Raimond Berenger IV de Provence

Raimond Berenger IV de Provence

Raimond Bérenger IV de Provence

Raimond Bérenger IV de Provence
Sa statue dans l'église Saint-Jean-de-Malte d'Aix-en-Provence
Sa statue dans l'église Saint-Jean-de-Malte d'Aix-en-Provence
Dynastie Maison de Barcelone et Provence
Naissance 1199
Décès 19 août 1245
Aix-en-Provence
Pays
Aragon Arms.svg
Provence
Titre comte de Provence
comte de Forcalquier
(1209 - 1243)
Prédécesseur Alphonse II
Successeur
Blason comte fr Anjou.svg
Charles Ier
Enfant de Alphonse II
et de
Garsende de Sabran
Conjoint Béatrix de Savoie
Enfants Marguerite de Provence (1221-1295)
Éléonore de Provence (1223-1291)
Sancie de Provence (1228-1261)
Béatrice de Provence (1231-1267)

Raimond Bérenger IV ou V[1], né vers 1199, mort le 19 août 1245 à Aix-en-Provence, est comte de Provence de 1209 à 1245 et comte de Forcalquier de 1222 à 1245. Dès l'âge de 4 ans, il se retrouve plongé au milieu des rivalités, des intrigues, des tensions et des conflits permanent pour prendre le pouvoir en Provence. Il va néanmoins réussir à régner et va même créer une ville nouvelle, Barcelonnette, au cœur des Alpes.

Sommaire

Sa famille

Raimond Bérenger IV de Provence est fils d'Alphonse II (1180-1209), comte de Provence (1196-1209), et de Garsende de Sabran, comtesse de Forcalquier (1180-1242).

Biographie

Sa jeunesse

Comté de Forcalquier et comté de Provence.

Alphonse II de Provence se trouve à Palerme, où il a accompagné Constance, sa sœur, qui va épouser Frédéric II du Saint-Empire, roi entre autres de Sicile. Il y meurt en février 1209, laissant un fils nommé Raymond Bérenger IV, qui a 4 ans. Garsende de Sabran, sa veuve, entre dans un monastère. Le roi Pierre II d'Aragon vient aussitôt en Provence, se déclare tuteur de son neveu et reçut en son nom le serment de fidélité des principaux feudataires. Après avoir pourvu à l'administration du comté de Provence et du comté de Forcalquier, il reprend le chemin de l'Espagne, amenant avec lui le jeune prince, placé sous la discipline de Guillaume de Montredon, grand maître des Templiers et de Raymond de Penafort, fameux théologien du XIIIe siècle[2].

Pendant l'absence du souverain, la Provence est déchirée. Guillaume de Sabran, parent de Guillaume VI, se proclame comte de Forcalquier et se met à la tête d'une troupe d'insurgés. D'un autre côté, Adélaïs, sœur du même Guillaume VI, et femme de Giraud Amic, aussi de la maison de Sabran lève l'étendard de la révolte, entre dans la capitale, se saisit du palais comtal et se proclame, à son tour, comtesse de Forcalquier.

La Bataille de Muret d'après une enluminure du XIVe siècle (Grandes Chroniques de France, BNF, Ms français 2813, fol. 252v.)

En même temps la guerre continue entre les Albigeois et les Catholiques. On s'égorge au nom du père commun des hommes ! Le Comtat Venaissin, domaine du comte de Toulouse, est au pouvoir des sectaires. Mais, l'infortuné Raymond VI de Toulouse est obligé de se soumettre à une pénitence ignominieuse. Cité au mois de juin 1211, par les légats du Souverain Pontife, devant un concile assemblé à Arles, il s'y rend accompagné du roi d'Aragon, mais il sort bientôt de cette ville, sans prendre congé des évêques, pour ne point se soumettre aux conditions intolérables qu'on voulait lui imposer. Les légats déclarent Raymond VI de Toulouse derechef excommunié, ennemi de l'Église, apostat de la foi[2]..

Vaincu en 1213, à la bataille de Muret, où il tente un dernier effort, Raymond VI de Toulouse perd tous ses états. Pierre II d'Aragon est tué à la bataille de Muret, Sanche, oncle de Pierre II, prend en charge la régence d'Aragon et laisse celle de Provence à son fils Nuno.

Simon IV de Montfort et l'armée des Croisés envahissent le Comtat Venaissin qui devient un affreux théâtre d'atrocités révoltantes[3].

A 17 ans, en 1216, Raimond Bérenger IV de Provence vient se montrer aux Provençaux.

Situation politico-religieuse à Marseille, Avignon, Arles, et Tarascon

En 1219, les Marseillais de la ville haute, indignés de leur vasselage et probablement favorisés par leurs voisins de la ville basse, organisent une association semblable à la Confrérie du Saint Esprit, puis s'insurgent contre l'évêque Pierre de Montlaur et décrètent le gouvernement républicain. Il forment un conseil de ville, élurent un podestat nommé Rican, des syndics et des juges.

Les communes provençales arborent l'étendard du pape ou celui du comte de Toulouse. La république de Marseille placée entre l'évêque, seigneur de la ville haute, et la riche abbaye de Saint-Victor de Marseille avec laquelle elle avait eu des différends, redoute l'influence théocratique de ces deux voisins dangereux. Aussi, elle se déclare contre les croisés et se range sous le drapeau toulousain qui lui parait le symbole de la liberté religieuse.

Mais, la république de Marseille ne dure pas longtemps. Ils se voient dans la dure nécessité de subir derechef le pouvoir absolu du prélat qui leur fait défense de récidiver. Quatre des principaux habitants au nom de la communauté soumise se reconnaissent ses vassaux et lui jurent foi et hommage.

Avignon, Arles, et Tarascon suivent son exemple. Au contraire, Guillaume des Baux, prince d'Orange épouse chaudement la cause des catholiques. La religion n'est pas la seule cause des discordes civiles et des calamités publiques.

Des dissensions éclatent au sein des Catalans de Provence, entre les partisans de Garsende de Forcalquier et ceux de Nuno, qui semblent vouloir évincer le jeune comte. La noblesse provençale en profite pour s'agiter. Elle prend finalement le parti de Garsende de Forcalquier, évince Nuno, place Raimond Bérenger IV de Provence sous la tutelle de sa mère et créent un conseil de régence

Les chemins du pouvoir

En l'état des affaires de Provence, Raymond Bérenger IV règle sa conduite sur les besoins de sa situation. Agissant moins par conviction que par politique, il entre dans les intérêts du Saint-Siège, pour se soutenir contre le comte de Toulouse, la maison de Sabran-Forcalquier, les républiques de Marseille, d'Arles, d'Avignon, de Nice et généralement contre tous ses ennemis unis par le besoin d'une défense commune.

De plus il trouve un appui solide dans l'alliance de Thomas Ier de Savoie, successeur des anciens comtes de Maurienne, lequel lui donne, sa fille Béatrix, en mariage. Béatrix de Savoie (1205- 1266) se marie le 5 juin 1219 avec Raimond Bérenger, comte de Provence et qui favorisa les poètes. Elle est aussi remarquable par sa beauté que par son esprit.

Raymond Bérenger s'occupe d'abord à terminer sa querelle avec la maison de Sabran et les parties soumettent leur cause à l'arbitrage de Bermorid, archevêque d'Aix, et de quelques seigneurs. Ces arbitres adjugent au comte de Provence la ville de Forcalquier, celle de Sisteron et tout le territoire compris entre elles.

Enfin vraiment comte !

Prise de Marmande par le prince Louis VIII de France en 1219[4].
Louis VIII à Avignon

En 1222, la position de Raimond Bérenger est solidement assurée, et Garsende de Forcalquier lui cède le comté de Forcalquier pour se retirer au monastère de Celles. Il réunit ces deux comtés séparés par les partages successoraux survenus après la disparition de la 1re dynastie provençale.

Raimond Bérenger IV de Provence parvient aussi à se débarrasser de son rival le comte de Toulouse, également marquis de Provence, dont la famille a toujours eu l'ambition d'annexer la Provence.

Raimond Bérenger IV de Provence n'hésite pas à se joindre à la croisade contre les Albigeois et soumet dans l'ordre les consulats d'Arles et de Marseille qui créaient des troubles dans le comté.

Louis VIII de France et Raymond Bérenger IV entrent dans la ville d'Avignon, le 12 septembre 1226. Le roi de France se rend ensuite en Languedoc et meurt à la fin de la même année. La prise d'Avignon ne profite guère au comte de Provence. Le cardinal, Saint-Ange, y commande en souverain et ce légat, étant allé à Paris saluer le nouveau roi Louis IX de France, lance contre les Avignonais un décret fulminant. Il fait abattre les tours et les murailles combler les fossés raser trois cents maisons. Il exige six mille marcs d'argent et la ville ordonne que les sommes par elle empruntées, pour payer cette contribution forcée seront privilégiées et préférées à toutes autres dettes. En outre, il exige qu'on lui remette toutes les machines de guerre et que l'on envoie au secours de la Terre Sainte trente chevaliers bien armés aux frais de la commune, lesquels devront y rester une année entière au service de Jésus-Christ.

La consolidation de son pouvoir

Honorius III lui permet de prendre le pouvoir et de le renforcer.

Fort de la protection du pape, Honorius III, tout puissant à cette époque, et de l'amitié de Louis IX de France Raymond Bérenger IV travaille à consolider son pouvoir, et à rattacher au comté de Provence toutes les parties qui en avaient été démembrées.

Il fixe sa résidence à Aix-en-Provence et depuis lors cette ville restera la capitale du comté.

Il reçoit le renouvellement de l'hommage du baron de Castellane, hommage fait à genoux, les mains jointes, en 1226.

Il acquiert ensuite le consulat de Tarascon et l'année suivante, en 1227, il acquiert aussi le consulat de Grasse.

L'attention du comte se fixe particulièrement sur les républiques de Marseille, d'Arles et de Nice, qu'il veut abattre ou tout au moins affaiblir en les attaquant séparément. Il cherche donc à les diviser.

D'abord, il fait avec Marseille un traité d'alliance. Cette ville en avait besoin parce qu'elle ne cessait d'être tracassée par les moines de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille et par les membres de la famille des Baux qui réclamaient, malgré la vente authentique, leurs portions de seigneurie vicomtale.

Mais, le traité d'alliance entre les Marseillais et Raymond Bérenger IV est bientôt rompu. Le comte de Provence, alors résolu à faire tomber ses coups sur Nice et sur Marseille recherche l'amitié de la république d'Arles, avec laquelle Marseille était en guerre par suite des prétentions des deux communes dans le partage de la seigneurie de Fos.

Le 2 octobre 1228, le Conseil des cent-vingt s'assemble à Arles et s'engage à défendre la personne et les possessions du comte de Provence. De son côté Raymond Bérenger s'oblige à défendre les magistrats les citoyens et les possessions de la république arlésienne.

La guerre avec Nice, puis Marseille

Vue du Vieux-Nice depuis le château

Après quoi le comte de Provence se prépare à marcher contre Nice. Un ministre habile, Romée de Villeneuve, lui fournit l'appui de son expérience, de ses talents et de sa valeur. A l' approche de l'orage, les consuls nissards resserrent leur union avec Grasse et Draguignan et demandent des secours à la république maritime de Pise.

L'armée Provençale franchit bientôt le Var et vient assiéger la ville. Pendant plusieurs mois la résistance est opiniâtre. Rostaing Badat fait preuve de constance et de courage, mais quelques hommes négocient secrètement avec Romée de Villeneuve et proposent de capituler[5]. Raimond Bérenger IV de Provence entre dans la ville en 1230, et décide de transformer le château en forteresse imposante[6].

La même année, Raymond Bérenger IV tourne toutes ses forces contre Marseille. Après diverses courses sur les terres de cette république, il se dispose à mettre le siège devant la ville. Les Marseillais appellent à leur secours Raymond VII de Toulouse et se placent sous sa protection. Ce prince avait été solennellement absous des anciennes excommunications, mais il n'est plus maître du Comtat Venaissin, dont les Croisés Catholiques se sont emparés. Il ne prend pas la ville et celle-ci reste divisée entre ses partisans et ceux de Raymond VII de Toulouse.

Tarascon, en 1231, se soulève contre Raimond Bérenger IV de Provence.

Des travaux utiles

Blason Barcelonnette.

Malgré toutes ces guerres, Raimond Bérenger IV de Provence est le créateur des armoiries provençales, ressemblant étonnamment à celles de la Catalogne. Il est à l'origine dans son royaume des bailes qui deviennent les représentants du pouvoir comtal.

Raimond Bérenger IV de Provence bâtit la ville de Barcelonnette, en 1231, en honneur de ses origines catalanes, dans les montagnes de la Haute Provence. Il accorde à la cité naissante les plus beaux privilèges.

Il agrandit aussi la ville des Martigues, dont il voulait faire une place de premier ordre et est à l'origine de l'église église Saint-Jean-de-Malte d'Aix-en-Provence, premier édifice gothique de Provence.

Hugues Béroard, archevêque d'Arles, fait tous ses efforts pour mettre un terme aux hostilités qui désolent la Provence. Il engage le comte de Toulouse à renoncer à ses alliances en deçà du Rhône et à ne fournir désormais aucun secours aux Marseillais ni aux Tarasconnais. Par les négociations de ce prélat, il y a une suspension d'armes au commencement de l'année 1232.

La médiation impériale

Frédéric II et son faucon.

Le comte de Toulouse ne tarde guère à sortir de son repos. À la fin du printemps 1232, il passe le Rhône, dévaste les campagnes et emporte la plupart des forteresses qui s'opposent à son passage.

Raymond Bérenger IV ému de ces désastres implore l'assistance de l'Église et de l'empereur.

Le comte de Toulouse, exhorté d'abord et ensuite sommé par les légats du pape de renoncer à son entreprise, est excommunié pour avoir désobéi.

En même temps, l'empereur Frédéric II du Saint-Empire envoie, en Provence, un nonce chargé de rétablir la paix :

Toutes les parties belligérantes acceptent la médiation impériale, à l'exception de Marseille qui est mise au ban de l'empire, comme rebelle. Elle obéit enfin et l'on signe une trêve qui donne quelque repos.

Le mariage de ses filles

Louis IX, mari de sa fille aînée.

Dans cet intervalle le comte Raymond Bérenger éprouve une satisfaction bien douce. En 1234, le roi Saint Louis lui députe Gauthier, archevêque de Sens, et Jean, seigneur de Nesles, pour demander en mariage Marguerite de Provence, sa fille aînée. Cette jeune princesse, aussi sage que belle, est l'idole des Provençaux. On raconte qu'elle donne une preuve de la sévérité de ses mœurs en exilant aux îles d'Hyères un poète qui avait osé lui dédier une pièce de galanterie.

Deux ans après Éléonore de Provence, seconde fille du comte de Provence fixe le choix du roi Henri III d'Angleterre et cette princesse lui ayant été accordée avec une dot semblable à celle de sa sœur part accompagnée d'un grand nombre de chevaliers.

Raymond Bérenger est un méditerranéen, il n'éprouve aucune sympathie pour les lois et les mœurs de la Gaule du Nord. Il veut pour gendre le comte de Toulouse, et faire casser son second mariage ce qu'il peut sans doute obtenir sans beaucoup de peine, car le pape Innocent IV accorde alors son amitié à Raymond VII de Toulouse et vient de lui restituer le Comtat Venaissin.

Raymond VII de Toulouse négocie son union avec Sancie de Provence, la troisième fille du comte de Provence, mais la princesse provençale promise au comte de Toulouse épouse en 1243 Richard de Cornouailles, le frère du roi d'Angleterre, qui deviendra plus tard roi des Romains. L'accord de cette union est fait à Montpellier, en présence de Jacques Ier d'Aragon.

A sa mort, sa quatrième fille Béatrice de Provence n'est pas mariée. Elle épousera en 1246 le frère de Saint Louis, Charles Ier de Sicile.

Les désordres et les guerres continuent

Blason d'Arles.

Pendant que Raimond Bérenger IV de Provence, prince très estimé, marie ses filles à de grands rois, la république d'Arles est alors en proie à de graves désordres. On a élu pour podestat, le seigneur de Trets, nommé Bourgoin. Des contestations s'élèvent entre des citoyens notables et l'archevêque Jean Baussan, d'une famille toute dévouée à Raymond Bérenger IV.

Le comte n'a pas espoir de soumettre Marseille et il doit se préparer à une nouvelle entreprise contre cette ville en entretenant des intelligences avec l'évêque [Benoît d'Alignano, docile instrument de sa politique, et de ses désirs. Benoit met tout en usage pour le service du comte, mais les Marseillais, toujours plus amoureux de leur indépendance et inaccessibles à toutes les séductions, repoussent toutes les offres, refusent toute concession et appellent dans leurs murs le comte de Toulouse, leur seigneur viager.

Alors Raymond Bérenger lance contre Marseille un manifeste violent et vient en 1237 assiéger cette ville avec une nombreuse armée. Les Marseillais se défendent vigoureusement et le comte doit lever le siège.

Frédéric II du Saint-Empire est mécontent de la politique. Par lettres patentes données à Crémone en décembre 1239, il déclare le comte de Provence ennemi public criminel, de lèse majesté, et le mit au ban de l'empire. Il prive ce prince de tous les fiefs qu'il possède sous la suzeraineté impériale et confisque tous ses états notamment le comté de Forcalquier et la ville de Sisteron, qu'il donne à Raymond VII de Toulouse.

Ce décret ne peut être exécuté que par la force des armes. Le comte de Toulouse avait suspendu la guerre depuis quelques années, mais la sentence impériale lui remet les armes à la main. Au mois de janvier 1240, il part de sa capitale, passe le Rhône à Avignon, s'empare du pont de Bompas, sur la Durance, y laisse une garnison, entre dans le comté de Provence et repousse vivement Raymond Bérenger.

Ce prince a recours aux Français qui s'étaient établis aux environs du Rhône depuis le siège d'Avignon fait par Louis VIII de France, en 1226, et les Français volent au secours du beau-père de leur roi.

Mais le comte de Toulouse les surprend dans une embuscade et les défait entièrement. Il soumet ensuite plusieurs places pénètre dans la Camargue, s'empare du château de Trinquetaille et se prépare à attaquer la ville d'Arles avec l'assistance des Marseillais qui lui avaient fourni des vaisseaux des munitions des armes et des machines de guerre.

A la fin de sa vie, il réussit à signer un accord avec les Marseillais.

Sa mort

Le comte de Provence qui se complait dans la pensée d'opérer l'union du Languedoc à ses états meurt au milieu de ses projets, le 19 août 1245, âgé de quarante cinq ans, et est enseveli à Aix-en-Provence, auprès du tombeau de son père, dans l'église Saint-Jean-de-Malte d'Aix-en-Provence.

Raymond Bérenger IV est le dernier membre de la famille des comtes de Catalogne à avoir régné en Provence. Ses sujets paieront à sa mémoire un tribut de regrets et il mérite bien cet hommage, lui prince juste et bon administrateur, habile chevalier, brillant de valeur, homme plus éclairé qu'aucun autre homme de son temps.

La fortune mit à l'épreuve son caractère et ses jours coulèrent agités par d'honorables soucis. Sans cesse en mouvement et en travail il n'eut rien de commun avec ces rois vulgaires qui ne s'assirent sur le trône que pour en user les coussins. Notre comte comprenant les devoirs de sa naissance et s'élevant à sa mission surmonta beaucoup d'obstacles triompha de beaucoup d'ennemis conduisit à bon terme la plupart de ses entreprises rétablit les finances épuisées encouragea toutes les choses utiles aima les arts et les lettres, à l'égal des affaires. Il se précipita dans la guerre contre les Albigeois, pour affaiblir la maison de Toulouse et la mettre désormais hors d'état de nuire à la sienne. Grâce pour lui indulgence pour des faiblesses humaines que rachetèrent de belles qualités, car ses fautes furent celles de son siècle mais ses vertus n'appartinrent qu'à lui-même vertus rares et de bon aloi. La renommée, qui distribue le blâme et la louange, a publié la gloire de ce prince chéri. D'âge en âge, le peuple l'a placé parmi les bons rois. Il l'a proclamé grand avec cette voix solennelle qui imposant silence aux flatteries trompeuses sait faire bonne justice sur la tombe des puissans du monde[7].

Son héritage

Raimond Bérenger IV de Provence laisse par testament, ses domaines à sa quatrième fille, Béatrice, la seule qui n'est pas encore mariée. Ce prince craignant que sa succession n'amène des troubles et voulant éviter le partage de ses états fait à Sisteron son testament, par lequel il institue sa fille Béatrix héritière de ses comtés de Provence et de Forcalquier, sous la condition que si elle meurt sans enfans, Jacques Ier d'Aragon, son cousin lui succède. Il lègue à la reine de France et à la reine d'Angleterre, ses deux filles aînées, cent marcs d'argent et cinq mille à la duchesse de Cornouailles, sa troisième fille

Il en destine aussi deux mille à des œuvres de piété, pourvoit à l'établissement du douaire de sa future veuve ainsi qu'au paiement de ses dettes et à la réparation des injustices qu'il pouvait avoir commises. Il assigne, pour la sûreté de ces legs, les revenus de la ville de Nice, du village de Château-Renard et de la terre d'Albaron, dans la Camargue. Enfin, il nomme pour exécuteurs testamentaires l'archevêque d'Aix-en-Provence, l'évêque de Riez, celui de Fréjus, Guillaume de Cotignac et son premier ministre Romée de Villeneuve, à qui il avait donné la baronnie de Vence.

La cour de France, ne dissimulant pas ses vues sur la Provence, prépare le mariage de Béatrix, avec Charles d'Anjou, frère de Louis IX de France.

Union et descendance

Un autre de ses gendres : Henri III d'Angleterre.

Le 5 juin 1219, Raimond Bérenger IV de Provence se marie avec Béatrice de Savoie (1198-1266), fille de Thomas Ier (1177-1233), comte de Savoie (1189-1233), et de Béatrice Marguerite de Genève (1180-1257). De cette union sont issues quatre filles :

  • Béatrice de Provence (1231-1267), comtesse de Provence (1245-1267) et comtesse de Forcalquier, x 1246 : Charles Ier d'Anjou (1227-1285), comte d'Anjou et du Maine (1246-1285), roi de Sicile (incluant Naples) (1266-1282), puis roi de Naples (1282-1285) – comte de Provence et de Forcalquier (1246-1267) par mariage, mais qui continuera à porter les titres jusqu'à sa mort.

Par ces alliances entre les filles de Raimond Bérenger IV, les rois de France Louis IX et et de Sicile Charles Ier, qui étaient déjà frères, deviennent beaux-frères l'un de l'autre, outre la parenté d'alliance du même degré avec le roi d'Angleterre Henri III et le futur roi des Romains Richard de Cornouailles, frère d'Henri III, ces deux derniers devenant aussi beaux-frères l'un de l'autre.

Inversement Marguerite et Béatrice deviennent belles-sœurs, tandis que la même parenté d'alliance se crée entre Éléonore et Sancie.

Schéma du réseau d'alliances des quatre filles
de Raimond Bérenger IV de Provence
Raimond Bérenger IV de Provence (v. 1198-1245)
x 1220
Béatrice de Savoie († 1266)
sœurs et belles-sœurs sœurs et belles-sœurs

Marguerite
de Provence

(1221-1295)

x 1234

Louis IX
de France

(1214-1270)

Béatrice
de Provence

(1234-1267)

x 1246

Charles Ier
de Sicile

(1227-1285)

Éléonore
de Provence

(1223-1291)

x 1236

Henri III
d'Angleterre

(1207-1272)

Sancie
de Provence

(† 1261)

x 1243

Richard Ier
du Saint-Empire

(1209-1272)

frères et beaux-frères frères et beaux-frères
Louis VIII de France (1187-1226)
x 1200
Blanche de Castille (1188-1252)
Jean Ier d'Angleterre (1166-1216)
x 1200
Isabelle d'Angoulême (1186-1246)
Précédé par Raimond Bérenger IV de Provence Suivi par
Alphonse II
Aragon Arms.svg
comte de Provence
et de Forcalquier
1209-1245
Béatrice
Charles Ier

Notes et références de l'article

  1. Lors de la minorité d'un précédent comte, la régence avait été exercée par son oncle Raimond-Bérenger IV de Barcelone, qui est parfois comptabilisé parmi les comtes de Provence. Il s'ensuit que le comte Raimond-Bérenger IV de Provence est parfois numéroté Raimond-Bérenger V de Provence.
  2. a  et b Histoire de Provence, par Augustin Fabre, p. 56 et 57.
  3. Petrus Vallis, Histoire des Albigeois ; Catel, Histoire des Comtes de Toulouse, livre II ; Fleury, Histoire Ecclésiastique, t.XVI . Dom Claude Devic, dom Joseph Vaissète, Histoire générale de Languedoc, t.III.
  4. Guilhem de Tudèle, Chanson de la croisade des Albigeois, début XIIIe siècle
  5. Histoire de Nice depuis sa fondation jusqu'à l'année 1792, avec un apercu ... Par Louis Durante, p.174.
  6. Durante t.I liv.II ch. V.
  7. Histoire de Provence, par Augustin Fabre, p.123 et 124.

Articles connexes

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