la galerie des Offices de Florence
1856 (24 x 37 cm) Coll. particulière

Manet prend soin de compléter sa formation par une série de voyages culturels à travers l’Europe : on trouve trace de son passage au Rijksmuseum d’Amsterdam en juillet 1852. Il réalise par ailleurs deux séjours en Italie : le premier, en 1853, est réalisé en compagnie de son frère Eugène et lui sert d’occasion pour copier la célèbre Vénus d'Urbin du Titien, à la galerie des Offices de Florence, dont il s’inspirerait par la suite pour Olympia. Au cours du second voyage, en 1857, Manet refait un passage dans la cité des Médicis pour y croquer quelques fresques d’Andrea del Sarto au cloître de l’Annunziata. Outre les Pays-Bas et l’Italie, l’artiste aurait profité de son déplacement de 1853 pour visiter l’Allemagne et l’Europe centrale, en particulier les musées de Prague, Vienne, Munich ou Dresde.

L’indépendance d’esprit manifestée par Manet tendait à alimenter une certaine tension entre le jeune homme et son maître. Couture, dérouté par l’obstination de son élève à choisir des sujets simples et réalistes et à peindre des modèles habillés, finit par lui prédire qu’il ne serait jamais que le « Daumier de son temps »[5], autrement dit un caricaturiste aux goûts grossiers. Cette divergence artistique grandissante conduit Manet à quitter l’atelier Couture en 1856, et à emménager dans son propre local, rue Lavoisier, avec son ami, Albert de Balleroy.

C'est dans cet atelier qu'il peint, en 1859, le portrait intitulé l'Enfant aux Cerises. L'enfant était agé de 15 ans et Manet l'avait engagé pour laver ses brosses. Il fut retrouvé pendu dans l'atelier par Manet, qui, frappé par ce suicide, s'installa dans un autre local.

Période hispanisante et réaliste

L’ombre de Vélasquez

Le Buveur d'absinthe
1858-1859 (180,5 x 105,6 cm)
Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhague

Après quelques dernières années employées à copier et à apprendre des grands tableaux, c’est au Salon de 1859 que Manet se décide à dévoiler officiellement sa première œuvre, intitulée Le Buveur d'absinthe. La toile, de facture nettement réaliste, dénote l’influence indéniable de Gustave Courbet, mais constitue surtout un vibrant hommage à celui que Manet a toujours considéré comme son modèle ultime et comme « le peintre des peintres »[6], Diego Vélasquez. En l’occurrence, on constate une parenté spirituelle évidente entre le Buveur d’absinthe et le Ménippe du grand maître espagnol. Nombre des peintures d’Édouard Manet comporteront ainsi des références évidentes ou plus subtiles à son illustre prédécesseur. Le personnage du tableau, de manière assez comique, fera une réapparition totalement incongrue dans une toile ultérieure, Le Vieux Musicien, qui a également la particularité d’être le tableau de Manet aux dimensions les plus larges.

Le Buveur d'absinthe fut à l’origine du premier refus et, incidemment, du premier scandale dont Manet fit l'objet. Outre la trivialité et le réalisme quasi naturaliste du sujet, la toile fut raillée pour son manque global de finition (en réalité volontaire), plus particulièrement au niveau du visage ou du pantalon, à peine esquissés. Le jeune artiste bénéficia pourtant de plusieurs soutiens remarqués, avec notamment Eugène Delacroix, qui assura sa défense auprès du jury, et surtout Charles Baudelaire, qui venait de faire sa connaissance et s’employait à le faire connaître dans la société parisienne (voir infra).

Manet, à cette période de sa vie, est marqué par une certaine fascination pour l’art de la péninsule ibérique, qu’il associe au réalisme, par opposition à l’art italianisant des Académiques, plus formel et déconnecté du monde contemporain. Déjà bien avant son premier voyage en Espagne en 1865, il consacre donc plusieurs toiles à ce qu’il désigne lui-même comme des « sujets espagnols » : à la danseuse énigmatique et si intensément baudelairienne de son Lola de Valence répond comme en écho le guitarero romantique du Chanteur espagnol. Manet confirmera son attachement à l’Espagne avec le Jeune Homme en costume de majo et Mlle V. en costume d'espada, exposés au Salon des Refusés de 1863. (voir infra)

Le style espagnol étant à la mode, entre autres depuis la création de la « galerie espagnole » par Louis-Philippe, son Chanteur lui permit pour la première fois d’être accepté à un Salon de Paris en 1861, où il put également exposer le portrait de ses parents (voir ci-dessus). Le Chanteur espagnol obtint la mention « honorable » et plut non seulement à Baudelaire mais aussi à Théophile Gautier, qui en loua la « couleur très vraie » et la « brosse vaillante »[7]. Le succès officiel de Manet, toutefois, ne fut que de courte durée, et allait bientôt laisser place aux scandales à répétition : la légère désapprobation quant aux couleurs et à l’érotisme suggéré de Lola de Valence ne constituait en réalité que le prélude à l’affaire d’Olympia.

La dernière toile de Manet pouvant être spécifiquement qualifiée de « sujet espagnol » est son Homme mort, daté de 1864. L’œuvre, à l’origine, n’était en fait qu’une partie d’une composition plus vaste destinée au Salon de la même année, et intitulée Épisode d’une course de taureaux : le peintre, de son propre aveu mécontent, découpa et conserva la seule partie réussie du tableau pour mettre un terme aux moqueries du public, qui s’amusait de la taille minuscule du taureau en arrière-plan.

Entrée dans la vie mondaine

Édouard Manet avait la réputation d’être un jeune homme plein d’assurance, volontiers amical et sociable. C’est pourquoi l’époque de ses premiers succès ou scandales est aussi celle de son entrée remarquée dans les cercles intellectuels et aristocratiques parisiens. Outre la petite cour de jeunes peintres admiratifs s’étant déjà ralliés à sa cause (Fantin-Latour, Degas…), Manet fréquente assidûment le jardin des Tuileries, où il réalise des esquisses en plein air en compagnie de son ami Baudelaire, et le café Tortoni, où lui et ses compagnons de la « bohème élégante » ont leurs habitudes.

L’univers à la fois huppé et raffiné dans lequel évoluait Manet, propre au Paris du XIXe siècle, est sans doute le mieux rendu par la célèbre Musique aux Tuileries, qui dépeint un concert donné au jardin et dans lequel Manet se plaît à faire figurer un certain nombre des personnes qui lui sont proches. La silhouette de Baudelaire n’est qu’esquissée, juste au-dessus de la première dame habillée en blanc en partant de la gauche. Cette dernière, installée à côté de Mme Offenbach, n’est autre que Mme Lejosne, chez qui Manet a fait la connaissance de Baudelaire. Le peintre s’est lui-même représenté sous les traits du personnage barbu le plus à gauche de la composition. Quant à son frère, Eugène Manet, le tableau le dépeint légèrement incliné vers la gauche, devisant avec une autre femme.

La toile, qui symbolise nettement la rupture faite par le peintre avec sa période réaliste, reçut un accueil défavorable de la part des critiques, qui accusèrent Manet de ne travailler que par esquisses floues et d’ « écorcher les yeux comme la musique des foires fait saigner l’oreille »[8]. C’est bien La Musique aux Tuileries, davantage que Le Déjeuner sur l'herbe, qui semble constituer le premier véritable manifeste du mouvement impressionniste.

Plus de dix années plus tard, au printemps 1873, Manet réalisa une toile d’une facture similaire à celle de La Musique aux Tuileries, intitulée Bal masqué à l'opéra et où figurent plusieurs de ses connaissances. L’opéra en question, situé rue Le Peletier dans le IXe arrondissement, devait d’ailleurs être réduit en cendres par un incendie la même année. La toile joue sur les contrastes de couleurs entre les hommes, entièrement vêtus de noir, et les comédiens habillés de façon extravagante.

Les Courses à Longchamp
1867 (43,9 x 84,5 cm)
The Art Institute, Chicago

Parmi les autres grands rendez-vous mondains du Paris du XIXe siècle, les courses hippiques de Longchamp occupaient une place non négligeable. Édouard Manet s’inspira de cet évènement festif pour réaliser une toile particulièrement novatrice. Dans Les Courses à Longchamp, en effet, les chevaux sont représentés non de profil mais de face, comme si le peintre se trouvait au beau milieu de la piste. Le tableau, ainsi, apparaît impressionniste dans tous les sens du terme.

Le Salon des Refusés de 1863 : gloire et scandale

Pour la première fois dans l’histoire du Salon officiel et annuel de Paris, on permet en 1863 aux artistes refusés d’exposer malgré tout leurs œuvres dans une petite salle annexe à l’exposition principale, et où les visiteurs les plus audacieux pouvaient poursuivre leur parcours s’ils le désiraient : c’est le fameux Salon des Refusés. Édouard Manet, en y exposant trois œuvres controversées, s’imposa comme une figure désormais incontournable de l’avant-garde.

Le Bain, ou Le Déjeuner sur l’herbe

Article détaillé : Le Déjeuner sur l'herbe

Parmi les trois peintures exposées au Salon, la composition centrale du Déjeuner sur l’herbe suscita les réactions les plus considérables. Le scandale était dû à plusieurs facteurs, ce qui explique son envergure : en premier lieu, et bien que cela soit moins visible que dans La Musique aux Tuileries, Manet confirme sa rupture stylistique avec le classicisme et l’académisme, pour se rapprocher de la technique impressionniste. Comme l’a involontairement noté un critique de l’époque, selon lequel « Manet aura du talent le jour où il saura le dessin et la perspective »[8], le peintre s’exprime dans des formes brutales et des couleurs chatoyantes qui rompent avec la technique traditionnelle.

Mais la polémique, en réalité, venait moins du style de la toile que de son sujet : si le nu féminin était déjà répandu et apprécié, à condition d’être traité de façon pudique et éthérée, il était véritablement choquant de faire figurer dans la même composition deux hommes tout habillés, a fortiori vêtus des costumes de l’époque. Une telle mise en scène, dénuée de toute hypocrisie, excluait en effet la possibilité d’une interprétation mythologique et donnait au tableau une forte connotation sexuelle. Le critique Ernest Chesneau, résumant ce malaise, affirmait ne pouvoir « trouver que ce soit une œuvre parfaitement chaste que de faire asseoir sous bois, entourée d’étudiants en béret et en paletot, une fille vêtue seulement de l’ombre des feuilles »[9]. Le Déjeuner sur l’herbe ne faisait pourtant que s’inspirer d’une œuvre de Raphaël représentant deux nymphes, et du Concert champêtre du Titien, la seule différence avec ces deux peintures étant l’habillage contemporain des deux hommes. Manet, de cette manière, relativisait et ridiculisait les goûts et les interdits de son époque.

Les deux autres œuvres de la trilogie

Outre Le Déjeuner sur l'herbe, qui occupait le centre du mur alloué à Manet, deux sujets espagnols étaient également proposés par le jeune peintre. À gauche se trouvait le Jeune Homme en costume de majo. Ce personnage à l’allure fière n’est autre que le plus jeune frère de Manet, Gustave. L’œuvre, une fois de plus, dérouta les critiques, notamment en raison du fort contraste s’établissant entre la couverture rouge, si bien travaillée et détaillée, et le visage à peine esquissé du majo.

À droite du Déjeuner figurait un audacieux portrait du modèle fétiche de Manet, Victorine Meurent (voir infra), travestie en homme. Dans Mlle V. en costume d’espada, Victorine feint de participer en tant qu’espada à une tauromachie. Tout est mis en œuvre cependant pour montrer que le sujet n’est qu’une supercherie : Victorine, du fait de la menace représentée par le taureau, ne devrait normalement pas fixer le spectateur avec autant d’insistance. L’ensemble de la scène est tout simplement un prétexte visant à représenter la modèle dans des habits masculins et donc à faire ressortir de manière plus éclatante encore sa féminité.

Olympia, ou l’entrée dans la modernité

Article détaillé : Olympia

Olympia
1863 (130,5 x 190 cm) Musée d'Orsay, Paris

Bien que Manet ait finalement décidé de ne pas l’exposer au Salon des Refusés et de ne la dévoiler que deux ans plus tard, c’est bien en 1863 que fut réalisée la toile d’Olympia. L’œuvre, qui allait susciter une controverse encore plus féroce que le Déjeuner sur l'herbe, représente une prostituée semblant sortir tout droit d’un harem à l’orientale et s’apprêtant visiblement à recevoir un client qui s'annonce avec un bouquet. Le tableau, qui associe et fait ressortir avec puissance le contraste entre la femme blanche et la femme noire, s’inscrit en réalité dans la longue tradition artistique et très académique dite de « l’odalisque à l’esclave » : ainsi des Odalisques d’Ingres, ou encore de l’Odalisque de Benouville et de celle de Jalabert dans les années 1840. Mais Olympia, avant tout, se veut une référence audacieuse à la célèbre Vénus d'Urbin du Titien.

Contrairement au Déjeuner sur l’herbe, Olympia n’est donc pas tant choquante par son thème que par la manière dont ce thème est traité. Outre qu’elle soit entièrement nue, la modèle (Victorine Meurent) s’affiche avec une insolence et une provocation indéniables. L’atmosphère générale d’érotisme, surtout, est renforcée par la présence du chat noir à la queue relevée, aux pieds de la jeune fille. L’animal fut ajouté par Manet, non sans humour, afin de remplacer l’innocent chien figurant dans la Vénus d’Urbin, et peut-être également afin de désigner par métaphore ce que la jeune fille cache précisément de sa main. D’autres éléments de la composition ont longtemps perturbé les critiques : c’est le cas du bouquet de fleurs, nature morte s’invitant de manière incongrue dans un tableau de nu, mais aussi du bracelet (qui appartenait à la mère du peintre !) et de la grossièreté de la perspective.

Bien que Manet ait à l’évidence cherché le scandale, l’avalanche de récriminations dont il fut la victime l’accabla assez fortement, et le soutien de son ami Charles Baudelaire l’aida à passer ce cap difficile de sa vie. (voir infra)

L’entourage de Manet

Les proches d’Édouard Manet, qu’il s’agisse de sa famille directe ou de ses amis du monde de l’art, furent absolument déterminants dans l’évolution de la carrière du peintre. Ce dernier a la particularité d’avoir fréquemment peint les personnes qui partageaient sa vie.

Famille

Sa compagne Suzanne Leenhoff

La Lecture
Vers 1865 (74 x 61 cm)
Musée d'Orsay, Paris

Suzanne Leenhoff fut sans aucun doute la Néerlandaise corpulente et placide, que Berthe Morisot appelait affectueusement « la grosse Suzanne »[8]. Elle avait en effet le tempérament adéquat pour vivre aux côtés du peintre et supporter avec le sourire ses nombreuses infidélités. Édouard Manet, attaché à Suzanne pour l'équilibre qu'elle lui apportait, finit par l'épouser en octobre 1863, alors qu'il en avait eu, selon Adolphe Tabarant, un fils, Léon, dès 1852. Le père de Manet était décédé un an avant ce mariage.

La silhouette tranquille et apaisante de Suzanne figure à de nombreuses reprises dans l'œuvre de Manet. On compte plusieurs portraits restés célèbres, notamment La Lecture, où Mme Manet écoute avec attention les paroles de son fils Léon : les tonalités et les couleurs de cette toile, très douces, en font un remarquable exemple d'impressionnisme. Dans Suzanne Manet à son piano, l'époux de la jeune femme met en valeur le grand talent qu'elle avait pour jouer cet instrument, au point qu'elle put apaiser les derniers jours de Baudelaire en jouant du Wagner. Enfin, c'est également la fidèle compagne du peintre qui sert de modèle au nu féminin de La Nymphe surprise.

Son fils Léon Leenhoff

Bien qu’aucune preuve directe de paternité ne puisse être établie, Édouard Manet est sans aucun doute le père biologique du fils de Suzanne, Léon Leenhoff, qu’il éleva d’ailleurs comme son fils. Les raisons ayant poussé le peintre à ne jamais reconnaître sa paternité, même après son mariage, restent assez énigmatiques, de même que la nature exacte des relations qu’il entretenait avec le jeune garçon. Ce dernier, jusqu’à un âge avancé, l’appelait « parrain », d’où une certaine ambiguïté.

Il est possible de suivre le mûrissement progressif de Léon à travers les portraits que Manet fit de lui, depuis l’enfance jusqu’à l’adolescence. C’est encore un tout jeune enfant qui pose, déguisé en page espagnol, dans L'Enfant à l'épée, à l’époque où le peintre accumulait les sujets espagnols. Plus tard, dans Les Bulles de savon, un Léon âgé de quinze ans s’amuse à faire des bulles dans un bol de savon, peut-être afin de symboliser la brièveté de la vie. Mais surtout, on retient de Léon Leenhoff le visage d’un adolescent rêveur et mystérieux, tel qu’il apparaît dans le célèbre Déjeuner dans l'atelier, réalisé à l’appartement familial de Boulogne-sur-Mer, où les Manet passaient l’été. Cette toile, acceptée et exposée au Salon de Paris de 1869, résume parfaitement l’œuvre de Manet en ce qu’elle a parfois de bizarre ou d’absurde grâce à un rassemblement d’éléments totalement hétéroclites : trois personnages indifférents les uns aux autres, un repas mêlant huîtres et café, des armes et des accessoires de combat, sans oublier bien sûr la présence de l’incontournable chat noir, qui, depuis Olympia, symbolise Manet aux yeux des critiques.

Sa belle-sœur Berthe Morisot

Berthe Morisot au bouquet de violettes (détail)
1872 (55 x 38 cm)
Coll. particulière

Un jour qu’il déambulait au musée du Louvre, Manet, par l’intermédiaire de Fantin-Latour, fit la connaissance d’une jeune peintre dont le talent novateur et la beauté mélancolique semblaient ne faire qu’un. D’emblée impressionné par Berthe Morisot, Manet la persuade de poser pour lui dans différents tableaux. Outre le remarquable Berthe Morisot au bouquet de violettes, encensé plus tard par Paul Valéry, c’est surtout Le Balcon qui va frapper les esprits. La toile, inspirée des Majas au balcon de Francisco Goya, a été réalisée à la même époque et dans la même intention que le Déjeuner dans l'atelier. Les trois personnages, tous amis de Manet, semblent n’être reliés par rien : tandis que Berthe Morisot, à gauche, fait figure d’héroïne romantique et inaccessible, la jeune violoniste Fanny Claus et le peintre Antoine Guillemet paraissent habiter un autre monde. Le vert agressif et audacieux du balcon, par ailleurs, fit couler beaucoup d’encre.

Berthe Morisot devient la belle-sœur de Manet en 1874 lorsqu’elle se marie avec le frère de ce dernier, Eugène. Influencée notamment par son beau-frère, elle s’imposera ensuite comme une figure essentielle du mouvement impressionniste.

Amitiés littéraires

Alors même qu’il n’était encore qu’un jeune peintre fort obscur, Édouard Manet avait déjà fait la connaissance et conquis l’amitié de Charles Baudelaire. Les deux hommes se rencontrent dès 1859 dans le salon du commandant Lejosne, ami de la famille Manet. Bien que Baudelaire n’ait jamais écrit publiquement pour soutenir son ami, y compris pendant le scandale du Salon des Refusés de 1863, il tint le talent du jeune homme en haute estime dès la présentation du Buveur d'absinthe. Comme il l’avait noté en 1865, peu avant sa mort, « il y a des défauts, des défaillances, un manque d’aplomb, mais il y a un charme irrésistible. Je sais tout cela, je suis un des premiers qui l’ont compris »[10].

L’amitié de Charles Baudelaire fut particulièrement bénéfique à Manet après la présentation d’Olympia : le peintre, sans le laisser paraître, avait été fortement abattu par les critiques féroces qui lui avaient été adressées, et en avait touché un mot à son ami, alors en séjour à Bruxelles. La lettre mémorable que Baudelaire envoie en réponse est à la fois ferme et amicale : invitant Manet à faire taire son orgueil, le poète relativise la portée des attaques dont son ami est victime par rapport à celles que d’autres grands artistes ont pu endurer, allant jusqu’à dire que Manet n’est somme toute « que le premier dans la décrépitude de [son] art »[11]. Ce commentaire corrosif, dans la bouche d’un poète fasciné par le thème de la décadence, est bien sûr en réalité un compliment. La mort de Baudelaire, survenue prématurément en 1867, fut un coup rude pour Manet et sa femme Suzanne, qui perdaient à la fois un protecteur et un ami.

C’est cependant à cette époque qu’Édouard Manet reçoit le soutien bruyant d’un jeune auteur audacieux de vingt-six ans, Émile Zola. Ce dernier, révolté par le refus qui fut opposé au Joueur de fifre pour le Salon officiel de 1866, publia la même année un article retentissant dans L’Événement, dans lequel il prenait la défense du tableau. L’année suivante, Zola alla jusqu’à consacrer une étude biographique et critique très fouillée à Édouard Manet, afin de permettre la « défense et illustration » de sa peinture, qu’il qualifiait de « solide et forte »[12] et associait – peut-être à tort – au naturalisme. Il semble aujourd’hui indéniable que toutes ces manifestations de soutien comportaient une certaine part de calcul : le jeune écrivain, en se positionnant clairement en faveur du représentant emblématique de l’avant-garde qu’était Manet, s’assurait sa propre réputation et sa propre gloire.

Manet n’en fut pas moins reconnaissant envers son nouvel ami, et réalisa dès 1868 le Portrait d'Émile Zola, accepté au Salon de la même année. La toile contient plusieurs éléments anecdotiques et discrets révélant l’amitié des deux hommes : outre la reproduction d’Olympia accrochée au mur, et dans laquelle le regard de Victorine Meurent a d’ailleurs été légèrement modifié par rapport à l’original afin de fixer Zola, on distingue sur le bureau le livre bleu-ciel que l’écrivain avait rédigé pour défendre Manet. L’entente entre les deux hommes, toutefois, ne dura pas : de plus en plus perplexe face à l’évolution impressionniste que connaissait le style de Manet, bien loin du réalisme qu’il prisait, Zola finit par rompre tout contact.

Ce n’est que plus tard dans sa vie que Manet retrouvera chez un homme de lettres l’amitié profonde et spirituelle qu’il avait ressentie pour Baudelaire, en la personne de l’autre grand poète qu’est Stéphane Mallarmé. Ce dernier, plus jeune de dix ans, ressentait une telle admiration pour l’art lumineux et transparent de Manet qu’il publia à Londres, en 1876, un article élogieux à son sujet, en anglais. Dans ce texte, intitulé Les Impressionnistes et Édouard Manet, Mallarmé prend la défense de son compatriote, et en particulier du tableau Le Linge, une représentation sans prétention d’une jeune femme des Batignolles lavant son linge, œuvre refusée au Salon car mêlant un thème trivial et un style impressionniste. Manet exécuta en retour un Portrait de Stéphane Mallarmé resté célèbre, tant, comme le dira Georges Bataille, il « rayonne l’amitié de deux grands esprits »[13]. Les deux hommes, tout au long des dernières années de la vie de Manet, se verront quasiment tous les jours, et la mort du peintre plongera le poète dans une grande tristesse.

Amitiés artistiques : la « bande à Manet »

Article détaillé : Groupe des Batignolles

Au fur et à mesure que Manet gagnait en âge, un nombre grandissant de jeunes artistes se revendiquèrent de son esprit en s’opposant à leur tour à l'esthétisme officiel. Prônant la peinture en plein air et se qualifiant eux-mêmes, tour à tour, d’Intransigeants, de Réalistes ou encore de Naturalistes, la critique va finalement, avec ironie, les surnommer « Impressionnistes ». Parmi ces jeunes talents, certains vont se rapprocher de Manet et former le groupe dit « des Batignolles », ainsi nommé en référence au quartier des Batignolles où se trouvaient l’atelier de Manet et les principaux cafés que la bande fréquentait. On compte notamment dans ce groupe les peintres Paul Cézanne, Auguste Renoir, Frédéric Bazille ou Claude Monet.

Argenteuil
1874 (149 x 115 cm)
Musée des Beaux-Arts, Tournai

De tous ces jeunes disciples, l’ami le plus intime de Manet était incontestablement Claude Monet, futur chef de file de l’impressionnisme. Les familles des deux peintres, comme prédestinées par leur quasi-homonymie, devinrent vite très proches et passèrent de longues journées ensemble dans l’apaisante verdure d’Argenteuil, chez les Monet. Ces visites régulières furent l’occasion pour Édouard Manet de réaliser plusieurs portraits intimistes de son ami, comme celui ironiquement appelé Claude Monet peignant dans son atelier, et surtout de s’essayer à imiter le style et les thèmes favoris de ce dernier, en particulier l’eau. L’émulation est par exemple visible dans le célèbre Argenteuil, où Manet force volontairement son trait pour se rapprocher de l’impressionnisme par nature plus tranché de Monet, avec une Seine d’un bleu outrancier.

Cette admiration réciproque n’empêchait cependant pas les deux hommes de développer, indépendamment l’un de l’autre, leurs propres styles. On peut ainsi utilement comparer deux vues de Paris réalisées le même jour sur le même sujet en 1878, à l’occasion de l’Exposition universelle : tandis que La Rue Mosnier aux drapeaux de Manet présente un paysage austère et presque aride, le faste luxuriant de La Rue Montorgueil de Monet révèle un point de vue radicalement différent.

Édouard Manet était également très lié au peintre Edgar Degas, bien que ce dernier n’ait pas fait spécifiquement partie du groupe des Batignolles. Les deux hommes se montrèrent particulièrement inséparables aux heures sombres de la guerre franco-allemande de 1870 lorsque, pris au piège dans le Paris assiégé en compagnie de son ami, Manet ne pouvait communiquer que par lettres avec sa femme Suzanne réfugiée en province. Manet et Degas se trouvèrent d’autres affinités pendant la Commune de Paris, de par leur opposition conjointe au parti versaillais. Bien que les deux hommes se soient souvent querellés et affrontés pour obtenir la prééminence l’un sur l’autre dans l’avant-garde artistique, Degas conservera toujours une grande estime pour Manet et contribuera à promouvoir l’œuvre de ce dernier après sa mort.

Victorine Meurent : la Femme selon Manet

Portrait de Victorine Meurent
1862 (42,9 x 43,7 cm)
Museum of Fine Arts, Boston

Le visage de Victorine Meurent, aisément reconnaissable, est celui qui revient le plus régulièrement dans l’œuvre de Manet. Le peintre, subjugué par la beauté fraîche et un peu insolente de la jeune femme, en fit très rapidement son modèle préféré, notamment pour ses peintures de nu. Victorine apparaît ainsi dans les tableaux les plus célèbres de Manet : en premier lieu dans Le Déjeuner sur l'herbe, bien sûr, où elle est dépeinte assise et entièrement dévêtue. La mystérieuse Olympia, de même, n’est autre que Victorine. Édouard Manet, dans chacun de ces deux cas, altère légèrement les traits de la jeune femme pour qu'ils correspondent mieux avec l’idée qu’il se faisait de la toile à accomplir.

À ceux qui auraient pu reprocher au peintre de ne réaliser que des nus lascifs et provocants de sa jeune égérie, Manet répondit par deux très beaux portraits d’une Victorine habillée de pied en cap. Dans La Chanteuse de rue, Manet déguise son modèle en une modeste chanteuse sortant d’un cabaret à la nuit tombée et dégustant étrangement quelques cerises. La Femme au perroquet avec son petit bouquet de violettes, quant à elle, est surtout un clin d’œil à une toile homonyme de Gustave Courbet représentant une femme nue avec un perroquet.

Plus de dix années après la grande époque des scandales, c’est sans doute pour rendre hommage à leur longue relation artistique et amoureuse qu’Édouard Manet réalisa un dernier portrait de Victorine, Le Chemin de fer, où l’ancienne femme libérée s’est métamorphosée en une dame parfaitement respectable tenant compagnie à une petite fille, devant la gare Saint-Lazare. Cette œuvre, marquée par le symbole de la grille en fer, semble tirer un trait sur le passé avec une certaine amertume, et le chat inquisiteur d’Olympia laisse place à un petit chien sagement endormi. Manet, dès cette époque, commençait à souffrir d’une santé précaire.

Maturité d'un regard de la peinture moderne

Édouard Manet, dans la dernière période de sa vie, réalise des œuvres d’une remarquable variété, allant des portraits aux marines. Toutes vont influencer de façon marquée l’école impressionniste.

Peintures historiques

La peinture historique, en raison de son caractère très académique, reste un genre nettement marginal dans l’œuvre de Manet, et seules deux toiles peuvent revendiquer l’appartenance à cette catégorie. La première, réalisée en 1864, immortalise une bataille navale de la guerre de Sécession s’étant déroulée au large de Cherbourg, entre le navire fédéral Kearsarge et le bâtiment confédéré Alabama. Le Combat du Kearsarge et de l'Alabama, en dépeignant l’Alabama prêt à sombrer, est une annonce prémonitoire de la défaite finale des sudistes. Le fait que les deux bateaux soient relégués si loin en arrière-plan n’a pas été sans susciter des interrogations, Barbey d'Aurevilly ayant été jusqu’à avancer que ce choix de l’artiste rend la mer bien plus impressionnante que le combat lui-même.

1867 fut une année riche en événements pour Manet : le peintre profita de l’Exposition universelle se tenant à Paris, au printemps, pour organiser sa propre exposition rétrospective et présenter une cinquantaine de ses toiles. S’inspirant de l’exemple de Gustave Courbet, qui avait eu recours à la même méthode pour se détourner du Salon officiel, Manet n’hésite pas à puiser fortement dans ses économies pour édifier son pavillon d’exposition, à proximité du pont de l'Alma, et pour organiser une véritable campagne de publicité avec le soutien d’Émile Zola. Le succès, cependant, ne fut pas à la hauteur des espérances de l’artiste : tant les critiques que le public boudèrent cette manifestation culturelle.

L'Exécution de Maximilien
1867 (252 x 305 cm)
Kunsthalle de Mannheim

Un fait extérieur allait malgré tout donner une nouvelle impulsion à la créativité du peintre : alors même que l’Exposition universelle n’était pas terminée, la nouvelle de l’exécution de Maximilien de Habsbourg, au Mexique, parvint jusqu’à la capitale française. Édouard Manet, depuis toujours fervent républicain, fut scandalisé par la manière dont avait fini ce jeune prince soutenu puis abandonné par Napoléon III (Voir Histoire du Mexique), et travailla plus d’une année à une grande toile commémorative et historique. Le résultat, très largement inspiré du Tres de Mayo de Francisco Goya, est cependant traité d’une manière radicalement différente. L'Exécution de Maximilien semble en effet dénuée de toute émotion violente : les soldats, que le peintre a vêtus d’uniformes de l’armée impériale française pour exprimer toute son indignation, abattent tranquillement Maximilien tandis que l’un d’eux est occupé à recharger son fusil et que les badauds se pressent au-dessus du mur.

Marines

À partir de 1868, les Manet prirent l’habitude de passer leurs étés à Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, où ils avaient fait l’acquisition d’un appartement. Outre le Déjeuner dans l'atelier, ces séjours répétés permirent à Édouard Manet de développer un genre qui l’avait toujours beaucoup attiré, à savoir les marines et l’univers de la mer. Boulogne était – et reste – un important port de pêche, ce qui constitua une source d’inspiration inépuisable pour un peintre aimant tant les sujets naturalistes. Le saisissant Clair de lune sur le port de Boulogne, par exemple, dépeint le retour d’un bateau de pêche à la nuit tombée et l’attente des femmes de marins, sous la lumière laiteuse de la Lune. L’œuvre, tout à la fois pleine d’ombre et de lumière, est un remarquable hommage à la peinture de Rembrandt.

Les vacances boulonnaises virent la naissance d’autres toiles importantes, en particulier le Départ du vapeur de Folkestone, en 1869 : Manet y représente le bateau à aube assurant la liaison avec le port anglais de Folkestone, et sur lequel le peintre avait d’ailleurs embarqué l’année précédente pour visiter Londres. La dame habillée de blanc située le plus à gauche de la composition ne serait autre que Suzanne Manet, accompagnée de son fils Léon. La toile, à l'inverse du Clair de Lune, est l'un des exemples les plus saisissants de la manière dont Manet savait jouer avec la lumière et les couleurs pour donner à ses tableaux une atmosphère de joie et d'insouciance. Le Bateau goudronné, quant à lui, a en revanche été peint sur la plage de Berck, et prend pour thème le travail des pêcheurs.

Portraits féminins

Nana
1877 (154 x 115 cm)
Kunsthalle, Hambourg

Antonin Proust, qui fréquentait Manet depuis l’enfance, avait l’avantage de connaître intimement son caractère : selon lui, même au plus fort de la maladie du peintre, « la présence d’une femme, n’importe laquelle, le remettait d’aplomb ».[4] Édouard Manet, en grand amateur de femmes qu’il était, en vint naturellement à peindre la gent féminine en abondance. Bien loin de se limiter aux seules Suzanne Leenhoff et Victorine Meurent, le peintre immortalisa les traits d’un grand nombre de ses amies. Ainsi, dans La Prune (voir face au sommaire), l’actrice Ellen Andrée pose complaisamment dans un décor de café, et semble figée dans une rêverie douce et mélancolique.

Dans la droite lignée d’Olympia, Manet se plut également à représenter sans faux-semblant la vie de plusieurs courtisanes ou « créatures » entretenues, la plus célèbre en ce domaine étant Nana. Cette toile, qui date de trois ans avant la parution du roman homonyme de Zola, reprend avec beaucoup plus de légèreté et de futilité le thème de la grave Olympia, sous les traits de l’actrice Henriette Hauser. Le titre pourrait avoir été donné par Manet postérieurement à la réalisation du tableau, lorsqu’il apprit le titre du prochain ouvrage de Zola. Une autre explication voudrait que Manet ait été inspiré par le roman L'Assommoir, dans lequel une Nana encore toute jeune fille fait sa première apparition, et reste précisément « des heures en chemise devant le morceau de glace accroché au-dessus de la commode »[14]. Le tableau, comme il se doit, fut refusé au Salon de Paris de 1877.

Cafés et restaurants

Chez le père Lathuille
1879 (93 x 112 cm)
Musée des Beaux-Arts, Tournai

À la différence d’Edgar Degas, qui affichait une prédilection de plus en plus poussée pour la représentation du monde du travail et de la classe ouvrière, Édouard Manet préféra toujours s’intéresser aux moments de loisirs : le thème du repos et de la détente, certes un peu frivole, permet cependant au peintre de capter avec précision et sensibilité le vécu de ses contemporains. Les cafés, et dans une moindre mesure les restaurants, constituaient de ce point de vue l’endroit rêvé pour surprendre les scènes de la vie quotidienne des gens que Manet côtoyait. Le café parisien, à la fin du XIXe siècle, était le lieu de rendez-vous par excellence des milieux artistiques, littéraires, bourgeois et même aristocratiques. Manet arrive à rendre, le plus souvent avec beaucoup de poésie, l’atmosphère si particulière de ce lieu. C’est par exemple dans le cadre verdoyant et apaisé du restaurant Chez le père Lathuille, à Clichy, qu’un jeune homme s’empresse auprès d’une jeune femme et lui fait la cour.

C’est dans le même univers que se situe la dernière œuvre majeure de Manet, intitulée Un bar aux Folies Bergère, réalisée alors que le peintre était déjà profondément rongé par la syphilis. La scène, contrairement aux apparences, n’a pas été peinte au bar des Folies Bergère mais a été entièrement recréée en atelier. La jeune femme servant de modèle, Suzon, est en revanche une véritable employée de ce célèbre café-concert. Les nombreux éléments présents sur le marbre du bar, qu’il s’agisse des bouteilles d’alcool, des fleurs ou des fruits, forment un ensemble pyramidal allant trouver son sommet, non sans malice, dans les fleurs qui ornent le corsage de la serveuse elle-même. Mais l’aspect ayant le plus retenu l’attention des critiques a été le reflet de Suzon dans le miroir. Ce dernier ne semble pas renvoyer une image exacte de la scène, tant en ce qui concerne la posture de la jeune femme que la présence de l’homme en face d’elle, si rapproché qu’il devrait logiquement tout cacher aux yeux du spectateur. Il est difficile de conclure si cette anomalie est le fruit de la volonté de l’artiste ou une simple erreur d’appréciation, ce qui n’a pas été sans amuser Huysmans. Ce dernier décrit avec délectation la manière dont le tableau « stupéfie les assistants qui se pressent en échangeant des observations désorientées sur le mirage de cette toile »[8].

La maladie et la mort

La tombe de Manet à Passy

Édouard Manet, affaibli depuis plusieurs années, s’éteint finalement le 30 avril 1883 à l’âge de cinquante et un ans, des suites d’une ataxie locomotrice résultant elle-même d'une syphilis contractée à Rio. La maladie, outre les nombreuses souffrances et la paralysie partielle des membres qu’elle lui avait causées, a ensuite dégénéré en une gangrène qui imposa de lui amputer le pied gauche onze jours avant sa mort. L’enterrement eut lieu le 3 mai 1883 au cimetière de Passy, en présence notamment d’Émile Zola, d'Alfred Stevens, de Claude Monet, d'Edgar Degas et de bien d’autres de ses anciennes connaissances. D’après Antonin Proust, son camarade de toujours, on voyait dans le convoi funèbre « des couronnes, des fleurs, beaucoup de femmes ». Degas, quant à lui, aurait dit alors de Manet qu’« il était plus grand que nous ne pensions »[4].

Manet, dont la mémoire fut ensuite plébiscitée avec ferveur par tous les anciens du groupe des Batignolles, a depuis été reconnu internationalement comme l’un des plus importants précurseurs de la peinture moderne. En l’an 2000, l’une de ses toiles s’est vendue à plus de vingt millions de dollars.

Liste des œuvres

Pour un index des œuvres principales d’Édouard Manet, merci de vous référer à la liste des tableaux de Manet.

Correspondance

  • Édouard Manet, Voyage à Rio : lettres de jeunesse, 1848-1849. – Paris : Éditions du Sandre, 2005. – 53 p., 22 cm. – ISBN 2-914958-18-8.

Notes

  1. Le pouvoir politique organisateur des manifestations et l'aura temporelle de quelques maîtres courtisans autant l'opinion bourgeoise que le pouvoir impérial ne peuvent leur imposer ni la manière convenable de représenter ni le noble thème historique. Manet est bientôt suivi d'une fraction de peintres autonomes qui admirent son indépendance discrète. Courbet est aussi un grand maître suivi par de fervents adeptes du réalisme, mais il retourne l'argument politique, dénonce abus et fraude affichant de fermes convictions socialistes, exclut de facto le groupe de ses admirateurs des autres flagorneurs. Le combat de Manet diffère car il n'use que de propositions relatives à l'art, qu'il transforme en autant d'armes extirpées contre les pourfendeurs et les moqueurs de son art, soi-disant bourgeoisement irrecevable. Emile Zola prend sa plume pour le défendre. Des jeunes artistes installés à Batignole le reconnaissent et se reconnaissent bientôt en lui. Ils savent qu'en le suivant sur sa voie de recherche, ils n'ont aucune chance d'exposer officiellement au contraire des élites bourgeoise de l'art de la plaine Monceau. Les peintres jeunes imitent son exemple, s'inspirent librement de ses réalisations, mais le maître ne veut pas les commander et paradoxalement ne cherche qu'à être reconnu dans les lieux d'élection de ses pairs et à faire reconnaître son art par ceux qui se gaussent de ses œuvres. Il poursuit son combat pour l'art et la vérité de l'artiste. Il ne peut se résigner à concevoir le monde artistique en réduction temporelle conformiste, provenant d'une ingérence politique qui lui impose une organisation interne et une hiérarchie des genres.
  2. Ce tableau peut être redevable paradoxalement à l'influence de Zola alors que ce dernier écrivain comprenant l'autodéfinition des artistes-peintres par eux-mêmes s'est éloigné depuis quelques années et ne soutient plus Manet et ses amis. L'appréciation esthétique de Zola condamne les jeunes artistes et Manet qui les inspire.
  3. Le couple aura une fille Julie Manet, l'éternelle petite Julie sur l'arrosoir.
  4. a , b  et c in A. Proust, Édouard Manet, Souvenirs, La Revue blanche, février-mai 1897
  5. in J.-E. Blanche, Manet, Paris, 1924
  6. Lettre à Zacharie Astruc, septembre 1865
  7. in T. Gautier, Voyage en Espagne
  8. a , b , c  et d Cité dans F. Cachin, Manet - « J'ai fait ce que j'ai vu », Découvertes Gallimard, 1994
  9. in Le Constitutionnel, mai 1863
  10. Lettre de Baudelaire à Champfleury, 25 mai 1865
  11. Lettre de Baudelaire à Manet, 11 mai 1865
  12. in E. Zola, Une Nouvelle Manière en peinture : Édouard Manet, Revue du XIXe siècle, 1er janvier 1867
  13. in G. Bataille, Manet, Lausanne, 1955
  14. in E. Zola, L'Assommoir, Ch. XI

Voir aussi

Bibliographie

  • Collectif, L'ABCdaire de Manet, Flammarion, 1998 (ISBN 2080125826) ;
  • Collectif, Manet - Velasquez : la Manière espagnole au XIXe siècle, Réunion des Musées Nationaux, 2002 (ISBN 2711844900) ;
  • Martine Bacherich, Édouard Manet, le regard incarné, Éditions Olbia, 1998 (ISBN 271910440X) ;
  • Serge Bismuth, Manet et Mallarmé, L'Harmattan, 2002 (ISBN 2747527247) ;
  • Isabelle Cahn, Manet : Natures mortes, Découvertes Gallimard, 2000 (ISBN 2070535355) ;
  • Françoise Cachin, Manet : « J'ai fait ce que j'ai vu », Découvertes Gallimard, 1990 (ISBN 2070532666) ;
  • Éric Darragon, Manet, Fayard, 1989 (ISBN 2-213-02345-X) ;
  • Jack Flam, Manet : Un bar aux Folies Bergère ou l'abysse du miroir, trad. Jeanne Bouniort, L'Échoppe, 2005 (ISBN 2840681544) ;
  • John Leighton, Édouard Manet : Impressions de la mer, Marot, 2005 (ISBN 2930117303) ;
  • Jean-Jacques Lévêque, Manet, éditions Siloé, Paris, 1983 (ISBN 2850540285)
  • Georges L. Mauner, Henri Loyrette, commissaires d'expositions organisées par la Réunion des Musées nationaux et l'American Federation of Arts de New-York, d'abord à Paris, Musée d'Orsay du 9 octobre 2000 au 7 janvier 2001, puis à Baltimore, The Walters Art Gallery, du 30 janvier au 22 avril 2001, Manet, les natures mortes, éditions de la Martinière, Paris, 2000, 192 pages. (ISBN 273202692X)
  • Gilles Néret, Édouard Manet - Le premier des modernes, Taschen, 2003 (ISBN 3822819484) ;
  • Ronald Pickvance, Manet : 5 juin au 11 novembre 1996, Fondation Pierre Gianadda, 1997 (ISBN 2884430385) ;
  • Antonin Proust, Édouard Manet : souvenirs, L'Échoppe, 1996 (ISBN 2905657391) ;
  • Revue Dada n°85, Manet et l'Espagne, Mango, 2002 (ISBN 274041384X) ;
  • Marie Sellier, M comme Manet, Réunion des Musées Nationaux, 1994 (ISBN 2711830292).

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