Comité national des écrivains


Comité national des écrivains

Le Comité national des écrivains (CNE) est un organe de la Résistance littéraire, émanation du Front national des écrivains, créé en 1941 sur l'instance du Parti communiste français. Se radicalisant après la Libération, il devient progressivement un organe de contrôle des intellectuels communistes.

Sommaire

Du "Front" au "Comité"

Dès la fin 1940, un premier mouvement de Résistance intellectuelle est organisé autour d'universitaires communistes, le philosophe Georges Politzer, le germaniste Jacques Decour et le physicien Jacques Solomon : ils fondent ensemble (et indépendamment des directives du Parti communiste français) le groupe Université libre. A la demande du PCF qui, après le flottement lié au pacte germano-soviétique, reprend les thématiques nationalistes antifascistes des années 1935-1939, Jacques Decour (de son vrai nom Daniel Decourdemanche) et Georges Politzer fondent un Front national des écrivains (FNE) en zone occupée. Après le relatif échec de l'organe de presse du FNE, la revue La Pensée libre trop proche du communisme pour certains intellectuels soucieux de préserver leur autonomie politique, Decour fonde, avec Jean Paulhan, Les Lettres françaises : dans le premier numéro (conçu en 1941, mais que la mort de Decour, fusillé en mai 1942, reporte à septembre), ce dernier lance "L'Appel aux écrivains", qui se veut l'unification de "toutes les tendances et toutes les confessions : gaullistes, communistes, démocrates, catholiques, protestants"[1].

Bien que le Front national des écrivains reste d'obédience communiste (Louis Aragon, Vercors, ...), cette ouverture permet l'inclusion d'écrivains divers (François Mauriac ; Jacques Debû-Bridel ; Pierre de Lescure, fondateur avec Vercors des Editions de Minuit ; Jean Paulhan, pilier de la NRF-Gallimard, en appelle d'autres, tels Paul Valéry, Jean Blanzat, Georges Duhamel). Parallèlement à cet élargissement, au Front national des écrivains se substitue le Comité national des écrivains ; changement d'appellation qui permet de laisser de côté, du moins formellement, les liens avec le PCF.

De la Résistance à l'épuration

Parallèlement à son activité de publication dans Les Lettres françaises, Louis Aragon œuvre à l'expansion du CNE au sud : arrivé sur le tard, Aragon permet davantage une centralisation et une meilleure organisation qu'une création à proprement parler de comités. Le CNE du sud est à ce titre organisé sous forme d' "étoiles" à cinq branches, ramifications qui relient les comités d'intellectuels locaux entre eux (d'où, d'ailleurs, le nom de la revue du sud : Les Etoiles).

Progressivement, les mouvements des deux zones se rejoignent au sein des Lettres françaises qui apparaissent, à partir du numéro 6, comme le véritable organe du CNE. Reste que,

« jusqu'à la Libération, sinon de la totalité du territoire, du moins de la capitale intellectuelle, les tâches corporatives et prospectives de la presse clandestine ou du Comité national des écrivains concerneront plutôt la définition des règles éthiques à respecter à l'égard de la presse autorisée et l'épuration à venir des milieux artistiques. »

— Pascal Ory et Jean-François Sirinelli, Les Intellectuels en France de l'affaire Dreyfus à nos jours, Perrin, 2004, p. 220.

Ce processus d'épuration, théorisé avant (et valable à partir de) la Libération, est double : il consiste en la création de listes noires (elles jettent le discrédit sur les auteurs "embochés", voire les frappent d'interdiction de publier ; pour ne citer que les plus célèbres : Louis-Ferdinand Céline, Alphonse de Châteaubriant, Jacques Chardonne, Pierre Drieu la Rochelle, Jean Giono, Charles Maurras, Henri de Montherlant), mais surtout en programmes de rénovations des règles de fonctionnement du milieu (transparence de la presse, statut du cinéma, aide des pouvoirs publics à la création artistique...). En même temps qu'il se radicalise et devient, avec Les Lettres françaises, une "officine communiste", le CNE perd ses membres les moins orthodoxes (François Mauriac est exclu en 1949) ou les plus opposés à l'épuration, tels Jean Paulhan qui part de lui-même en 1947, lui qui opposait déjà aux listes noires un « droit à l'aberration » et qui en viendra à condamner l'épuration dans sa Lettre aux directeurs de la Résistance en 1952. Georges Duhamel, Jean Schlumberger et Gabriel Marcel démissionnent eux aussi, malgré l'apparente unité du CNE pour s'opposer à la condamnation à mort de l'écrivain collaborationniste Robert Brasillach. Dans son livre Le Gala des vaches, l'écrivain Albert Paraz n'appelle le CNE jamais autrement que « ces haineux ».

Postérité

Le départ de Jean Paulhan affaiblit la légitimité morale du CNE. Vercors continue d'y officier : il préfère résister de l'intérieur, plutôt que d'abandonner le CNE[2]. Cependant que les révélations du rapport Khrouchtchev devant le XXème congrès du PCUS (et le soutien notamment de Louis Aragon aux répressions de Budapest dans un article à L'Humanité[3] qui provoque le départ de Vercors) ébranlent les fondations du CNE : le refus du PCF d'opérer "l'examen de conscience" et la déstalinisation emporte une majeure partie des écrivains qui y restait affiliés comme simples compagnons de route, suite à la pétition lancée par Louis de Villefosse. Tandis qu'Aragon prend sa tête en 1953 (en même temps qu'il devient membre du Comité Central du PCF), le CNE n'est alors plus, à l'image des Lettres françaises, qu'un organe de contrôle du PCF. Progressivement, Louis Aragon finit cependant par prendre ses distances, ouvrant Les Lettres françaises aux dissidents.

Références & Notes

  1. Les Lettre françaises, n°1, septembre 1942.
  2. Les Lettres françaises, n° 140, décembre 1946.
  3. L'Humanité, 27 octobre 1957

Voir aussi


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Comité national des écrivains de Wikipédia en français (auteurs)

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