Camille Pissarro


Camille Pissarro
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Camille Pissarro
Autoportrait, 1873
Autoportrait, 1873

Naissance 10 juillet 1830
Saint-Thomas (Îles Vierges)
Décès 13 novembre 1903
Paris
Nationalité DanoiseDrapeau du Danemark
FrançaiseDrapeau de la France
Activité(s) Artiste peintre
Élèves Paul Cézanne, Armand Guillaumin
Mouvement artistique Impressionnisme
Influencé par Fritz Melbye

Jacob Abraham Camille Pissarro, dit Camille Pissarro, né à Saint-Thomas (Îles Vierges) 10 juillet 1830 et mort à Paris le 13 novembre 1903, est un peintre impressionniste puis néo-impressionniste français, père de Lucien Pissarro.

Connu comme l'un des « pères de l'impressionnisme », il a peint la vie rurale française, en particulier des paysages et des scènes représentant des paysans travaillant dans les champs, mais il est célèbre aussi pour ses scènes de Montmartre. À Paris, il eut entre autres pour élèves Paul Cézanne, Paul Gauguin, Jean Peské, Henri-Martin Lamotte.

Pissarro est aussi un théoricien de l'anarchie, fréquentant assidument les peintres de la Nouvelle-Athènes qui appartiennent au mouvement anarchiste. Il partage cette position avec Paul Gauguin, avec lequel il aura par la suite des relations tendues[1].

La production de Pissarro est inégale. Ses paysages ou ses baigneuses sont parfois marqués d'une certaine mièvrerie, alors qu'il accomplit par ailleurs des œuvres éblouissantes (La Meule, Pontoise, La route d'Ennery). En 1896, le vieux peintre déclarait : «  Nous ne demandons pas mieux que d'être classiques, mais en le trouvant par notre propre sensation, oh! que c'est différent[2]! »

Sommaire

Sa vie, son œuvre

Camille Pissarro et sa femme Julie Vellay à Pontoise en 1877

Camille Pissarro est né le 10 juillet 1830 dans l'île Saint Thomas aux Antilles, alors possession danoise, où ses parents possédaient une entreprise florissante de quincaillerie dans le port de Charlotte-Amélie, ce qui lui confère la nationalité danoise qu'il gardera toute sa vie[3]. Son père Frédéric, d'origine portugaise mais né à Bordeaux, est de nationalité française[4]. En 1842, à douze ans, Camille part étudier en France à Passy, à la pension Savary dont le directeur l'encourage à cultiver ses dons pour le dessin[5], puis retourne en 1847 dans son île natale où son père l'initie au négoce[6] et où il restera cinq ans à travailler dans le commerce familial. En 1852, désireux de « rompre le câble qui l'attache à la vie bourgeoise »[7], il part pour Caracas, au Venezuela, avec un ami, Fritz Melbye, un artiste danois qui marquera profondément son destin. Il y reste jusqu'en 1854 à peindre et dessiner, puis rentre à Saint-Thomas pendant un an dans l'entreprise familiale. C'est en 1855 que Camille Pissarro renonce définitivement au commerce. En octobre 1855, année de l'Exposition universelle, il arrive à Paris pour y étudier et s'installe dans sa famille à Passy[6]. Il ne retournera jamais aux Amériques.

À Paris, il rencontre Corot, avec qui il étudie, découvre Delacroix, Courbet, Ingres, Daubigny. Il fréquente quelques ateliers de l'École des Beaux-Arts, où l'enseignement reste académique et « ingriste », mais il est surtout attiré par Millet pour ses thèmes de la vie rurale, par Courbet pour son renoncement au pathos et au pittoresque, et par la liberté et la poésie des toiles de Corot[8]. Il travaille alors dans l'atelier d'Anton Melbye et peint sur le motif à Montmorency. Entre 1859 et 1861, il fréquente diverses académies, dont celle du père Suisse, où il rencontre Claude Monet, Ludovic Piette, Armand Guillaumin et Paul Cézanne[9], qu'il encourage. En 1863, Cézanne et Zola visitent son atelier à La Varenne et, en 1865, il séjourne à La Roche-Guyon. Exposant aux Salons de 1864 et 1865, il s'y présente comme l'« élève d'Anton Melby et de Camille Corot »[10].

En 1860 Julie Vellay, fille de viticulteurs de Bourgogne, entre comme domestique chez les Pissarro. Elle deviendra la compagne de Camille[9] mais il ne l'épousera que des années plus tard, à Londres[11]. Le père de Camille, scandalisé par cette mésalliance, lui coupe les vivres.

Pontoise

Printemps, pruniers en fleurs, Pontoise, 1877 (Paris, musée d'Orsay)

Camille Pissarro vécut à Pontoise de façon parfois intermittente entre 1866 à 1883 et y réalisa un grand nombre de peintures, dessins et gravures. Selon Christophe Duvivier[12] le choix de Pontoise s'expliquait par le fait qu'aucun autre peintre n'y ayant encore associé son nom, Camille pouvait donc éviter d'apparaître comme le disciple d'un autre paysagiste. À cette époque il a trente-six ans et affirme la maturité de son art. Il s'est brouillé avec Corot et ne se présente plus comme son élève[13]. En outre la ville est proche de Paris par le chemin de fer, les paysages fluviaux, ruraux et urbains y sont variés. Enfin le docteur Gachet, ami de Pissarro, s'était installé à Auvers-sur-Oise, non loin de Pontoise, quelques mois plus tôt[13].

Pissarro vit à Pontoise de 1866 à 1869 de manière épisodique. Sa situation financière est difficile. Il peint des enseignes pour faire vivre sa famille. En 1869, il est à Louveciennes quand il doit fuir et abandonner son atelier devant l'avance des troupes prussiennes. Il se réfugie chez Piette à Montfoucault dans la Mayenne et part pour Londres où il retrouve Daubigny et Monet et fait la connaissance du marchand Paul Durand-Ruel. De retour à Louveciennes, il découvre que son atelier a été pillé et qu'il ne lui reste plus qu'une quarantaine de toiles sur près de mille cinq cents. Il s'installe à nouveau à Pontoise en 1872 et y reste jusqu'en 1882.

Pissarro et Daubigny

Entre 1866, date du premier séjour de Pissarro, et 1878, date de la mort de Charles-François Daubigny, les deux hommes se côtoient sur les bords de l'Oise[14], Daubigny s'étant installé à Auvers-sur-Oise dès 1861. Aîné de Pissarro de treize ans, Daubigny, « le peintre merveilleux et véridique des bords de la Seine et de l'Oise » selon Zola, fait alors figure de maître des bords de l'Oise. Mais Pissarro évite soigneusement d'apparaître comme l'un de ses disciples : il ne se rend que rarement à Auvers et se distingue de son aîné en évitant de prendre pour thème de ses peintures les bords de l'Oise, qu'affectionne Daubigny[15]. Néanmoins, ainsi que le souligne Christophe Duvivier, il s'intéresse à Daubigny tout comme celui-ci suit de près le travail de Pissarro et Monet, qu'il présente à Durand-Ruel à Londres en 1870[15].

Pissarro et Cézanne

Pissarro et Cézanne collaborent entre 1872 et 1881. Pissarro encourage Cézanne à peindre en plein air, et les deux artistes travaillent souvent côte à côte et sur les mêmes motifs[16] à l'Hermitage, à Valhermeil.

Pissarro et Gauguin

En 1879, Gauguin, qui lui a acheté des toiles, vient travailler avec lui à Pontoise. Il collabore avec Degas dans le domaine de la gravure et pendant l'été 1881, Cézanne, Gauguin, Guillaumin, sont à Pontoise à ses côtés. Il participe à toutes les expositions impressionnistes et devient peu à peu un patriarche du mouvement, mais dans une grande fraîcheur d’esprit et avec un constant renouvellement.

En décembre 1882, il s'installe à Osny dans les faubourgs de Pontoise, ne pouvant plus trouver à louer une maison qui lui convienne pour un prix raisonnable. Cette période de Pontoise correspond au grand moment de l'histoire de l'impressionnisme. C'est là que Pissarro peint la plupart des tableaux qui figureront aux sept premières expositions des impressionnistes. C'est aussi là que travailleront Paul Gauguin, Paul Cézanne, Victor Vignon[17]. Pissarro est chaudement recommandé à Ambroise Vollard par le Docteur Georges Viau, un collectionneur qui soutient tous les impressionnistes, et qui lui a acheté un tableau. Mais les tableaux impressionnistes n'atteignent encore que des prix médiocres. Le peintre passe beaucoup de temps à quémander auprès des collectionneurs d'art, des marchands, et d'Eugène Murer le peintre-pâtissier-restaurateur-collectionneur d'art, dont il peint un portrait : Murer au fournil[18].

Autoportrait, 1898

Éragny-sur-Epte

En 1884, Pissarro quitte Osny pour Éragny-sur-Epte dans l'Eure. C'est grâce à un prêt de Claude Monet qu'il peut y acquérir une maison[19] où il passe ses dernières années, jusqu'à son décès à Paris en novembre 1903. « Oui, écrit-il à Durand-Ruel le 9 avril 1889, nous sommes décidés pour Éragny-sur-Epte ; la maison est superbe et pas chère : mille francs, avec jardin et prés. C'est à deux heures de Paris, j'ai trouvé le pays autrement beau que Compiègne ; cependant il pleuvait encore ce jour-là à verse, mais voilà le printemps qui commence, les prairies sont vertes, les silhouettes fines, mais Gisors est superbe, nous n'avions rien vu. Me voilà à peu près déménagé, tant soit peu emménagé ; je n'ai pu me retenir de la tentation de peindre, tellement les motifs, tout autour de mon jardin, sont beaux »[20].

Il y peint de nombreuses toiles, dont plusieurs sur le thème des pommiers en fleurs (la propriété s'appelle La Pommeraie), du noyer (malheureusement tombé lors de la tempête de 1999), de son jardin potager, de la vue de son atelier, spécialement construit au milieu de son jardin. Il y invite les plus grands peintres de l'époque, parmi lesquels Claude Monet, le parrain de son dernier fils, Cézanne, Van Gogh, Gauguin. En 1885, il rencontre Georges Seurat, avec qui il se lie d'amitié [21] et s'enthousiasme pour sa technique du pointillisme, qu'il applique à son tour, avec moins de méticulosité peut-être que Georges Seurat, avant de retrouver une liberté d'expression plus proche de son tempérament lyrique et généreux.

La dernière rétrospective internationale consacrée à Pissarro a eu lieu en Australie en 2006. La version anglaise de « L'Ami Pissarro » (seul documentaire consacré à la vie et à l'œuvre du peintre) y a été présentée [22].

Famille

Pissarro descend d'une famille originaire de Bragance au Portugal, près de la frontière espagnole. Ses ancêtres sont des marranes, c'est-à-dire des juifs sépharades contraints de se convertir au catholicisme. Cette double appartenance religieuse encore présente chez son père le conduira à se déclarer athée (il épousera civilement sa femme catholique) et même libre penseur.

Plusieurs descendants de Camille Pissarro ont choisi de suivre l'exemple de leur aïeul et de devenir peintres à leur tour. Ses enfants Lucien Pissarro (1863-1944), Georges Henri Pissarro (dit Georges Manzana-Pissarro, 1871-1961), Félix Pissarro (1874-1897), Ludovic Rodo Pissarro (1878-1952) et Paul-Émile Pissarro (dit Paulémile, 1884-1972). Puis Orovida Camille Pissarro (1893-1968), fille de Lucien, Hugues Claude Pissarro (né en 1935) et Yvon Pissarro (1937), tous deux fils de Paul-Émile, et Lélia Pissarro (née en 1963), fille de Hugues Claude. Entre Ludovic-Rodo et Paul-Emile est née Jeanne Pissarro (1881-1948), mère des peintres Henri Bonin-Pissarro dit BOPI (1918-2003) et Claude Bonin-Pissarro né en 1921, père de Frédéric Bonin-Pissarro né en 1964 (et peintre également) et de Lila Bonin-Pissarro née en 1972.

Julie Vellay est fille d'un viticulteur bourguignon. Gouvernante chez les parents de Camille, elle entre en ménage avec lui en 1860 et lui servira d'abord de modèle. Ils se marieront lors d'une cérémonie civile à Croydon en Angleterre en 1871, alors que Julie portait leur quatrième enfant. Le couple a eu en tout huit enfants.

Galerie

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Œuvres

Pontoise dans l'œuvre de Pissarro
  • Paysage aux Pâtis, 1867, collection particulière.
  • Vue de l'Hermitage, Côte de Jallais, Pontoise, v. 1867, Zurich Fondation Rau pour le Tiers monde.
  • L'Hermitage à Pontoise, 1867, Cologne, Wallraf-Richards-Museum.
  • Les Jardins de l'Hermitage, Pontoise, v. 1867, Prague, Narodni Galeri.
  • Les Coteaux de l'Hermitage, Pontoise, v. 1867, New-York, Solomon R.Guggenheim Museum.
  • La Côte du Jallais, Pontoise, 1867, New-York, Metropolitan Museum of Art.
  • L'Inondation, Saint-Ouen-l'Aumône, 1873, collection particulière.
  • Le Tribunal de Pontoise, 1873, Bâle, collection Rau.
  • Rue de la Citadelle, Pontoise, 1873, collection particulière.
  • Fabrique près de Pontoise, 1873, The Museum of Fine Art, Springfield (Massachusetts).
  • L'Hermitage, Pontoise, effet de neige, 1874, Havard University, Cambridge, Fogg Art Museum.
  • Le Sentier de la ravine, vu de l'Hermitage, 1875-1877, collection particulière.
  • Le Petit Pont, Pontoise, 1875, Mannheim, Kunsthalle.
  • Route de Saint-Antoine à l'Hermitage, Pontoise, 1875, Bâle, Kunstmuseum.
  • Le Pré des Mathurins à l'Hermitage, Pontoise, 1875-1877, Moscou, Musée Pouchkine.
  • Un carrefour à l'Hermitage, Pontoise, 1876, Musée Malraux, Le Havre.
  • La Côte des Bœufs, 1877, Londres, National Gallery.
  • Paysage sous-bois à l'Hermitage, 1879, eau-forte et aquatinte, Paris, Bibliothèque nationale.
  • La Garenne à Pontoise, effet de neige, 1879, Art Institute of Chicago.
  • La Crête du Chou, Pontoise, 1879, Wildenstein & Co, New-York.
  • La Sente du Chou, Pontoise, 1878, Douai, Musée de la Chartreuse.
  • Le Marché aux pommes de terre, boulevard des Fossés à Pontoise, 1882, gouache, collection particulière.
  • Inondation à Pontoise, 1882, collection particulière.
  • Quai du Pothuis, bords de l'Oise, 1882, Musée Malraux, Le Havre.
  • Marché à la volaille, Pontoise, 1882, détrempe et pastel, Collection particulière, États-Unis
  • Le Marché aux cochons, foire Saint-Martin,Pontoise, 1886, plume et encre, Paris, Musée du Louvre, Cabinet des dessins.
  • Le Marché de Pontoise, 1886, plume et encre, New-York, Metropolitan Museum of Art.
  • Le Marché aux grains à Pontoise, 1893, Collection particulière.
  • Le Marché de Pontoise, 1895, Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas City.
  • Pommier sous le soleil, Pré sous le soleil, Musée Faure, Aix-les-Bains
Autres lieux

Notes et références

  1. Monneret T.I, p. 665
  2. Monneret T.I, p. 668
  3. Notice du musée d'Orsay [1]
  4. Pissarro descend d'une famille originaire de Bragance au Portugal, près de la frontière espagnole. Ses ancêtres sont des marranes, c'est-à-dire des juifs sépharades contraints de se convertir au catholicisme. Cette double appartenance religieuse encore présente chez son père le conduira à se déclarer athée (il épousera civilement sa femme catholique) et même libre penseur. Après avoir eu des idées conservatrices, il deviendra dans les années 1880 un fervent adepte de l'anarchisme libertaire prôné par Pierre-Joseph Proudhon.
  5. Rewald 1989, p. 10
  6. a et b Duvivier et al. 2003, p. 107
  7. Rewald 1989, p. 11
  8. Rewald 1989, p. 12
  9. a et b Duvivier et al. 2003, p. 108
  10. Rewald 1989, p. 16
  11. Rewald 1989, p. 20
  12. Duvivier et al. 2003, p. 54
  13. a et b Duvivier et al. 2003, p. 55
  14. Duvivier et al. 2003, p. 56
  15. a et b Duvivier et al. 2003, p. 58
  16. Duvivier et al. 2003, p. 85
  17. Monneret T.I, p. 657
  18. Monneret T.I, p. 661
  19. Monneret T.I, p. 666
  20. Correspondance de Camille Pissarro, éd. du Valhermeil, 1986, tome 2, p. 297
  21. Georges Seurat insistera auprès de sa propre mère pour qu'elle achète une toile à Camille Pissarro, lui apportant ainsi quelques revenus bienvenus.
  22. http://archives.artgallery.nsw.gov.au/pissarro_doco notice du film sur Art Gallery of New South Wales

Sources

  • Joachim Pissarro, Camille Pissarro, Hermé, Paris.
  • Claire Durand-Ruel Snollaerts et Joachim Pissarro, Catalogue Critique des Peintures, Skira, Wildenstein Institute.
  • John Rewald (trad. Christine Tissot-Delbos), Camille Pissarro, Ars mundi, 1989 (ISBN 2869010524) 
  • Christophe Duvivier, Eva-Marina Froitzheim, Wolf Eiermann, Claire Durand-Ruel Snollaerts et Janine Bailly-Hertberg, Camille Pissarro et les peintres de la vallée de l'Oise, Paris, Somogy éditions d'art, 2003, 173 p. (ISBN 2850566829) 
  • L'ami Pissarro. Le premier impressionniste. Documentaire 58 min (2003). Réalisateur : Sylvain Palfroy (site de l'auteur)

Expositions récentes

  • Entre Ciel et Terre. Camille Pissarro et les peintres de la vallée de l'Oise, Musée Tavet-Delacour, 2003
  • Pissarro, the First Impressionist, Art Gallery, Melbourne, Australie, 2006

Voir aussi

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