Antoinisme
Antoinisme
Repères historiques
Fondation 1910
Fondateur(s) Louis Antoine
Lieu de fondation Jemeppe-sur-Meuse Drapeau de Belgique Belgique
Fiche d'identité
Église guérisseuse, chrétienne
Vocation cultuelle
Dirigeant Collège de desservants
Membres 10 000 à 200 000 (2011)
Localisation Belgique, France, Monaco, Réunion, Guadeloupe, Australie, Brésil, Italie, Congo, Luxembourg

L'antoinisme est un nouveau mouvement religieux guérisseur[1] et d'inspiration chrétienne[2] fondé en 1910 par le Wallon Louis-Joseph Antoine (1846–1912) à Jemeppe-sur-Meuse, Seraing[3]. Avec un total de 64 temples, plus de quarante salles de lecture à travers le monde et des milliers de membres, il reste la seule religion née en Belgique dont la renommée et le succès ont dépassé les frontières du pays[4],[5]. Principalement actif en France, le mouvement religieux se caractérise par une structure décentralisée, des rites simples, une discrétion et une tolérance vis-à-vis des autres croyances.

Élevé dans la foi catholique, Antoine travailla comme mineur dans sa jeunesse, puis comme métallurgiste, avant d'effectuer son service militaire en 1866. Après avoir épousé Catherine en 1873, il déménagea plusieurs fois en Allemagne, Pologne et Belgique pour des raisons professionnelles. Profondément impressionné par les écrits d'Allan Kardec, il organisa un groupe spirite dans les années 1890. En 1893, la mort de son fils marqua la perte définitive de sa foi dans le catholicisme. En 1896, il expliqua ses nouvelles opinions spirites dans un ouvrage, puis découvrit les dons de guérison. Rapidement connu comme guérisseur, il regroupa de nombreux disciples, principalement parmi les travailleurs déçus par le catholicisme ou la médecine traditionnelle. En 1906, il rompit avec le spiritisme et lança une nouvelle religion, puis publia trois livres expliquant sa doctrine et dédicaça le premier temple antoiniste. Après sa mort, en 1912, Catherine assura la pérennité de la religion, établissant un culte centralisé autour de la personne de son mari et de nouvelles règles dans l'organisation du mouvement. Quand elle mourut, en 1940, quelques différences apparurent entre les temples français et belges.

Les croyances antoinistes combinent quelques éléments de catholicisme, de réincarnation, et de guérison. Dans la théologie antoiniste, l'homme doit atteindre la conscience en se débarrassant de l'illusion de la matière produite par son intelligence — la source du mal et de la souffrance. Le but de la vie est de se libérer du cycle des réincarnations grâce à une progression morale aidée par des « fluides » — toutes les pensées, les paroles, les actions humaines, purifiées par la prière silencieuse et la méditation. Étant donné que la liberté de conscience et le libre consentement sont considérés comme essentiels dans la croyance antoiniste, cette religion ne pratique pas de prosélytisme et n'est pas exclusive. Elle ne s'ingère pas dans les questions sociales sur lesquelles elle ne porte aucun jugement. Bien que centré sur la guérison, l'antoinisme n'interfère pas avec le domaine médical et ne décourage pas le recours à la médecine traditionnelle.

Simples et brefs, les services religieux sont pratiqués dans les temples, généralement deux fois par jour, et se composent de deux formes de culte : « L'Opération générale », qui consiste à transmettre le fluide à l'assistance, et « La Lecture » des écrits d'Antoine. Les membres qui pratiquent les services religieux portent un costume entièrement noir comme symbole d'une grande implication dans la religion ; ils ne reçoivent aucun salaire. Les temples sont aussi le lieu des consultations d'un guérisseur par les personnes qui désirent obtenir une requête, bien souvent liée à des questions de santé. Les célébrations antoinistes incluent les fêtes chrétiennes et trois autres jours spéciaux dédiés respectivement à Antoine, à Catherine et à la consécration du premier temple. Enregistrée en tant qu'organisme d'utilité publique en Belgique et comme association cultuelle en France, la religion est dirigée par un collège composé des membres les plus actifs appelés « desservants ». Elle est financée par des dons anonymes et ne demande aucune contribution à ses membres. En France, la classification comme secte de l'antoinisme dans le rapport parlementaire de 1995 fut généralement critiquée par les sociologues qui ont étudié le groupe religieux.

Sommaire

Histoire

1846–1912 : Le fondateur Louis Antoine

Louis-Joseph Antoine est né le 7 juin 1846 à Mons-Crotteux dans une famille catholique[6]. Il était le plus jeune d'une fratrie de huit enfants — cinq frères et deux sœurs, d'eux d'entre eux moururent apparemment durant la petite enfance[7]. Sa mère était Catherine Castille, née en 1797. La famille vécut dans la rue Priesse, et Antoine fit sa scolarité à l'école primaire de Mons[8]. À l'âge de douze ans, il fut employé dans le travail à la mine, suivant ainsi les traces de son père[9] et, bien que jeune, fit preuve de grande ferveur religieuse[10]. Un jour, tandis qu'il travaillait dans la mine, sa lampe s'éteignit sans raison apparente, ce qu'il interpréta comme le signe divin selon lequel il devait abandonner son travail[11]. Plus tard, il fut métallurgiste à la chaudronnerie Cockerill à Seraing[12]. Il fut enrôlé dans la milice belge en 1866, et s'acquitta de ses obligations militaire en Bruges[8]. Durant la guerre franco-prusse, il tua accidentellement un camarade, ce qui l'amena à se questionner sur le sens de la vie. Après avoir épousé Jeanne Catherine Collon le 15 avril 1873[13], il devint père d'un fils, Louis Martin Joseph, né à Hamborn, en Prusse, le 23 septembre 1873, et baptisé cinq jours plus tard[14]. La famille déménagea en Pologne pour des raisons professionnelles[15], puis revint en Belgique en août 1876[8], et Antoine devint alors vendeur de légumes[16]. En 1878, il commença à souffrir de maux d'estomac récurrents[17]. En février 1879, il retourna en Pologne ; là, sa femme dirigea une cantine scolaire[8]. La famille emménagea à Jemeppe-sur-Meuse (Belgique) en 1888[18], où Antoine fit construire vingt maisons de travailleurs[19].

Malgré sa foi, Antoine n'était pas satisfait de sa religion. Il commença à être influencé par les écrits d'Allan Kardec et, après s'être initié au spiritisme, fonda un mouvement spirite appelé « Les Vignerons du Seigneur »[18]. Quand son fils mourut le 23 avril 1893[20], son groupe et lui rompirent définitivement avec le christianisme. Antoine publia en 1896 un livre intitulé Petit catéchisme spirite pour expliquer ses nouvelles opinions doctrinales. Puis il se découvrit des dons de guérison et, vers 1900, reçut de nombreux souffrants pour les guérir ; de ce fait, il fut rapidement connu comme le « guérisseur de Jemeppe ». Il distribua des remèdes inspirés par ses croyances spirites et promut le végétarisme, aussi bien que la modération et le rejet des aliments gras[21]. En 1900, le procureur de Liège demanda à deux docteurs de procéder à des investigations sur les activités guérisseuses d'Antoine. Ceux-ci remarquèrent son « absolue sincérité », mais affirmèrent aussi que ce genre d'activités pouvait représenter « un danger pour la santé publique »[22]. Finalement, il fut condamné à une amende de 60 francs avec sursis[19]. Par la suite, il fit publier dans le journal spirite Le Messager une annonce déclarant qu'il recherchait des docteurs qui voudraient s'associer avec lui, mais cette initiative ne rencontra pas de succès. À la même époque, il fut fortement influencé par le livre de Léon Denis Dans l'Invisible[23]. En 1905, il recevait en consultation jusqu'à 400 patients par jour[24].

Le premier temple antoiniste, celui de Jemeppe-sur-Meuse, fut consacré par Antoine en 1910.

En 1906, Antoine découvrit une spiritualité qu'il qualifia de « nouveau spiritualisme », ce qui l'amena à abandonner ses remèdes aussi bien que le spiritisme traditionnel, à décider de guérir par le foi seule et à effectuer uniquement des séances collectives de guérison dans un temple, commençant ainsi à poser les fondations d'un mouvement religieux structuré[25]. Probablement vers cette époque, le surnom d'Antoine, « Antoine le Guérisseur », fut remplacé par « Antoine le Généreux », et la dimension morale devint plus présent dans la doctrine[26]. Le 15 juin 1907, il fut à nouveau poursuivi par un tribunal, mais fut acquitté[27]. À partir de 1907, il publia une revue ainsi que trois ouvrages qui développèrent sa nouvelle doctrine et dans lesquels furent insérés le crédo antoiniste, « Les Dix Principes du Père »[25],[28]. Puis de mai 1909 à Pâque 1910, il n'apparut pas en public, et vécut en solitaire pour pratiquer le jeûne et la prière ; durant cette période, le culte fut assuré par l'un de ses disciples[29], M. Deregneaucourt, qui publiait également les écrits du mouvement[30]. Le 15 août 1910, Antoine consacra le temple de Jemeppe-sur-Meuse, situé dans la rue Alfred Smeets et dont le coût s'élevait à environ 100 000 francs. Le 2 décembre 1910, 160 000 signatures fut recueillies pour demander la reconnaissance officielle de la religion antoiniste[31]. Antoine présenta sa femme comme son successeur et nomma une conseil composé d'adeptes afin de gérer les questions financières de la religion. Nommé « Le Père » par ses disciples, il décéda le 25 juin 1912 et 100 000 personnes vinrent prier sur sa dépouille[32].

1912–1940 : Catherine comme successeur

La femme analphabète d'Antoine, Catherine (né 26 mai 1850, Jemeppe sur Meuse – décédée 3 novembre 1940, Jemeppe sur Meuse)[33], appelée « La Mère » par les adeptes, fut désignée par lui comme son successeur, mais ne reçut aucun conseil de sa part sur la façon d'administrer la religion[34].

Afin d'éviter toute tentative d'appropriation du charisme d'Antoine à l'intérieur du mouvement après sa mort, le journal antoiniste L'Unitif publia des articles qui présentaient Catherine comme le successeur légitime et redéfinissaient précisément les limites du rôle du guérisseur[35]. Afin qu'une crise de succession ne survienne pas et pour assurer la continuité de la religion, Catherine décida de promouvoir un culte centralisé autour de la personne de son mari et à cette fin établit différentes règles entre 1925 et 1930. Par exemple, elle fit placer, dans le temple devant la tribune supérieure, la photographie de son mari, avec la mention « Le Père fait l'Opération », puis ajouta aussi son propre portrait. Elle autorisa les desservants — les membres les plus impliqués dans la religion — à effectuer l'Opération générale depuis la tribune supérieure, mais voulut que la cérémonie fut précédée d'une déclaration affirmant que c'est le Père qui pratiquait l'Opération et que la foi devait être placée en lui afin d'obtenir satisfaction. Elle insista pour que le desservant installé à la tribune soit assis durant la lecture des ouvrages d'Antoine. Elle organisa le Jour du Père, le 25 juin, et des rituels tels que le baptême, la communion et le mariage, ce qui transforma le groupe en religion institutionnalisée[36]. Elle ordonna que rien ne soit changé dans les écrits de son mari et, en 1932, fit fermer les salles de lecture dans lesquelles des adeptes enseignaient des points de vue personnels[37]. Toutefois, contrairement aux ouvrages de son mari qui peuvent être achetés par n'importe qui, les changements et les règles ajoutés par Catherine sont consignés dans des tomes accessibles uniquement aux desservants, restant ainsi davantage confidentiels[38].

En 1931, une rue de Spa fut baptisée « rue du Père Antoine » suite à une décision du Parti Libéral de la ville[39].

1940–2011 : Continuité du culte

L'histoire ultérieure de l'antoinisme fut très calme. En Belgique, Joseph Nihoul, le Président du Conseil antoiniste, puis ses successeurs, dirigèrent la religion jusqu'à leur mort, aux côtés des membres composant ce conseil[40]. L'autorité de Catherine fut remise en question juste après sa mort par la branche belge du mouvement, qui retirèrent les changements qu'elle avait faits : suppression des photographies dans les temples, du baptême, du mariage et de la communion, opposition à la traduction des œuvres d'Antoine... Néanmoins, un groupe de fidèles belges qui, affirmant suivre la véritable tradition antoiniste, ouvrit un temple à Angleur le 1er avril 1943, préféra conserver les portraits des époux Antoine dans le temple[41]. En France, les antoinistes voulurent être fidèles à toutes les exigences apportées par le couple fondateur. Malgré ces différences, les deux branches se montrent mutuellement de l'aide et de la tolérance. Ainsi, après la mort de Catherine, deux formes d'antoinisme apparurent, et qui restèrent légèrement différents jusqu'à aujourd'hui : l'une en Belgique, l'autre en France[42].

En Belgique, la croissance de la religion commença rapidement à s'arrêter, voire même à décliner, comme cela est indiqué par le fait qu'aucun temple n'a été construit depuis 1968 et que plusieurs d'entre eux sont actuellement inusités à cause d'un manque d'argent et/ou de membres costumés. Par contraste, les constructions des temples en France se sont poursuivies jusqu'en 1993[43].

Croyances

« Un seul remède peut guérir l'humanité : LA FOI ; c'est de la foi que naît l'amour : l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu Lui-même ; ne pas aimer ses ennemis, c'est ne pas aimer Dieu ; car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de Le servir ; c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer parce qu'il est pur et de vérité. »

— Source : « L'Auréole de la Conscience », écrit sur le mur du fond de chaque temple.

Théologie

L'antoinisme croit en un univers dualiste composé d'un monde spirituel gouverné par la loi de Dieu, la conscience, et un monde corporel, gouverné par les lois naturelles, dans lesquelles la matière est une illusion perçue par l'imagination générée par l'intelligence. L'homme combine en lui-même les deux mondes, puisque il a un corps physique et une conscience[44]. Dans la doctrine antoiniste, l'importance des lois humaines est amoindrie, car celles-ci ne sont pas basées sur la conscience, mais sur l'intelligence[33]. La vue de la matière n'est toutefois pas considérée comme un péché, mais comme une erreur qui cause de la souffrance[45].

Le mouvement religieux croit en une progression morale grâce à la réincarnation après la mort : la transmigration de l'esprit (dans un corps humain uniquement) est censée refléter le degré d'élévation spirituelle. La personne réincarnée ne se souvient pas de ses vies passées, et peut encore effectuer des progrès dans son parcours spirituel qui lui permet, en finalité, d'atteindre l'état divin qui, selon la doctrine, finira par le délivrer du cycle des réincarnations[33]. La souffrance causée par la maladie et par les gens est donc perçue comme bénéfique, puisque les difficultés peuvent augmenter les progrès spirituels de quelqu'un et ainsi contribuer à son salut. Il est donc grandement recommandé d'aimer ses ennemis. La prière silencieuse est également considérée comme un moyen de relier l'esprit à la conscience[46]. Antoine, qui a souffert de maladie, a fait preuve d'ascétisme et de consécration pendant toute sa vie, est regardé par les disciples comme un modèle pour atteindre le salut[47].

La doctrine antoiniste donne une autre interprétation du péché originel mentionné dans le livre de la Genèse : Adam commença à suivre Ève, qui avait placé sa confiance dans un serpent, symbole de la matière. En imaginant la matérialité du monde physique, il abandonna la conscience divine dans laquelle il vivait et produisit les idées de bien et de mal. L'arbre de la connaissance du bien et du mal dans la Bible est redéfini comme étant l'arbre de la science de la vue du mal[33]. L'antoinisme affirme ne pas être une religion athée, mais a une conception particulière de Dieu : celui-ci n'existe pas en dehors des humains, et ces derniers n'existent pas en dehors de Dieu[48].

Flexibles et très peu contraignantes, les croyances antoinistes sont très proches du « croire contemporain », car les fidèles peuvent choisir les doctrines auxquelles ils souhaitent croire et interpréter les événements de la vie comme ils le souhaitent. La religion attache une grande importance à la liberté de conscience et au libre arbitre, ce qui rend le mouvement attractif et promeut une diversité de croyances parmi les fidèles qui peuvent se référer simultanément à d'autres traditions religieuses[49]. Certains antoinistes voient Antoine comme une incarnation de Dieu ; d'autres, qui continuent de pratiquer le catholicisme, le considèrent comme un prophète égal à Jésus Christ ; d'autres, qui adhèrent au idées du New Age, le perçoivent comme une figure spirituelle[50]. Le mouvement rejette l'endoctrinement des enfants ainsi que toute forme de prosélytisme, et tolère les autres religions, étant donné qu'elles enseignent l'importance de la foi et de la prière et ainsi encouragent, par la spiritualité, le détachement des gens du monde matériel[33]. L'antoinisme ne prend aucune position sur des questions sociales comme le divorce, l'avortement et la sexualité[51], et n'utilise pas de titres honorifiques, considérant tous les gens comme égaux[52]. Un périodique dirigé par l'auteur Louis Pauwels résuma les principaux buts de la religion antoiniste comme étant l'« aide mutuelle, la solidarité spirituelle et humaine, la disponibilité et l'hospitalité »[53].

Fluides

Principe fondamental du cosmos, le fluide est une thème récurrent dans l'antoinisme. Les pensées, les paroles, les actions humaines et les rapports sociaux sont considérés comme étant des fluides. Étant donné que leur qualité dépend de l'avancement moral de la personne, il y a des fluides « spirituels » et d'autres « lourds ». Ceux-ci peuvent être transmis, perçus par l'intelligence et purifiés par la méditation. Un bon fluide est supposé s'acquérir par l'amour et la prière, et peut avoir différent usages : agir comme une force divine qui peut régénérer la personne, détruire le mal et guérir. Les fidèles pensent qu'Antoine peut transmettre de bons fluides[54].

Puisque les bons fluides peuvent se transmettre, la robe antoiniste utilisée durant le culte est parfois placée sur le lit d'une personne souffrante pour l'aider dans sa maladie ; de façon similaire, certains fidèles mettent une requête sur un papier qu'ils déposent dans une boîte sous la tribune afin qu'elle se réalise, d'autres achètent une photographie d'Antoine lors d'une cérémonie afin d'être protégés[55]. Afin d'éviter aux fluides lourds d'entrer dans le temple, plusieurs règles ont été mises en place : par exemple, ceux qui pratiquent le culte ne sont pas autorisées à porter des bijoux ou du maquillage dans le temple[56].

Guérison

Bien que focalisé sur la guérison, l'antoinisme ne donne aucune prescription médicale ni aucun diagnostique, et ne pratique pas l'imposition des mains[57] ; les fidèles peuvent librement recourir à la médecine traditionnelle. Dans les ouvrages du temples, il est explicitement dit que les desservants n'ont pas le droit de les décourager à consulter un docteur et qu'ils doivent prier pour qu'ils en trouvent un qui soit « inspiré ». Généralement, la consultation d'un guérisseur antoiniste est simplement un supplément à la médecine allopathique[58],[59]. À cause de sa doctrine guérisseuse, le groupe est souvent comparé à la Science chrétienne[60] ; toutefois, malgré un certain nombre de similitudes avec cette religion aussi bien qu'avec les œuvres de Friedrich Hegel, l'historien belge Pierre Debouxhtay rejeta l'idée qu'ils aient pu servir de sources aux doctrines antoinistes[61].

La sociologue Anne-Cécile Bégot considère que la guérison antoiniste, telle qu'elle était pratiquée dans les premières décennies du mouvement, était une forme de protestation contre (1) l'efficacité de la médecine[62], (2) la représentation traditionnelle de la maladie[63] — la vraie guérison ne pouvant être obtenue qu'au travers d'une nouvelle approche de la maladie, celle-ci n'étant pas considérée dans l'antoinisme comme une malchance particulière ni réduite à sa dimension biologique — et (3) le traitement de la maladie[64] — les malades étant toujours responsables de leur propre maladie. Toutefois, elle conclut que cette protestation a évolué au fil du temps car (1) la maladie est maintenant présentée sur un modèle étiologique endogène, ce qui indique un processus d'individualisation de la religion[65], et (2) l'expérience personnelle est davantage présentée comme la cause de la maladie plutôt que la relation à la société globale[66].

Pratiques

Culte

Le culte antoiniste prend place dans les temples. Un membre costumé souhaite la bienvenue à toute personne qui entre dans le temple en l'appelant « frère » ou « sœur », même s'il s'agit d'un simple visiteur. Le service est fort peu cérémoniel et très informel, car il ne comporte pas de liturgie, ni de chant, ni de prières toute faites[67], et ne dure pas plus de 30 minutes. L'assistance au culte n'est pas requise et de nombreuses personnes ne viennent que de façon sporadique. Selon le sociologue Régis Dericquebourg, « le culte antoiniste est un rituel d'intercession. (...) C'est un moment de grande intensité émotionnelle avec un aspect intime »[68].

Jour Pays
Belgique France
Dimanche
  • 10 h : Lecture
  • 10 h : Opération générale + Lecture
  • 19 h : Lecture
de
Lundi
à
Jeudi
  • 10 h : Opération générale
  • 19 h : Lecture
  • 10 h : Opération générale + Lecture1
  • 19 h : Lecture
Vendredi
  • 19 h : Lecture
1 « La charité morale » ou « Les dix principes du Père »

Le culte est composé de deux pratiques :

  • « l'Opération générale » : établie par Antoine en 1910[33], elle commence et se termine par trois sons de cloches. elle est brièvement annoncée par un membre costumé. Après avoir médité dans une pièce située au fond su temple, un desservant monte à la plus haute tribune, et l'adepte costumé se rend à la tribune inférieure. Tous deux restent debout et prient silencieusement pendant quelques minutes afin de transmettre le fluide à l'assistance. Puis, si la lecture des textes sacrés est prévue juste après comme c'est le cas en France, le desservant chuchote au membre costumé de procéder à la lecture[69] ;
  • « la Lecture » : d'une durée maximale de vingt minutes, cette forme de culte consiste en une lecture du livre d'Antoine L'Enseignement par le membre costumé. Cette lecture se termine quand il remercie l'assistance par une formule consacrée[69].

Il y a quelques différences entre les horaires et la pratique du culte en Belgique et en France (voir le tableau ci-contre).

Consultations par un guérisseur

Une plaque sur la porte d'un temple indique que les personnes souffrantes peuvent être reçues gratuitement toute la journée.

Après le service, certaines personnes — des fidèles réguliers ou des visiteurs — peuvent demander à consulter un guérisseur, ce qui se fait dans l'une des petites pièces du temple — bien que le desservant qui vit dans l'appartement adjacent du temple soit constamment disponible pour recevoir des personnes souffrantes. Durant ces consultations, tous deux se tiennent debout devant l'image d'Antoine : le patient exprime pendant quelques minutes la requête qu'il veut obtenir, et le guérisseur prie, parfois en touchant l'épaule ou la main du consultant, peut-être pour lui transmettre le fluide[70],[71]. La tâche du guérisseur est, selon la doctrine, de remettre le consultant dans l'amour de Dieu qui lui permettra de trouver lui-même le chemin spirituel qui l'amènera à la guérison. Dans ce but, le guérisseur doit découvrir l'origine du problème du consultant, qui est, dans l'antoinisme, toujours en lien avec l'histoire personnelle de quelqu'un, et lui faire comprendre qu'il lui faut supporter les conséquences de ce qu'il a pu faire dans une existence antérieure[72].

Le processus de guérison antoiniste n'inclut pas l'apprentissage d'une doctrine ni de manipulation psychologique. Il ne garantit pas la fin du problème ou de la maladie, et peut se diviser en trois phases : le soulagement apporté par le guérisseur à travers son écoute et son intercession, puis l'acceptation du problème qui implique la reconnaissance de ses propres responsabilités, et enfin la paix intérieure qui peut en résulter. Qu'elle soit immédiate ou graduelle, les guérisons antoinistes ne sont jamais considérées comme des miracles, car elles sont censées se produire sans faute chaque fois que toutes les conditions favorables, notamment la foi du patient, sont réunies. Même après plusieurs consultations, le patient ne devient pas forcément un fidèle régulier. Plusieurs sociologues estiment que la guérison antoiniste est à la fois « exorciste » aussi bien qu'« adorciste »[73].

Mariage, communion, baptême et funérailles

Catherine établit des rituels tels que le baptême des enfants, la bénédiction des couples et la communion des jeunes gens. Ces cérémonies très courtes consistent simplement en une « élévation de pensée » qui prend place après le culte dans une pièce de consultation du temple. Dans l'antoinisme, ces rituels n'ont pas de signification particulière et ne sont pas considérés comme des sacrements[74] ; ils ne sont pratiqués qu'à la demande des fidèles, même des jeunes personnes, qui souhaitent donner une dimension religieuse aux moments importants de leur vie[75]. Les funérailles sont également pratiquées sur demande de la personne concernée, à moins que la famille ne préfère des funérailles d'une autre religion. La procession prend toujours place au cimetière ou au lieu de crémation, et le corps de la personne décédée n'est jamais amené au temple. Les desservants lisent alors les « Dix Principes du Père », puis un texte antoiniste sur la réincarnation, afin d'aider l'âme à quitter le corps pour être réincarnée. Des sociologues notent que de nombreuses personnes qui n'assistent jamais au culte antoiniste demandent des rites funéraires de cette religion[76].

Fêtes

Antoine décida de calquer les fêtes antoinistes sur celles du catholicisme ; ainsi, les fidèles célèbrent toutes les fêtes chrétiennes, notamment la Toussaint, Noël, Pâques, le lundi de Pâques et l'Ascension ; ces jours-là, des passages appropriés des œuvres d'Antoine sont lues durant le culte. Il y a également trois jours spéciaux dans l'antoinisme, et l'assistance au culte est généralement plus élevée à ces occasions[77]. Le 25 juin, la Fête du Père, fut établie par la femme d'Antoine peu après sa mort. Au début, les antoinistes effectuaient un pèlerinage à Jemeppe-sur-Meuse pour participer à une procession à travers la ville qui soulignait les principaux événements de la vie d'Antoine. La procession fut abandonnée en 1937 et le pèlerinage ne semble plus être organisé. Actuellement, les fidèles se contentent de rendre hommage au fondateur dans les temples[78]. Le 15 août, le jour de la consécration du Temple, commémore la consécration du premier temple. Le 3 novembre, la Fête de la Mère, est l'anniversaire de la mort de Catherine[33].

Vêtements religieux et symboles

Le fait de porter le vêtement religieux antoiniste est le signe d'une grande implication dans la religion de la part de la personne qui fait ce choix. Bien que non obligatoire, il est réservé aux fidèles qui effectuent le culte, les célébrations et les autres tâches dans le temple — celles-ci étant appelées « travail moral » puisqu'elles sont censées participer à l'élévation morale des fidèles[79]. Entièrement noir, le vêtement pour les hommes a été créé par Antoine, et celui pour les femmes par Catherine, qui définirent précisément leurs dimensions dans leurs écrits. Des habits pour les jeunes enfants des deux sexes existent également, mais ne sont dans les faits jamais utilisés. Historiquement, le port du vêtement fut l'objet d'un débat parmi les premiers antoinistes, certains d'entre eux ayant refusé de le porter[80]. Dans le passé, le vêtement était également porté dans la rue, et c'était ainsi que les fidèles étaient immédiatement identifiés par les passants[81]. Actuellement, il est généralement porté uniquement lors du culte, étant mis et enlevé dans le vestiaire du temple. L'habit pour les hommes est composé d'une robe semblable à celle portée par le clergé catholique vivant dans les monastères, et fermé par 13 boutons, plus un chapeau haut-de-forme en cachemire. L'habit pour les femmes est composé d'une robe large accompagnée d'une cape et d'un bonnet avec un voile. Dans la doctrine antoiniste, le col est important car c'est ici que le fluide est censé résider[82].

Le seule emblème de l'antoinisme est l'arbre de la science de la vue du mal qui figure sur la façade de la plus haute tribune dans le temple. Il a sept branches qui représente les sept péchés mortels, deux yeux qui symbolisent la vue des péchés, et des racines de l'arbre qui sont le symbole de l'intelligence reliant l'homme à la matière. Dans les branches, la mention « Culte antoiniste » est généralement écrite[83].

Organisation

Statut

En Belgique, l'antoinisme fut organisé en association sans but lucratif (absl) en 1922 et fut immédiatement enregistré comme organisme d'utilité publique[84]. Il n'est pas reconnu comme un culte public, étant donné qu'aucune divinité n'est adorée durant le culte[85]. Actuellement dirigée par un collège de desservants[86], la religion est légalement enregistrée comme association cultuelle en France[87]. Elle fut publiée dans le Journal Officiel de la République Française du 9 février 1924, et la dernière modification des statuts apparurent dans le JO du 3 août 1988. Le culte antoiniste est exempté de taxes foncières sur la partie publique de ses bâtiments depuis 1925 en Belgique et depuis 1934 en France[88].

Lieux de cultes

Les temples sont les seuls lieux de culte de l'antoinisme. Ils sont financés par des dons anonymes et des mécènes, et souvent les membres participent à leur construction. Tous sont consacrés avant leur utilisation pour le culte, ce qui signifie que, lors d'une cérémonie, ils reçurent un « bon fluide » par l'un des fondateurs lorsqu'il était vivants ou par un membre dûment autorisé à le faire[89].

Historiquement, la plupart des temples antoinistes de Belgique ont été construits avant la Seconde Guerre mondiale, quand au moins l'un des fondateurs était encore vivant. Le premier temple, celui de Jemeppe-sur-Meuse, a été consacré deux ans avant la mort de Louis Antoine. D'autres temples ont été construits souvent dans les villes thermales belges ou dans la campagne, et sont principalement rassemblés dans la région de langue française (il y a seulement trois temples situés dans la région de la Flandre) et en particulier dans la province de Liège qui en compte 21. Cependant, aucun temple a été construit depuis 1968 et le développement de l'antoinisme est maintenant sur le déclin dans le pays. Le temple de Tournai a été vendu en 2001[90].

En revanche, les constructions des temples en France se sont poursuivies jusqu'en 1993. Le premier lieu de culte a été consacré en 1913 dans le 13e arrondissement de Paris. À l'heure actuelle, il y a un temple antoiniste dans la majorité des principales villes de France, bien que la plupart d'entre eux soient situés dans le nord de Paris, en particulier dans le département du Nord où cinq temples sont en fonction[90].

Photographies des temples antoinistes affichées dans le porche de chaque temple

La façade extérieure présente une architecture variable suivant les temples, mais inclut toujours les mots « Culte antoiniste » et l'année de consécration. Une fois passée l'entrée, il y a un porche où différents écrits du mouvement religieux, le règlement intérieur (en France uniquement), la liste des lieux de culte et les fêtes, ainsi que les photos du couple Antoine et des temples, sont exposées derrières des vitrines[91].

À l'intérieur, les murs sont peints en vert, comme symbole de la réincarnation. Il n'y a pas de décoration, et de petits papiers accrochés aux murs indiquent aux visiteurs qu'ils ne doivent pas parler dans le temple. Plusieurs rangées de bancs séparés par une allée centrale sont réservées aux fidèles et aux visiteurs. Ils font face à une tribune à deux niveaux d'où le culte est pratiqué, et un texte appelé « L'Auréole de la Conscience » est écrit en majuscules sur le mur du fond. La tribune supérieure est décorée, de gauche à droite, avec une représentation de l'arbre de la science de la vue du mal, le symbole antoiniste, puis (en France uniquement) d'une photo d'Antoine et une autre de Catherine ; la photo du « Père » est un peu plus haute que les deux autres[92]. À gauche et à droite, de petites pièces d'environ 15 m² sont utilisées par les guérisseurs comme lieux de consultation dont les murs sont ornés de cinq tableaux ; le plus massif est celui d'Antoine[93]. Il y a également un vestiaire et, adjacent au temple, un petit appartement constamment occupé par un guérisseur antoiniste[94].

Certains temples antoinistes, dont ceux de Vervins[95] et d'Aix-les-Bains[96], sont répertoriés dans l'inventaire général du patrimoine culturel.

Le mouvement est également propriétaire de salles de lecture, mais aucun culte n'est célébré dans ces bâtiments. En date de 2011, l'antoinisme compte 64 temples : 32 en Belgique, 31 en France et 1 dans la Principauté de Monaco. Il a aussi ouvert des salles de lecture en Belgique, en France métropolitaine, sur l'île de La Réunion, en Guadeloupe, en Australie, au Brésil, en Italie, au Congo et au Luxembourg[97].

Publications

Trois brochures antoinistes qui contiennent quelques extraits des livres d'Antoine

La littérature antoiniste est principalement composée des écrits d'Antoine, considérés comme sacrés par les fidèles. Ils incluent trois livres doctrinaux groupés en deux volumes qui peuvent être achetés dans les temples et qui sont lus durant le culte : La Révélation par le Père, Le Couronnement de l'Œuvre révélée et Le Développement de l'Enseignement du Père. De nombreuses déclarations du couple Antoine sont regroupées dans 14 livres appelés Tomes, qui sont accessibles uniquement aux membres costumés. De septembre 1911 à août 1914, le mouvement publia un journal mensuel, L'Unitif, qui eut 6 000 abonnés[98]. En 1936, l'écrivain belge Robert Vivier publia une biographie hagiographique — bien que basée sur des faits réels — de Louis Antoine, qui est également utilisée par les antoinistes pour renforcer leur foi[99],[100], et est aussi vendue dans les temples[101].

Hiérarchie et finances

L'organisation, qui est la plus réduite possible, diffère légèrement en France et en Belgique.

En Belgique, un Conseil général fut organisé en 1911 par Antoine afin qu'il s'occupe de tous les questions financières. Il est actuellement composé de neuf membres incluant un président, un trésorier et un secrétaire. La fonction de Premier représentant du Père fut supprimée en 1971, et il n'y a pas de règlement intérieur sans les temples[102]. En France, le mouvement est dirigé par une association religieuse appelée « Culte antoiniste ». Tous les desservants font partie de ce Collège de desservants qui gère les questions matérielles, dont les décisions sont mises en œuvre par un Comité administratif. À l'intérieur du collège, un Secrétaire moral est élu et sert comme représentant légal de la religion. Localement, les desservants nominent des auxiliaires parmi les membres costumés afin qu'ils pratiquent la lecture durant le culte et/ou servent comme guérisseurs. Un Conseil intérieur local composé de sept membres incluant les desservants est utilisé pour les questions relatives aux temples desquels ils dépendent[103]. Les femmes aussi bien que les hommes peuvent être choisis à ces fonctions[104], étant donné que Catherine promut l'égalité des sexes dans le culte[105]. Dans tous les cas, Antoine, bien que décédé, reste le leader de la religion, ce qui amène Debouxhtay à le comparer au Pape dans la religion catholique[106].

Les guérisseurs antoinistes sont toujours des membres costumés, et ne sont pas payés. Ils n'assistent pas à une formation spécifique ni ne participent à un quelconque rite d'initiation. Ceux qui veulent accéder à cette fonction doivent se sentir spirituellement « inspirés » et obtenir l'approbation du desservant. Ils doivent également promettre de respecter quelques règles dont la non-divulgation des confessions des consultants et ne pas décourager la médecine traditionnelle. Avant de recevoir les consultants, aucune sorte d'ascétisme n'est requise, sinon une préparation mentale incluant la prière et la méditation. Perçus comme de simples intercesseurs, les guérisseurs ont un « charisme de fonction » car ils reproduisent celui d'Antoine, ce qui n'empêche pas certains d'entre eux de devenir très populaires auprès des consultants[72],[107],[108].

Le culte est pratiqué volontairement, les desservants et les membres costumés n'étant pas payés, ni pour le culte, ni pour les consultations. Quand le couple Antoine était vivant, les dons étaient refusés quand la religion avait assez d'argent dans sa trésorerie. Seules les dons anonymes et les legs sont acceptés, et ceux-ci vont dans la trésorerie du « Culte antoiniste »[109]. En Belgique, les finances ont été publiées dans Le Moniteur Belge chaque année après la réunion du Conseil[106].

Effectifs

Il y a quatre catégories d'antoinistes : les desservants qui pratiquent le culte, les membres qui portent le costume religieux, les fidèles réguliers qui assistent au culte chaque semaine, et les membres occasionnels et visiteurs[110]. Comme son but est de guérir et de réconforter grâce à la prière, l'antoinisme ne cherche pas à convertir de nouvelles personnes[111]. Le nombre de fidèles est difficile à estimer car il n'y a pas de signe d'engagement formel (sauf pour les membres costumés et les desservants) et donc pas de statistiques établies par la religion[112]. Après une période de croissance rapide en Belgique, le nombre de fidèles est actuellement sur le déclin dans le pays et certains temples ont été obligés de fermer à cause d'un manque d'argent ou de fidèles. En France, toutefois, la religion reste active et compte environ 2 500 membres réguliers[51]. Les estimations de l'effectif mondial varient de quelques milliers à 200 000[113]. Toutefois, la croissance future du nombre de fidèles pourra être affectée par une certain nombre de règles du groupe. Comme il ne pratique pas de prosélytisme, l'antoinisme souffre d'un manque de visibilité sociale et de nombreuses personnes ne connaissent même pas l'existence d'un temple antoiniste dans leur voisinage[114]. De plus, à cause de la disponibilité requise pour le culte et de l'absence de revenu dans la religion, les membres costumés et les desservants sont souvent des retraités[79].

Principalement composée de personnes de 40 à 50 ans et une majorité de femmes[110], la communauté antoiniste présente un profil sensiblement similaire à celle qui a été attirée par le spiritisme en Belgique au XIXe siècle. Les fidèles ont surtout un statut social modeste, tel que mineurs et artisans[115], et sont généralement intéressés par la spiritualité, mais en rupture avec l'Église catholique ou sceptiques face à la médecine traditionnelle[116]. Les antoinistes sont parfois juifs[117], musulmans[118], bouddhistes[119], adeptes du reiki, du yoga, ou du tai chi chuan[120], ou d'anciens catholiques[43]. Une description réaliste des antoinistes du Nord de la France a été faite par l'écrivain André Thérive dans son roman de 1928, Sans âme[121]. En 1945, Debouxhtay décrivit les adeptes comme étant « des personnes très gentilles, très charitables et très serviables »[122].

Accueil

René Guénon critiqua les doctrines antoinistes dans son livre de 1923, L'Erreur Spirite.

Quand Antoine décéda in 1912, il y avait un millier d'adeptes et des milliers de sympathisants[33] ; en 1925, le nombre de fidèles s'éleva à 300 000 en Belgique[51]. Durant ses premières décennies, l'antoinisme se répandit si rapidement que même un journal américain publia des articles sur cette religion[123],[124], l'un d'entre eux déclarant qu'il « attir[ait] une attention considérable attention en Europe »[125]. L'auteur Françoise d'Eaubonne considéra que le physique d'Antoine, qu'elle trouvait attirant, peut avoir contribué à son succès[126]. Selon Bégot, le succès de l'antoinisme au début du XXe siècle peut être expliqué par le fait qu'« il offrait une alternative aux institutions légitimes de contrôle du corps et de l'âme », c'est-à-dire l'Église catholique et la médecine, ajoutant : « Porteur d'une protestation sociale, il est néanmoins une voie d'intégration socio-économique »[127]. L'historien et sociologue français Émile Poulat écrivit que cette religion est « toujours apparue calme et bénéfique »[128]. Quant aux théosophes, ils affichèrent un fort sentiment de sympathie à l'antoinisme dans leurs journaux[129].

L'antoinisme reçut peu d'opposition de la part de l'Église catholique, qui l'a parfois critiqué, mais seulement sur des questions doctrinales, le considérant comme hérétique[130]. Par exemple, en 1918, le prêtre de Liège Hubert Bourguet publia une brochure de 50 pages dans laquelle ils exprima ses préoccupations en rapport avec les doctrines, qualifia les textes sacrés de l'antoinisme de « charabia » et conclut qu'Antoine a dû souffrir de paraphrénie[131]. En 1925, le Père Lucien Roure considéra l'antoinisme comme « une doctrine d'anarchie et d'amoralité », avec des « enseignements négatifs », des écrits confus et incohérents, et des fidèles « crédules et dociles »[132]. En 1949, l'auteur Jacques Michel blâma Antoine pour s'être substitué à Jésus Christ et considéra l'antoinisme comme étant une foi « démoniaque »[133]. Plus tard, en 1953, Maurice Colinon, puis en 1954, le Père Henri-Charles Chéry publièrent des livres qui analysaient les groupes non-conformistes, incluant l'antoinisme[134],[135].

Selon Debouxhtay, les Protestants furent préoccupés par l'expansion de l'antoinisme dans les années 1930, et plusieurs pasteurs publièrent des écrits sur le sujet (Giron-Galzin, 1910 ; Rumpf, 1917 ; Wyss, c.1924)[136]. Plus récemment, la religion a été étudiée à partir d'une perspective protestante par le pasteur Gérard Dagon[137],[138]. D'un point de vue philosophique, l'antoinisme a été critiqué par René Guénon dans un chapitre entier de son livre de 1923 L'Erreur spirite, notant, à son point de vue, « la nullité de ses « enseignements » [ceux d'Antoine] qui ne sont qu'un vague mélange de théorie spirites et de « moralisme » protestant »[139].

Classement

En France, le culte antoiniste fut classé comme secte dans le rapport parlementaire de 1995 qui le considéra comme l'un des plus vieux groupes guérisseurs[113]. Toutefois, le 27 mai 2005, la liste de sectes dans laquelle le culte antoiniste était listée fut officiellement abandonnée et invalidée par une circulaire de Jean-Pierre Raffarin[140]. Des livres publiés par des associations et des activistes anti-sectes français et belges incluent parfois l'antoinisme dans leurs listes de sectes, dont Les Sectes, État d'urgence — Mieux les connaître, mieux s'en défendre en France et dans le monde, publié par le Centre Roger Ikor[141], et d'autres[142],[143],[144]. Au début des années 2000, l'appartenance à l'antoinisme d'une mère à Valenciennes fut utilisée par son ex-mari pour lui enlever la garde de leur fils ; cette affaire reçut de l'attention de la part des médias et fut critiquée par le sociologue français Régis Dericquebourg comme étant injustifiée[145],[146],[147].

Lorsqu'il fut auditionné par la commission belge sur les sectes, le philosophe Luc Nefontaine déclara que « l'établissement d'une liste de sectes (...) lui semblait dangereux, parce qu'il pourrait aussi donner une mauvaise image d'organisations tout à fait honorables telles que (...) l'antoinisme »[148]. De façon similaire, Dericquebourg, qui étudia en profondeur le groupe religieux, a conclu que l'antoinisme n'avait aucun aspect sectaire, écrivant : il « n'exerce pas d'influence totalitaire sur ses membres, ne leur dicte pas leur comportement à tenir dans le monde ; il n'est pas exclusif [et] ne montre aucune hostilité envers les systèmes sociaux »[149]. Selon Bégot, le groupe est un « cult » au sens sociologique (à ne pas confondre avec le mot péjoratif « cult » correspondant à « secte » en français), caractérisé par une expérience mystique, une rupture avec la tradition religieuse dominante, et la primauté des individus sur les questions sociales. Le mouvement religieux a une dimension à la fois magique et éthique[150].

Bien qu'il ne fasse pas directement référence à l'Évangile, l'antoinisme est souvent considéré comme un nouveau mouvement religieux à tendance chrétienne[2],[151]. En 1970, le sociologue britannique Bryan Wilson classa l'antoinisme dans la catégorie des groupes « thaumaturgiques »[152]. Le secrétaire de l'Épiscopat français pour l'étude des sectes et des nouveaux mouvements religieux Jean Vernette considéra le mouvement comme étant une « église guérisseuse » et « une nouvelle religion de spiritisme, de théosophie et d'éléments de christianisme »[153],[154]. Un périodique protestant belge déclara que le groupe, bien qu'officiellement listé comme une secte à une certaine époque, était « plutôt un mouvement philosophique et religieux »[155]. Dans une encyclopédie sur les sectes, le journaliste Xavier Pasquini qualifia l'antoinisme de « véritable religion théosophique », et précisa qu'il « ne demande pas d'argent à ses fidèles, et ne pratique pas d'endoctrinement »[156].

Dissidences

Quand Antoine était en vie, un petit schisme fut dirigé à Verviers par un homme nommé Jousselin[157]. Un groupe plus important qui se détacha a été initié par Pierre Dor (né 15 mai 1862, Mons-Crotteux), le neveu de Louis Antoine, et fut nommé « dorisme ». L'homme participa d'abord au groupe spirite de son oncle, « Les Vignerons du Seigneur », mais décida de se séparer, étant donné qu'il croyait posséder lui-même des dons de guérison. Il essaya de guérir des malades, mais ne parvint pas au même succès et retourna dans le groupe de son oncle. Toutefois, il accompagna l'un de ses patients en Russie, où il bénéficia d'un certain succès, consultant environ 7 000 personnes par semaine[158], mais revint en Belgique après des plaintes de docteurs. À Roux-Wilbeauroux, il construisit un hall appelé « L'École Morale » où il guérissait les malades et dispensait à peu près les mêmes enseignements que ceux de son oncle[159]. Il expliqua ses théories dans deux livres respectivement publiés en 1912 et 1913, intitulés Catéchisme de la restauration de l'âme et Le Christ parle à nouveau — car il s'identifiait lui-même à Jésus Christ, et Antoine à Jean le Baptiste — ce que Debouxhtay considéra comme un plagiat potentiel des écrits d'Antoine[160]. Dor encouragea une diète de légumes cuits dans l'eau et la chasteté avant le mariage. En 1916, il fut reconnu coupable de pratiquer illégalement l'art de la guérison. Par la suite, il déménagea à Uccle, et son mouvement disparut peu après sa mort survenue le 5 mars 1947[159]. Tout comme l'antoinisme, le dorisme fut critiqué par certains membres du clergé catholique[161].

Voir aussi

Bibliographie

Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article Plusieurs ouvrages listés ci-dessous ont été utilisés comme sources pour l'article.

  • Perspective anti-sectes
    • Centre Roger Ikor, Les Sectes, État d'urgence — Mieux les connaître, mieux s'en défendre en France et dans le monde, Paris, Albin Michel, 1995 (ISBN 2-226-07711-1), « Antoinisme » 
    • Alain Lallemand, Les sectes en Belgique et au Luxembourg, Brussel, EPO, 1994 (ISBN 2-87262-089-3) [lire en ligne], « Du spiritisme à l'antoinisme » 
  • Perspective historique
    • Jean-Marc Boffy, Historique du Culte antoiniste. Louis Antoine et l'antoinisme, Jemeppe-sur-Meuse, Culte antoiniste, 1997 
    • Pierre Debouxhtay, Antoine le guérisseur et l'antoinisme, Liège, Fernand Gothier, 1934 
    • Pierre Debouxhtay, L'antoinisme, La Pensée catholique, 1945 
    • Philippe Delorme, Les Aventuriers de Dieu, Paris, Jean Picollec, 2002 (ISBN 2-86477-190-X), « 6 : Lous Antoine (1846-1912) », p. 193-226 
    • Robert Vivier, Délivrez-nous du mal — Antoine le guérisseur, Brussel, Labor, 1936 (ISBN 978-2-246-02082-0) 
  • Perspective philosophique
    • Jacques Cécius, Une religion de guérison : l'antoinisme, 2009 
    • René Guénon, L'Erreur spirite, Paris, Éditions traditionnelles, 1977 (ISBN 2713800595), « L'antoinisme » 
    • Paul Lesourd, Solutions religieuses autres que les grandes religions pour les âmes à la recherche de Dieu — Les religions minoritaires et les mouvements philosophico-spiritualistes, Presses de la Cité, 1973, « Chapitre 3 : Les antoinistes » 
  • Persepective religieuse
    • Hubert Bourguet, Antoine de Jemeppe et l'antoinisme, Liège, Vaillant-Carmanne, 1918 
    • Henri-Charles Chéry, L'Offensive des sectes, Paris, Cerf, 1954 
    • Maurice Colinon, Faux prophètes et sectes d'aujourd'hui, Paris, Plon, 1953, « Le « Père Antoine » et l'antoinisme » 
    • Jacques Michel, Antoine, l'antoinisme, les antoinistes, Évreux, Librairie Saint-Paul, 1949 
    • Lucien Roure, Au pays de l'occultisme ou par delà le catholicisme, Paris, Gabriel Beauchesne, 1925 [lire en ligne], « Un Prophète contemporain, Antoine le Guérisseur » 
    • (en) Albert Van der Naillen, Most sacred revelations given to the world by Antoine the wonderful Belgian healer, The Park Printing Co, 1927 
  • Persepective sociologique
    • Anne-Cécile Bégot, « Science chrétienne et antoinisme : Deux groupes religieux minoritaires », dans Socio-anthropologie, vol. 2, 1997 [texte intégral] 
    • Anne-Cécile Bégot, « Les Mutations de la représentation du divin au sein d'un groupe à vocation thérapeutique, Le cas de l'antoinisme », dans Archives de sciences sociales des religions, vol. 111, 2000, p. 41—55 [texte intégral] 
    • Anne-Cécile Bégot, « La construction sociale de l'efficacité thérapeutique au sein de groupes religieux », dans Ethnographiques, February 2008 [texte intégral [PDF]] 
    • Richard Bergeron et Bertrand Ouellet, Croyances et sociétés : communications présentées au dixième colloque international sur les nouveaux mouvements religieux, Montreal, Fides, 1998 (ISBN 2-7621-1990-1) [lire en ligne], « La guérison spirituelle : son évolution face aux changements sociaux et culturels — Étude comparée de la Science chrétienne et de l'antoinisme », p. 187—98 
    • Régis Dericquebourg, Les antoinistes, Belgium, Brepols, 1993 (ISBN 2-503-50325-X) 
    • Régis Dericquebourg, « La thérapie spirituelle antoiniste », dans Syzygy, Center for Academic Publication, Lewis, vol. 2, n°1—2, 1993 [texte intégral] 
    • Régis Dericquebourg, Croire et guérir — Quatre religions de guérison, Dervy, 2001 (ISBN 2-84454-076-7), « L'antoinisme » . Partiellement publié dans Santé conjuguée, Fédération des maisons médicales, janvier 2007, n° 39, pp. 50,51
    • Régis Dericquebourg, Dictionnaire des miracles et de l'extraordinaire, Paris, Fayard, 2002 (ISBN 2-213-61394-X), « L'antoinisme », p. 42—44 
    • Raymond Massé et Jean Benoist, Convocations thérapeutiques du sacré, Paris, Karthala, 2002 (ISBN 2-84586-266-0) [lire en ligne], « Formes organisationnelles et pratiques thérapeutiques au sein de la Science chrétienne et de l'antoinisme », p. 61—78 

Références

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  60. Voir la très grande majorité des sources de l'article
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