Rapport Khrouchtchev


Rapport Khrouchtchev

Déstalinisation

La déstalinisation commence dès 1953, mais elle est officialisée en 1956 par le rapport secret de Khrouchtchev, alors Secrétaire du Comité Central en Union soviétique et divulgué lors du XXe congrès du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS). Elle consiste à abandonner le culte de la personnalité et les « excès » de la période stalinienne.

Sommaire

Le rapport Khrouchtchev

Le rapport Khrouchtchev a été communiqué le 24 février 1956 devant les 1436 délégués du XXe congrès du Parti communiste d'Union soviétique réunis à huis clos[1]. Pour la circonstance, les membres des partis frères ont été exclus de l'assemblée.

Le « Rapport sur le culte de la personnalité », qui était initialement secret et destiné aux seuls membres du parti, n'a été publié en Union soviétique qu'à la fin des années 1980. Le document fut cependant très vite connu dans le monde entier[2], car il aurait, selon Khrouchtchev, été revendu aux services secrets étrangers par des communistes polonais hostiles à l'Union soviétique.

Sont dénoncés : les déportations massives, les arrestations arbitraires « d'honnêtes communistes et de chefs militaires traités en « ennemis du peuple », l'incapacité du dictateur dans les préparatifs de guerre, son caractère irascible, y compris dans ses rapports avec les partis communiste frères. La biographie officielle qui présente Staline comme « le plus grand stratège de tous les temps », comme un véritable sage infaillible est sévèrement critiquée.

Le rapport ouvre le procès de l'ancien dictateur mais pas celui du système qu'il a mis en place. Ainsi, le choix de l'année 1934 comme début de la « dégradation du caractère de Staline » est significatif: il ne remet en cause ni l'essentiel de la politique économique (planification et collectivisation) ni la répression exercée par Staline contre les compagnons de Lénine. La critique se fonde essentiellement sur la dénonciation du culte de la personnalité et s'efforce de dédouaner le parti des excès du stalinisme. « Le culte de la personnalité est un abcès superficiel sur l'organe parfaitement sain du parti », écrit la Pravda. Seules « la glorification d'un individu, son élévation au rang de surhomme doté de qualités surnaturelles comparables à celles d'un dieu » sont à bannir car « contraires aux principes du marxisme-léninisme. »

Les conséquences

Staline était exposé à coté de Lénine dans le mausolée de la Place Rouge. Son corps fut retiré et inhumé. Presque toutes les statues à son effigie disséminées à travers l'URSS furent démontées. Il en resta un moment trois à Tbilissi (capitale de la Géorgie), défendues par la population, mais qui furent démontées par la ruse[3]. Une statue de Staline échappa pourtant à la déstalinisation : aujourd'hui encore, elle se trouve en Géorgie à Gori, la ville natale de Staline. Son avenir semble cependant menacé par les suites politiques de la récente guerre en Ossétie du Sud[4].

Les prisonniers politiques sont progressivement réhabilités, de telle sorte qu'en 1957, parmi les prisonniers des camps, on ne compte plus que 2 % de « politiques »[réf. nécessaire]. Mais cette « sortie de la peur » se fait dans une certaine discrétion et le parti tente de circonscrire la déstalinisation à la dénonciation du culte de la personnalité et de la répression. Les intellectuels sont ainsi encouragés à écrire des biographies des victimes de Staline, Alexandre Soljenitsyne peut publier Une Journée d'Ivan Denissovitch, Grigori Tchoukhraï réalise Ciel pur.

Le rapport constitue néanmoins un choc brutal, notamment pour les « partis frères » de l'Europe de l'Est, car il met à bas le principe de l'infaillibilité du Comité central. Les Hongrois exigent la destitution du stalinien Rakosi et les Polonais et Yougoslaves expriment leur colère. D'un autre côté, les dirigeants installés par Staline, de même que les Chinois et les Albanais manifestent un vif mécontentement face à cette remise en cause.

Un espoir déçu

Les intellectuels qui espéraient dépasser le culte de la personnalité pour dénoncer le système stalinien global verront très vite leurs espoirs déçus. Fondamentalement, malgré la dénonciation publique des crimes de l'ancien dirigeant dès 1961, le parti continue d'accaparer le pouvoir, sans modifier son idéologie.

En 1964, pour parer à toute velléité de poursuite de la déstalinisation pourtant bien tiède, Khrouchtchev est forcé de démissionner.

Notes et références

  1. Branko Lazitch, Le Rapport Krouchtchev et son histoire, p. 13.
  2. La première information à son sujet en Occident remonte au 10 mars 1956 (Lazitch, p. 17).
  3. Les habitants de la ville s'étaient organisé pour surveiller 24 heures sur 24 les trois statues et empêcher qu'elle ne fussent démontées. Mais les autorités organisèrent une fausse alerte aérienne nucléaire et, profitant que la population se fût réfugiée dans les abris anti-aériens, démontèrent rapidement les statues.
  4. Problèmes en Géorgie? La faute incombe à Staline, RIA Novosti, 8 octobre 2008.

Sources

  • Hélène Carrère d'Encausse, 1956 : La Déstalinisation commence, Éditions Complexe, Bruxelles, 1984
  • Branko Lazitch, Le Rapport Khrouchtchev et son histoire, Collection Points Histoire, Editions du Seuil, 1976
  • Boris I. Nicolaevski, Les dirigeants soviétiques et la lutte pour le pouvoir : essai, Paris , Collection : Dossiers des Lettres Nouvelles, Denoël, 1969
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