Tarot de Marseille
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Le tarot dit « de Marseille » désigne un ensemble de cartes à couleurs « latines » avec des allégories médiévales et Renaissance bien reconnaissables sur les atouts. Depuis la fin du XVIIIe siècle, il est associé à la Taromancie (cartomancie utilisant le Tarot). L'appellation « tarot de Marseille » ne se rencontre pas avant 1859 sous la plume de Romain Merlin[1]. Elle est utilisée ensuite par Papus qui présente, dans Le Tarot des Bohémiens (1889), au chapitre IX, les diverses formes du tarot : « Le Tarot italien, celui de Besançon, celui de Marseille sont les meilleurs sans contredit que nous possédions aujourd'hui », puis elle est popularisée à partir de 1930 par Paul Marteau qui choisit d'intituler un tarot destiné au marché de la cartomancie Ancien Tarot de Marseille.

L'expression « tarot de Marseille » désigne dans son acception plus restreinte un type graphique de jeux de tarot bien particulier, version francisée d’un modèle italien (sans doute milanais), probablement né à Lyon au XVIe siècle et répandu ensuite dans les zones françaises où étaient produits les Tarots. Le type dit « tarot belge à couleurs latines » (ou « Rouen-Bruxelles ») a coexisté en France (avant de passer en Belgique) au XVIIIe siècle. (Le « Tarot bruxellois », indiqué par une source allemande de 1772[2], désigne les tarots à couleurs françaises faits à Bruxelles.)

Le tarot de Marseille n’est pas né à Marseille, où l’on ne fabrique de cartes à jouer que depuis 1630.

Le tarot dit, tout aussi abusivement, « de Besançon » est une variante du tarot de Marseille, née probablement à Strasbourg au début du XVIIIe siècle et où deux cartes, la Papesse (atout II) et le Pape (atout V), sont remplacées - en général par Junon et Jupiter ; peut-être ces deux cartes étaient-elles jugées blasphématoires ou bien peut-être voulait-on gommer la référence à la papauté. Sa production à Besançon tout au long du XIXe siècle (et alors qu’on n’en faisait plus à Strasbourg) lui a valu ce nom, lui aussi connu de Merlin et Papus.

Sommaire

Apparition et évolution des cartes du Tarot

Origine lombarde au XVe siècle

Bien des thèmes se retrouvant sur les cartes des divers jeux français figuraient déjà sur les cartes enluminées de Visconti et de Charles VI (parfois désigné à tort comme Tarot de Gringonneur). Ces jeux de triomphes[3] leur sont antérieurs puisqu'ils datent du milieu du XVe siècle. Les Tarots dits de Marseille leur sont clairement apparentés. Les tarocchi de la province italienne de Lombardie sont considérés aujourd'hui comme étant les prototypes des Tarots plus récents, en tous cas il est indéniable qu'ils partagent une origine commune. Tous les jeux de cartes primitifs européens seraient eux-mêmes issus de ou inspirés par les jeux de cartes orientaux des Mamelouks - on trouve plusieurs références à partir de la fin du XIVe siècle aux jeux de nahib, naïbs, naibis qui sont devenus en espagnol le mot naipes (cartes à jouer). Il faut noter que la structure du Tarot diffère de la structure des jeux de cartes des Mamelouks ou des jeux à enseigne latine : outre l'ajout des vingt-deux atouts, on trouve dans le Tarot quatre honneurs par couleur au lieu de trois, et dix cartes numérales au lieu de neuf dans les jeux de cartes espagnols. Les enseignes reprennent majoritairement les enseignes italiennes à quelques exceptions près (cf. infra).

Le motif plus spécifique le plus répandu du Tarot français, dit de Marseille, pourrait trouver son origine à Milan : la planche xylographiée dite Feuille Cary de la collection Cary de l'université Yale datée de 1500 et six cartes d'un tarot milanais du XVIe siècle ou du XVIIe siècle trouvée à l'occasion de recherches au Castello Sforzesco à Milan présentent des images extrêmement similaire au motif dit de Marseille - on note en particulier l'absence de titres sur les cartes[4].

En France

Le 2 de Coupe, du jeu de Jean Dodal (début XVIIIe siècle)

XVIe siècle

D'après le chercheur Michael Dummett, le Tarot aurait été rapporté en France par les soldats des invasions en Italie de Charles VIII en 1494 et Louis XII en 1499. Cependant une référence à l'existence des Tarots à Avignon dès 1505 publiée par le chercheur Thierry Depaulis[5] pourrait indiquer qu'à l'inverse ce soit l'ordre français qui ait été importé dans la région de Milan à ces mêmes occasions.

Le plus ancien jeu de Tarot français conservé aujourd'hui est celui de Catelin Geoffroy à Lyon en 1557 dont il reste trente-huit cartes, aux enseignes atypiques mais rassemblant apparemment les vingt-deux atouts. Ce Tarot a plusieurs particularités : il ne reprend pas les enseignes latines mais il leur substitue Perroquets, Paons et Lion pour trois d'entre elles, la quatrième n'est pas connue. Ces enseignes étant imitées du jeu de cartes (sans atouts) gravé en 1544 par le graveur allemand Virgil Solis, la quatrième pourrait donc avoir été les Singes. Les atouts pour leur part reprennent les allégories connues dans les jeux italiens[6]. C'est aussi l'unique exemplaire de la production du XVIe siècle, qui était pourtant conséquente[7], d'un jeu populaire à l'époque (cité dans Gargantua) et d'autres écrits[8].

Comme pour les autres cartes à jouer, la diffusion des cartes de Tarot à partir du XVe siècle ou du XVIe siècle est rendue possible - outre le papier - par le développement de la xylographie qui restera jusqu'au XVIIIe siècle le mode de production privilégié des cartes à jouer[9].

XVIIe siècle

On connaît du XVIIe siècle trois jeux de Tarots, tous de Paris : un Tarot anonyme dit « Tarot de Paris » (créé au début du XVIIe siècle), le deuxième plus ancien exemple de Tarot conservé dans son entièreté avec ses soixante-dix-huit cartes[10], puis celui de Jean Noblet (dont ne manquent que quatre cartes de la série des épées numérotées VI à X) et celui de Jacques Viéville (également conservé dans l'intégralité de ses soixante-dix-huit cartes) qui apparaissent tous deux vers 1650. Il reste également du XVIIe siècle la plus ancienne règle du jeu de Tarot imprimée, due à la plume de l'abbé Michel de Marolles et imprimée à Nevers en 1637[11].

Si le jeu de Noblet témoigne clairement de l'influence milanaise évoquée ci-dessus, les jeux anonyme et de Viéville semblent témoigner de certains caractères propres aux jeux bolonais du début du XVIe siècle[12].

La popularité du jeu semble en déclin dans la deuxième moitié du XVIIe siècle siècle[13].

XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, on trouve les exemples notables de Jean Dodal vers 1701[14], à Lyon - il venait d'Avignon - Jean et Jean-Pierre Payen (1713 et 1745) puis par exemple ceux de Nicolas Conver (1760) à Marseille), Joseph Fautrier (au XVIIIe siècle à Marseille également), premiers exemples de Tarots réellement de Marseille.

La popularité du Tarot qui déclinait en France déjà depuis la fin du XVIIe siècle fait qu'il y est progressivement globalement oublié à part en Provence et dans les zones frontalières avec l'Allemagne et la Suisse. Encore cité dans certains dictionnaires et encyclopédies, il est assimilé à un jeu de carte non français et souvent confondu avec le jeu de cartes à enseignes espagnoles[15]. La production française est principalement destinée à l'exportation, notamment vers le Piémont ou l'Allemagne[16]. A la fin du XVIIIe siècle, il n'est guère plus joué sur le territoire français qu'en Alsace, Franche-Comté et Provence[17].

Les cartiers - notamment dans le Sud-Est de la France - continuent de publier ce type de jeu de cartes.

Au milieu du XVIIIe siècle les cartiers allemands abandonnent progressivement d'une part les enseignes italiennes au profit des enseignes françaises, et d'autre part les atouts classiques au profit de motifs animaliers ou de scènes pittoresques. À la fin du XIXe siècle, ces Tarots d'un genre nouveau relanceront la mode du jeu en France.

XIXe siècle

Le Tarot classique est produit par exemple par Lequart (qui sera racheté par Grimaud) sous la désignation de Tarot italien. On trouve aussi des tarots italiens à double-tête (Grimaud, Gaudais). Ces tarots à enseigne italiennes cohabitent avec différents types de Tarots à enseigne française.

À Marseille, Jean-Baptiste Camoin qui a commencé par récupérer la fabrique de Nicolas Conver, a fait main basse sur tout le marché de la carte à jouer dans la métropole phocéenne. Modernisant les modes de productions, il publie notamment autour de 1880 une version modifiée du Tarot de Nicolas Conver avec une palette de couleurs restreinte adaptée aux nouveaux modes de production industrielle.

XXe siècle

Aux débuts XXe siècle le Tarot Nouveau publié par Grimaud (appellation de 1920 du Tarot créé sur le modèle du Tarot allemand de 1865 de Ludwig Wüst) avec ses atouts à thèmes et ses enseignes françaises, supplante largement le modèle de Tarot italien.

Le Tarot classique avec ses enseignes italiennes et ses atouts traditionnels disparaît quasi complètement de la production.

Toutefois en 1930, Paul Marteau relance le Tarot ancien en ciblant le marché de la divination, et sort une version modifiée renommée Ancien Tarot de Marseille, qui connut un grand succès au long du XXe siècle, basée sur les couleurs tardives de l'édition Camoin du XIXe et certains dessins d'un Tarot de Besançon rachetés avec le fond Lequart.

Parallèlement aux États-Unis un avatar du Tarot français de tendance ésotérique destiné à la cartomancie naît sous la plume de Arthur-Edward Waite et le dessin de Pamela Colman-Smith, celui-ci ne reprenant que vaguement le Tarot d'origine, y puisant dans les noms des atouts et leur séquence alors que les cartes de points deviennent elles aussi illustrées de petites scènes, il est en fait une manifestation des théories d'Éliphas Lévi et des influences de la Golden Dawn. Cette variation (avec ses illustrations naïves et son ordre des atouts mélangé) sera dans le monde anglo-saxon la référence et le modèle de la plupart des Tarots à vocation ésotérique tout au long du XXe siècle.

Variantes historiques du motif du Tarot dit de Marseille

Caractéristiques strictes du motif dit de Marseille

Le motif dit strictement de Marseille est caractérisé par différents aspects communs aux Tarots qu'on regroupe précisément sous ce terme :

  • L'ordre des 22 atouts numérotés en haut de la carte avec leurs noms en bas de la carte (avec de légères variations dans l'orthographe et la graphie) : I bateleur, II papesse, III impératrice, IIII empereur, V pape, VI amoureux, VII chariot, VIII justice, VIIII ermite, X roue de fortune, XI force, XII pendu, XIII mort (cartouche du nom parfois absent), XIIII tempérance, XV diable, XVI maison dieu, XVII etoile, XVIII lune, XVIIII soleil, XX jugement, XXI monde, et un Fou (fol, mat) non numéroté.
  • Des cartes numérales à enseignes italiennes

Les variations graphiques des illustrations font discerner par les spécialistes différents types de Tarot de Marseille. Les plus anciens exemplaires connus et encore conservés sont ceux de Jean Noblet, cartier parisien (cf. ci-dessus) du XVIIe siècle, Jean Dodal (cartier Lyonnais) à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe.

Les exemples connus de Tarots de Marseille effectivement faits à Marseille sont essentiellement plus tardifs : François Chosson, Nicolas Conver, Jean Tourcaty pour en citer quelques-uns[18]. Les tarots marseillais à proprement parler présentent entre eux des similarités plus particulières (visage de profil sur la carte de la Lune, dessin du Chariot, etc.).

Tarot de Besançon et Tarots révolutionnaires

Le Tarot de Besançon est une variante du Tarot « de Marseille » née probablement à Strasbourg au début du XVIIIe siècle[19]. Transplanté à Besançon vers 1800 par Jean Jerger, né à Kehl (Allemagne) et formé en Alsace, il y est devenu une sorte de spécialité locale[20], fabriquée exclusivement à Besançon à partir du début du XIXe siècle.

Il reprend une structure identique au Tarot « de Marseille », à l'exception de deux atouts, la Papesse (II) et le Pape (III) qui y sont habituellement remplacés respectivement par Junon et Jupiter[21], vraisemblablement pour éviter toute controverse ayant trait à la religion. L'as de coupe adopte une forme plus arrondie que dans le Tarot « de Marseille ». L'Ermite y est parfois nommé le Capucin[22].

Parmi les cartiers qui ont créé ou commercialisé des Tarots de Besançon, on retient Lachapelle (Strasbourg, vers 1715), Laudier (Strasbourg, 1746[23]), J.-B. Benoist (Strasbourg, vers 1720), J. Jerger (Besançon, début XIXe siècle)[24], Lequart (Paris, vers 1880).

À la Révolution, des versions du tarot laïcisées ont été faites, basées sur le Tarot "de Besançon", par exemple les figures de l'impératrice ou de l'empereur ont été remplacées par la grand-mère et le grand-père, l'ermite devenant le pauvre, pour respecter les consignes de l'an II sur les jeux de cartes[25].

Tarots dits Belge de Rouen et Bruxelles, aussi appelés cartes de Suisse

Ce sont des Tarots produits en Belgique mais dont les plus vieux exemples sont Français, de Rouen (Tarot de Adam de Hautot visible au musée français de la carte à jouer). Ils apparaissent dans la seconde moitié du XVIIIe siècle paradoxalement désignés comme cartes de Suisse[26], et si leur motif rappelle par certains aspects le Tarot de Jacques Viéville et par d'autre le portrait bolonais, leur origine reste mystérieuse[27].

Dans le Tarot Belge (à ne pas confondre avec les tarots animaliers belges de la fin du XVIIIe siècle), le Fou ou Mat est numéroté XXII. En outre comme dans la variante dite de Besançon, la Papesse(II) et le Pape(V) sont remplacés par d'autres figures, ici respectivement par l'espagnol Capitaine Fracasse(le'spagnol capitano fracasse) et Bacchus (Bacus). Le Bateleur(I), Le Diable(XV), La Foudre(XVI) et La Lune(XVIII) reprennent des motifs semblables à ceux du Tarot français de Jacques Viéville. Le Monde reprend un motif similaire au Tarot anonyme de Paris du XVIIe siècle.

Hypothèses alternatives sur les origines et les évolutions historiques des jeux de Tarots

La théorie égyptienne et ses variantes

L'hypothèse d'une origine égyptienne du Tarot vient d'Antoine Court de Gébelin (ces cartes maudites venues d'Égypte)[28].

L'association à l'Égypte semble provenir d'une tendance à l'égyptomanie[29] propre à l'époque, et du fait qu'on a pu désigner comme hiéroglyphes les images censées cacher un sens secret dans une représentation codifiée. Romain Merlin balaya cette hypothèse en 1869[30].

L'idée fit florès à une époque où l'égyptomanie était en vogue - phénomène qui allait s'amplifier avec la campagne d'Égypte - et fut récupérée par divers occultiste : Etteilla, Papus, Éliphas Lévi ou encore Aleister Crowley. La théorie reprise par Etteilla dans son ouvrage Manière de se récréer avec le jeu de cartes nommé Tarots en 1781, inspira l'auteur à en créer différentes versions en jeux de cartes - Le grand Etteilla et Le Grand Etteilla II, jeux dits égyptiens - de même que Papus allait le faire en 1889, récupérant au passage l'association aux bohémiens avec un tarot des bohémiens (cf. infra), et encore par exemple R. Falconnier en 1896 avec les XXII lames hermétiques du Tarot divinatoire.

Pour Éliphas Lévi, l'origine du Tarot connu en son temps (qu'il attribue de manière erronée à Jacquemin Gringonneur) serait juive et il serait seulement inspiré d'une manière détournée par l'alphabet de Thauth (sic)[31].

Cette théorie a entraîné la perpétuation des spéculations des occultistes cités plus haut et inspiré la création et la diffusion de nombreux jeux de Tarots tels les Tarots Égyptiens depuis les années qui ont suivi la publication du livre d'Etteilla jusqu'au XXIe siècle, par diverses maisons d'édition.

Les bohémiens

Breitkopf dans Versuch den Ursprung der Spielkarten, die Einfuehrung des Leinenpapieres, und den Anfang der holzschneidekunst in Europa zu erforschen[32] propose en 1784 une transmission des Tarots par les Bohémiens, qu'il faisait venir d'Inde, qui auraient donné les cartes aux Arabes qui auraient introduit eux-mêmes les cartes en Europe. Cette origine bohémienne est donc liée à l'Inde.

Encore une fois Romain Merlin désamorce cette théorie en en expliquant les rouages[33] : les cartes étaient déjà connues avant l'arrivée des bohémiens, la divination par les cartes (qui servait de confirmation aux tenants de l'hypothèse bohémienne) est toute récente.

L'idée inspira toutefois également Papus dont le Tarot - quoique réputé égyptien selon son auteur - fut nommé le tarot des bohémiens.

Théories alternatives

Plusieurs théories alternatives continuent à circuler sur l'histoire du Tarot de Marseille. Différents auteurs proposent des thèses où le Tarot serait :

Ces différentes thèses situent toutes l'origine du Tarot avant la fabrication des cartes italiennes du XVe siècle.

Hypothèses sur le Tarot comme évolution des jeux italiens

D'autres auteurs, sans questionner nécessairement l'origine lombarde, voient se greffer sur le Tarot préexistant l'expression d'héritages et de traditions préalablement étrangers au Tarot. Lesdits héritages ne s'excluent pas forcément entre eux, ils seraient liés :

Utilisation en cartomancie et héritage ésotérique

Il est généralement admis que les cartes qui sont à l'origine du Tarot de Marseille, tout comme le Tarot de Marseille lui-même, ont été créées dans le but d'une utilisation ludique[42]. L'hypothèse qui jouit du plus large consensus chez les chercheurs est celle de Michael Dummett qui affirme que tous les usages modernes du Tarot en cartomancie ont leur source chez Antoine Court de Gébelin et Louis de Fayolle, comte de Mellet (‘M. le C. de M.’)[43].

Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour entendre parler avec certitude de cartomancie utilisant le Tarot de Marseille, avec Antoine Court de Gébelin - même si certains auteurs présentent des indices qui feraient remonter l'usage divinatoire du Tarot à des dates antérieures[44].

Les cartes du Tarot sont appelées lames majeures et mineures ou arcanes majeurs et mineurs par les ésotéristes et les occultistes à partir de 1863[45].

Aujourd'hui, les auteurs de la tendance occultiste, hermétiste ou ésotérique prêtent au Tarot divers usages : chemin initiatique, préservation d'une tradition (alchimique par exemple), tarot divinatoireetc. sans forcément remettre en question son origine historique ou sa date d'apparition.

Les cartes

Les atouts

Les atouts sont au nombre de vingt-deux, numérotés de I à XXI en numération romaine à la façon du Moyen Âge[46]. Un atout n'est pas numéroté : le Mat ou Fou ou Fol, à l'exception des Tarots « belges » de Rouen et Bruxelles où il porte le numéro XXII - les ésotéristes l'ont souvent numéroté, de façons variées, 22 (Falconnier), 0 (Waite) ou placé à la 21e place (chez Oswald Wirth il n'est pas numéroté mais est associé à Shin, la 21e lettre de l'alphabet hébreu). Certains voient dans le "joker" du jeu standard une descendance du Fol des Tarots mais il n'existe pas de preuve historique de cette relation[réf. nécessaire].

Version des atouts du Tarot de Marseille de Jean Dodal (XVIIIe siècle).

Les enseignes, honneurs et points

Le cavalier de Bâton, du jeu de Jean Dodal (début XVIIIe siècle)

Les points ou cartes numéraires du Tarot de Marseille reprennent les couleurs des cartes à enseignes latines, enseignes italiennes et plus rarement enseignes espagnoles[47] en y ajoutant une carte numérotée dix pour chaque couleur. Les honneurs, têtes ou figures possèdent en plus du Valet, du Cavalier et du Roi, une Reine.

La structure se fonde sur les 4 couleurs (parfois désignées comme enseignes ou anciennement peintures) des enseignes latines : le bâton Bastoni.png, la coupe Coppe.png, le denier Denari.png, l’épée Spade.png[48]. Pour chaque couleur on trouve donc dix cartes numérales (de l'As au 10) et quatre figures (valet, cavalier, reine, roi), soit quatorze cartes par couleurs et un total de cinquante-six cartes.

Le Tarot de Marseille dans les arts

Arts plastiques

Littérature

  • Dans Le Golem de Gustav Meyrink fait de nombreuses références au jeu de Tarots ancien. Pernath trouve un jeu de Tarots et s'identifie au Bateleur ; par la suite Hillel explique à Zwakh que le Tarot est un livre qui contient toute la Kaballe.
  • Dans Le château des destins croisés d'Italo Calvino, les personnages muets doivent s'exprimer en utilisant un jeu de Tarots.
  • Au début du livre de Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique, le capitaine Pieter Van Deyssel prédit son avenir à Robinson au moyen d'un tarot de Marseille.
  • Le poème Arcane 17 d'André Breton a été inspiré par la 17e carte d'atout du tarot : l'étoile[49].
  • Dans le cycle de la Tour Sombre de Stephen King, il est fait allusion à une pratique de cartomancie qui utilise des cartes dont les noms rappellent un peu le Tarot de Waite (le Pendu, La Tour, la Mort), mais surtout des cartes fantaisistes (le Marin, le Prisonnier, la Dame d'Ombres, la Vie).
  • L'arcane XVII. L'étoile joue un rôle important dans la construction de Finnegans Wake, roman de James Joyce.
  • Dans le roman Le Charlatan (Nightmare Alley), publié en 1946, William Lindsay Gresham fait correspondre à chaque chapitre un arcane majeur du tarot.

Musique

  • Le groupe de heavy metal finlandais Tarot.
  • Le compositeur Paul Dirmeikis a commencé en 2003 la réalisation d'un cycle de 22 compositions de musique électronique et concrète (avec parfois instruments et/ou clavier électronique)[50].

Cinéma et télévision

  • L'affiche du film allemand de 1986 Tarot de Rudolf Thome est un dessin au trait noir coloré des couleurs utilisées dans le tarot de Marseille de Paul Marteau.
  • Le personnage principal Hitomi Kanzaki de l'anime japonais Vision d'Escaflowne utilise la cartomancie ; chaque épisode est illustré lors de l'affichage du titre d'une carte du Tarot de Marseille.

Bande dessinée

  • Dans la série de manga JoJo's Bizarre Adventure, certains pouvoirs (appelés « stands ») sont nommés en référence à des atouts du Tarot de Marseille, comme par exemple, Star Platinum (L'Étoile) ou The World (Le Monde)
  • Dans la serie manga animée Vision d'Escaflowne, L'héroïne Hitomi, utilise des cartes de tarots pour lire son avenir. On note néanmoins des différences par rapport au tarot de Marseille classique : la carte du serpent qui n'existe pas dans le tarot de Marseille, et qui est pourtant la carte du premier épisode déclenchant son voyage vers Gaïa. La carte de l'amoureux ne représente pas un homme devant choisir entre deux femmes, mais le sacre d'une union (dernier épisode).

Bibliographie

  • Gérard van Rijnberk, Le Tarot. Histoire. Iconographie. Ésotérisme, Lyon, Paul Derain, 1947.
  • Thierry Depaulis, Tarot, jeu et magie, Bibliothèque nationale, 1984.
  • Antoine Court de Gébelin, Monde primitif, analysée et comparé avec le monde moderne, tome 2, Boudet, 1781 sur google books
  • Paul Marteau, Le Tarot de Marseille, éditions Arts et métiers graphiques, 1949 ISBN 2082001385
  • Thierry Depaulis, Tarot de Paris, André Dimanche, Marseille, 1984
  • Jean-Claude Flornoy, Le Pèlerinage des bateleurs, éditions letarot.com, 2007 ISBN 978-2-9148-2008-0

Références

  1. Nouvelles recherches sur l'origine des cartes à jouer, Revue archéologique, 1859, p. 288 : « Prenons, en effet, les tarots de Besançon, de Genève et de Marseille qui représentent le plus fidèlement l'ancien tarot vénitien... »
  2. Hannoversche Anzeigen, 96. Stück, 30 nov. 1772 cité par P. Endebrock, Spielkarten in Hannover, Hanovre, 2009, p. 78.
  3. trionfi en italien, terme qui désigne les cartes apparentées aux atouts.
  4. Thierry Depaulis, Tarot, jeu et magie, Bibliothèque nationale, 1984, page 53.
  5. Thierry Depaulis, Des "cartes communément appelées taraux", The Playing-Card, vol. 32, n° 5, mars-avril 2004, pages 199-205 et n° 6, mai-juin 2004, pages 244-249.
  6. Thierry Depaulis, Tarot, jeu et magie, Bibliothèque nationale, page 51.
  7. ibid.
  8. T.Depaulis, op. cit., page 62.
  9. il faut noter que les premiers cartiers n'utilisaient pas de presse, mais étendaient le papier humide sur les moules encrés, pour assurer le report du dessin la feuille était ensuite pressée à la main, au frotton ou à la brosse, sans le secours d'une presse qui écraserait les fibres du bois (Thierry Depaulis, Cartes à jouer et Tarots de Marseille, éd. Alors Hors du Temps, Marseille, 2004, page 190.
  10. Le plus ancien est celui dit "Sola-Busca", gravé à Ferrare vers 1480,dont un exemplaire complet et colorié est conservé dans la famille italienne Sola-Busca.
  11. Thierry Depaulis, « Quand l'abbé de Marolles jouait au tarot », Le Vieux Papier, fasc. 365, juil. 2002, p. 313-326.
  12. Thierry Depaulis, Tarot, jeu et magie, Bibliothèque nationale, 1984, pages 56 à 58.
  13. Thierry Depaulis, "The First Golden Age of the Tarot in France", dans The Philosophy of Michael Dummett, éd. Randall E. Auxier et Lewis Edwin Hahn, Chicago - La Salle, IL : Open Court, 2007 (The Library of Living Philosophers, XXXI), p. 901-912.
  14. gravé par Jacques Mermé de Chambéry en 1701, peut-on lire sur letarot.com
  15. Par exemple, dans le Dictionnaire universel d'Antoine Furetière (1690) ou dans l' Encyclopédie de Diderot etc. volume XXXII page 992 lien google book, TAROTS, terme de Cartier, ce sont des espèces de cartes à jouer, dont on se sert en Espagne, en Allemagne & d'autres pays. Ces cartes sont marquées différemment de celles dont on se sert en France ; & au lieu que les nôtres sont distinguées par des cœurs, des carreaux, des piques & des trèfles, elles ont des coupes, des deniers, des épées & des bâtons appelés en espagnol, copas, dineros, espadillas, bastos. L'envers des cartes appelées tarots, est communément orné de divers compartimens..
  16. T. Depaulis, Tarot, jeu et magie, Bibliothèque nationale, 1984, page 71.
  17. « Jeu inconnu il est vrai, à Paris, mais très-connu en Italie, en Allemagne, même en Provence » écrit Antoine Court de Gébelin en 1781 dans Monde primitif analysé et comparé avec le monde moderne.
  18. Cartes à jouer et Tarot de Marseille, Alors-hors-du-temps, 2004.
  19. La page de l'International Playing Cards Society sur le Tarot de Besançon donne des dates différentes : Early examples emanated from Constance (c.1680), Strasbourg (1746), Mannheim (1750), et sont notamment cités F. Laudier (1746) (...) Strasbourg ; Pelagius Mayer (1680), Constance. Par ailleurs Stuart Kaplan dans son Encyclopédie du Tarot cite également le même Joannes Pelagius Mayer à Constance en 1680. Cependant cette datation est erronée, ainsi que le signale le très fiable Tarot, jeu et magie de Thierry Depaulis où le jeu de ce cartier est daté vers 1750, et la datation antérieure erronée est élucidée ; la datation correcte est reprise sur la chronologie du site Trionfi.com.
  20. Thierry Depaulis, Maîtres cartiers strasbourgeois, Le Vieux Papier, 1989, p. 25.
  21. exception faite par exemple du Tarot de Blanck et Tschann, circa 1780, qui remplace ces deux figures par Le Printemps et L'Hyver(sic). T.Depaulis, op.cit. page 76.
  22. C'est le cas dans le Tarot de Besançon de J. Jerger.
  23. Thierry Depaulis, op.cit., n° 44
  24. http://www.tarotpedia.com/wiki/Tarot_Decks:_Besancon_Pattern
  25. Le Musée Français de la Carte à Jouer en expose notamment un exemple fait à Strasbourg par Carey.
  26. Thierry Depaulis, Tarot, jeu et magie, Bibliothèque nationale, 1984, page 80.
  27. a et b ibid.
  28. Le Monde primitif, Antoine Court de Gébelin.
  29. Thierry Depaulis dans Tarot, jeu et magie (Bibliothèque nationale, 1984), page 135 : profitant de l'égyptomanie du moment
  30. Romain Merlin, Origine des cartes à jouer, Paris, 1869, page 25 : « on sait qu'elle n'a de base que l'imagination de Cout de Gébelin ».
  31. Éliphas Lévi, Histoire de la Magie, Germer Baillière, 1860, lien google books
  32. cité page 239 et suivantes par Gabriel Peignot dans Recherches historiques et littéraires sur les danses des morts et sur l'origine des cartes à jouer, Paris, 1826.
  33. Romain Merlin, op. cit., page 21-23.
  34. DaimonaxTarot de Dionysos
  35. bardic origin of Tarot sur tarotpedia.com
  36. cité par Jodorowsky, op.cit
  37. Marc Rom Rainville (TAROTCHOCO le blogue de rom » Le code secret du Tarot de Marseille de Nicolas Conver)
  38. J-C Flornoy, op.cit
  39. Ross G. Caldwell dans Journal of the International Playing Card Society n° 37, partiellement repris en ligne sur un forum internet par l'auteur. Ross G. Caldwell cite notamment Pic de la Mirandole dans De rerum praenotione : sortium..in figuris chartaceo ludo pictis.
  40. notamment via Marsile Ficin, cf. Marsile Ficin utilisait des cartes à jouer pour transmettre son enseignement. De ce fait, et d'aprés certains érudits, l'appellation "Tarots de Marseille" désigne non pas la ville; mais bien Marsilio.
  41. Astological origins of Tarot sur le site tarotpedia.com.
  42. Michael Dummett, The game of tarot, Londres, Duckworth, 1980 .
  43. Ronald Decker, Thierry Depaulis et Michael A. E. Dummett, A wicked pack of cards: the origins of the occult Tarot, Londres, Duckworth, 1996 ISBN 0715627139 ISBN 9780715627136.
  44. cf. l'article cartomancie.
  45. Thierry Depaulis, Tarot de Paris, André Dimanche, Marseille, 1984 : « c'est à Paul Christian (Jean-Baptiste Pitois 1811-1877) que nous devons l'emploi des termes lames et arcanes [...] pour désigner les cartes de Tarot » (L'Homme rouge des Tuileries, Paris, 1863).
  46. La soustraction du nombre de rang inférieur à gauche n'est pas utilisée ; le Tarot de Jacques Viéville fait exception pour un seul atouts de son jeu (où 9 est noté IX et non pas VIIII comme dans la plupart des autres Tarots de Marseille ou apparentés).
  47. par exemple dans le Tarot anonyme de Paris du XVIIe siècle.
  48. dans les jeux classiques de piquet et dans les jeu de tarot moderne on trouve le carreau , le Cœur , le Trèfle et le pique . La correspondance de ces enseignes avec les enseignes latines est sujette à caution, si la plupart des auteurs s'accordent à faire correspondre les Épées avec les Piques et les Coupes avec les Cœurs, certains d'une approche plus historique auront tendance à faire correspondre les Bâtons avec les Trèfles et les Deniers avec les Carreaux - se basant sur les enseignes germaniques comme intermédiaire supposé entre les deux types d'enseignes anciennes et modernes - alors que les auteurs qui auront une approche plus symbolique feront souvent correspondre les Bâtons aux Carreaux et les Deniers aux Trèfles.
  49. cf. supra pour l'origine maçonnique/occultiste de l'emploi du mot Arcane
  50. Site de Paul Dirmeikis

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