Occupation de la Grèce


Occupation de la Grèce

Occupation de la Grèce par les puissances de l'Axe

Histoire de la Grèce
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Grèce préhellénique
Préhistoire de la Grèce
-3200 Civilisation cycladique
-2700 Civilisation minoenne
 -1550 Civilisation mycénienne
Grèce antique
 -1200 Siècles obscurs
 -800 Époque archaïque
 -510 Époque classique
 -323 Époque hellénistique
 -146 Grèce romaine
Grèce médiévale (C)
 330 Empire byzantin
 1202 Quatrième croisade
 1453 Grèce ottomane
Grèce contemporaine
  1799 République des Sept-Îles
  1822 Guerre d'indépendance
 1832 Royaume de Grèce
 1936 Régime du 4 août
 1941 Occupation
 1946 Guerre civile
 1967 Dictature des colonels
 1974 République hellénique

En avril 1941, le Royaume de Grèce capitule face à l’invasion conjuguée de l’Allemagne nazie et de l’Italie. Commence alors une période d’occupation de la Grèce par les forces de l’Axe auxquelles se joint la Bulgarie. L’occupation (en grec moderne : η Κατοχή / i Katochí) prend fin en octobre 1944 avec le retrait des troupes allemandes de la partie continentale du pays. Cependant, dans quelques îles, comme en Crète, les garnisons allemandes restent présentent jusqu'en mai-juin 1945.

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Le 28 octobre 1940, l’Italie envahit la Grèce à partir de l'Albanie qu'elle occupe déjà depuis avril 1939. Cependant, l'armée grecque prouve qu'elle peut résister et contre-attaque, forçant l'armée italienne à battre en retraite. En mars 1941, une nouvelle offensive italienne échoue, mettant fin aux prétentions italiennes en Grèce, et obligeant l'Allemagne à intervenir pour venir en aide à son allié.
Le 6 avril 1941, l'Allemagne envahit la Grèce depuis la Bulgarie afin de sécuriser son front sud. La bataille de Grèce s'achève le 28 avril 1941 avec la chute de Kalamata. À l'issue de la bataille de Grèce, le pays est divisé en trois zones d'occupation entre les Allemands, les Bulgares et les Italiens.

L’occupation de la Grèce s'avère être une dure épreuve pour la population civile : plus de 300 000 personnes meurent de faim, des milliers d'autres des représailles des occupants, et l'économie du pays est ruinée. La Grèce abrite également un des mouvements de résistance les plus actifs de l'Europe occupée. Des groupes de résistance luttent ouvertement contre les puissances occupantes, mais commencent à s'entre-déchirer à la fin de 1943. Lorsque la Grèce est libérée en octobre 1944, elle se trouve dans un état de crise qui la plonge dans la guerre civile.

Sommaire

Contexte

Le 28 octobre 1940, l'ambassadeur italien à Athènes, Emanuele Grazzi, adresse au premier ministre grec, Ioannis Metaxas, un ultimatum demandant le libre passage des troupes italiennes sur le sol grec. Le refus de Metaxas déclenche la guerre entre l'Italie et la Grèce. Mussolini estime que la Grèce fait partie de la sphère d'influence naturelle de l'Italie et espère, par la même occasion, imiter les succès militaires de Hitler.

Cependant, l'armée grecque prouve qu'elle peut résister et contre-attaque, forçant l'armée italienne à battre en retraite. Vers la mi-décembre, les Grecs occupent à leur tour un quart du territoire albanais. En mars 1941, une nouvelle offensive italienne échoue, mettant fin aux prétentions italiennes en Grèce, et obligeant l'Allemagne à intervenir pour venir en aide à son allié.
Le 6 avril 1941, l'Allemagne envahit la Grèce depuis la Bulgarie afin de venir en aide à son allié italien et, par la même occasion, sécuriser son front sud. L'armée grecque largement inférieure en nombre et en équipement s'effondre. Athènes tombe le 27 avril 1941 pendant que le Commonwealth réussit à évacuer près de 50 000 hommes. Après la chute de la Crète le premier juin, la Grèce est sous la domination des puissances de l'Axe.

Une triple occupation

L'attaché militaire allemand à Athènes assurait qu'un faible contingent allemand aurait suffit pour tenir la Grèce, à la condition qu'il n'y ait pas d'occupation italienne. D'autant que pour l'Allemagne, la Grèce n'a pas l'importance stratégique que peuvent avoir d'autres pays conquis, tel que la Pologne. Pour Hitler, elle est aussi plus respectable d'un point de vue racial[1] et la façon dont les Grecs se sont battus contre les Italiens suscite chez lui une réelle admiration[2]. Mais Hitler est pressé de rapatrier ses troupes vers le nord, et n'ayant pas vraiment de projet à long terme pour la Grèce, annonce le 13 mai, avant même l'invasion de la Crète, son intention de partager le pays avec les Italiens[3].
Finalement, c'est une triple occupation qui s'installe. Le pays est partagé entre Allemands, Italiens et Bulgares.
À l'exception d'Athènes, où autorités allemandes et italiennes sont co-gérantes, la division du pays est stricte. Les trois zones sont gérées différemment, et le pays est divisé en treize régions économiques hermétiquement closes. La navigation entre les îles est soumise à un blocus britannique rendant les communications difficiles et isolant les îles. D'ailleurs, même la pêche est interdite[4].

Zone allemande

Carte montrant l'occupation tripartite de la Grèce entre 1941 et 1944

L'Allemagne se réserve les régions clés du pays : Athènes et son port du Pirée, Thessalonique et son arrière-pays dans une région comprise entre l'Aliakmon à l'ouest et le Strymon à l'est, une zone-tampon le long de la frontière turque correspondant à l'actuel nome d'Évros, la Crète à l'exception de sa partie la plus orientale, les îles du golfe Saronique, et quelques îles de l'Égée, dont Milo, Lemnos, Mytilène et Chios[5]. Si les Allemands se contentent de ces quelques régions, c'est dans le souci d'économiser ses hommes[6].

La zone allemande, ainsi que la Serbie, fait partie du commandement du Suedost (Sud-est), lui-même sous l'autorité du Wehrmachtbefehlshaber Suedost (ou W.B. Suedost - Commandement des forces armées du sud-est), dont le quartier-général est à Kifissia dans la banlieue d'Athènes avant de déménager à Thessalonique[7]. Jusqu'au mois d'octobre 1941, le commandant des forces armées est le maréchal Wilhelm List, celui-là même qui dirigea l'armée allemande au cours de l'invasion. Il est remplacé par Walther Kuntze, lui-même remplacé en août 1942 par Alexander Löhr, général de l'armée l'air et officier le plus gradé jusqu'au départ des Allemands en octobre 1944[7].
Parallèlement à l'organisation militaire, Hitler nomme Gunther Altenburg comme plénipotentiaire du Reich en Grèce (Bevollmaechtigter des Reiches für Griechenland - B.d.R.f.G) afin de gérer les relations avec le gouvernement grec dans les affaires internes du pays. Mais bien souvent, le W. B. Suedost outrepasse l'autorité du plénipotentiaire[7].

Zone bulgare

En rejoignant l'Axe le 1er mars 1941, la Bulgarie espère renouveler son rêve de Grande Bulgarie, récupérant au passage les territoires de Macédoine et en Thrace occidentale, perdus à l'issue de la Deuxième Guerre balkanique au profit de la Grèce.

Le jour de la reddition grecque (21 avril), l'armée bulgare entre en Grèce, occupant le nord du pays, et offrant ainsi à la Bulgarie un accès à la mer Égée en Thrace et en Macédoine Orientale. Les forces bulgares ne prennent pas part aux opérations militaires. En accord avec des arrangements pris avant l'offensive allemande et en remerciement pour avoir laissé passer les troupes allemandes, l'Allemagne permet à la Bulgarie d'occuper une partie de la Grèce[8].

La Bulgarie occupe les territoires à l'est du Strymon, à l'exception du nomme d'Evros occupé par les Allemands. La Bulgarie prend aussi possession des îles qui font face aux côtes de Thrace que sont Thasos et Samothrace. Dans cet espace géographique, on trouve les villes d'Alexandroúpoli (Дедеагач, Dedeagach), Komotiní (Гюмюрджина, Gyumyurdzhina), Serrès (Сяр, Syar), Xanthi (Ксанти), Drama (Драма) et Kavala (Кавала).

Ces régions sont "bulgarisées" : noms de villages, patronymes, pierres tombales, liturgie doivent être en langue bulgare[4]. L'usage du grec est interdit en public, les livres en grec sont détruits, les entreprises grecques reçoivent un patron bulgare. Il semble que les Grecs vivent mal cette bulgarisation et nombreux sont ceux qui cessent d'envoyer leurs enfants à l'école[4]. Les Bulgares ne sont pas plus appréciés des musulmans, qui représentent 100 000 personne dans cette région. 20 000 Pomaques, des musulmans de langue bulgare, se voient imposer un baptême collectif. En 1942, Grecs et musulmans occupant la zone doivent se bulgariser ou quitter la région, ce qui provoque le départ de 200 000 Grecs vers la Macédoine. Aussi, en 1943, les Allemands, qui pensaient confier toute la Macédoine aux Bulgares afin de pallier la défection italienne, préfèrent renoncer et se contentent de céder la région de Kilkis, la Chalcidique, et le nord du nome de Thessalonique.

Zone italienne

Carte montrant l'extension maximale italienne pendant la Seconde Guerre mondiale

Le reste du pays est confié aux Italiens, soit la majeure partie de la Grèce continentale et la plupart des îles. Plusieurs propositions d'annexion de ces territoires sont envisagées par Rome, mais aucune n'est vraiment appliquée au cours de la guerre en partie à cause de la pression de Victor Emmanuel III et des Allemands, déjà opposés aux annexions bulgares. Cependant, les îles ioniennes, étant depuis longtemps une cible de la politique expansionniste italienne, forment un état ionien, annexé de fait par l'Italie.

L'occupation italienne est, à ses débuts, particulièrement mal vécue par les Grecs, qui acceptent mal de voir l'Italie occuper des terres qu'elle n'a pas conquise militairement. Par la suite la coexistence semble plus facile : les militaires italiens essayent parfois d'alimenter la population et n'appliquent ni les représailles massives, ni les politiques raciales demandées par le Reich.

En Crète, le général Angelo Carta abrite dans sa zone d'occupation des résistants recherchés par les Allemands, aide certains d'entre eux à rejoindre le Dodécanèse et organise même de fausses exécutions pour leurrer ses alliés[9].

Charger de contrôler la majeure partie de la campagne grecque, l'armée italienne est la première a affronter les mouvements de résistance en 1942-1943, et échouent à les contenir. À la mi-1943, la résistance créé des zones de Grèce libre dans les régions montagneuses dont elle a chassé l'armée italienne.

Après la capitulation de l'Italie en septembre 1943, la zone italienne est occupée par les Allemands, de sorte que la politique de représailles et raciale s'étend à ces régions.

Situation politique et économique

Quel gouvernement pour la Grèce ?

Le roi Georges II de Grèce, reconnu comme chef d'état légitime par la communauté internationale.

Ioánnis Metaxás qui avait défié Mussolini en répondant Non à l'ultimatum italien, meurt le 29 janvier 1941, en pleine contre-attaque grecque. Son successeur, Alexandros Korizis rejette la demande allemande de reddition sans condition le 6 avril, mais se suicide[10] moins de deux semaines plus tard (18 avril) alors que les Allemands marchent sur Athènes et que la loi martiale y est déclarée.

Le 21 avril, c'est Emmanouil Tsouderos qui est nommé premier ministre. Entre temps, le général Giorgos Tsolakoglou offre la reddition de l'armée à l'Allemagne le 20 avril.

Le roi Georges II et le gouvernement d'Emmanouil Tsouderos évacuent Athènes et se réfugient en Crète le 23 avril, d'où ils continuent à défier les demandes de soumissions allemandes, et ce jusqu'au débarquement des Allemands sur l'île[11]. Devant l'avancée allemande, le gouvernement grec se réfugie ensuite au Caire, en même temps que le général Freyberg, commandant des forces alliées en Crète. Le roi Georges II part en exil à Londres, pour la seconde fois au cours de son règne, semble-t-il à la demande du roi Farouk Ier d'Égypte et de ses ministres pro-italiens[12] avant de rejoindre Le Caire en mars 1943. Le roi Georges reste internationalement reconnu comme étant le chef d'état, appuyé par le gouvernement lui-même en exil. Le roi dispose du soutien des Britanniques et surtout de Winston Churchill qui voit en Georges II le symbole de la continuité constitutionnelle et nationale. Winston Churchill considère aussi que les Alliés ont une dette morale envers la Grèce et son roi pour la lutte acharnée qu'ils ont menée contre les Italiens lors de l'hiver 1940-1941.

Pour Hitler, la solution la moins coûteuse en hommes et en ressources est la mise en place d'un gouvernement fantoche et composé d'autochtones[13]. Le 26 avril 1941, Giorgos Tsolakoglou, se déclare prêt à servir le Führer et assure aux Allemands qu'un gouvernement sous sa direction bénéficierait du soutien de l'ensemble de l'armée grecque[13]. Hitler le nomme premier ministre le 30 avril.

Le fait que Tsolakoglou soit un militaire s'en ressent dans la composition de son premier gouvernement dont six autres généraux font partie. Les quelques civils qui composent ce gouvernement ont des rapports ambigus avec les Allemands, ainsi Kontantinos Logothetopoulos est l'époux d'une nièce du maréchal List et Platon Hatzimichalis est un marchand avec des attaches commerciales en Allemagne.

Situation économique

L'occupation de la Grèce a des effets désastreux sur l'économie du pays et anéantit la capacité de production de la Grèce pour des années[14]. Bien que divisé en trois zones, la politique économique du pays est bel et bien gérée par l'Allemagne et la Grèce doit servir les intérêts économiques du Reich[14]. La Grèce doit, comme les autres pays occupés, fournir hommes, matériel et matières premières au Reich[15]. Ainsi, entre mai et septembre 1941, les prélèvements agricoles portent sur 71 000 tonnes de raisins secs, 1 000 tonnes d'huile d'olive, 110 000 tonnes de tabac, 5 000 tonnes de coton, 4 000 tonnes de figues. Au cours des trois premières semaines d'occupation, 25 000 oranges, 4 500, 100 000 cigarettes partent de Chios[16]. Des frais d'occupation, toujours plus élevés sont exigés : 6 milliards de drachmes en avril 1941, 180 milliards en octobre 1942, 230 milliards en novembre 1943. Pour couvrir les dépenses, l'Allemagne fait imprimer des drachmes d'occupation, et l'Italie des drachmes ioniens.

Pour mettre la main sur les richesses minières du pays, des contrats avec les entreprises allemandes ou italiennes sont imposés aux entreprises grecque[15]. Des cadres de grands groupes industriels comme Krupp ou IG Farben se voient confier des postes de conseillers auprès de la direction des finances du haut commandement de la Wehrmacht. Entre le 1er et le 10 mai 1940, la production entière des mines grecques de pyrite, de chrome, de nickel, magnésie, de bauxite et d'or passent dans les mains allemandes[17].
L'Allemagne met également la main sur la production d'électricité, les chantiers navals, les usines de munitions. La compagnie Shell est contrainte de vendre sa succursale grecque aux Allemands après avoir subi des menaces de sabotage et de confiscation[17].

Cette mainmise de l'Allemagne sur les richesses grecques provoque des tensions avec l'Italie. Les défenseurs des intérêts italiens ne tardent pas à se rendre à Athènes pour faire pression sur les industriels grecs afin qu'ils signent des contrats avec eux plutôt qu'avec les Allemands[17]. La question des ressources grecques semblent avoir détérioré les relations entre les deux partenaires de l'Axe. Ils finissent pas se partager les stocks de cuir du pays, tandis que du coton, de la résine et produits utiles à l'effort de guerre italien traversent l'Adriatique[18]. L'Allemagne assouplit également sa position concernant quelques entreprises pour lesquelles les Italiens peuvent prendre position[19].

Inflation en Grèce entre 1941 et 1944.

Cette tactique d'expropriation et de pillage, montrent une volonté de faire passer avant tout les intérêts économiques du Reich avant l'intérêt politique. Les effets se font vite sentir : montée brutale du chômage et chute de la production industrielle, soit parce que les usines manquent de matières premières, soit parce que leurs stocks sont expédiés hors de Grèce[18]. La production d'électricité est divisée par deux entre 1940 et 1942[15]. On assiste à une déforestation autour d'Athènes, où les arbres sont le seul moyen de chauffage et de cuisson[15].

La rareté des produits disponibles et l'augmentation de l'argent en circulation entrainent une inflation galopante et la destruction du système monétaire. Un oka de pain passe de 12 drachmes en 1940 à 760 en janvier 1942 et 34 millions en septembre 1944. L'oka d'huile subit la même inflation et passe de 50 drachmes en 1940 à 1450 en 1942 et 400 000 en janvier 1944[15]. Les prix à Athènes auraient été multipliés par 10 000 entre octobre 1941 et février 1944[20].

Exemples d'évolution des prix en drachmes[21]
Produit (par oka) 1er octobre 1940 1er septembre 1942 1er octobre 1943 1er janvier 1944 1er avril 1944 1er septembre 1944
Pain 10 7 000 13 000 34 000 460 000 34 000 000
Fromage 60 44 000 120 000 600 000 6 000 000 1 160 000 000
Huile d'olive 50 30 000 80 000 200 000 2 800 000 400 000 000
Olives 26 7 000 22 000 80 000 1 200 000 400 000 000
Chaussures (paire) 450 300 000 800 000 - - 2 204 000 000

La famine

Taux de natalité pour la conurbation d'Athènes et du Pirée (en haut) et en Macédoine (en bas) entre 1940 et 1944.

Une spécificité de la Grèce d'avant-guerre est que la culture des céréales ne se fait pas dans de larges exploitations, faciles à contrôler par les autorités locales. La réforme agraire engagé par Eleftherios Venizelos au lendemain de la première guerre mondiale a transformé la Grèce en une nation de petits propriétaires qui souvent ne mettait en vente qu'une partie de leur production afin de garantir la stabilité des prix[22]. La réquisition des stocks des agriculteurs par l'Axe dans les premières semaines de l'occupation, ne les encourage pas à vendre ni même à déclarer leur récolte, ce qui provoque une hausse des prix.

Avant la guerre, la Grèce importe 400 000 à 500 000 tonnes de blé par an. Mais la Grèce est désormais coupée de ses sources traditionnelles d'approvisionnement que sont les États-Unis, l'Australie et le Canada[23]. De plus, la Grèce n'est plus en mesure de contrôler sa propre production de blé. La Macédoine orientale qui regroupe alors 11% de la population grecque, produit 40% de la production totale de blé, 60% du seigle et 60% des œufs[24]. Une production destinée aux Bulgares désormais. Idem pour l'huile d'olive de Lesbos, qui ne peut plus être acheminée vers le continent[20]. Et faute de matériel, d'engrais d'hommes et d'animaux de trait, la production agricole s'effondre. Par rapport à 1937-1940, la production de tabac, coton, laine, soie, huile d'olive à diminué de 90% en 1942, celle de blé, lentille et d'orge de 62 à 72%[15].

L'arrêt de l'importation de blé, la fragmentation du territoire et la faible récolte de blé en 1941 (inférieure de 15 à 30% par rapport à l'année précédente[25]) provoque une famine en Grèce au cours de l'hiver 1941-1942.

La famine est très sévère entre septembre 1941 et l'été 1942 à Athènes qui se situe loin des centres de production et dont la population est gonflée par les réfugiés et les soldats démobilisés, et dans les Cyclades, privées des ressources de la mer et où les rendements des cultures sont faibles. Elle se fait ensuite plus rampante mais toujours présente dans les deux grandes villes du pays et s'étend aux zones montagneuses en 1943 et 1944.

Au début, les Italiens maintiennent la ration de pain à un niveau élevé, et ce aussi longtemps qu'il leur est possible semble-t-il. la ration de 300 grammes que les Athéniens reçoivent avant le début de l'occupation passe à 200 grammes à fin juin. Par la suite, on ne distribue plus de pain ou alors un jour sur deux et sa qualité diminue. À la mi-novembre 1941, les réserves ne sont plus que de trois semaines à raison de moins de 100 grammes par habitant[26]. Les Italiens choisissent de réduire leurs prélèvements et obtiennent des Allemands la liberté de ravitailler leur zone sur leurs propres réserves, mais l'Italie ne possède pas de blé en excès et le blocus britannique empêche les navires de traverser l'Adriatique[20].

Pour la première fois depuis que des statistiques sont enregistrées, le nombre des décès dépasse le nombre des naissances à Athènes. De 15 naissances pour 1 000 habitants en 1940, le chiffre chute à 12,5 pour l'année 1941 et 9,6 en 1942, alors que dans le même temps, le chiffre des décès passe de 12 pour 1000 en 1940 à 25,8 en 1941 et 39,3 en 1942[24]. Entre octobre 1941 et octobre 1942, 50 000[27] décès dus à la faim sont déclarés pour la région d'Athènes, du Pirée et d'Égine. Autre exemple, sur l'île de Syros, où en 1939 les naissances dépassaient les morts de 52 personnes, le chiffres des morts dépasse de 962 celui des naissances en 1942[20]. Le chiffre total des victimes est de 250 000 selon la Croix-Rouge, de 500 000 selon l'antenne grecque de la BBC, sur une population de 7,3 millions d'habitants. 65 à 70% de l'ensemble des victimes grecques de la seconde guerre mondiale sont mortes lors de la famine[28]. Les chiffres semblent pourtant sous-estimés, car de nombreux décès ne sont pas déclarés. Afin de garder les tickets de rationnement, les familles se débarrassent des corps de leurs proches ou les enterrent à la hâte dans des tombes anonymes. Des centaines de cadavres non identifiés sont ramassés par les services municipaux et ne figurent pas dans les décomptes officiels[29]. Le ministère de la santé attribue directement à la faim le tiers voire la moitié des décès du pays. Mais indirectement, la famine en a probablement tué beaucoup plus car la malnutrition rend les gens plus vulnérables à la tuberculose, la grippe et autres maladies[30].

Nombre de décès liés à la faim, basé sur les chiffres de la Croix-Rouge[31]
Région Sept.-novembre 1941 Dec.-janvier 1941-1942 Mars-Mai 1942 Juin-Juill. 1942
Athènes et environs 8 896 20 244 13 620 8 849
Grèce centrale et Eubée 696 1 789 1 700 1 145
Péloponnèse 1 461 2 956 2 410 2 402
Thessalie 534 1 347 1 504 1 236
Macédoine 1 195 2 771 2 246 2 399
Épire 189 313 286 275
Crète 382 458 354 333
Îles 1 373 3 640 2 788 1 487

Allemands, Italiens et Britanniques se renvoient la responsabilité du désastre[20]. L'Axe présente la famine comme le résultat du blocus britannique et suggère aux Alliés de le lever pour permettre le ravitaillement du pays. Mais les Britanniques se refusent à lever le blocus car n'ont pas beaucoup d'autres ressources contre leur ennemi[32]. Mais l'opinion publique au Royaume-Uni et aux États-Unis s'émeut des descriptions faites de la famine, et pousse leurs gouvernements à trouver des moyens d'actions[32]. Le 25 avril 1941, le gouvernement grec à Londres sollicite une aide britannique et demande une levée du blocus. Le gouvernement britannique, reconnait que le cas de la Grèce doit être traité à part, d'une part parce que le pays dépend énormément des importations de blé et que la Grèce avait rendu de grands services aux Alliés[32]. La solution trouvée par les Britanniques est alors de faire parvenir du blé depuis la Turquie, elle-même dans la zone de blocus.

Dès novembre 1940, la Greek War relief Association of New-York voit le jour aux États-Unis sous la direction du président de la Fox, d'origine grecque. Elle collecte des fonds pour acheter des céréales en Turquie[28]. En octobre 1941, la vapeur turc Kurtulus arrive au Pirée chargé de grains, sous pavillon du Croissant-Rouge. Entre octobre 1941 et janvier 1942, le Kurtulus fait 5 voyages avant d'être coulé et n'ayant pu fournir à la Grèce que 6 735 tonnes de blé au total[24]. Le Dumlupinar lui succède, mais en avril 1942, la Turquie interdit les exportations de blé et au final ce ne sont que 17 500 tonnes de céréales et de légumes secs qui parviennent à la Grèce[28].
Le gouvernement Tsoudéros fait pression sur le gouvernement britannique en faveur de la levée du blocus. En novembre 1941, le Vatican intervient à son tour, puis Roosevelt en décembre. En janvier 1942, le gouvernement en exil menace de démissionner si aucune mesure n'est prise. Les marins grecs de la flotte britannique font de même[28]. Le 16 février 1942, le Royaume-Uni autorise le ravitaillement de la Grèce sous le patronage d'une autorité neutre. La mission internationale qui supervisait les distributions de blé du Kurtulus est élargie en incluant des Suédois. Les premières cargaisons de blé partent du Canada en juin 1942. L'amélioration des conditions de ravitaillement sont visibles immédiatement, et même si le taux de mortalité reste élevé tout au long de l'année 1942, les chiffres de l'hiver précédent ne sont plus atteints[33].

Le marché noir

Le marché noir remplace petit à petit le marché officiel, sous contrôle de l'état[34]. Le marché officiel devient inexistant et le marché noir est alors le seul moyen de ravitaillement d'Athènes et du Pirée[35]. Car le morcellement du territoire fait en sorte que les régions productrices retiennent leurs réserves et entravent la circulation normale des biens.
Le marché noir ne touche pas une catégorie sociale particulière, mais tous les échelons de la société, et surtout les plus élevés, qui ont accès aux stocks[36]. Au printemps 1942, deux ministres soupçonnés de trafic doivent démissionner. En 1945, le président de l'association des commerçants de Thessalonique, le gouverneur de Macédoine et le président de la chambre d'industrie de Thessalonique sont accusés de marché noir à grande échelle[36].

La catégorie qui, plus que toute autre, profite du marché noir est celle des agriculteurs. Après la crise rurale de l'entre deux guerres, les campagnes voient là l'occasion de prendre leur revanche sur les villes[37], malgré les appels au civisme lancés par Tsolakoglou aux producteurs.

Pour Mazower, les prix pratiqués sont le reflet des risques encourus par les trafiquants pour faire passer des marchandises d'une île à une autre par exemple, et des pots-de-vin qu'il est nécessaire de donner afin de corrompre les autorités pour qu'elles ferment les yeux sur leurs trafics[38]. La complicité entre autorités et trafiquants prend de telles proportions dans certaines régions, que le marché noir est indissociable de l'économie. Par exemple, sur l'île de Siphnos, la garnison de 120 militaires italiens possède la maitrise absolue du commerce de l'huile d'olive, dont ils distribuent une petite quantité aux habitants de l'île avant de revendre le reste à des négociants[38].

Dès le mois de mai 1941, Tsolakoglou annonce que des tribunaux spéciaux seront créés afin de juger les spéculateurs. Mais en novembre de la même année, alors qu'un groupe d'importateurs est accusé d'approvisionner le marché noir en sucre doit être jugé, les rumeurs affirment que des ministres du gouvernement sont impliqués dans ce trafic, ainsi que la propre épouse de Tsolakoglou[39].

Au cours de l'hiver 1943, des rumeurs à propos de l'effondrement de l'axe et de la victoire des Alliés, encouragent les trafiquants à liquider leurs stocks. En novembre 1943, on peut lire sur les murs du Pirée :

« Télégramme pour le général Alexandre :
Merci de retarder votre arrivée.
Nous allons être ruinés.
Signé : les trafiquants du Pirée.[40] »

Ce à quoi un autre message répond:

« Pour les trafiquants du Pirée.
Ne peut arrêter.
Vendez!.
Signé : Général Alexandre[41] »

Collaboration

En Grèce, on peut distinguer plusieurs types de collaboration avec l'occupant. Il y a tout d'abord une collaboration gouvernementale, une autre économique, une autre par sentiment anti-communiste, puis le cas particulier des minorités mal intégrées et tentées par la collaboration[42].

Giorgos Tsolakoglou est nommé premier ministre de la Grèce par Hitler et forme le premier gouvernement de la Grèce occupée le 28 avril 1941. « Dès le 30 avril, Tsolakoglou prête un serment clair : rétablir la tranquillité et l'ordre et combattre toute action hostile aux troupes de l'Axe, collaborer loyalement avec les forces de l'Axe pour l'application du Nouvel Ordre en Europe[42]. »
Les anciens généraux de Metaxas qui ne suivent pas le roi en exil forment le premier gouvernement de l'occupation. Aucun d'entre eux n'a reçu de formation politique particulière, et certains doivent leur nomination à leurs bonnes relations avec l'Allemagne. Ainsi, Nikolaos Markou, responsable de la police de sécurité, est surtout connu pour avoir mené une mission chargée de l'achat d'armes à l'Allemagne pour l'armée grecque en 1938. On retrouve des officiers à tous les postes gouvernementaux, à l'exception de deux : le ministère de l'économie, et celui de la santé[43].

L'Allemagne peut s'appuyer sur des parti grecs d'extrême-droite. Fondé en 1931, le Parti fasciste grec compte moins de 50 000 membres, mais on trouve à sa tête des personnalités de premier plan. Après la capitulation de la Grèce, le Parti fasciste grec envoie ses excuses à Adolf Hitler pour la résistance opposée par la Grèce à l'Allemagne[44]. D'autres partis fascistes, tels que l'Union Nationale de Grèce (Ethnike Enosis Ellados - EEE) existent. À l'été 1941, la plupart de ces groupes fusionnent, à l'exception de l'EEE, pour former l'Organisation Politique Nationale Socialiste (Ethniko-Sosialistike Patriotike Organosis - ESPO) sous la direction du docteur Stereodemas.
Les Allemands encouragent le développement des mouvements fascistes en tant qu'alliés potentiels dans leur lutte contre le communisme, mais leur faible nombre et le peu d'écho qu'ils rencontrent au sein de la population font se tourner les Allemands vers d'autres alliés[44].

Le but initial de l'Allemagne est la mise en place d'un gouvernement suffisamment faible lui permettant de se servir des ressources de la Grèce. Au fur et à mesure que la résistance grandit au cours de l'hiver 1942-1943, le Reich cherche alors des figures énergiques dans leur lutte contre le bolchévisme. Les Allemands pensent mettre Ioannis Rallis à la tête du gouvernement, car ils le pensent plus efficace dans la lutte contre le communisme[44]. Les Italiens proposent Gotzamanes. En novembre 1942, Tsolakoglou est remercié et Allemands et Italiens arrivent à un compromis sur la personne du docteur Konstantinos Logothetopoulos en tant que premier ministre. Logothetopoulos, qui s'entoure quasiment de la même équipe gouvernementale que son prédécesseur, ne convainc pas plus l'occupant dans sa capacité à endiguer la menace communiste[45]. Le 6 avril 1943, il est donc remplacé par Ioannis Rallis. Il se sépare de la plupart des généraux au pouvoir et les remplace par des civils. Il organise en avril également les bataillons de sécurité, chargés de contrer les réseaux de résistants et donc les communistes[46]. Ces bataillons de sécurité sont composés d'officiers royalistes, que Rallis n'hésite pas à menacer en cas de réticence de leur part[47]. En effet, à partir de janvier 1944, il menace de supprimer salaires et retraites aux officiers qui refuseraient d'y servir[46]. Ces bataillons de sécurité sont placés sous le commandement du Höhere SS- und Polizeiführer (HSSPF - Haut commandant de Police). Treize unités, comptant 8 000[46] hommes au début de l'été 1944 et 16 625[48] hommes en septembre, sont équipées par la Wehrmacht. Cinq autres unités, de 1 000 chacune, entrainées par l'Allemagne et équipées par l'Italie, sont l'élite des bataillons de sécurité et portent le nom de bataillons Evzones. Concentrés principalement dans le Péloponnèse, ils se rendent parfois à Athènes et ses environs pour mener des actions anti-communistes[48]. Quatre nouveaux bataillons sont créés à l'hiver 1943-1944 afin de couvrir le centre et le sud-est du pays (Évrytanie, Thessalie, Boétie, Eubée et Attique).
En plus des bataillons de sécurité, sont créées des unités chargées d'assassiner des militants communistes. Les bataillons de sécurité et les autorités allemandes leur fournissent des listes de "communistes"[49] à éliminer. Mis en en place en mars 1944, ils assassinent au cours du premier mois 50 membres de l'EAM ou de l'ELAS dans la région de Volos[48]. Mais c'est à Athènes que l'action des bataillons est la plus efficace selon Joëlle Dalègre : ils effectuent des blocus, encerclant certains quartiers et rassemblent tous les hommes avant de faire venir un "informateur", qui sous couvert d'une cagoule noire désigne les résistants et les partisans communistes présents. Les hôpitaux d'Athènes sont nettoyés de cette façon le 20 novembre 1943, puis c'est au tour des quartiers rouges d'Athènes (Byron, Kaissariani, Néa Smyrni ou Néa Ionia) au printemps 1944. Certains coupables désignés sont immédiatement pendus sur la place publique et leurs corps exposés. Les autres sont envoyés au camp de Chaidari, où 1800 d'entre eux seront exécutés entre septembre 1943 et septembre 1944[50].

L'ensemble de ces bataillons se révèle efficace dans la diminution des pertes allemandes. Du 1er septembre 1943 au 1er septembre 1944, les pertes enregistrées sont les suivantes[51]:

Tués Blessés Disparus
Allemands 69 130 170
Italiens 23 24 130
Grecs
(Bataillons de sécurité)
637 910 586

Pour la même période, les autorité allemandes relèvent 3 308 morts, 1 750 capturés et 3 258 arrestations côté des résistants.
Enfin, les bataillons de sécurité jouent un rôle lors de la retraite de l'armée allemande. Les bataillons servent à couvrir les arrières de l'armée quittant le pays et essaient d'empêcher la prise des villes du Péloponnèse par la résistance. De petites unités sont formées en Macédoine et servent au même but en octobre 1944[51].

Les bataillons de sécurité échouent à devenir des forces régulières de police. De nombreux volontaires s'engagent dans ces bataillons par sentiment anti-communiste et recherchent davantage le combat contre les résistants communistes que la routine d'un travail de policier. Hondros estime que les volontaires s'engagent par sentiment anti-communiste que par volonté de travailler pour l'Allemagne[52].


Des ouvriers grecs au Reich

Lors des premiers mois de l'occupation, les efforts faits par l'OKW pour attirer des travailleurs grecs en Allemagne ne porte pas vraiment ses fruits. Selon l'OKW, en octobre 1941, sur trois millions et demi d'ouvriers travaillant en Allemagne, seuls 500 sont Grecs[53]. Pour comparaison, en hiver 1941, presque la moitié des ouvriers sont Polonais, l'autre moitié vient majoritairement d'Europe de l'Ouest[54]. Concernant les voisins de la Grèce, la Yougoslavie et l'Albanie fournissent respectivement à cette époque 109 000 et 14 600 ouvriers, alors que l'Albanie n'est pas un pays occupé[53].

En janvier 1942, un appel à candidature est lancé par le bureau de Thessalonique de la commission de recrutement des travailleurs grecs. Seuls une vingtaine de volontaires auraient répondu, ce qui déclenche une réquisition civile[53]. Les recruteurs jouent à la fois sur la peur, en faisant croire que les récalcitrants iraient sur le front russe, et sur la promesse d'une vie meilleure en Allemagne avec des salaires bien plus importants qu'en Grèce. On fait publier dans la presse, de fausses lettres d'ouvriers grecs en Allemagne, vantant l'abondance de la nourriture et la qualité des soins médicaux. Des cérémonies d'adieux sont organisées dans les gares afin de rendre les départs spectaculaires. À la fin de l'année 1942, ce sont 10 000 ouvriers qui sont parti en Allemagne, niveau encore loin de l'objectif de 30 000 hommes annoncé par les autorités locales[53].

Le cas des minorités

Même si aucune minorité n'a en totalité collaboré avec l'ennemi, on peut s'attarder sur la position de certaines d'entre elles.
Il y a tout d'abord le cas des Valaques du Pinde. Ce sont des éleveurs orthodoxes et hellenophones dont la langue maternelle est l'aroumain, une langue proche du roumain. Mussolini essaie en 1942 de jouer sur cette parenté latine pour enrôler les Valaques au sein d'une légion valaque. Mais les Valaques étant une minorité bien intégrée et se considérant comme grecque, la légion ne rencontre guère de succès et est rapidement supprimée par la résistance[55].

Autre cas, celui des Tchams : des musulmans albanophones vivant dans le nord de la Grèce. Ils représentent environ 20 000 personnes, exclues des échanges obligatoires de population de 1925. Depuis cette date, ils se plaignent des réformes agraires et de l'enseignement en grec obligatoire. De plus, la Grèce n'a pas fait confiance aux 1 800 recrues Tchams au début de la guerre en les faisant travailler sur les routes avant de les reléguer dans les îles. Mussolini arrive donc à recruter quelques centaines d'entre eux au sein d'une légion des Tchams[55].

Le cas le plus important de collaboration pourrait concerner les populations slavophones ou bulgarophones de Macédoine. La Macédoine est une acquisition récente de la Grèce (1913). Même si un traité d'échange de population gréco-bulgare datant de 1919 a permis de clarifier quelque peu la situation dans cette région ou le mélange ethnique rendait impossible tout tracé de frontière, il reste néanmoins d'importantes minorités dans les régions frontalières. Une partie des slavophones sont resté vivre en Grèce, encouragés par la Bulgarie qui gardait des vues sur la région[55]. Dans la région de Florina, il représentait 60% de la population selon l'administration grecque qui pratique une politique d'assimilation forcée en hellénisant les patronymes et noms de lieux, et en rendant obligatoire l'emploi du grec[56]. En avril 1941, certains slavophones en profitent pour retirer leur enfant de l'école et détruire ce qui rappelle la Grèce; un ressentiment qui est exploité par les Allemands. En mai 1941, la Bulgarie fonde à Thessalonique un Club Bulgare, qui compte 70 000 à 80 000 membres, ainsi qu'une école bulgare. En 1943, les Allemands créent des milices slavophones collaboratrices[56].

Résistance

Article détaillé : Résistance grecque.

Dès le mois d'avril 1941, les Allemands constatent l'hostilité de la population grecque à leur égard. Le 27 avril, jour de la capture d'Athènes l'evzone Koukidis qui gardait l'Acropole s'enveloppe du drapeau grec et se jette dans le vide plutôt que se le rendre. Le 10 mai 1941, un convoi de prisonniers britanniques, escorté de soldats allemands traverse la place Syntagma dans Athènes. La foule présente applaudit le convoi. Les soldats allemands répondent aux acclamations, pensant qu'elles sont pour eux. Mais ils doivent se rendre à l'évidence que la population d'Athènes soutient ouvertement l'armée britannique lorsqu'ils reçoivent les rires de la foule. Dans le nuit du 30 au 31 mai, Manolis Glezos et Apostolis Sandas se glissent sur l'Acropole et hissent le drapeau grec à la place de la svastika[56].

A la fin 1941 ont lieu les premiers soulèvements armées en Grèce. Le Parti communiste de Grèce (KKE) crée en septembre le Front de libération nationale (EAM) qui se dote en février 1942 d'une branche militaire l'Armée populaire de libération nationale (ELAS). Les républicains vénizélistes fondent la Ligue grecque nationale républicaine (EDES). Les mouvements de résistance, aidés dans leurs sabotages par les agents britanniques en Grèce, engagent bientôt contre les occupants Italiens et Allemands une intense guérilla, et parviennent à reprendre le contrôle de plusieurs localités. Mais un conflit éclate vite entre les communistes et les non-communistes, que les Britanniques finissent par soutenir en priorité. Avant même la fin de l'occupation, les groupes de résistance commencent à s'affronter militairement.

Le sort des Juifs en Grèce

Recensement des Juifs à Thessalonique, en 1942.

Avec la délimitation des zones d'occupation, Thessalonique passe sous contrôle allemand, et la Thrace sous contrôle bulgare; des mesures antisémites sont rapidement prises, et le port de l'étoile jaune est imposé. En décembre 1942, le cimetière juif de Thessalonique est démoli pour obtenir du matériel de construction[57].

En mars 1943, les déportations de juifs commencent depuis les zones d'occupation allemandes et bulgares. En septembre, après le retrait italien, les Allemands investissent la zone précédemment occupé par leur ancien allié. Les communautés romaniotes, bien intégrées, bénéficient du soutien d'une partie de la communauté chrétienne orthodoxe. L'archevêque Damaskinos favorise la création de milliers de faux certificats de baptême. Le chef de la police d'Athènes procure plus de 20 000 faux papiers aux familles juives[58]. Le premier ministre Ioannis Rallis tente de rassurer les Juifs d'Athènes en déclarant que les Juifs de Thessalonique étaient coupables d'activités subversives et qu'eux-mêmes n'ont rien à craindre. Elias Barzilai, grand rabbin d'Athènes, détruit les registres de la communauté après que le Département des affaires juives les lui ait réclamés, et conseille à tous les Juifs d'Athènes de se mettre à l'abri. Lui-même est caché par des membres de l'EAM-ELAS. Environ 60 000 juifs périssent durant l'occupation, soit 81% de la communauté israélite grecque, dont 91% des juifs de Thessalonique et 50% de ceux d'Athènes. Le taux de mortalité dépasse 90% dans les zones bulgares[59].

Libération de la Grèce

A l'été 1944, la situation s'aggrave pour l'Axe sur le Front de l'Est et le Front du Sud. La guerre en Yougoslavie tourne mal, l'occupation en Albanie est également accompagnée d'une forte guerre de résistance, et l'Armée rouge s'approche de la frontière yougoslave. Début septembre, l'Union soviétique envahit la Bulgarie et la force à changer de camp. En Grèce même, les résistants affrontent les occupants de manière déterminée, malgré les opérations de répression menées par les Allemands et le gouvernement collaborateur grec.

S'il apparaît que les Allemands vont bientôt évacuer le pays, les Alliés souhaitent éviter une prise de pouvoir par les communistes grecs, et planifient un débarquement. Le 26 septembre, l'EDES et l'EAM-ELAS, ainsi que le gouvernement grec en exil, acceptent de placer leurs troupes sous le commandement du lieutenant-général britannique Ronald Scobie.

Le 16 octobre 1944, Gheórghios Papandréou prononce une allocution à bord du navire H.M.C.S. Prince David, avant de fouler à nouveau le sol grec.

Le 12 octobre, les Allemands évacuent Athènes. Deux jours plus tard, les troupes britanniques de Ronald Scobie débarquent dans la capitale. Le 17 octobre, les navires britanniques et grecs entrent dans la baie du port de Phaleron. Le lendemain, le gouvernement d'union nationale, formé en avril par le roi Georges II et dirigé par Gheórghios Papandréou, arrive dans la capitale[60]. Les troupes alliées investissent le pays alors que les occupants sont en pleine retraite : les derniers soldats allemands quittent la Grèce à la fin octobre.

Un pays divisé

Article détaillé : Guerre civile grecque.

La libération n'apaise pas les tensions politiques en Grèce : les communistes de l'EAM-ELAS ont constitué leur propre gouvernement et n'entendent pas accepter le retour du roi. Le gouvernement d'union nationale de Papandréou, soutenu par les Britanniques, ne parvient pas à calmer le jeu. Le 1er décembre, le gouvernement décrète la démobilisation des groupes de résistance armée. Quelques jours plus tard, l'EAM-ELAS passe à l'offensive contre l'EDES, les troupes gouvernementales, et les Britanniques; les communistes, finalement défaits par les Britanniques après plusieurs semaines de combats, ne cessent les hostilités qu'à la mi-janvier 1945. Un plébiscite pour décider du maintien ou non de la monarchie est annoncé, mais la situation demeure particulièrement tendue, la guerre civile grecque recommençant dès l'année suivante.

Notes

  1. M. Mazower, Dans la Grèce d'Hitler (1941-1944), p.18
  2. M. Mazower, Dans la Grèce d'Hitler (1941-1944), p.19
  3. M. Mazower, Dans la Grèce d'Hitler (1941-1944), p.20
  4. a , b  et c J. Dalègre, op. cit., p.30
  5. J. L. Hondros, Occupation and Resistance, The Greek Agony 1941-1944, p.55
  6. J. Dalègre, La Grèce depuis 1940, p.29
  7. a , b  et c J. L. Hondros, Op. cit., p.58
  8. The German campaign in the Balkans - Operation Marita
  9. J.Dalègre, op. cit., p.31
  10. Initialement, Korizis est déclaré mort d'une crise cardiaque, probablement pour éviter tout mouvement de panique de la part de la population
  11. J. Van der Kiste, Kings of the Hellenes, p.163
  12. J. Van der Kiste, op. cit., p.164
  13. a  et b M. Mazower, op. cit., p.19
  14. a  et b M. Dragoumis, The Greek economy, p.20
  15. a , b , c , d , e  et f J. Dalègre, op. cit., p.32
  16. M. Mazower, op. cit., p.24
  17. a , b  et c M. Mazower, op. cit., p.25
  18. a  et b M. Mazower, op. cit., p.26
  19. Cependant, ce sont souvent des entreprises avec lesquelles Italiens avaient des contrats d'exclusivité datant d'avant-guerre
  20. a , b , c , d  et e J. Dalègre, op. cit., p.33
  21. D'après Hondros, op. cit., p.66
  22. M. Mazower, op. cit, p.27
  23. M. Dragoumis, The Greek economy, p.21
  24. a , b  et c M. Dragoumis, op. cit., p.22
  25. M. Mazower, op. cit, p.41
  26. M. Mazower, op. cit, p.30
  27. Contre 14 566 pour l'année précédente. Mazower, p.39
  28. a , b , c  et d J. Dalègre, op. cit., p.34
  29. M. Mazower, op. cit, p.38
  30. M. Mazower, op. cit, p.39-41
  31. À partir de Hondros, op. cit., p.71
  32. a , b  et c M. Mazower, op. cit, p.47
  33. M. Mazower, op. cit, p.48
  34. M. Dragoumis, op. cit., p.23
  35. M. Mazower, op. cit, p.58
  36. a  et b J. Dalègre, op. cit., p.35
  37. M. Mazower, op. cit, p.59
  38. a  et b M. Mazower, op. cit., p.59-60
  39. M. Mazower, op. cit., p.65
  40. Cable for General Alexander. Please delay your arrival. We are being ruined. Signed : The black marketeers of Piraeus. in M. Dragoumis, op. cit., p.23
  41. For the black marketeers of Piraeus. Can't stop. Sell!. in M. Dragoumis, op. cit., p.23
  42. a  et b J. Dalègre, op. cit., p.46
  43. J. L. Hondros, Op. cit, p.78
  44. a , b  et c J. L. Hondros, Op. cit, p.79
  45. J. L. Hondros, Op. cit, p.80
  46. a , b  et c J. Dalègre, op. cit., p.49
  47. Les bataillons de sécurité sont initialement une idée du général Pangalos. républicain, anti-royaliste, et convaincu d'une victoire alliée, il avait prévu de créer ces bataillons autour de républicains anti-communistes en vue de restaurer une république au lendemain de la guerre. Voir Hondros, p.81
  48. a , b  et c J. L. Hondros, Op. cit, p.82
  49. Hondros, utilise également des guillemets, laissant penser que sont parfois désignées comme communistes des personnes à éliminer.
  50. J. Dalègre, op. cit., p.50
  51. a  et b J. L. Hondros, Op. cit, p.83
  52. J. L. Hondros, Op. cit, p.84
  53. a , b , c  et d M. Mazower, Op. cit., p.81
  54. M. Mazower, Op. cit., p.80
  55. a , b  et c J. Dalègre, op. cit., p.47
  56. a , b  et c J. Dalègre, op. cit., p.48
  57. Mark Mazower, Inside Hitler's Greece - The Experience of Occupation, 1941-44, Yale University Press, 2001, pp. 424-428
  58. Archbishop Damasknos
  59. History of the Jewish Communities of Greece, American Friends of the Jewish Museum of Greece
  60. Charles R. Shrader, The withered vine: logistics and the communist insurgency in Greece, 1945-1949, Greenwood Publishing Group, p. 36

Voir aussi

Bibliographie

  • (fr)Joëlle Dalègre, La Grèce depuis 1940, L'Harmattan, 2002
  • (en)Mark Dragoumis, The Greek Economy 1940-2004, Athens News, 2004
  • (en)John Louis Hondros, Occupation and Resistance, The Greek Agony 1941-1944
  • (en)Gail E. Makinen, The Greek hyperinflation and stabilization of 1943-1946 in The Journal of Economic History, vol. 46, no 3, septembre 1986
  • (fr)Mark Mazower, Dans la Grèce de Hitler, Les Belles Lettres, 2002
  • (en)John Van der Kiste, Kings of the Hellenes
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