Satan


Satan
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Satan vu par Gustave Doré.

« Satan » (hébreu : שָׂטָן sāṭān ; grec ancien : Σατανάς Satanás ; araméen : ܣܛܢܐ sāṭānā’ ; arabe : شيطان Šayṭān signifiant l'« accusateur » mais aussi l'adversaire) est un terme dont les origines remontent aux fois abrahamiques, traditionnellement appliqué à une divinité nommée par le qualificatif de messager (aggelos en grec et « ange » en français), un démon, ou une divinité majeure et crainte dans toutes les croyances.

Sommaire

Origines du concept

Satan, figure chaldéenne empruntée par les juifs esclaves de Babylone qui ont assimilé le mot qui définit une fonction judiciaire (celle d'accusateur), ne nomme pas un dieu mais présente une divinité qui en assiste une autre dans le jugement de Job. Dans la Bible, le passage de Job présentant un Seigneur et un accusateur qui correspond à une scène de jugement réaliste.

Le terme est employé en hébreu et signifie adversaire, comme un accusateur ou un procureur dans un tribunal hébraïque. L'hébreu ne connaît ce terme qu'en tant que nom commun, désignant une fonction, et non un être bien déterminé.

Cependant, suite au vocatif utilisé par Jésus, Vade retro, satana ! (Marc, VIII.31-33), Satan est devenu le nom propre « diabolique » du Diable. Improprement un nom d'ange lui a été attribué, celui de Samaël, ainsi que le rapportent de nombreuses traditions post-bibliques et hors de la Bible. Le nom des divinités juives comme Samaël, Raphaël, Michaël, Gabriel et les autres sont aussi chaldéens et sont eux des divinités physiques dotées d'un esprit, invisibles dans les hauteurs du ciel depuis la terre, cette terre sur laquelle ils viennent marcher selon la volonté d'Elohim.

Le terme arabe qui renvoie à Satan est Šayṭān (الشيطان). Il n'est pas un nom propre, mais désigne une certaine catégorie de créatures tentatrices. Dans le Coran, le principal tentateur est nommé Iblis, créé de feu, qui refuse de se prosterner devant Adam. Le diable a plusieurs autres dénominations dans l'islam. Le terme Satan dérive du mot shaitan qui découle lui-même du nom de la divinité égyptienne Seth.

Traditions judéo-chrétiennes

Satan dans la Bible

Illustration de Gustave Doré de Satan vu par Dante Alighieri dans son livre La Divine Comédie.

Les écritures hébraïques évoquent le satan à plusieurs reprises, et le nomment dans quatre livres : le Livre de Job, le premier livre des Chroniques, et le Livre de Zacharie. Toutefois, contrairement aux chrétiens, les juifs n'associent pas le Na'hash au satan bien que celui-ci, ayant fomenté une rébellion contre Yahvé en Éden, pourrait être considéré comme son adversaire.

La lutte entre Yahvé et ses fidèles d'une part, et le satan chaldéen et ses partisans d'autre part est au cœur des Évangiles, se retrouvant peut-être dans les manuscrits de Qumran sous le nom de combat entre les Fils de la Lumière et les Fils des Ténèbres. Ce qui laisserait penser en hypothèse, hors tradition orale et en supposant un lien entre les Evangiles et les manuscrits de Qumran, que le satan est la représentation de l'accusation faite par cette fonction aux auteurs du regroupement choisi appelé le Nouveau Testament.

Il est aussi connu par l'expression latine : Vade retro Satanas (« arrière, Satan ! ») extraite de Matthieu, IV.10 (Vulgate de Jérôme). Il est également décrit, essayant de tenter Jésus-Christ lors de son séjour dans le désert et dans l'évangile de Luc: "Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert. Et dans le désert il resta quarante jours, tenté par Satan" (Marc 1,12)

"Jésus leur dit: Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair" (Luc 10,18)

Judaïsme

Du fait du monothéisme strict, tel que l'enseigne la Torah d'Israël, l'autorité divine ne se partage pas et en ce sens le « diable » n'existe pas : il existe une instance appelée « le satan », avec l'article défini et un « s » minuscule parce que ce n'est pas un nom propre mais une fonction, dont l'objet est d'éprouver toute réussite afin de l'authentifier (voir par exemple le début du livre de Job où le satan participe à l'assemblée des anges).

Satan apparaît également comme une figure allégorique dans le troisième chapitre de Zacharie. Dans cette vision Satan lutte avec l'ange du Seigneur pour l'âme du Grand Prêtre défunt Yéoshoua. Cette vision est habituellement comprise comme une allégorie politique qui symbolise la lutte entre Néhémie (l'ange) et Sanballat le Horonite (le diable) pour l'influence sur le sacerdoce du petit-fils de Yéoshoua, Eliaschib[1].

Au cours de la période intertestamentaire, d'autres points de vue de Satan ont commencé à circuler dans le judaïsme. Par exemple, le texte pseudépigraphique Apocalypse de Moïse contient une légende sur la façon dont Satan a été transformé en ange de lumière et a travaillé avec le serpent pour tromper Ève[2].

Après la destruction du Second Temple en 70, et la révolte de Bar-Kokhba en 132, le judaïsme rabbinique a rejoint le point de vue strictement monothéiste de la Bible hébraïque. Par exemple, Tryphon le juif critiquait les idées de Justin le Martyr concernant les Nephilim du Genèse ch.6 comme blasphématoire[3], mais, en fait, les croyances de Justin trouvent leur source dans les mythes juifs, comme le Livre d'Hénoch[4].

Dans le judaïsme rabbinique Satan est tour à tour le tentateur, l'accusateur et l'exécuteur, mais en toute chose, c'est la seule volonté du Yahvé Un et Unique (selon la volonté d'un culte unique et non d'un dieu unique) qui est visée et qui en fin de compte se réalise[5].

Christianisme

Satan est traditionnellement associé à Belzébuth ou Baal-Zébub (le dieu Baal dit « Seigneur des mouches ») par les Pharisiens dans les Evangiles, au dieu romain Lucifer (d'après la traduction latine du livre d'Isaïe mais pour laquelle Voltaire fait remarquer qu'Isaïe s'adresse au roi de Babylone et qu'il ne s'agit pas, en dépit de l'appellation commune « porteur de lumière », du dieu romain du même nom), et à Méphistophélès au Moyen Âge.

D'après Voltaire, Satan n'aurait donc pas la faculté de changer d'apparence, de séduire et de terrifier[réf. souhaitée]. Les textes et les œuvres d'art (les tympans des cathédrales par exemple) le représentent sous des traits différents : le serpent qui tente Ève, n'est pas nommé par le nom de satan dans les passages de la Genèse, le personnage hybride mi-homme, mi-bouc médiéval (hérité du Pan antique), le dragon (combattu par l'archange Michel selon l'Apocalypse de Jean), le Léviathan... toutes ces représentations reproduites par des artistes ne sont peut être que l'accusation divine mythologique refoulée par certaines sectes d'origine juive qui n'acceptaient plus le pouvoir de la justice humaine de Rome par extension historique à Babylone[réf. souhaitée].

Au Moyen Âge, on imaginait que Satan présidait le sabbat des sorcières.

Témoins de Jéhovah

D'après les Témoins de Jéhovah, Satan le Diable est un être spirituel bien réel. Il fut un ange créé parfait par Jéhovah, mais voulant dominer les humains à sa place, Satan s'est rebellé contre lui en mentant à Eve au jardin d'Eden, afin qu'elle pèche contre Dieu. (Évangile de Jean 8:44) C'est Satan qui domine le monde actuellement (2 Corinthiens 4:4 ; I Jean 5:19) et qui est le chef des démons.

Mormons/Saints des Derniers Jours

Les Saints des Derniers Jours croient que le Diable est un fils spirituel de Dieu qui s'est rebellé contre lui, tandis que Jésus Christ est le fils spirituel aîné et le seul Fils engendré dans la chair[6].

Christadelphes

Les Christadelphes sont presque l'unique groupe parmi les chrétiens à énoncer comme article de la foi que Satan n'existe pas[7] ; le mouvement religieux rejette l'idée d'anges déchus[8],[9] et croit que Satan se rapporte simplement à n'importe quel adversaire ; il se rapporterait au sens figuré au péché et à la tentation humaine[10]. Ils estiment que la tentation du Christ dans le désert est tout simplement une allégorie d'une période de préparation, et que les trois tentations se trouvent dans l'Evangile de Jean aussi[11].

Satanisme

Il existe deux sortes de satanismes. L'une, théiste, que l'on peut considérer comme du « catholicisme inversé ». La seconde, moderne, est une philosophie.

Le sataniste traditionnel croit en Satan, qu’il considère comme Lucifer, le Porteur de Lumière. On y honore Satan comme une force de la nature et non comme une divinité. Des rituels sont pratiqués dans un but d’élévation spirituelle ainsi que pour faire avancer le royaume de Satan.

Le Satanisme LaVeyen est une philosophie qui se distingue du culte de Satan (voir Luciférisme ou Satanisme), car il ne s'agit pas du culte d'une entité divine ou démoniaque mais d'une « croyance » de l'égo et de l'individualisme, c'est-à-dire que le but premier de cette philosophie satanique est de croire en soi-même.

Cette philosophie a été développée par Anton Szandor LaVey, qui prône la totale liberté des hommes de ne pas suivre les dogmes religieux, ni de vénérer aucune divinité et d'être leur propre dieu. LaVey est le fondateur de l'Église de Satan et l'auteur de la Bible satanique.

Notes et références

  1. Néhémie 13:28 dans Louis F. Hartman, Word Biblical Commentary Vol. 16, Ezra-Nehemiah
  2. Apocalypse de Moïse 17:1
  3. Dialogue with Trypho 79
  4. R H Charles, Book of Enoch 1919 SPCK London, see index for ref to Justin.
  5. responsum 33185 sur cheela.org
  6. (en)Glossaire des Saints des Derniers Jours
  7. (en)Doctrines rejetées les Christadelphiens, voir 14e
  8. (en)Les anges, selon les Christadelphes
  9. "les anges qui ont péché" selon les Christadelphes
  10. D.Heaster, A la recherche de Satan, Lettonie
  11. Peter Watkins, The Devil: The Great Deceiver, Christadelphian, Birmingham ISBN 0-85189-073-3[réf. incomplète]

Annexes

  • Représentation de Satan :

Jean-Jacques Feuchère (1807 - 1852), sculpteur français : "Satan", bronze, 1833 coll. Louvre et coll. Musée de la Vie romantique, Hôtel Scheffer-Renan, Paris


Bibliographie

  • Alain Bourreau, Satan hérétique : histoire de la démonologie (1280 - 1330), Éditions Odile Jacob, Paris, 2004
  • Jad Hatem, Satan, monothéiste absolu selon Goethe et Hallaj, Éditions du Cygne, Paris, 2006
  • Henry Ansgar Kelly, Satan. Une biographie (trad. Pierre-Emmanuel Dauzat), Seuil, Paris, 2010, 366 p. (ISBN 978-2-02-095198-2)

Articles connexes

Lien externe


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