Innocent III
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Innocent III
Pape de l’Église catholique

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Armoiries pontificales de Innocent III

Nom de naissance
Lotario Conti
Naissance 23 novembre 1160
Gavignano

mort : 16 juillet 1216 a 55 ans

Élection au pontificat 8 janvier 1198
Intronisation 22 février 1198
Fin du pontificat 16 juillet 1216
Pérouse
Prédécesseur Célestin III
Successeur Honorius III
Listes des papes : chronologie · alphabétique

Lotario, de la famille des comtes de Segni, (Gavignano, 1160Pérouse, 1216), élu pape le 8 janvier 1198 sous le nom d'Innocent III, est considéré comme le plus grand pape du Moyen Âge. Intellectuel et homme d'action, préoccupé de remplir au mieux sa fonction religieuse, il fut un chef à la décision rapide et autoritaire[1]. Il cherchera à exalter au mieux la justice et la puissance du Saint-Siège de façon à renforcer son autorité suprême, gage selon lui de la cohésion de la chrétienté. Une de ses œuvres majeures fut de soutenir Dominique de Guzmán et ses Dominicains ainsi que saint François d'Assise et ses frères mendiants et de valider leur première règle. Ce pape fut également celui du plus important concile du Moyen Âge, le IVe concile du Latran, qui statua entre autres sur les dogmes, les sacrements, la réforme de l'Eglise, la conduite des prêtres et des fidèles, la croisade et le statut des Juifs.

Sommaire

Avant l'élection au pontificat

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Giovanni Lotario ou Lothaire est issu par son père, Trasimond, de la puissante famille des comtes de Segni, descendants de la Gens Anicia et des comtes de Tusculum lesquels avaient donné à l'Église beaucoup de papes, et par sa mère de la noblesse romaine. Il étudie la théologie d'abord à Rome puis à Paris, où il reçoit l'enseignement de Pierre de Corbeil en même temps qu'Étienne Langton et Robert de Courçon, qu'il élèvera plus tard à la dignité de cardinal. Il effectue ensuite un bref passage par Bologne, où il est l'élève du canoniste Hugues de Pise, qui lui inspirera un programme politique, la théocratie pontificale. En 1186, il retourne à Rome, où Grégoire VIII l'ordonne sous-diacre. Il entame alors une carrière à la curie. Clément III, son oncle, le nomme en 1190 cardinal-diacre à Saints-Serge-et-Bacchus, église diaconique de Rome. Cet homme beau, distingué, énergique et hiératique devient rapidement le cardinal le plus en vue et le plus brillant de la curie[2]. C'est à cette époque qu'il rédige le traité De la misère de la condition humaine, le De Miseria Condicionis Humane. On lui doit aussi Le mépris du monde (De comtemptu mundi) et Le Saint mystère de l'autel (De sacro altaris mysterio). Alors qu'il est le plus jeune des cardinaux (37 ans), il est élu pape à l'unanimité, en 1198, le jour même de la mort de Célestin III. C'est le premier pape à accéder si jeune à la papauté.

La théocratie pontificale

Innocent III soutient l'idée que le pape détient seul l'entière souveraineté (l'auctoritas des Romains). Les princes possèdent en la potestas, c'est-à-dire la puissance politique qui leur est donnée directement par Dieu. Ils accomplissent comme ils l'entendent leur office dans leur domaine. Il en découle que les souverains ne peuvent se soustraire à l'autorité pontificale pas plus que les Églises nationales. « Nous avons été institués prince sur la Terre (...) avec le pouvoir de renverser, de détruire de dissiper, d'édifier et de planter[3] ». Il déclare au patriarche de Constantinople que l'univers entier a été confié à saint Pierre et à ses successeurs[réf. nécessaire].

Sa doctrine est plus souple que les dictatus papae de la réforme grégorienne. En effet même s'il pense que le pouvoir spirituel l'emporte sur le pouvoir temporel, Innocent III limite l'intervention du pape dans le domaine temporel à trois cas : un grave péché des princes, la nécessité de trancher dans un domaine où nulle juridiction n'est compétente, la défense des biens ecclésiastiques[4]. Il se comporte comme l'arbitre incontesté de l'Occident chrétien et porte à son zénith la théocratie pontificale.

Dans sa lettre Etsi non displiceat de 1205 Innocent III condamne quelques activités des juifs et exhorte Philippe II Auguste à mettre fin à ces abus dans son domain (en latin: abusiones huiusmodi de regno Francorum studeas abolire) et à persecuter les loups qui ont adopté l'air de brebis afin de démontrer la ferveur, avec laquelle Sa Majesté (regia celsitudo) professe la foi chrétienne[5]. Auparavant, il n'a pas hésité à jeter l'interdit sur le royaume de France lorsque Philippe II Auguste fait illégalement annuler son mariage avec Ingeburge de Danemark pour épouser Agnès de Méran le 1er juin 1196. Il frappe aussi l'Angleterre d'interdit et dépose même Jean sans Terre quand celui-ci refuse l'accession d'Étienne Langton au siège de Cantorbéry en 1208. Il excommunie le roi d'Angleterre l'année suivante et le menace de déposition. Lorsque Jean se plie à la volonté papale et demande son pardon en 1213, le pape exige une soumission complète. Le roi doit réparer les dégâts causés dans les églises pendant le conflit et se reconnaître vassal du Saint-Siège[6]. Il prend deux ans plus tard la défense du souverain contre les barons révoltés, qui, à ses yeux, menacent la paix de la chrétienté[1]. À l'image de l'Angleterre, les rois d'Aragon, de Bulgarie et du Portugal se reconnaissent vassal du pape.

La lutte contre les empereurs germaniques

Le pape tente de rétablir son autorité sur Rome et ses propres États. Il liquide définitivement ce qui restait de la république romaine en obtenant la démission de la municipalité et la révocation des officiers nommés par le sénat républicain. Le préfet, jusqu’alors agent de l’empereur, devient un fonctionnaire du Saint-Siège. Ces mesures entraînent la révolte des Romains dirigée par la noblesse. Il faut environ six ans au pape pour reprendre le contrôle de la ville. Innocent III parvient dans le même temps, à mettre la main sur l’héritage de la comtesse Mathilde de Toscane, la marche d’Ancône, la Campanie, le duché de Spolète[7]. Il joue aussi des rivalités entre les Hohenstaufen, la maison du défunt empereur, et les Welf. Au poste d'empereur, les Welfs font élire Otton de Brunswick tandis que les partisans des Hohenstaufen, majoritaires, font élire le frère du roi, Philippe de Souabe. Innocent III profite de l’occasion pour affirmer les droits supérieurs de la papauté. Dans la décrétale Venerabilem de 1202, il affirme qu’en cas de contestation de l’élection impériale, la décision finale appartient au pape[8]. Il favorise d’abord le Welf Otton IV, qui, pour obtenir le soutien pontifical, lui a promis la souveraineté totale des États de l’Église, plus l’exarchat de Ravenne, les domaines de la comtesse Mathilde, la marche d’Ancône, le duché de Spolète et la reconnaissance de sa souveraineté sur la Sicile. Mais dès que son pouvoir est affermi, Otton IV renie sa promesse et se comporte comme tous les empereurs précédents. Innocent III excommunie alors Otton IV en 1210 et favorise la marche au pouvoir de Frédéric II, son pupille. Celui-ci est couronné roi à Aix-la Chapelle en 1215 après avoir donné au pape toutes les garanties sur le maintien des droits de l'Église et sur la séparation des royaumes germaniques et de Sicile[9].

Innocent III et les croisades

Innocent III est à l'origine du détournement de l'idée de croisades. Il forge l'idée de « croisades politiques » qui sera reprise par ses successeurs. Il est le premier à lever des taxes pour financer les croisades, et aussi à exprimer le droit à « l'exposition en proie », c'est-à-dire le droit pour le pape d'autoriser les catholiques à s'emparer des terres de ceux qui ne réprimeraient pas l'hérésie[10].

Dès 1199, il menace de lancer une croisade contre un partisan de l'empire[11]. Dès le début de son pontificat, il souhaite lancer une nouvelle croisade vers les lieux saints d'inspiration purement pontificale. Elle est prêchée en France par le légat Pierre Capuano et le curé de Foulques de Neuilly avec beaucoup de succès[12]. Philippe de Souabe, beau-frère d'Alexis Ange, fils de l'empereur byzantin déchu Isaac II, promet l'aide de l'Empire byzantin pour la croisade si Isaac est rétabli sur son trône. Innocent III espère tirer parti des divisions byzantines pour rétablir l'unité de l'Église[1]. Mais la IVe croisade ne prend pas le tour prévu par le pape. Les croisés qui ne peuvent pas payer leur voyage aux armateurs vénitiens sont détournés par eux à Zara sur la côte dalmate qu'ils prennent pour Venise. Le pape excommunie les croisés et Venise mais lève très vite l'excommunication pour les croisés. Il ne s'oppose pas à une nouvelle déviation de la croisade vers Constantinople à l'instigation des Vénitiens, sous prétexte de rétablir Isaac II dans ses droits, ni à la prise de la ville par les croisés et le Vénitiens le 13 avril 1204[13]. Innocent III accepte le fait accompli se satisfaisant des promesses d'union des Églises et de soutien aux États latins d'Orient. Mais, informé des excès des croisés, il parle de détournement de la croisade et accuse les Vénitiens. Le concept de déviation est donc contemporain de la quatrième croisade[14].

Innocent III est méprisant envers les Grecs qu'il indispose. Quand le clergé de Constantinople écrit au pape en 1208 pour reconnaître sa primauté et demander l'autorisation d'élire un patriarche de rite grec à côté du patriarche latin, comme à Antioche et à Jérusalem, le pape ne daigne même pas leur répondre[15].

À partir de 1207-1208, Innocent III fait prêcher la croisade contre les Albigeois. Dans une lettre aux évêques du Midi, il expose pour la première fois les principes justifiant l'extension de la croisade en pays chrétien : l'Église n'est pas obligée de recourir au bras séculier pour exterminer l'hérésie dans une région ; à défaut du suzerain, elle a le droit de prendre elle-même l'initiative de convoquer tous les chrétiens, et même de disposer des territoires des hérétiques en les offrant, par-dessus le suzerain, comme butin aux conquérants[16]. Il offre à tous ceux qui participeraient à la réduction de l'hérésie les mêmes indulgences que pour les croisés de Terre sainte mais en plus, ils leur donnent les terres conquises lors de la croisade. Le IVe concile du Latran de 1215 confirme ces dispositions[17]. Le concile ordonne aussi la prédication d'une nouvelle croisade dans toute la chrétienté[18]. Il demande l'indulgence plénière laquelle est étendue à ceux qui contribuent à la construction de bateaux pour la croisade alors que jusque là seuls les combattants en bénéficiaient. C'est un appel direct aux armateurs de villes italiennes[19]. Il décide par ailleurs de frapper les revenus ecclésiastiques d'un impôt d'un vingtième et les biens de pape et des cardinaux d'un impôt d'un dixième[20]. La cinquième croisade aura lieu après la mort d'Innocent.

La lutte pour la foi

Innocent III cherche à mieux contrôler le clergé de manière à mettre fin aux critiques adressées à certains de ses membres. Il s'appuie sur les cisterciens pour lutter contre l'hérésie cathare. Il désigne parmi eux ses légats avec pleine autorité sur les évêques en la matière. Leur action est plutôt inefficace. Le meurtre de l'un d'entre eux en 1208, Pierre de Castelnau, pousse le pape à lancer la croisade contre les Albigeois. Il est ainsi à l'origine d'une guerre particulièrement violente contre les hérétiques[1]. L'aboutissement de ses efforts pour le rétablissement de l'orthodoxie catholique se trouve dans le IVe concile du Latran. Le concile affirme (principalement pour condamner les cathares) la Trinité, l'incarnation humaine du Christ, et introduit dans le dogme, sous l'influence des théologiens Pierre Lombard et Étienne Langton, le concept de la transsubstantiation qui est défini comme dogme pour la première fois dans un canon de l'Église catholique[21]. La simonie et le nicolaïsme sont de nouveau condamnés, de même que, pour les clercs, l'ivrognerie, le jeu, la participation aux festins et aux duels ou encore la pratique de la chirurgie. Il est rappelé que les contributions des fidèles sont volontaires et qu'il est hors de question de les tarifer. En 1210, il voit en rêve saint François d'Assise soutenant la basilique Saint-Jean de Latran en ruines. Frappé par ce rêve, il valide verbalement la première règle rédigée par François régissant la fraternité naissante. Malgré leur vision radicalement différente de l'Église, Innocent III et François se sont respectés. Innocent III est très souvent représenté aux côtés de saint François.[réf. nécessaire]

Il meurt en 1216. Il est inhumé d'abord à la cathédrale San-Lorenzo de Pérouse. Ses restes, mêlés à ceux d'Urbain IV et Martin IV, sont transférés en 1891 à la basilique Saint-Jean de Latran.

Chronologie

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Notes et références

  1. a, b, c et d Marcel Pacaut, article Innocent III, Encyclopædia Universalis, DVD, 2007
  2. Jean Chélini, Histoire religieuse de l’Occident Médiéval, Hachette, 1991, p. 306.
  3. Jean Chélini, p 307
  4. Michel Balard, Jean-Philippe Genêt, Michel Rouche, Des Barbares à la Renaissance, Hachette, 1973, p. 160
  5. Innocentii III Romani pontificis Regestorum sive Epistolarum Liber Sextus, p. 501-503
  6. Jean Chélini, p 310
  7. Jean Chélini, p. 307.
  8. Jean Chélini, 1991, p. 308.
  9. Jean Chélini, 1991, p. 309
  10. Cécile Morrisson, p 59
  11. Cécile Morrisson, Les Croisades, PUF, 2006, p. 58
  12. Cécile Morrisson, p. 52
  13. Cécile Morrisson, p. 53
  14. Cécile Morrisson, p 54
  15. José Grosdidier de Matons, Article Byzance, Encyclopædia Universalis, DVD, 2007
  16. Jacques Le Goff, La croisade contre les Albigeois, Encyclopædia Universalis, DVD, 2007
  17. Cécile Morrisson, p. 58
  18. Jean Chélini, p. 314
  19. Jean Richard, Article Croisades, Encyclopædia Universalis, DVD, 2007
  20. Jean Chélini, p. 315
  21. Jean Chélini, p. 317
  22. Page 561 dans La Normandie des ducs aux rois : Xe-XIIe siècle de François Neveux (1998)

Voir aussi

Bibliographie

  • Michel Balard, Jean-Philippe Genêt, Michel Rouche, Des Barbares à la Renaissance, Hachette, 1973
  • (en) Brenda Bolton, Innocent III, Studies on Papal Authority and Pastoral Care, Variorum, « Collected Studies Series », Aldershot, 1995;
  • Olivier Guyotjeannin :
    • q.v. Dictionnaire du Moyen Âge, s. dir. Michel Zink, Alain de Libera et Claude Gauvard, PUF, coll. « Quadrige », 2004 (ISBN 2130543391) ;
    • q.v., Dictionnaire historique de la papauté, s. dir. Philippe Levillain, Fayard, Paris, 2003 (ISBN 2213618577) ;
  • (en) John C. Moore, Pope Innocent 3rd 1160/61–1216: To Root Up and to Plant, Brill Academic Publishers, coll. « The Medieval Mediterranean », 2003 (ISBN 9004129251)
  • (en) James E. Powell, Innocent III: Vicar of Christ or Lord of the World?, Catholic University of America Press, 1994 (ISBN 0813207835) ;
  • (en) Jane E. Sayers, Innocent III: Leader of Europe 1198–1216, Longman, coll. « The Medieval World » Londres et New York, 1994.
  • Julien Théry, « Innocent III, le rêve de la théocratie », dans Le Moyen Âge des hérétiques. Les collections de L’histoire, 26, 2005, p. 58-61.
  • Julien Théry, « Innocent III et les débuts de la théocratie pontificale», dans Mémoire dominicaine, 21 (2007), p. 33-37. Texte lisible et téléchargeable librement sur le site halshs
  • Julien Théry, « Le triomphe de la théocratie pontificale, du IIIe concile du Latran au pontificat de Boniface VIII (1179-1303) », dans Structures et dynamiques religieuses dans les sociétés de l’Occident latin (1179-1449), dir. Marie-Madeleine de Cevins et Jean-Michel Matz, Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2010, p. 17-31 En libre accès et téléchargeable sur le site halshs.

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