Protagoras d'Abdère


Protagoras d'Abdère

Protagoras

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Protagoras (en grec ancien Πρωταγόρας / Prôtagóras) est né à Abdère en Thrace vers 485 et mort vers 420 av. J.-C.. Bien que contemporain de Socrate, mais plus âgé que lui ainsi que de Prodicos et de Hippias, il est considéré comme un penseur présocratique et comme un sophiste par Platon. Il est célèbre pour sa formule selon laquelle « l'homme [anthrōpos : l'être humain] est la mesure de toute chose », souvent interprétée, à tort ou à raison, comme une défense du relativisme.

Il offrait un enseignement qui était plus général que la rhétorique enseignée par la plupart des sophistes. Par son ami Périclès, il influença la pensée politique contemporaine d’Athènes. Ses idées sur la rhétorique et le droit ont amené le « système adversaire »[1], ou rhétorique, dans lequel on amène un étudiant à débattre pour les deux parties en guise d'entrainement en droit. Protagoras faisait un usage fréquent des antilogies : il affirmait qu'en cas d'incertitude, deux thèses s'opposaient nécessairement, et qu'il fallait s'efforcer de défendre et de renforcer la plus faible d'entre elles. Il était aussi intéressé par l'orthopeia, ou l'usage correct des mots, un domaine favori de Prodicos.

Philosophie

Parmi ses nombreuses œuvres (Traité des Dieux, Sur l'Être, Contradictions, Réfutations, De la Vérité, etc.), nous n'avons plus que quelques fragments dont deux sont déterminants dans la définition de sa pensée.

Dans le premier (rapporté par Platon) il affirme :

« L'homme est la mesure de toute chose : de celles qui sont, du fait qu’elles sont ; de celles qui ne sont pas, du fait qu’elles ne sont pas.»

On[Qui ?] attribua de nombreuses interprétations à cet énoncé. Ainsi, c'est par l'homme et du point de vue de l'homme que le bien et le mal, le vrai et le faux prennent leur définition. La justice absolue ne peut donc exister car elle est relative.

L'énoncé peut aussi signifier que c'est l'homme qui crée les différences en ce qui concerne le langage, le savoir, la sensibilité ou les perceptions. Alors toute affirmation faite par un homme n'aurait de signification absolue que pour cet homme. Par exemple[réf. nécessaire], s'il détermine qu'un fruit est vert, son voisin peut conclure que le fruit n'est pas mûr alors qu'il s'agit d'un kiwi, pourtant mûr, évalué sur son intérieur. Dans ces conditions, selon Protagoras, il n'est pas si absurde de prétendre que tout est vrai.

Cet énoncé, examiné et réfuté par Platon dans le Théétète, est souvent compris comme une forme de relativisme, ou comme une critique de la conception réaliste de la connaissance. La présentation platonicienne en fait une sorte d'individualisme de la connaissance, davantage qu'un relativisme au sens moderne du terme: selon le Protagoras tel que dépeint par Platon, ce qui est senti par un homme est vrai, même si d'autres hommes sentent d'autres choses. Platon s'attache à réfuter cette proposition par une série de paradoxes, et par la distinction de certains domaines où celle-ci est valide (ce qui dépend de l'opinion, ou doxa) et d'autres où elle ne peut l'être (ce qui dépend de la connaissance scientifique ou philosophique).

Dans l'autre fragment, il nous montre son scepticisme religieux :

« Pour ce qui est des dieux, je ne peux savoir ni qu’ils sont ni qu’ils ne sont pas, ni quel est leur aspect. Beaucoup de choses empêchent de le savoir : d’abord l’absence d’indications à ce propos, ensuite la brièveté de la vie humaine.[2]»

Si l'on accepte de croire en un Dieu sans l'avoir vu, il devient absurde de refuser aux autres dieux leur existence. En ce qui concerne les croyances, l'opinion change selon les gens et les sociétés.

Dans Protagoras, Platon lui consacre un dialogue qui décrit une discussion imaginaire entre lui et Socrate où ils débattent sur l'origine de la vertu, Protagoras prétendant pouvoir enseigner celle-ci. Et surtout dans le Théétète Platon se livre à une réfutation de la doctrine de Protagoras (161c et 166 d, 170...).

Notes et références

  1. Diogène Laërce 51.
  2. Eusèbe Préparation évangélique XIV,III,7

Bibliographie

  • Platon, Protagoras. Mille et une nuits, 2006
  • Barbara Cassin, « Le lien rhétorique de Protagoras à Ælius Aristide », in Philosophie, 1990 (7), n°28, p.14-31
  • Alain Boyer, « L'oubli de soi — Du mythe de Protagoras au voile d'ignorance », in Philosophie, 1990 (7), n°28, p.57-67
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