Classement Académique Des Universités Mondiales Par L'université Jiao Tong De Shanghai


Classement Académique Des Universités Mondiales Par L'université Jiao Tong De Shanghai

Classement académique des universités mondiales par l'université Jiao Tong de Shanghai

Le classement de Shanghaï (appellation commune du Academic Ranking of World Universities en anglais) est un classement des principales universités mondiales, établi par des chercheurs de l'université Jiao-Tong de Shanghaï. Ces institutions sont classées selon un nombre restreint de critères comme le nombre de publications dans deux revues scientifiques et le nombre de prix Nobel attribués aux élèves et aux équipes pédagogiques. Les créateurs du classement soulignent eux-mêmes certaines de ses limites, notamment un biais en faveur des pays anglophones et des institutions de grande taille et les difficultés à définir des indicateurs adéquats pour classer les universités spécialisées dans les sciences sociales[1],[2].

Sommaire

Critères

Critères Indicateurs Pondération
Qualité de l'enseignement Nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les anciens élèves[N 1] 10 %
Qualité de l'institution Nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les chercheurs[N 2] 20 %
Nombre de chercheurs les plus cités dans leurs disciplines 20 %
Publications Articles publiés dans Nature et Science entre 2000 et 2004[N 3] 20 %
Articles indexés dans Science Citation Index, et Arts & Humanities Citation Index[N 4] 20 %
Taille de l'institution Performance académique au regard de la taille de l'institution[N 5] 10 %

Classement des universités

Ce classement a également été effectué de 2003 à 2008 par la même université :

Historique

Pour répondre à la demande du président de l'université Jiao Tong qui souhaite pouvoir envoyer ses étudiants dans les meilleures universités, le professeur Nian Cai Lu, un chimiste travaillant pour cette université, établit un premier classement en 2003[3]. Faute de moyens et ne disposant que de deux collaborateurs, il va alors au plus simple ne prenant en compte que des données accessibles par Internet et jugées objectives[3] : nombre de prix Nobel et médailles Fields (pour les mathématiques), le nombre de chercheurs les plus cités dans leur discipline, nombre de publications dans les revues scientifiques Nature et Science et le nombre de chercheurs répertoriés dans deux bases de données d'articles scientifiques, l'une sur les sciences humaines, l'autre sur les sciences pures. La publication de ce classement six mois plus tard connaît immédiatement un important écho mondial.

Critiques d'ordre général

  • 20 % du poids des critères proviennent du nombre de professeurs ayant reçu un prix Nobel ou une médaille Fields. Cependant, une université avec un budget élevé peut proposer un poste à un tel professeur, sans qu'il ait une charge de travail significative, afin d'augmenter la notoriété de l'établissement. De plus, les médaillés, et particulièrement dans le cas du prix Nobel, ont produit l'essentiel de leurs travaux de recherches avant la remise du prix et leur présence comme qualité de la recherche à venir est donc discutable.
  • Un prix Nobel obtenu par un professeur d'université français peut valoir deux fois moins qu'un Nobel obtenu par un professeur d'université américain ou britannique. En effet, la recherche française s'effectuant en général dans des unités mixtes de recherche, associant des universitaires au CNRS, le classement Shanghaï attribue 50 % du bénéfice à l'université et 50 % à l'organisme du CNRS[4]. Mais puisque le CNRS et les autres organismes de recherche français n'apparaissent pas dans le classement Shanghaï, cela veut dire que « la moitié du bénéfice du prix ne profite à personne et s'évapore complètement » (Albert Fert[4]). Pour ce qui concerne les 60 % de la note, qui dépendent du décompte d'articles et du nombre de citations, « le principe général est le même que pour les prix. (...) dans le cas de publications d'un laboratoire universitaire associant l'université et un organisme comme le CNRS, à peu près 50 % du bénéfice restera en général à l'université et 50 % s'évaporera en ne profitant à personne. »[4]
  • Le classement considère presque exclusivement les publications de langue anglaise (essentiellement américaine et britannique). Même s'il est devenu souhaitable, dans certains secteurs scientifiques, de publier dans une revue britannique (notamment Nature) ou américaine (notamment Science magazine), la promotion de travaux se fait également lors de conférences ou dans des revues non-anglo-saxonnes, et ce pour des raisons multiples (coût, accessibilité, pertinence, impact, etc.). Par ailleurs, si les deux revues centralisent une part importante des publications en sciences exactes, leur influence en sciences humaines est plus faible. De fait, la publication des travaux de sciences humaines ne se fait pas majoritairement en langue anglaise. Elle est donc, à ce titre, négligée par ce classement.
  • Les systèmes éducatifs sont différents, certains ayant une sélection à l'entrée des universités (pays anglophones) et d'autres non (France). Cependant, la recherche effectuée par les étudiants commence à partir d'un master, où la France pratique elle aussi une sélection.
  • Le budget des universités peut varier de plusieurs ordres de grandeurs, Harvard, avec un capital de 35 milliards de dollars[5], étant 100 fois plus riche que Paris-VI Jussieu. La taille est également très variable (l'aire urbaine de Paris compte 17 universités et un grand nombre de grandes écoles aux effectifs réduits, chacun de ces établissements étant comptés séparément, tandis que les universités anglo-saxonnes réunissent plusieurs facultés regroupées dans le classement).
  • La prise en compte de la qualité de l'enseignement par le seul nombre de prix Nobel et médaille Fields des anciens élèves peut sembler réducteur. En effet, le rôle d'une université n'est pas uniquement de former d'autres chercheurs, et aucun des moyens dédiés à l'éducation dans son ensemble n'est directement pris en compte.

Critiques de ce classement

En France

Philippe Mahrer, directeur du Collège des ingénieurs met en cause ce classement. Selon lui, il n'a qu'une faible notoriété en Chine même auprès des étudiants, bien que selon l'ambassade de France en Chine « [ce classement] trouve en effet un écho important chez les étudiants chinois, pour qui le prestige de l’université est déterminant car il fait partie des critères de recrutement professionnel en Chine ». Le classement est produit par l'Institut d'enseignement supérieur, institut d'une université consacrée aux sciences dures et à la technologie. De plus, Philippe Mahrer considère qu'il ne tient compte que de critères privilégiant la taille de l'établissement : ainsi, des pays disposant de nombreuses écoles ou universités, d'excellence mais de petite taille, passeraient à côté de ce classement. Enfin, ce classement ignorerait les universités, centres de recherche ou écoles travaillant en réseau comme c'est de plus en plus le cas en Europe[6].

Ce dernier point est tout particulièrement dénoncé (et mis en évidence) par le prix Nobel Albert Fert[4].

Dans un rapport d’avril 2009, J-C. Billaut, D. Bouyssou et Ph. Vincke décortiquent le fonctionnement du classement de Shanghai, avec leur éclairage de spécialistes d’aide multicritère à la décision. Il en ressort une critique très argumentée des critères qui sont utilisés, ainsi que des paradoxes dans la méthode utilisée [7].

Bien que ce classement soit très contesté, il a des influences directes sur la politique de la recherche en France, étant par exemple l'un des motifs principaux avancés pour la constitution des Pôle de recherche et d'enseignement supérieur (PRES). Valérie Pécresse justifie en effet son influence ainsi : « M. Legendre a rappelé que le classement de Shanghai était certes critiquable mais que puisqu'on ne pouvait changer les indicateurs dont nous n'étions pas maîtres, il valait mieux les retourner en notre faveur. Lorsqu'ils choisissent leur future université, les étudiants américains, australiens, chinois, indiens regardent ce classement. C'est la mondialisation. On ne peut s'en abstraire et nous devons donc gagner des places, ce qui n'est pas contraire à l'exigence d'excellence de l'université française. »[8]

Une parodie de ce classement, sous forme d'un jeu en ligne appelé le classement de Sandales, a été créée pendant les mouvements de contestation contre la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU), et plusieurs milliers d'internautes ont (virtuellement) lancé des sandales sur Valérie Pécresse ou Nicolas Sarkozy[9].

Le classement de Shanghai est pourtant ignoré dans de nombreux autres pays, dont les États-Unis[réf. nécessaire].

Notes et références

Notes

  1. Y compris le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel (« prix Nobel d'économie »). Sont pris en compte les élèves ayant obtenu leurs diplômes de bachelor, master et doctorat de l'institution. Un coefficient de 1 est attribué aux promotions de 1991-2000, 0,9 aux promotions de 1981-1990 et ainsi de suite jusqu'à 0,1 pour les diplômes remis entre 1901-1910. Les personnes ayant obtenu plus d'un diplôme dans la même institution ne sont comptabilisées qu'une seule fois. Les prix Nobel de littérature et prix Nobel de la paix sont exclus du barème.
  2. Est pris en compte le nombre de chercheurs travaillant dans l'institution lors de la remise du prix. Une pondération décroissante est appliquée : 1 pour les lauréats de 2001-2004, 0,9 pour les lauréats de 1991-2000, 0,8 pour 1981-1990, et ainsi de suite jusqu'à 0,1 pour les lauréats de 1911-1920. Si un lauréat a plusieurs affiliations, chaque affiliation se voit attribuer le même coefficient. Pour les prix Nobel qui sont partagés, les coefficients sont proportionnels à la part du prix Nobel qu'ils ont obtenu.
  3. Les auteurs coécrivants sont comptabilisés ainsi : 1 pour l'affiliation de l'auteur correspondant, 0,5 pour l'affiliation du premier auteur (deuxième auteur si l'affiliation du premier auteur est la même que l'affiliation de l'auteur correspondant ), 0,25 pour l'affiliation de l'auteur suivant, et 0,1 pour les affiliations des autres auteurs. Seuls les articles ayant fait l'objet d'une publication sont pris en compte. Cet indicateur n'est pas pris en compte pour les institutions de sciences humaines et sciences sociales.
  4. Nombre total d'articles indexés dans Science Citation Index (version de base et augmentée) et Arts & Humanities Citation Index en 2004. Seuls les articles ayant fait l'objet d'une publication sont pris en compte.
  5. La somme pondérée des cinq indicateurs est divisée par le nombre de chercheurs (équivalent temps-plein).

Références

  1. N. C. Liu et Y. Cheng, « Academic Ranking of World Universities – Methodologies and Problems », dans Higher Education in Europe, vol. 30, no 2, 2005 [texte intégral] 
  2. Michel Zitt et Ghislaine Filliatreau, « Big is (made) Beautiful », Première conférence internationale sur les universités de classe mondiale, Shanghai, juin 2005 [lire en ligne].
  3. a  et b Anthony Lattier et François-Xavier Rigaud, « L'homme de Shanghai », dans Le Point, no 1874, 14 août 2008, p. 44 [texte intégral] .
  4. a , b , c  et d Albert Fert (prix Nobel de physique), « Comment le classement de Shanghaï désavantage nos universités », dans Le Monde, 27 août 2008 [texte intégral] .
  5. Annie Vinockur (professeur émérite de sciences économiques à l'université Paris-X Nanterre), « La loi relative aux libertés et responsabilités des universités : essai de mise en perspective », dans Revue de la régulation, no 2, janvier 2008 [texte intégral] .
  6. Philippe Mahrer, « Université-Grandes écoles, le vrai poids de la France », dans Les Échos, 5 décembre 2007 [texte intégral] .
  7. Jean-Charles Billaut, Denis Bouyssou et Philippe Vincke, « Should you believe in the Shanghai ranking ? », dans Rapport interne LI Tours, 26 mai 2009 [texte intégral] .
  8. Compte-rendu analytique de la réunion du 11 juillet 2007, au Sénat.
  9. site du jeu. Voir aussi un article de Marianne.

Voir aussi

Article connexe

Liens externes

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