Bataille De La Lys (1940)

Bataille de la Lys (1940)

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Bataille de la Lys
Informations générales
Date 23 - 28 mai 1940
Lieu Belgique
Issue Victoire allemande
Belligérants
Flag of Belgium.svg Belgique Flag of Germany 1933.svg Allemagne
Commandants
Flag of Belgium.svg Léopold III Flag of Germany 1933.svg Walther von Reichenau
Flag of Germany 1933.svg Georg von Küchler
Pertes
3 000 morts
Seconde Guerre mondiale,
Bataille de France
Batailles
Bataille de France et campagne des 18 jours‎
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Campagnes d'Afrique et du Moyen-Orient


Bataille de l'Atlantique


Guerre en Asie et dans le Pacifique


Guerre sino-japonaise

Le 10 mai 1940, au tout début de ce qui sera la bataille de France, au mépris des traités, l'Allemagne envahit la Belgique dans le but de percer rapidement le front français en franchissant la Meuse à Sedan et plus au nord à Dinant, Houx, Yvoir. Dès les premiers combats de diversion menés plus au nord, le long du Canal Albert, les forces spéciales allemandes s'emparèrent du fort d'Ében-Émael, réputé imprenable. Cette défaite et la percée sur la Meuse (les 13 et 14 mai : mais le 12 mai des éléments allemands ont franchi la Meuse à Houx) amenèrent l'armée belge à se replier sans quasiment combattre sur la ligne Anvers-Wavre puis sur l'Escaut et enfin sur la Lys. Derrière cette rivière et son prolongement par le canal de la dérivation du sud-ouest de Gand à la mer, coupure pourtant peu propice à ce type de combat, l'armée belge livra la seule vraie bataille (bataille d'arrêt), de sa campagne de mai 1940, du 23 au 28 mai 1940 ne concédant que quelques kilomètres de terrain jusqu'à la capitulation décidée par le roi Léopold III. En quelques jours, trois mille soldats belges périrent et un nombre sans doute plus grand d'Allemands. Le simple combat de Vinkt fit plus de 150 morts et 1500 blessés chez les Allemands le 27 mai.

Sommaire

Déroulement de la bataille

A la veille de la bataille de la Lys

Les soldats belges occupaient la rive ouest de la Lys de Menin à Deinze (près de Gand), et se tenaient aussi au sud d'un canal dit "de la dérivation" de Deinze à la mer (parallèlement à la frontière belgo-néerlandaise)[1]

La bataille de la Lys fut la plus importante de la Campagne des 18 jours.

Sur la Lys, en amont de Courtrai et en aval jusqu’à l’est de Wielsbeke

C’est à cet endroit du front belge que les combats furent au départ les plus violents et le plus d’hommes engagés. Les troupes allemandes entrent en contact avec l’armée belge le 23 mai (premiers bombardements d’artillerie). En amont de Courtrai se tiennent la division de ligne (d’active) et la 3e division (d’active aussi). En aval de Courtrai se tient la DI (1re réserve) et la division de chasseurs ardennais (1re réserve). Contre ces quatre divisions les Allemands lancent huit divisions[2]. Une division compte en principe 17 000 hommes, soit 3 régiments (un régiment compte 4 000 hommes), 1 régiment d'artillerie (4 000 hommes également) et 1 bataillon (1 000 hommes) du génie.

La 1re division est submergée le 24. La 3e division doit se retirer le 24 tard le soir (un monument à Kuurne, non loin de Courtrai célèbre cette unité, et en particulier le 12e régiment de ligne où Francis Walder combat comme officier supérieur). La violence des combats a frappé les historiens flamands locaux : Hadden onze soldaten geweten dat ze met twee povere divisies de mokerslagen van vijf zegeroes verkerende Wehrmacht Divisionnen zouden moeten opvangen, dan was de moed hen zeker in de schoenen gezonken. (tr.fr. Si nos soldats avaient su qu'avec deux pauvres divisions, ils allaient recevoir le coup de massue de cinq divisions de la Wehrmacht marchant enivrées par la victoire, leur courage se serait enfoncé dans leurs chaussures.[3] Soixante ans plus tard, l'héroïsme de ces régiments est encore célébré : De Waalse regimenten die hier aan de Leie dapper vochten spreken dan ook vaak en terecht over "La Lys Sanglante"] (Tr.fr. Les régiments wallons qui se battirent ici, à la Lys, avec vaillance, parlent souvent et à juste titre de "la Lys sanglante"[4]).

Une attaque lancée par les Allemands contre la 8e division échoue le 25 mai[5]. Le lendemain les divisions allemandes attaquent en force la 8e DI qui recule de quelques centaines de mètres à partir de la rive ouest de la Lys. Au soir du 26 mai une contre-attaque du major Leclercq, avec des éléments épars de la 8e DI repousse les Allemands sur la rive droite du Canal de Roulers-Courtrai[6]. Mais ces troupes (de la 8e division) sont arrivées à la limite de leurs possibilités de résistance. Le major Leclercq est tué et la contre-attaque repoussée.

Les trois divisions malmenées (1re, 3e et 8e), sont relevées par la 10e division (1re réserve) commandée par le général Pire. Le futur chef de l’armée secrète belge tient la ligne Ledegem-Izegem (un peu en retrait de la Lys)[7]. À la 10e DI s’ajoute également la DI (1re réserve), la division de cavalerie venue de la frontière avec la Hollande[8], la 15e division (division de deuxième réserve mais dont la combativité sera efficace), des éléments de la DI (d’active), soit, selon Henri Bernard ‘’le tiers de l’armée belge’’ encore à même de combattre. La 9e division et la 10e division se tiennent à partir du 25 mai sur la rive droite du canal de Roulers à la Lys (qui rejoint la Lys un peu au-dessous de Wielsbeke).

De Wielsbeke à Deinze et Nevele

La résistance de la 2e division de Chasseurs ardennais (1re réserve) à gauche des positions de la 8e DI est efficace dans un premier temps : le régiment d’infanterie allemand notamment est repoussé. Plus au nord, la 1re division de chasseurs ardennais (d’active et entièrement motorisée), contre-attaque le 25 mai suite à l’effondrement de la 4e DI postée au nord de Deinze (cette fois non sur la Lys mais sur un canal dit ‘’de la dérivation’’ qui joint le cours de la Lys à la mer du Nord, canal qui est aussi, à partir de Deinze, la ligne de front belge presque jusqu'au littoral). Les Allemands passent sur la rive ouest du canal: une poche est créée. Les 1er et le 3e régiments de cette 1re DI de chasseurs ardennais contiennent les régiments allemands et contre-attaquent à plusieurs reprises à Vinkt, rendant impossible la percée du front. Il y a des centaines de morts dans les rangs allemands. Les troupes allemandes, particulièrement celles du régiment d’infanterie, régiment hambourgeois, en proie à la psychose du franc-tireur, fusillent une centaine d’habitants de ce petit village flamand le 27 mai. C’est dans la direction de Deinze à Tielt que s’effectue la percée allemande qui amène la capitulation de l’armée belge le 28 mai.

De Nevele à Eeklo

C’est cette partie du dispositif belge qui est le moins sous pression, au moins au départ. Sur cette partie du canal de la dérivation, prennent position du sud au nord : la 2e DI (d’active), la 11e DI, la 12e DI (divisions de 1re réserve), la 6e DI (d’active) et la 17e DI (2e réserve). Ici, la pression allemande se fait sentir moins fort au départ. D’ailleurs plusieurs unités de la 6e DI font mouvement vers le sud du front belge en direction de Courtrai en vue d’y épauler la résistance efficace des 9e, 10e, 15e DI renforcées par la cavalerie. Le 24 mai, les Allemands parviennent à franchir le Canal de la dérivation et établissent une tête de pont à Ronsele, sur la rive ouest de cette coupure. Une contre-attaque est menée par des éléments de cette 12e DI, notamment son bataillon-cycliste divisionnaire : les Allemands sont repoussés le 25 sur la rive est. Mais le 26 et le 27 la 12e DI disparaît du combat. Le 27 mai, d’autres unités comme le régiment de carabiniers, le régiment de chasseurs à cheval font 100 prisonniers sur le Canal de la dérivation à Knesselare, dans le secteur que tenait la 12e DI.

Le front dans sa totalité à la veille de la défaite

Le chef d’état-major de l’armée belge estime que le 27 mai au matin, il existe toujours un front continu face aux Allemands[9]. Mais constate ensuite que ce front est percé à peu près au milieu dans la direction Deinze-Tielt, et à la fin de l’après-midi : une brèche de 7 km s’est ouverte qu’il semble impossible de colmater. C’est ce qui amène le roi Léopold III à envoyer un plénipotentiaire au général Von Reichenau. Il reviendra dans la soirée porteur des exigences allemandes d’une capitulation sans condition de l’armée ‘’dans sa totalité’’ avec nécessité de livrer passage aux armées allemandes vers la mer. Cette décision (sur un plan militaire strict) est contestée par différents auteurs dont le général Wanty qui aurait voulu, lui, que la capitulation ne soit pas générale, mais soit la décision des unités les plus menacées d’effondrement. Le professeur Henri Bernard considère, lui, que la lutte aurait pu continuer, que l’armée belge aurait dû se joindre aux armées française et britannique qui défendirent le périmètre autour de Dunkerque qui permit le rembarquement de centaines de milliers de soldats britanniques et français[10]. Le général Van Overstraeten aurait voulu que l’armée tienne au moins encore un jour[11]. Selon Henri Bernard, c’est déjà avant la bataille de la Lys qu’il aurait fallu chercher à coopérer avec les armées britannique et française et se retrancher, non derrière la Lys mais derrière l’Yser, celle-ci étant une meilleure « coupure » que la Lys (aux nombreux méandres, à l’étiage bas, à la largeur insuffisante, avec le désavantage de constructions sur la rive ennemie permettant aux Allemands de s’abriter du feu belge). La bataille de la Lys fit entre 2 500 et 3 000 morts du côté belge et un nombre indéterminé de morts côté allemand (peut-être supérieur).

La plupart des prisonniers de guerre belges furent capturés par les Allemands après la capitulation (250 000 sur les 600 000 hommes de l’armée belge, d’autres ayant déjà fui plus loin, n’étant pas emmenés par les Allemands etc.). Mais on estime à 50.000 le nombre de soldats belges faits prisonniers dans les combats proprement dits, soit en Ardenne (suite à l’opération de Witry), soit sur le Canal Albert, soit sur la Lys, principalement. Une partie des soldats capturés à la bataille de la Lys ou peu avant son déclenchement le furent à la suite de redditions volontaires, soit à Gand le 23 mai (de 8 à 10 000 hommes selon les sources, appartenant surtout à la 16e DI), soit à Deinze (la dizaine de milliers d’hommes de la 4e division).

Pendant les deux derniers jours de la bataille la Luftwaffe garda la maîtrise des airs. Il semble que pour le rembarquement de Dunkerque cette armée de l’air allemande fut moins efficace pour deux raisons : 1) ce point était encore plus éloigné de ses bases ; 2) l’aviation britannique était, elle, au contraire, plus proche de ses bases de départ et non dépourvue d’efficacité. Il semble que la capitulation sans conditions de l'armée belge découvrit le flanc droit des troupes britanniques en train de commencer les opérations de rembarquement à la bataille de Dunkerque. Et il est vrai aussi que ces troupes britanniques et des troupes françaises tinrent encore jusqu'au 4 juin le périmètre autour de Dunkerque, donc bien longtemps après la capitulation de l'armée belge sur un théâtre d'opérations relativement proche. Telle est l'opinion d'Henri Bernard, professeur honoraire à l'École royale militaire[10].

Problèmes politiques posés par cette capitulation

En capitulant et en se considérant du fait même prisonnier avec ses soldats, le roi Léopold III s'attira aussi les foudres de Paul Reynaud, mais aussi de Winston Churchill et de son propre gouvernement, dirigé par le catholique Hubert Pierlot qui estimait nécessaire que le roi poursuive la lutte hors du territoire national avec les Alliés. Ce que ce gouvernement décida de faire, après quelques tergiversations, maintenant de cette façon la Belgique dans la guerre aux côtés des Alliés, contre l'avis du roi. La première motivation du roi est, selon lui-même et ses conseillers, le désir d'éviter une dislocation complète de l'armée belge menant à une déroute ignominieuse. Une autre raison, c'est selon le roi toujours, le manque d'appui des alliés. Enfin, une troisième raison, ce sont les nombreuses défections d'unités flamandes.

Les défections de certaines divisions flamandes, facteur de défaite

Plusieurs régiments de troupes flamandes (de l'infanterie), se battirent sans conviction le long de la Lys. Les régiments wallons sont faciles à distinguer des régiments flamands, car l'armée fut scindée linguistiquement en 1938. Plusieurs ouvrages déterminent l'appartenance des unités et l'ordre de bataille des 20 divisions de ligne[12]. L'armée belge comptait 18 divisions de ligne, 20 si l'on y ajoute les deux DI de chasseurs ardennais, soit pas loin de 400 000 hommes, les 2/3 de l'armée. Il y en avait six de soldats de métier (numérotées de 1 à 6), six de première réserve (de 7 à 12), et six de deuxième réserve (de 13 à 18), une DI de chasseurs ardennais d'active (la 1re) et une de première réserve (la 2e). Soit 9 DI flamandes (les 1re, 2e, 4e, 9e, 11e, 12e, 13e, 14e, 16e), 6 DI wallonnes (les 3e, 5e, 8e, 10e, 15e, 17e), 2 DI mixtes (6e et 7e DI), auxquelles s'ajoutent les troupes wallonnes des deux DI ardennaises.

Le point de vue des historiens Jo Gérard-Libois et José Gotovitch en 1971

José Gotovitch et Jo Gérard-Libois ont émis un point de vue quelque peu différent en 1970 soit après les récits des principaux responsables militaires de la campagne des 18 jours et avant d'autres précisions apportées notamment par Francis Balace, Hervé Hasquin ou Philippe Destatte et le Commandant Hautclerc. Ils écrivent;

« Après la débâcle, la question de la défection des troupes fut aiguë dans l'opinion. Plus tard, le sort des armées françaises, la capitulation du maréchal Pétain et divers travaux comme ceux de L.DE Jong ont eu comme conséquences de ramener à un niveau plus modeste l'impact du facteur cinquième colonne sur le déroulement des opérations militaires en Belgique. Les historiens sont unanimes aujourd'hui à reconnaître que la percée de Sedan et la marche des blindés allemands vers le Pas-de-Calais ont constitué les facteurs décisifs dans les événements.[13] »

Ils ajoutent que les défections n'eurent d'aucune manière un rôle déterminant dans le déroulement des faits : tout au plus ont-elles accéléré le mouvement, aggravé les psychoses collectives et alimenté les polémiques de 1945 à 1950 sur la question royale[14].

L'avis des responsables militaires en 1940 et d'historiens plus récents

Les défections des troupes flamandes ont eté très diverses. Voici comment les décrivent la plupart des autorités militaires de l'armée en 40 (Léopold III, Michiels, Van Overstraeten, l'histoire officielle de l'armée belge), et de nombreux historiens (Bernard, Hasquin, Destatte, Balace, Simon, Taghon). Dès le 13 mai, la 14e DI s'avéra inapte au combat. Le 23 mai, une grande partie de la 16e division d'infanterie (DI) se livra à l'ennemi à Gand)[15], . Le 24 mai la 13e DI qui, la veille, n'a pas pu contenir une attaque allemande sur le canal de Terneuzen (que la 11e DI repousse un peu plus tard) est jugée inutilisable en bataille[16]. Le 25 mai au matin, à l'endroit du front tenu par la 4e DI, le 15e régiment de ligne se rendit volontairement aux Allemands, organisant même la pénétration des lignes de la DI par l'ennemi et entraînant de ce fait la déroute de toute la division[17]. C'est la 1re division de chasseurs ardennais qui colmata la brèche ainsi créée. L'énergie de la riposte ardennaise qui fit 1 500 morts et blessés dans le RI allemand est à l'origine du Massacre de Vinkt, qui a des analogies avec ceux des atrocités allemandes commises en 1914. Les unités de la 12e DI et de la 9e DI s'effilochèrent les jours suivants[18]. Sur les 9 DI flamandes, six connurent des défaillances graves. Tous les auteurs opposent à cela le comportement courageux des régiments flamands d'artillerie et de cavalerie. Hervé Hasquin a montré que 51,3 % des soldats morts lors des opérations étaient domiciliés en Wallonie, 39,9 % en Flandre et 8,8 % à Bruxelles, alors que la population wallonne ne représentait alors qu'un peu plus d'un tiers de la population globale[19]. Il est à noter que certains auteurs mettent en cause l'idée que se soient rendus des "régiments entiers", comme l'indique le secrétaire de Léopold III, le comte Capelle dans ses Notes inédites[20]. Jean Vanwelkenhuyzen pense qu'il s'agit de bataillons seulement, tous flamands, ont fait défection. Ces désertions massives ont pesé certainement dans la décision du roi. Il voulait éviter qu'en s'étendant de tels agissements n'incitent les Allemands à mener une politique de division de la Belgique.[21]

Un drame humain

Ces redditions flamandes ont joué un rôle psychologique important dans le climat qui a engendré la question royale[22]. La littérature scientifique dédramatise en soulignant les handicaps du recrutement (la 14e DI ou la 13e DI), des difficulté de la communication entre certains officiers et la troupe (comme la 7e DI mais qui elle ne s'est pas rendue), etc. Mais c'est au travers de l'intrigue littéraire que l'impact de cet épisode sur les populations est le mieux retranscrit, comme le fait l'écrivain wallon Xavier Hanotte dans son roman De secrètes injustices. Il parvient à y décrire cette tragédie wallo-flamande, en soulignant l'enjeu humain à travers la rencontre d'un chasseur ardennais, d'un sous-officier allemand et d'un paysan flamand. Ce dernier adresse quelques mots désespérés au soldat wallon (emmené comme prisonnier), juste avant de mourir fusillé en présence du sous-officier allemand écœuré et impuissant devant le massacre par ses compatriotes du groupe de civils dont le paysan fait partie.

Conséquences militaires et politiques

Selon Raoul Van Overstrateten et Francis Balace, ces défections d'unités flamandes ont joué un rôle dans la décision du roi de capituler. Il était effrayé à l'idée que ces différences de comportements dans son armée (outre l'affaiblissement militaire qu'elles provoquèrent), ne poussent les Allemands à la même politique en faveur de séparatisme en Belgique qu'en 1914-1918 : Ce qui est également important dans la pensée du Roi (...) c’est de ne pas permettre à l’ennemi de tirer argument des défections de certaines unités, on aura compris qu’il s’agissait de certains bataillons de régiments flamands, pour mener une politique favorisant le séparatisme et niant le fait belge. [23]. Le commandant Hauteclerc estime que les défections sont provoquées par la propagande du VNV qui exploite les mauvaises conditions sociales des soldats (flamands comme wallons)[24]. D'autres pistes d'explications sont proposées : la mémoire des atrocités allemandes plus vive en Wallonie, le sentiment d'injustice linguistique de la Première Guerre chez les Flamands[25].

La Flamenpolitik et les prisonniers de guerre

Le sort des militaires belges ne fut pas certain dès la capitulation, les Allemands ne sachant pas encore ce qu'ils allaient faire d'eux. Ils choisirent de les garder captifs et à partir de la fin mai 225 000 furent transportés en Allemagne, en train ou en bateau. Les officiers furent internés dans les Oflags (Offizierslager), principalement à Prenzlau, Tibor et Lückenwalde. Les autres militaires furent envoyés dans les stalags (Soldatenlager).

Origines de cette politique

Dans le cadre de la Flamenpolitik, Adolf Hitler libéra les miliciens, sous-officiers et officiers de réserve flamands. Même si de nombreux militaires francophones, dont pratiquement tous les Bruxellois ainsi que les soldats habitants de la région d'Arlon, réussirent à passer les tests linguistiques (ou furent libérés d'office), et reçurent le Entlassungsschein leur permettant de regagner leurs foyers, la plupart des soldats ne parlant pas de langue germanique restèrent captifs jusqu'à la fin de la guerre soit au total, avec leurs 2 500 compatriotes néerlandophones, quelque 70 000 prisonniers de guerre belges[26]. Sur les 67 634 prisonniers domiciliés en Belgique à la veille de la guerre et recensés par l'OTAD en décembre 1944, 90,2 % l'étaient dans les provinces wallonnes, 5,1% à Bruxelles, 3,5% en Flandre (essentiellement les cadres de l'armée de métier), ainsi que 1,2 % de Français domiciliés en Belgique en mai 1940[27]. Cette mesure discriminatoire et vexatoire fut appliquée pour exacerber les problèmes communautaires belges et pour essayer d'avoir une meilleure collaboration des habitants du Nord du pays afin de faciliter la germanisation et l'aryanisation de la Belgique. Le taux de prisonniers par millle habitants était de 20 en moyenne en Wallonie, de 0,5 en Flandre et de 3 à Bruxelles[28].. La volonté allemande de viser les Wallons est claire: le professeur Willy Bal a même écrit de manière provocatrice dès 1940, Hitler reconnaissait l'identité wallonne[29] . Le docteur Gebhardt, général SS et médecin personnel d'Hitler déclare le 4 juin 1940, au conseiller militaire du roi: Le problème des prisonniers est complexe; car il sera résolu dans le sens de la race. Les soldats flamands seront libérés; les soldats wallons resteront en captivité. Il faut s'y résigner. S'il n'y avait eu que des Flamands dans l'armée, nous serions entrés en Belgique sans tirer un coup de fusil. La Flandre avait perdu le souvenir de la guerre de 1914-1918. Au contraire, les Wallons l'avaient gardé vivace. Certains monuments, certaines commémorations le proclament...[30]. Gebhardt fait allusion surtout aux monuments rappelant les atrocités allemandes, notamment celui de Dinant.

N'accorder aucun avantage aux Wallons

Le 14 juillet 1940, l'OKH, le grand état-major allemand faisait connaître les instructions d'Hitler: « Le Führer n'a pas encore pris de décisions définitives au sujet de l'avenir de l'État belge. Il désire en attendant que l'on favorise de toutes les manières possibles les Flamands, y compris par le retour des prisonniers de guerre flamands dans leurs foyers. Aux Wallons, il ne faut accorder aucun avantage… ». [31] Le 10 avril 1940, Hitler avait donné des ordres pour séparer Flamands et Wallons : les hommes habitant Bruxelles, « quel que soit leur régiment, doivent être considérés comme Flamands s'ils sont de langue flamande… ».[31] Le 20 mai, le Völkischer Beobachter signale que les habitants d'Anvers ne manifestent « aucune trace de haine contre l'Allemagne ».[31] Le 23 mai[32], l'OKH ordonne de ne pas bombarder les grandes villes flamandes. Bien plus, William L. Shirer, dans The Rise and Fall of the Third Reich, sur la base des souvenirs du général allemand Halder, estime que l'ordre donné aux blindés allemands le 25 mai de ne pas remonter vers Dunkerque, même s'il avait des raisons militaires, pouvait avoir des raisons politiques : « Hitler ne voulait pas que la bataille finale décisive, qui inévitablement causerait de grands dommages à la population, se déroule sur un territoire habité par le peuple flamand… »[33]. Toutefois, Jean Stengers estime que la principale raison de la préférence hitlérienne à l'égard des Flamands était d'ordre idéologique, c'est-à-dire ici, ethnique ou raciste. Pour l'historien Philippe Destatte cependant, « la motivation de certains des régiments wallons pendant la campagne des Dix-Huit jours, vont renforcer – voire déterminer – l'attitude différente que Hitler va adopter à l'égard des Flamands et des Wallons », et il cite l'ordre de von Brauchtisch du 22 mai (selon Henri Bernard) d'épargner les villes flamandes[34].

Une des origines de la Question royale

Le sentiment de cette injustice chez bien des Wallons, chez certains la conscience que des défections s'étaient produites dans les troupes flamandes face à l'ennemi, l'opposition à la politique royale d'accommodement avec le vainqueur allemand chez beaucoup d'autres (opposition qui a pu exister aussi en Flandre), le plus grand engagement des Wallons dans la Résistance (sept fois plus de sabotages en Wallonie qu'en Flandre durant la guerre[35]), fit grandir durant les années d'occupation un malaise très grave qui allait s'exprimer dès la Libération et puis très brutalement quand le Roi Léopold III revint le 22 juillet 1950 en Belgique après en avoir été tenu écarté cinq ans après la Libération. Les troubles violents au lendemain du 22 juillet sont l'épilogue de la question royale, ce tragique affrontement dont la mémoire des incidents de la Lys (évoquée le 20 octobre 1945 au Congrès national wallon) expliquent en partie l'âpreté.

Citation

L'écrivain wallon Willy Bal qui commandait un peloton dans le 12e Régiment de Ligne (3e Division d'Infanterie) a écrit dans Au soya dès leus (Au soleil des loups), la détresse des soldats (langage wallo-picard de Jamioulx):

la Lys! lès-awènes froncheneut au vint dou Sud,
lès tchans d'lin,
èl soyaz d'mé... èn'don, mès camarâdes,
què ç'ît vrèmint bièsse dè s'fé tuwer pa dou si bia tins!
lès près câsimint bons a fautchî,
més si on intindeut come dès mârtias su l'aglèmia,
c'ît lès mitrayeûses...
lès mitrayeûses qui cruwodint pas-t't-avau no djonèsse,
qui cruwôdint...

tr.fr. La Lys! Les avoines ondulent au vent du Sud,
Les champs de lin,
Le soleil de mai...hein, mes camarades,
Que c'était vraiment bête de se faire tuer par un si beau temps!
Les prés quasiment bons à faucher,
Mais si on entendait comme des marteaux sur l'enclume,
C'étaient des mitrailleuses,
Les mitrailleuses qui sarclaient à travers notre jeunesse,
Qui sarclaient...
[36]

Lien externe

Mémorial Mai 1940, Musée de la Bataille de la Lys, à Kuurne, près de Courtrai

Notes et références

  1. Voir notamment Francis Balace Fors l’honneur. Ombres et clartés sur la capitulation belge, in Jours de Guerre, t. 4, Jours de défaite, II, Crédit Communal, Bruxelles, 1991, pp. 7-50, puis les autres auteurs cités ci-dessous
  2. F.Balace, Fors l'honneur... op. cit., p 13
  3. Marie-Christine Martens, Mei 1940, de zware beproeving in Leie Sprokkels, Jaarboek 1991, Juliaan Claerhout-Kring, Wielsbeke, 1991, pp. 51-82: les deux divisions dont elle parle sont la 3e Division et la 8e Division, sa vision locale ne concernant que les combats proches de Wielsbeke et ne concernant pas le front tenu par les chasseurs ardennais (2e DI) entre Zulte et Deinze
  4. Un soldat wallon à la bataille de la Lys in TOUDI, n°69, octobre 2005, pp. 33-38, p. 33 cite un site flamand disparu qui était intitulé Pandora/Historia.
  5. Colonel BEM, A. Massart, Historique du 13e de Ligne, Centre de documentation historique des forces armées, Bruxelles, 1982
  6. A. Massart, op. cit., p.141. Philippe Destatte, Ceux-ci se sont battus vaillamment, pp. 9-16 in Les combattants de 40, Hommage de la Wallonie aux prisonniers de guerre, IJD, Namur, 1995, p. 13. Voir aussi De Fabribeckers, La campagne de l’armée belge en 1940, Rossel, Bruxelles, 1978 op. cit.
  7. Henri Bernard, Panorama d'une défaite, Duculot, Gembloux, 1984.
  8. L'effort principal de la 6e Armée allemande est marqué dans la région de Kortrijk [Courtrai] et la situation y devient critique. En conséquence, c'est toute la 2e DC qui reçoit l'ordre de se porter du Nord vers la limite Sud de l'Armée Belge dès le 24 au soir... [1]
  9. Michiels Dix-huit jours de guerre en Belgique, Berger-Levrault, Paris, 1947, p. 215
  10. a  et b Panorama d’une défaite, Duculot, Gembloux, 1984
  11. Raoul Van Overstraeten, Dans l’étau, Paris, 1960
  12. André L'Hoist, La guerre 1940 et le rôle de l'armée belge, Ignis, Bruxelles, 1940, L.A. Lecleir L'infanterie, filiations et traditions, Bruxelles, 1973. Histoire de l'armée belge de 1830 à nous jours, Centre de documentation des forces armées, Bruxelles, 1988. tome II De 1920 à nos jours (pour ce qui est des régiments de l'armée de métier). Ces renseignements peuvent être complétés par Francis Balace Quelle armée pour la Belgique? in Jours de guerre, Bruxelles, 1991. Enfin Éric Simon dans Le rapport des forces entre la Heer [armée de terre allemande] et l'Armée belge, mai 1940, in Bulletin d'information du Centre Liégeois d'Histoire et d'Archéologie militaire, octobre-décembre 2005, Tome IX, fascicule 8, pp. 25-44, distingue tout à la fois les appartenances des régiments et détaille les combats, redditions ou graves faiblesses des régiments flamands et wallons.
  13. Jo Gérard Libois et José Gotovitch, L'an 40, CRISP, Bruxelles, 1971, p. 97
  14. ibidem
  15. Peter Taghon, La reddition de Gand, légende et vérité in Jours de Guerre, n° 2, Bruxelles, 1991, p 115-123. Peter Taghon, Gent, mei 1940, Historica, Gand, 1986, passim
  16. Général Van Overstraeten (conseiller militaire du Roi), Dans l’étau, op. cit., p.351 et Oscar Michiels (chef de l’état-major général de l'armée belge en mai 1940), 18 jours de guerre en Belgique, Berger-Levrault, Paris 1947, p. 161
  17. Hervé Hasquin, Historiographie et politique en Belgique, op. cit., p.203. Peter Taghon Mai 40, La campagne des dix-huit jours, Duculot, Paris et Louvain-la-Neuve, 1989, pp.177-178 écrit : Le 15e de Ligne n’existe pratiquement plus. Le Cap-Cdt Locks veut encore déclencher une contre-attaque, avec sa 7e Cie, mais il est abattu ainsi que le lieutenant Mutsaert, dans des circonstances particulièrement suspectes. Général Van Overstraeten, Sous le joug, Léopold III prisonnier, Didier-Hattier, Bruxelles, 1986, p 27
  18. Pour la 12e DI voir notamment O.Michiels, op. cit., Général Van Overstraeten, Sous le joug..., op. cit. p 36, L’Historique de l’Armée belge, op. cit., p 140 écrit, pour le matin du 26 mai : A la 9e DI, tôt dans la matinée, l’ennemi précédé de drapeaux blancs franchit en force le canal de la Mandel . Oscar Michiels, 18 jours de guerre en Belgique op. cit. p 235 écrit que le 26 au matin la 12e DI n'a pratiquement plus d'infanterie. Le Colonel BEM, A. Massart, Historique du 13e de Ligne, Centre de documentation historique des forces armées, Bruxelles, 1982, signale (p 118), la reddition de la 5e compagnie du 16e de ligne (de la 9e DI) sur le flanc droit du 13e de ligne, le 25 mai au soir. Plusieurs autres compagnies de ce régiment désertent également.
  19. Hervé Hasquin, Historiographie et politique en Belgique, IJD et ULB, Bruxelles, 1996, p 203, note 46 où il est indiqué que ces chiffres sont proches de la réponse fournie au député Théo Lefèbvre dans Bulletin des questions et réponses, Chambre des représentants session extraordinaire, 1946, p 120-121, question du 16 mai 1946
  20. Cité par Jean Vanwelkenhuyzen, Quand les chemins se séparent, Duculot, Gembloux, 1988 notamment p. 37 et dans le reste de l'ouvrage
  21. Jean Vanwelkenhuyzen, op. cit., note 25 p. 395
  22. Jo Gérard-Libois et José Gotovitch, L'an 40, CRISP, Bruxelles, 1970, p 97
  23. Francis Balace écrit dans Fors l’honneur. Ombres et clartés sur la capitulation belge, in Jours de Guerre, t. 4, Jours de défaite, II, Crédit Communal, Bruxelles, 1991, pp. 23-24. : Raoul Van Overstraeten, in Dans L’étau, décrit un Léopold III démoralisé par les défections d’unités flamandes, op. cit., p. 350.
  24. In Le manque de combativité des régiments flamands in Revue des chasseurs ardennais, n° 1, 1980, les soldats et les sous-officiers, rappelés et mobilisés, ne touchaient que des indemnités peu élevées contrairement aux officiers qui avaient des revenus équivalents à ceux de leur situation dans le civil.
  25. Laurence Van, Ypersele in Serge Jaumain, M.Amara, B.Majerus, A.Vrindts, Une guerre totale ? La Belgique dans la Première Guerre mondiale, AGR-AR, Etudes sur la Première guerre mondiale, Bruxelles, 2005
  26. Luc de Vos, La Belgique et la Seconde Guerre mondiale, Bruxelles, Racines, 2004, (ISBN 978-2-87386-355-5).
  27. Les combattants de '40. Hommage de la Wallonie aux prisonniers de guerre., Institut Destrée, A l'initiative du Gouvernement wallon, Namur, 1995, p. 24, note 53
  28. Les combattants de 40 Ibidem
  29. Témoignage d'un Stück, Discours prononcé à l'occasion de l'hommage de la Wallonie et du gouvernement wallon aux prisonniers de guerre, le 29 avril 1995 à Liège in La Revue générale belge, Louvain-la-neuve, janvier 1996, pp. 41-45
  30. Général Van Overstraeten, Sous le joug. Léopold III prisonnier, Didier-Hatier, Bruxelles, 1988, p.20
  31. a , b  et c Jean Stengers, « Hitler et les Flamands », dans Jours de guerre, jours de défaite Crédit communal, Bruxelles, 1991, p. 125–131
  32. Le 22 mai selon Henri Bernard, Panorama d’une défaite, Duculot, Gembloux, 1984, p. 120.
  33. William L. Shirer cité par Jean Stengers, ibid., p. 130
  34. Philippe Destatte, L’Identité wallonne, Institut Jules-Destrée, Namur, 1967, p. 192
  35. Voir la carte des attentats réalisée par l'Université de Liège sur la base des statistiques de la gendarmerie
  36. Willy Bal, Oeuvre poétiques wallonnes, Association littéraire wallonne de Charleroi et Société de langue et de littératire wallonne, Carleroi, 1991, traduction Maurice Piron

Bibliographie

On peut consulter aussi :

  • Livre Blanc établi par le Secrétariat du roi (1946).
  • De Fabriebeckers La campagne de l’armée belge en 1940, Rossel, Bruxelles, 1972 (avec nombreuses cartes et croquis).
  • Jean Stengers, Léopold III et le Gouvernement, Duculot, Gembloux, 1980 (pour la question de la liaison avec l'armée britannique)
  • Richard Boijen De taalwetgeving in het Belgische Leger, Musée royal de l’armée, Bruxelles, 1992
  • Philippe Destatte, Ceux-ci se sont battus vaillamment in Les combattants de 40. Hommage de la Wallonie aux Prisonniers de Guerre, Institut Destrée, Namur 1995.
  • Témoignages du lieutenant Delplanque in Toudi, no 70, pp. 62-63, janvier-février-mars 2006. Le lieutenant Delplanque, officier de réserve hennuyer, commandait la 8e Compagnie du 43e de Ligne de la 15e DI commandée par le Général Raoul de Hennin de Boussu-Walcourt est cité à l'ordre du joiur de cette division dans les termes suivants: Officier méritant, qui s'est particulièrement distingué le 27 mai 1940 à Passchendaele [ancienne orthographe de cette localité] où, malgré des pertes sévères, il résiste héroïquement. Cet officier a recueilli, principalement en mai 1940 des témoignages d'autres officiers sur les défections de troupes flamandes, à Gand (16e DI), à Deinze (4e DI), ainsi que sur le flanc droit du 13e de Ligne à Wielsbeke (défections de régiments de la 9e DI dont, selon lui, le 8e de Ligne). Il témoigne aussi de fraternisations d'officiers ou soldats avec les Allemands le 28 mai et les jours suivants. Ce manuscrit fut gardé par devers lui durant la captivité en Allemagne et conservé ensuite par lui puis par son fils.
  • Le roman de Xavier Hanotte, De secrètes injustices qui est un roman policier dont l'intrigue se noue autour d'un épisode de la bataille de la Lys: le combat de Vinkt, livré par les chasseurs ardennais.

Autres lectures

  • Buffetaut, Yves, Blitzkrieg à l'Ouest: Belgique et Nord, 1940, Magazine Militaria HS no.8, 1993.
  • Taghon, Peter, L'aéronautique militaire belge durant la campagne de mai-juin 1940 (1), revue Ciel de Guerre no.8, 2006.
  • Taghon, Peter, L'aéronautique militaire belge en mai-juin 1940, revue Avions HS no.18, 2006.
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