Antigonos Monophtalmos

Antigone le Borgne

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Pièce à l'effigie d'Antigone. L'inscription rapporte ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΑΝΤΙΓΟΝΟΥ / BASILEÔS ANTIGONOU, « Roi Antigone »

Antigone le Borgne ou Antigonos Monophtalmos[1] (en grec ancien Ἀντίγονος Μονόφθαλμος), né en 384 av. J.-C., mort à la bataille d'Ipsos en 301, est un général macédonien. Il joue un rôle crucial dans les guerres des diadoques après la mort d'Alexandre le Grand. Il se proclame roi d'Asie en 306 et fonde la dynastie des Antigonides qui règne plus tard en Macédoine.

Sommaire

Biographie

Diadoque

Les origines d'Antigone ne sont pas clairement établies mais elles seraient aristocratiques[2]. Officier dans l'armée macédonienne depuis le règne de Philippe II, il commande au départ de l'expédition d'Alexandre le corps des alliés grecs de la ligue de Corinthe. Il reçoit en 333 av. J.-C., suite à la victoire du Granique et à la conquête qui en suit, la satrapie de Grande-Phrygie avec pour mission de pacifier la région. Pendant l'hiver 333332, il est chargé de réduire en Cappadoce et en Paphlagonie les troupes perses rescapées de la bataille d'Issos. En 323 lors du partage de l'empire à Babylone, où il n'est pas présent, il obtient, en plus de la Grande-Phrygie, la Lycie et la Pamphylie, ce qui lui offre une vaste façade maritime. Mais peu satisfait de cette répartition, il entre dans la coalition qui réunit Antipater, Ptolémée et Cratère contre Perdiccas.

Dès 323, il encourt l'hostilité de Perdiccas en refusant d'aider Eumène de Cardia à entrer en possession de la satrapie de Cappadoce qui lui a été attribuée. Il s'enfuit avec son fils, le futur Démétrios Poliorcète, auprès d'Antipater, régent de Macédoine. Au printemps 321, il débarque en Asie Mineure afin de mener avec Cratère la guerre contre Eumène, allié de Perdiccas. La mort de Perdiccas en 321 lors de la campagne d'Égypte entraîne un nouveau partage de l'empire. Lors du conseil de Triparadisos en Syrie, Cratère ayant également été tué, Antigone se voit confier le commandement de la guerre contre Eumène qui doit se réfugier dans la forteresse de Nora en Cappadoce, où une armée qui marche pour lui venir en aide est défaite par Antigone.

En 319, la mort d'Antipater modifie la donne. Polyperchon lui succède comme régent de Macédoine, au détriment de son propre fils Cassandre. Antigone s'institue comme le maître de toute l'Asie Mineure et, de concert avec Cassandre et Ptolémée, il refuse de reconnaître l'autorité de Polyperchon. Il entame des négociations avec Eumène ; mais celui-ci reste fidèle à la cause de l'unité impériale et reçoit de Polyperchon le commandement de l'armée royale. Parvenant à quitter Nora, Eumène lève une armée et forme une coalition avec les satrapes des provinces orientales. Antigone livre contre lui deux grandes batailles aux confins de la Perse et de la Médie, d'abord en Paraitacène (317) où il remporte une victoire à la Pyrrhus, puis en Gabiène (316) où il parvient à le vaincre, profitant des dissensions entre Eumène et ses généraux. Suite à la trahison des Argyraspides dont le train de bagages (familles y comprises) a été saisi à l'issue de la bataille, Antigone capture Eumène et le fait mettre à mort.

Antigone réclame de nouveau l'autorité sur la plus grande partie de l'Asie ; il saisit les trésors de Suse et entre dans Babylone, dont Séleucos est le satrape. En 315, Séleucos se réfugie en Égypte et forme une alliance avec Ptolémée, Lysimaque et Cassandre contre Antigone. Les coalisés adressent à Antigone un ultimatum lui enjoignant de remettre en place les satrapes qu’il a évincé et de partager le trésor pris à Eumène[3]. Antigone envahit alors la Syrie, qui dépend de Ptolémée, et assiège Tyr pendant plus d'une année. Afin d'affaiblir la position de Cassandre en Grèce et de Lysimaque en Thrace et dans l'Hellespont, Antigone annonce sa volonté de rendre leur autonomie aux cités grecques dans la proclamation de Tyr en 315. Mais Démétrios est défait à la bataille de Gaza par Ptolémée en 312 et perd la Babylonie au profit de Séleucos.

Roi d’Asie

Alors que la guerre connaît des fortunes diverses depuis 315 av. J.-C., une paix est conclue en 311 ; elle laisse à Antigone le gouvernement de l'Asie Mineure et de la Syrie alors que la liberté des cités grecques est proclamée sous son impulsion. Alors qu’Antigone est obligé de négocier la fin de la guerre, il se fait passer pour le garant de la paix ; il bénéficie donc d’une grande reconnaissance de la part des cités grecques qui voit en lui un bienfaiteur[4]. L'attitude d'Antigone préfigure les rapports entre les souverains hellénistiques et les cités.

Mais cette trêve entre les diadoques est rapidement rompue. Ptolémée affiche ses ambitions en mer Égée, alors sous la domination d'Antigone, et en Grèce continentale, bien qu'il renonce à prendre la Macédoine à Cassandre avec qui il s'allie. Entre 310 et 309, Ptolémée mène une campagne victorieuse contre des cités côtières d'Asie Mineure et dans plusieurs îles de la mer Égée ; tandis qu'en représailles Démétrios attaque les possessions grecques de Cassandre qui est vaincu aux Thermopyles. Démétrios entre dans Athènes en 307, où il rétablit la démocratie, et annonce sa volonté de rendre leur liberté aux cités grecques conformément à la politique entamée par son père depuis la proclamation de Tyr (315). La puissance nouvelle d'Antigone apparaît comme une menace pour Ptolémée qui arme une flotte en vue d'attaquer la Syrie. Démétrios est alors rappelé de Grèce et fait route vers Chypre où la flotte de Ptolémée est détruite en -306 au large de Salamine de Chypre. Ptolémée abandonne pour un temps la maîtrise des mers à son adversaire.

Suite à cette victoire navale, Antigone prend le titre de roi d'Asie en 305 et accorde à son fils la même dignité, se posant ainsi comme l'héritier d'Alexandre. Dans ce même souci de suivre le modèle du Conquérant, il fonde sur le fleuve Oronte la cité d'Antigonie et la fait peupler de colons gréco-macédoniens.

Antigone met aussitôt sur pied une armée et une flotte considérable, dont il confie le commandement à Démétrios, et s'empresse d'attaquer Ptolémée dans ses propres possessions. L'invasion de l'Égypte est cependant un échec ; il ne parvient pas à forcer les défenses de Ptolémée et doit se retirer. En 305, Démétrios essaye de réduire Rhodes qui a refusé d'aider Antigone contre Ptolémée. Le siège de Rhodes, qui a tant frappé les contemporains, dure une année et s'achève en 304 quand, après une résistance obstinée des assiégés, Démétrios, qui y a malgré tout gagné son surnom de Poliorcète (« preneur de ville »), est obligé de conclure un traité de paix dans les meilleures conditions qu'il peut obtenir.

Les satrapes les plus puissants (Ptolémée, Séleucos, Cassandre et Lysimaque) répondent à la prise du titre royal par Antigone en se proclamant rois eux aussi. Antigone se retrouve bientôt en guerre contre tous les autres diadoques, d'autant que son territoire a des frontières communes avec chacun d'eux. Il exige de Cassandre la soumission sans conditions de la Macédoine tandis qu'il reconstitue à son profit la ligue de Corinthe en 302. Ptolémée, Séleucos, Cassandre et Lysimaque décident de joindre leurs forces et passent à l'offensive. Antigone est obligé de rappeler de Grèce Démétrios, bien qu'il y ait encore remporté succès sur succès. L'armée antigonide est vaincue par les forces coalisées de Séleucos et de Lysimaque à la bataille d'Ipsos en 301. Antigone y trouve la mort, frappé par un javelot, dans sa quatre-vingt-unième année.

Le royaume d'Antigone est partagé ; la plus grande partie tombe entre les mains de Lysimaque (une grande partie de l'Asie Mineure jusqu'aux monts Taurus) et de Séleucos (Syrie, territoires orientaux de l'Asie Mineure). Ptolémée établit sa domination sur la Cœlé-Syrie, tandis que Cassandre maintient pour un temps sa présence en Macédoine et en Grèce. En 294, Démétrios s'empare de la Macédoine après la mort de Cassandre, pour la reperdre plus tard au profit de Pyrrhus et de Lysimaque. C'est le fils de Démétrios, Antigone Gonatas, qui établit la dynastie antigonide sur le trône de Macédoine. Nombre d'historiens font d'Antigone le fondateur de l'État hellénistique.

Notes

  1. Il a en effet perdu un œil au combat à une date indéterminée, peut-être sous le règne de Philippe II.
  2. Élien, Histoires variées, 12, 43, qui s'inspire de Douris de Samos, prétend cependant qu'Antigone aurait des origines humbles.
  3. Eumène en a en effet reçu de Polyperchon la jouissance des trésors royaux.
  4. Voir dans ce sens le décret pris par la cité de Scepsis en 311.

Sources

Bibliographie

  • Olivier Battistini et Pascal Charvet (sous la direction de), Alexandre le Grand, Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, « Bouquins », 2004.
  • (en) R.A Billows, Antigonos the One-Eyed and the creation of Hellenistic State, University of California Press, 1990 ;
  • Pierre Briant, Antigone le Borgne. Les débuts de sa carrière et les problèmes de l'assemblée macédonienne, Belles Lettres, 1989 (2e édition) (ISBN 2-251-60152-X) ;
  • Paul Goukowsky, « Antigone, Alexandre et l’assemblée macédonienne », Revue Philologique, n°49 (1975), p. 263-277.
  • (en) N. G. L. Hammond et F. Walbank, A History of Macedonia, vol. 3 : 336-167 B.C., Clarendon Press, Oxford, 1988 (ISBN 0198148151)  ;
  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique 323-30 av. J.-C., Seuil, coll. « Points Histoire », Paris, 2003 (ISBN 202060387X) .

Voir aussi



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