Antinucléaire

Mouvement antinucléaire

Autocollant contre l'énergie nucléaire

Le mouvement antinucléaire désigne l'ensemble des personnes et organisations (associations, syndicats, partis politiques) qui s'opposent de façon générale à l'utilisation de l'énergie nucléaire. Cette opposition peut s'étendre de la bombe atomique aux armes utilisant l’uranium appauvri, jusqu'à la production d’électricité d’origine nucléaire, l’irradiation des aliments et l’utilisation de la radioactivité.

Les opposants au nucléaire soutiennent qu'il existe des solutions alternatives, telles que la non-violence, les économies d'énergie ou les énergies renouvelables et que l'uranium est, de même que les énergies fossiles, une source d'énergie dont l'épuisement est attendu dans plusieurs décennies [1].

Il existe aussi une opposition spécifique à l'arme nucléaire, que l'on peut qualifier de « mouvement antinucléaire militaire ». Les opposants au nucléaire soutiennent notamment qu'il existe des liens étroits entre le nucléaire civil et militaire, et que le nucléaire civil a une responsabilité lourde dans la prolifération nucléaire[2].

Sommaire

Origine du mouvement antinucléaire

La technologie nucléaire est accusée par le mouvement antinucléaire d'être une « technologie à risque » pouvant mettre en danger les populations, en raison des problèmes de sécurité qu'elle implique (conséquences dramatiques quasi-irrémédiables en cas d'accident grave, y compris pour la descendance des victimes, absence de solution pérenne pour la gestion des déchets à vie longue…).

Des centaines de groupes régionaux, nationaux ou internationaux (Greenpeace, le WWF, les Amis de la Terre (Friends of the earth), la Clamshell Alliance (Nouvelle-Angleterre), l' Abalone Alliance (Californie), Stop golfech (Tarn-et-Garonne),, ...) s'opposent au développement de l'énergie nucléaire, en soutenant qu'elle engendre de la pollution radioactive, des risques de prolifération nucléaire, des coûts économiques cachés et une grande vulnérabilité face au terrorisme. Certains groupes vont jusqu'à organiser des actions de désobéissance civile non-violente, telle l'inscription de slogans sur des tours de refroidissement de la centrale nucléaire de Belleville ou l'inspection citoyenne du Centre d’Essais des Landes à Biscarosse[3] en 2006. Les propositions d'alternatives technologiques décentralisées comme les économies d'énergie, les énergies renouvelables, ou sociales comme la non-violence et la démocratie participative, de l'effort de développement nécessaire sur les énergies renouvelables, devenant la référence dans ces mouvements.

Certains prétendaient observer un fort lien entre les opposants à l'énergie nucléaire et ceux qui demandaient un désarmement unilatéral pendant la Guerre froide. D'autres lient le mouvement antinucléaire à des courants du mouvement environnementaliste qui prônent le respect de l'environnement et la responsabilité de léguer aux générations futures une terre sans déchets radioactifs.

Histoire

Après la seconde guerre mondiale

Le mouvement antinucléaire est né après la Seconde Guerre mondiale, en réponse aux bombardements atomiques sur le Japon. Le mouvement antinucléaire est alors un mouvement pacifiste, pour lequel les considérations écologiques sont absentes ou secondaires.

Symbole de la Campagne pour le Désarmement Nucléaire[4], dit « Symbole de la paix »

Le 18 mars 1950, l'Appel de Stockholm de Frédéric Joliot-Curie vise à interdire la bombe nucléaire dans le monde. Aux États-Unis, des personnalités telles que Barry Commoner ou Linus Pauling s'opposent aux essais nucléaires vers la fin des années 1950.

En 1956, le philosophe allemand Günther Anders publie un texte intitulé « Sur la bombe et les causes de notre aveuglement face à l'apocalypse ».

En 1958, sous l'impulsion de Bertrand Russell la Campagne pour le Désarmement Nucléaire[4] en Grande Bretagne lance la première marche d'opposition aux armes nucléaires, de Londres à Aldermaston, lieu où une usine de fabrication de missiles nucléaires avait été installée. Le logo imaginé pour ce mouvement par le designer Gerald Holtom restera comme un symbole de Paix universel (associé plus tard au mouvement hippie ou Peace and Love).

En 1963 est créé le Mouvement Contre l'Arme Atomique (MCAA) par Claude Bourdet et Jean Rostand. La même année, le Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires propose l'arrêt des essais atomiques atmosphériques au sol et dans les eaux, il est signé par plus de 150 nations à l'exception de la Chine et de la France. En 1964 a lieu la conférence internationale de Thyringen en Suède réunissant des organisations opposées à l'armement nucléaire se revendiquant du non-alignement. Le 26 avril 1964 est organisé un rassemblement de 120 000 personnes à l'appel du Comité National Contre la Force de Frappe (CNFF) dans le Parc des Seaux à Paris. Le 1er juillet 1968 est signé le Traité de non-prolifération nucléaire.

Les années 1970

Manifestation antinucléaire à Bonn en 1979

Dans les années 1970, l'apparition de sensibilités environnementalistes ouvre le débat sur les conséquences de l'utilisation des technologies complexes, dont l'énergie nucléaire notamment parce qu'elle est alors dans une phase de développement et donc pas encore bien établie, mais également parce qu'elle est intimement liée aux technologies et concepts de l'arme nucléaire, rapport qui a été codifié lors de la signature du traité de non-prolifération nucléaire.

  • 12 avril 1971 : Première manifestation contre le nucléaire civil en France, 1,500 personnes participent à la marche sur Fessenheim.
  • 10 et 11 juillet 1971 : Marche pacifique face à la centrale nucléaire du Bugey réunissant 15 000 personnes.
  • 1975 : Occupation du chantier de la centrale nucléaire de Wyhl (Allemagne) par 25 000 militants pendant 8 mois. De Kaisergaust (Suisse) à Gerstheim (Bas-Rhin), 12 projets de réacteurs sur le Rhin sont abandonnés.
  • 4 juillet 1976 : 20 000 opposants venus manifester pacifiquement contre Superphénix organisent un sit-in dans le calme. [5]
  • 1977 : lors d'une manifestation de 60 000 personnes mort de Vital Michalon lors de la manifestation contre Superphénix à Creys-Malville en France
  • 1979 : Accident nucléaire de Three Mile Island aux États-Unis
  • 1979 : Vote par référendum de l’arrêt du nucléaire en Suède

Les années 1980

Manifestation contre la construction de Cattenom en 1980

Dans les années 1980, l'opposition à l'énergie nucléaire s'exprime sur des bases environnementales : pollution de l'eau des fleuves et rivières, accidents de réacteur nucléaire connus ou potentiels, fuites de produits radioactifs pendant des livraisons, stockage ou traitement des déchets radioactifs à long terme.

Les années 1990

  • 1990 : Vote par référendum d'un moratoire sur la construction de nouvelles centrales nucléaires en Suisse (moratoire non renouvelé au cours d'un second référendum en 2003, qui demandait également l'abandon de l'énergie nucléaire)
  • 1994 : Décision du parlement de l'arrêt du nucléaire aux Pays-Bas
  • juillet 1999 : Vote de l'arrêt du nucléaire en Belgique

XXIe siècle

  • 2000 : Décision de l'arrêt du nucléaire en Allemagne
  • 2003 : En Suisse, suite à référendum, non-renouvellement du moratoire sur la construction de nouvelles centrales et refus d'un abandon de l'énergie nucléaire.
  • La Libye abandonne officiellement son programme nucléaire, comme résultat de neuf mois de tractations secrètes entre la Libye, les États-Unis et la Grande-Bretagne.
  • 2006 : Manifestation à Cherbourg contre le projet de réacteur EPR à Flamanville, rassemblant près de 30 000 personnes selon les organisateurs, 12 500 selon la police et plus de 20 000 selon les renseignements généraux locaux.[6]
  • 2007 : Manifestations à Rennes, Lille, Toulouse, Lyon et Strasbourg contre la construction du réacteur nucléaire EPR à Flamanville. 62 000 manifestants à travers toute la France selon les organisateurs.[7]
  • Annonce de la Bolivie de son renoncement à tout arsenal de guerre, incluant implicitement tout arsenal nucléaire. Cette annonce devrait être suivie d'une inscription dans sa constitution.

Aspects culturels

Le mouvement antinucléaire a été popularisé par des artistes américains : Bonnie Raitt et Jackson Browne ont enregistré des chansons sur l'énergie nucléaire et ses alternatives, et beaucoup d'entre eux se faisaient arrêter dans des manifestations. De nombreux autres films étaient tournés sur le sujet, comme Le Syndrome chinois (nominé aux Academy Awards de 1979) et Le Mystère Silkwood, qui illustrent les effets de fusion du cœur et de contamination radioactive.

En France, de nombreux artistes (tels que Marcel et son orchestre, Kent, les Wampas, ...) se sont produits dans des concerts en faveur de la sortie du nucléaire.

Le mouvement antinucléaire dans le monde

Jeûne international contre les essais nucléaires, Grenoble, 1990

En Europe

En 1957 EU rapport en:WASH-740 appelé parfois rapport Brookhaven (du Brookhaven national laboratory) qui fait une analyse des risques (probabilité ) et impact d'accidents nucléaires. Un groupe de scientifiques (dont des physiciens) forment l‘Union Mondiale pour la Protection de la Vie en 1958 dans Salzburg (Autriche) et ils sont à l'avant garde des campagnes contre les centrales d'énergie nucléaire.

En Autriche, en Suède (1979), en Belgique (1999) et en Allemagne (2000), sous l'influence des mouvements antinucléaires, les gouvernements ont décidé d'abandonner la filière électro-nucléaire progressivement et de ne pas construire de nouvelles centrales nucléaires.

En Allemagne

Dès l'année 1979 a été une occupation du chantier de la centrale nucléaire de Wyhl par 25.000 personnes pendant 8 mois.

Barrage contre un transport de matières radioactives à Gorleben en 1996

En Allemagne, les transports de matières radioactives sont devenus l'un des principaux sujets de mobilisations du mouvement antinucléaire. En particulier, les transports de déchets entre l'usine Areva NC de la Hague et le centre de stockage temporaire (Transportbehälterlager) de Gorleben sont entourés de manifestations fortement médiatisées et d'un important dispositif policier.

En France

En France, pays disposant du plus grand nombre de réacteurs nucléaires par habitant au monde (58 réacteurs pour 65 millions d'habitants), les antinucléaires dénoncent le risque d'accident nucléaire, estiment qu'il n'y a pas de solution acceptable pour les déchets radioactifs et que le coût réel du démantèlement des installations nucléaires est sous-estimé. Ils remarquent aussi que la France a investi d'importantes ressources durant des décennies dans le nucléaire civil et militaire, sans consultation de la population, et qu'elle accuse maintenant un retard important dans le développement des énergies renouvelables vis-a-vis de ses voisins.

Ils estiment que l'État est coupable de désinformation concernant le passage du « nuage » de la catastrophe de Tchernobyl sur la France.

Le 31 juillet 1977, une manifestation à Creys-Malville rassemble plus de 50 000 manifestants devant le surgénérateur Superphénix. Elle se solde par la mort d'un manifestant, Vital Michalon, 31 ans, et de nombreux blessés.

En 1978, afin de réduire le déficit électrique de la Bretagne, le gouvernement français envisage d'implanter une centrale nucléaire sur la commune de Plogoff. Le projet est rejeté par de nombreux habitants de la région, rejoints par des opposants français et étrangers à l'énergie nucléaire. Le conflit se terminera par l'abandon du projet.

Article détaillé : Affaire de Plogoff.

En 1999 et 2000, de multiples manifestations ont empêché la recherche d'un site destiné à accueillir un laboratoire de caractérisation du granite comme roche hôte pour le stockage de déchets radioactifs HAVL et MALV. La « Mission de concertation granite », composée de trois haut-fonctionnaires, n'a pu organiser les concertations prévues. Dans son rapport[8], la « Mission de concertation granite » écrit : « L’association Sortir du nucléaire s’est montrée particulièrement active en divulguant la carte des sites, épisode présenté comme une fuite, en assurant partout la résistance à la concertation, et en favorisant par l’intermédiaire de ses membres l’organisation de manifestations locales ». En l'absence de site granite, le seul laboratoire souterrain est le Laboratoire de recherche souterrain de Meuse/Haute-Marne implanté à Bure et qui caractérise une roche hôte argileuse.

Le 7 novembre 2004, à Avricourt (Moselle), un militant CNT[9] de 21 ans, Sébastien Briat, meurt accidentellement alors qu'il participait à une manifestation contre un convoi ferroviaire de déchets nucléaires. Sa mort en a eu un grand retentissement au sein du mouvement antinucléaire et l'incident est relaté dans la presse internationale[10].

Le réseau sortir du nucléaire qui coordonne ce type de manifestations en France dénonce notamment la facilité avec laquelle des terroristes pourraient se procurer l'itinéraire de ces transports[11].

En 2006, à l'occasion du 20e anniversaire de l’accident de Tchernobyl, des inconnus inscrivent des graffitis devant l’entrée de l'EPFL pour protester contre les expériences de fusion nucléaire qui s’y déroulent[12]

En marge du mouvement antinucléaire en Europe

Le mouvement antinucléaire a été marqué par des événements violents :

  • En novembre 1979, Marco Camenisch sabote des pylônes électriques à l'explosif, pour être « solidaire de la résistance contre les centrales nucléaires, de la résistance sociale et écologiste et de la lutte révolutionnaire de libération sociale contre la domination de classe et contre l'exploitation de l'homme et de la nature »[13].
  • Dans la nuit du 18 janvier 1982, cinq roquettes sont tirées contre le chantier de la centrale nucléaire de Superphénix, sans que les auteurs de l'attentat soient identifiés. En 2002, Chaïm Nissim, ancien député écologiste de Genève, affirme être l'auteur de l'attentat et s'être procuré le lance-roquettes auprès du groupe du terroriste Carlos. [14].
  • En 1985, le sabotage du Rainbow Warrior commandité par le Ministère de la Défense français a entraîné la mort d'un militant de l'association Greenpeace, tué lors de l'explosion des mines placées sous le bateau. Ce sabotage visait à empêcher Greenpeace de continuer à pénétrer dans la zone militaire française autour des sites où étaient expérimentées les explosions nucléaires[15].

Critiques du mouvement antinucléaire

Les tenants de l'énergie nucléaire estiment que les antinucléaires donnent une priorité importante à la sortie du nucléaire civil par rapport à d'autres problèmes écologiques (cf arrivée au pouvoir des Verts au gouvernement en Allemagne en 2001).

Selon Jean-Marc Jancovici, les ONG environnementales qui acceptent les conclusions du GIEC sans les discuter sont toutes à peu près unanimes pour réfuter celles de l'OMS sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl[16]. Les conclusions de l'OMS seraient, selon certaines interprétations [17] de l'accord entre l'OMS et L'AIEA de 1959[18], « assujettie » à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Organisations antinucléaires internationales

Voir aussi

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Bibliographie

  • Golfech, le nucléaire, implantations et résistances, Collectif la Rotonde, édition CRAS, 1999, (ISBN 2-9509192-0-0)
  • Histoire lacunaire de l'opposition à l'énergie nucléaire en France, éditions La Lenteur, 2007, 224 pages (ISBN 978-2-9527780-1-5) – textes choisis et présentés par l'Association contre le nucléaire et son monde

Articles connexes

Lien externe

Article de wikilivres sur Sébastien Briat

Actions directes contre le nucléaire 1973-1996 Brochures éditée par Black-star (s)éditions

Notes et références

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