Monument Aux Morts


Monument Aux Morts

Monument aux morts

Un monument aux morts est un monument érigé pour commémorer et honorer les soldats, et plus généralement les personnes, tuées ou disparues par faits de guerre.

Il en existe de plusieurs types :

  • les cénotaphes (monuments mortuaires n’abritant aucun corps), généralement dans le centre d'une ville ou d'un village, mais qui ont aussi été, après la Première Guerre mondiale, élevé dans les entreprises, les écoles, les foyers fréquentés par les disparus de leur vivant ;
  • les monuments nationaux élevés sur les champs de bataille (par exemple, à Douaumont), et qui eux abritent les tombes de soldats, parfois de centaines de milliers d'entre-eux, dont une proportion de soldats inconnus.

Sommaire

Avant la Première Guerre mondiale

Monument aux morts de la guerre de 1870, Soissons, France
Memorial Shaw, Boston, inauguré en 1897

Les monuments aux morts n’existent quasiment pas avant le XIXe siècle : les monuments commémorent les victoires militaires, et portent rarement les noms des soldats morts, à moins qu'il ne s'agisse de personnalités. On citera quand même le projet des Colonnes départementales dès 1800. L’Arc de triomphe de l'Étoile, inauguré en 1806, porte seulement le nom d'officiers supérieurs, qui ne moururent pas forcément au combat, et parfois encore vivants lors de la construction du monument. De même, la colonne Nelson, à Londres, n'est associée qu'au nom du héros éponyme, vainqueur de Trafalgar, l'amiral Nelson.

Les premiers monuments à la mémoire des combattants apparaissent après la guerre de Sécession aux États-Unis. Il s'agit par exemple du Memorial Shaw, à Boston, commémorant les soldats du 54è régiment d'infanterie des volontaires du Massachusetts, monument d'autant plus remarquable que ce régiment était composé de soldats afro-américains qui figurent ainsi pour la première fois sur un monument civique. Des monuments sont également érigés pour commémorer les soldats morts lors des guerres d’unification allemandes (guerre austro-prussienne et guerre franco-allemande de 1870), et des guerres coloniales. En 1889, Vic-de-Bigorre vote une subvention de 1 500 francs pour un monument en l'honneur des morts de la guerre de 1870. Exécuté par le sculpteur vicquois Edmond Desca, et inauguré en 1894, la revanche représente un guerrier farouche armé d'un gourdin. En 1895, la ville de Montauban commande au sculpteur Antoine Bourdelle un Monument aux Combattants et Défenseurs du Tarn-et-Garonne de 1870-71.

En Allemagne

Les monuments édifiés à cette époque se soucient plus d'honorer les combattants (même les vivants) que les morts. Dans tout le pays, les mairies, les écoles, les places et les jardins publics voient fleurir plaques et monuments financés par les associations d'anciens combattants et les communes.

Les motifs les plus fréquemment employés y sont la victoire, Germania, l’aigle aux ailes déployées, ou l’obélisque, emblèmes traditionnels des vainqueurs. Les monuments en l’honneur des morts proprement dits sont des représentations baroques de sarcophages, d’urnes ou de gisants.

Cette prolifération de monuments est favorisée par une loi de 1890 qui confie la responsabilité de leur érection aux communes. À partir de cette date en effet on voit se multiplier les nouveaux monuments à la guerre de 1870, en particulier lors du jour de la victoire, ou pour le 25e et le 40e anniversaires en 1896 et en 1911. Les communes s’étaient enrichies grâce aux retombées de la révolution industrielle, et les anciens combattants, ayant atteint l’âge mûr, n’hésitent pas non plus à se faire construire un monument. De nombreux monuments à la guerre de 1870 érigés après 1900 sont également un signe de la remilitarisation de la société sous Guillaume II.

Après la Première Guerre mondiale

Le monument de Cormeilles-en-Parisis, en France, représente une Victoire endeuillée.

C’est la principale guerre commémorée par les monuments aux morts. Les pertes massives (en France, il y eut 1,4 million de morts et 3 millions de blessés sur 8 millions de mobilisés, pour une population de 40 millions d'habitants) amènent, le plus souvent, non à glorifier la victoire, mais à honorer ceux qui ont perdu la vie. Cet aspect est important, car la très grande majorité des monuments élevés à cette occasion le sont à l’initiative, ou au moins avec la participation financière des anciens combattants, qui formaient 90 % des hommes de 20 à 50 ans en France[1]. Leur motivation à continuer de se battre était l’espérance que cette guerre serait la dernière (« la Der des ders »), et que leur sacrifice ne serait pas vain ; les monuments sont aussi là, dans une certaine mesure, pour rappeler ce sacrifice. Il n'est donc pas étonnant de trouver une forte concentration de ces lieux de mémoire dans les régions où se sont déroulés les combats, par exemple en Lorraine.

Leur construction commence dans l’immédiat après-guerre, mais se prolonge tout au long du XXe siècle (quelques petites communes se dotent d’un monument aux morts seulement dans les années 1990, comme Fontaine-le-Comte). Dans la plupart des pays, on ajoute à la liste des morts de la Grande Guerre ceux de la Seconde Guerre mondiale, puis des guerres suivantes (guerres de décolonisation (Indochine, Algérie en France) ou guerre du Viêt-Nam aux États-Unis). En France, on y trouve parfois aussi une copie de l’Appel du 18 juin.

La période principale de construction est cependant les années 1920, dans les pays occidentaux : 30 000 de 1918 à 1925 en France, soit quinze inaugurations par jour les trois premières années d’après-guerre[1]. En 1924, par exemple, un double monument « Aux héros de l'Armée noire » est élevé à la mémoire des soldats africains tombés pendant la Grande guerre, l'un à Reims, l'autre à Bamako (Mali). Le premier fut détruit par les troupes d'occupation en 1940[2].

Dans les autres pays, les monuments restent collectifs : les listes de noms sont très rares dans l’URSS, la Chine ou le Japon.

Guerres mondiales, les guerres de 1914-1918 et de 1939-45 ont fait des victimes dans le monde entier. Elles sont commémorées également dans les anciennes colonies des différents pays européens belligérants ou chez leurs alliés. On peut citer l’Australian War Memorial à Canberra (Australie), édifié en 1941 et remanié plusieurs fois depuis; le National War Memorial à Wellington (Nouvelle Zélande) à la mémoire des combattants de la Seconde Guerre des Boers, des deux guerres mondiales, de la guerre de Corée et de la guerre du Viêt-Nam, Tamaki Paenga Hira, le mémorial des morts au combat à Auckland (Nouvelle Zélande) (anciennement Auckland's War Memorial).

En France, Aristide Croisy est l'auteur de nombreux monuments, Le Mans, à Sedan, à Mézières...

En Italie, le Monumento Nazionale al Carabiniere à Turin fait partie des centaines de monuments aux morts érigés en Italie après la Seconde Guerre mondiale. Il est remanié en 1948.

Monuments aux morts modernes

Berlin

Avec l'apparition des bombardements, l'emploi de la force nucléaire (Hiroshima) ou du terrorisme, et la reconnaissance juridique du génocide, apparaissent des monuments commémorant des victimes civiles. Il existait déjà des monuments à visée nationaliste (Voortrekker Monument à Prétoria).

Dans plusieurs endroits, au lieu d'ériger un monument, les autorités laissent les ruines servir de mémorial. C'est le cas d'Oradour-sur-Glane, du clocher tronqué de la Kaiser-Wilhelm-Gedächtnis Kirche à Berlin, ou du monument pour la paix de Hiroshima (Dôme de Genbaku).

Une nouvelle sensibilité se développe autour de l'idée de devoir de mémoire. Il ne s'agit plus de glorifier des actes héroïques ni même d'honorer les soldats morts au combat, mais garder en mémoire les erreurs du passé. L'allemand crée d'ailleurs le terme de Mahnmal[3]. Des monuments rétrospectifs sont élevés aux victimes de l'holocauste (Mémorial de l'Holocauste (Berlin), Mémorial de Yad Vashem (Israël), de l'esclavage ou d'autres génocides, comme le génocide arménien.

Également rétrospectif, le mémorial des soldats Afro-américains morts pendant la guerre de Sécession (1861-1868) s’ouvre au public en 1999 à Washington D.C. Il est consacré à la mémoire des 209 145 soldats et marins noirs américains qui se sont battus pour l'Union pendant la guerre de Sécession.

En 2003, suite à une commande du Ministère de la défense pour un Mémorial à la Guerre d'Algérie et du Maroc, quai Branly à Paris, l'artiste Gérard Collin-Thiébaut change radicalement la forme du monument aux morts traditionnel, utilisant des diodes lumineuses sur trois colonnes. La première, déroule en continu, par année et par ordre alphabétique, les noms des 23 000 soldats et harkis, morts pour la France en Afrique du Nord. La deuxième colonne passe des messages rappelant la période de la guerre d’Algérie et le souvenir de tous ceux qui ont disparu après le cessez-le-feu. La troisième colonne, grâce à l’utilisation d’une borne interactive située au pied du monument, permet de voir s’afficher le nom d’un soldat recherché parmi l’ensemble des noms de la liste[4].

Le World Trade Center Memorial, à New York, qui commémore les victimes des attentats du 11 Septembre 2001, est encore en construction.

Types

Formes

Le monument aux morts d'Élincourt (Département du Nord)

Inspirés de stéréotypes architecturaux, les premiers monuments aux morts réemploient les mêmes dispositifs. Néanmoins chaque pays et chaque culture offre des variantes.

En France, l’une des formes privilégiées est l’obélisque. Elle concerne essentiellement les monuments communaux, placés au centre de l’espace public (sur la place principale) ou dans des lieux symboliques : près de la mairie ou encore près de l’école, près de l’église ou du cimetière. Des monuments aux morts, sous forme de plaque commémorative, ont également été placés dans tous les lieux fréquentés par les victimes :

  • les écoles ;
  • les lieux de travail (on peut voir dans la plupart des gares de France une plaque listant les cheminots morts au cours des deux guerres mondiales) ;
  • dans de nombreux foyers, les veuves de guerre aménagent un espace perpétuant le souvenir de leur époux mort à la guerre : une photo portant les décorations, encadrée de cierges, fait là aussi office de monument aux morts.

Certaines communes choisissent d’élever un mur formant une stèle monumentale, une colonne (reprenant le motif antique de la colonne civique), une statue, ou encore une colonne brisée, monument aux morts érigé en contestation à cette maudite guerre.

Ces monuments sont subventionnés par l’État, en partie financés par les municipalités, mais le plus souvent une souscription publique représente une partie importante de la somme nécessaire à l’élévation du monument.

Ruinée, l'Allemagne ne dispose pas de fonds publics pour ériger des monuments à la mémoire des millions de morts de la guerre 1914-18. Dans un premier temps, ce sont les églises qui prennent le plus souvent l'initiative de collecter des fonds et de faire graver des listes de noms sur des plaques de marbre exposées à l'intérieur des lieux de culte. On trouve aussi dans les grandes villes des livres du souvenir, et un certain nombre de monuments collectifs dans les villages.

La situation change en 1933, où l'on voit apparaître des monuments qui exaltent l'esprit de sacrifice à la nation allemande.

Ornements

En France, les ornements les plus courants sont :

  • la couronne de feuilles de chêne (ou la branche de chêne), symbole des vertus civiques ;
  • la couronne de feuilles de laurier (ou la branche de laurier), symbole des vertus militaires ;
Arbent (Ain)
Article détaillé : Liste de monuments aux morts français surmontés d'une urne funéraire.
Article détaillé : Liste de monuments aux morts français surmontés d'un casque.

Le poilu lui-même peut être représenté, en buste ou à la taille réelle (avec son équipement, et dans diverses attitudes). Assez souvent, peuvent figurer des civils (tels qu'une femme veuve et un(e) enfant) penchés sur une tombe ou tenant un bouquet, comme à Corbie et à Guise.

Ponctuellement, le civil représenté peut être muni d'un signe particulier en référence à la région ou à une activité spécifique, générale (comme une charrue tirée par un cheval évoquant de toute évidence le monde agricole), ou bien plus précise, comme un outil (un louchet à tourbe à La Faloise).

Dans quelques cas, un combattant est montré soutenant le corps de son frère d'armes. En Allemagne, la disparition de l'empire et la dissolution de l'armée impériale coïncidant avec la fin de la guerre de 1914-18, les motifs nationaux disparaissent; restent les emblèmes guerriers (casque, épée) ou chrétiens (croix).

Particularismes régionaux

Dans les régions françaises qui ont subi les combats, les monuments insistent plus sur les malheurs de la guerre (ruines, deuil, orphelins), en une sorte de réquisitoire contre les crimes allemands.

En Alsace-Moselle l'inscription « morts pour la France » qui suit la liste des noms est remplacée par des formules plus « neutres » (« La commune de ... à ses enfants », ou « Morts pour la Patrie »). En effet les monuments regroupent sur une même stèle les noms des militaires originaires du village quel qu'ait été leur uniforme. Lors de la première guerre mondiale, l'Alsace-Moselle étant allemande, les morts militaires l'étaient souvent sous uniforme allemand. Ce fut encore le cas lors de la seconde guerre mondiale, au cours de laquelle de nombreux Alsaciens et Mosellans ont été incorporés de force (« malgré-nous »). Ces villages sont souvent plus que d'autres frappés par l'absurdité de la guerre, ayant vu leurs enfants s'entretuer sous des uniformes différents.

Inscriptions

Inscriptions patriotiques

  • Le proverbe latin Si vis pacem, para bellum, ou sa traduction française Si tu veux la paix, prépare la guerre

Inscriptions civiques

  • La commune de ... à ses enfants morts pour (la France/la Patrie)

Inscriptions pacifistes

Dardilly : « Contre la guerre. À ses victimes. À la fraternité des peuples. »
Balnot-sur-Laignes : « Maudite soit la guerre. »

Il existe quelques Monuments aux morts pacifistes.

  • L'union des travailleurs fera la paix du monde citation d'Anatole France sur le monument de Mazaugues
  • Maudite soit la guerre et ses auteurs
  • Guerre à la guerre — Fraternité entre les peuples
  • La guerre à la guerre
  • Fraternité humaine
  • Contre la guerre. À ses victimes. À la fraternité des peuples. Que l'avenir console la douleur. sur le monument de Dardilly
  • La guerre est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais ne massacrent pas entre eux citation de Paul Valéry sur le monument de Saint-Appolinaire.
  • Nie wieder Krieg (Plus jamais la guerre)

Inscriptions militaristes

L’inscription du monument aux morts de la ville de Berlin est une préparation de la prochaine guerre : Invictis victi victuri (soit, en latin, À ceux qui n’ont pas été vaincus, les vaincus, mais qui vaincront[5]

Calendrier des commémorations

Les monuments aux morts sont le lieu de cérémonies, régulières ou exceptionnelles, qui commémorent les événements auxquels ils sont consacrés.

  • 11 novembre: Remembrance Day (Royaume-Uni, Canada) Poppy Day (Afrique du Sud), Veterans' day (USA), Jour des anciens combattants (France) : date anniversaire l'armistice de la guerre de 1914-1918.
  • 5 décembre : Morts pour la France de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie.
  • 25 avril ANZAC Day (Australie et Nouvelle Zélande) commémore l'engagement des troupes australiennes et néo-zélandaises dans les deux guerres mondiales (mais également d'autres conflits) à la date anniversaire du débarquement de Gallipoli (1915).

Monuments sur le champ de bataille

Mémorial de Vimy

Certains monuments, ou mémoriaux ont été construits non pas sur le territoire national, mais directement sur des champs de batailles étrangers ou à proximité de ceux-ci.

C'est le cas en France d'un grand nombre de monuments à la mémoire des troupes alliées ou ennemies (cimetière allemand en Normandie).

France :

Monuments internationaux collectifs

Monuments nationaux collectifs

Mémorial aux morts du Viet Nam

Monuments anti-guerre

Le Monument aux morts de Gentioux : « Maudite soit la guerre »

Quelques monuments aux morts portent un message pacifiste, soit écrit (Que maudite soit la guerre !), soit par leur forme même :

Article détaillé : Monuments aux morts pacifistes.
Détail du monument anti-guerre Bittermark Mahnmal, Dortmund, Allemagne

Galerie

Notes et références

  1. a  et b Historiographie des monuments aux morts
  2. Le souvenir de la 1re GM en Champagne-Ardenne - Les monuments - Le monument à l'Armée noire de Reims présenté par Jean-Pierre Husson
  3. Voir l'article allemand Mahnmal : Mahnmal dont la définition est forme particulière de monument (Denkmal) destiné à commémorer un événement négatif sous forme d'avertissement
  4. Gérard Collin-Thiébaut, Le Mémorial National de la Guerre d'Algérie et des Combats du Maroc et de la Tunisie (2002) Paris, Quai Branly
  5. Georges-Henri Soutou, « 1918 : la fin de la Première Guerre mondiale ? » Revue historique des armées, 251 | 2008, [En ligne], mis en ligne le 09 juin 2008. [1]. Consulté le 22 août 2009.
  6. Images disponibles sur Commons, mot-clef : Mahnmal

Bibliographie

  • Annette Becker : Les Monuments aux Morts - Mémoire de la Grande Guerre, éd. Errance, coll. « Art et Patrimoine », 1991, ISBN : 2-9034-4268-1
  • Nicolas Offenstadt éd., Le chemin des Dames de l'événement à la mémoire, Paris, Stock, 2004.
  • La thèse d’Antoine Prost : Les Anciens combattants et la société française 1914-1939, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, Paris, 1977, est fondatrice des études sur les monuments aux morts.
  • Danielle Roy & Pierre Roy : Autour de monuments aux morts pacifistes en France
  • (de) Reinhart Koselleck : Kriegerdenkmale als Identitätsstiftungen der Überlebenden(Monuments aux morts comme création d'identité parmi les survivants.) In: O. Marquart, Karl-Heinz Stierle (Hrsg.) : Identität. Münich 1979
  • (de) Reinhart Koselleck / Michael Jeismann (Hrsg.) : Der politische Totenkult. Kriegerdenkmäler in der Moderne (Culte des morts et politique : monuments aux morts chez les modernes.) Münich 1994.
  • (de) Meinhold Lurz : Kriegerdenkmäler in Deutschland (6 Bände), (Monuments aux morts en Allemagne, en six volumes.) Heidelberg 1985–1987

Voir aussi

Liens externes

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