Alphonse XIII d'Espagne
Alphonse XIII
Retrato del Rey Alfonso XIII.jpg
Alphonse XIII par Gonzalo Bilbao.

Titre
Roi d'Espagne
17 mai 188614 avril 1931
&&&&&&&&&&01640244 ans, 10 mois et 27 jours
Président du gouvernement Francisco Silvela
Raimundo Fernández-Villaverde y García del Rivero
Antonio Maura y Montaner
Marcelo Azcárraga Palmero
Eugenio Montero Ríos
Segismundo Moret y Prendergast
José Canalejas Méndez
Manuel García Prieto
Álvaro de Figueroa y Torres, comte de Romanones
Eduardo Dato Iradier
Joaquín Sánchez de Toca Calvo
Manuel Allendesalazar y Muñoz de Salazar
Gabino Bugallal Araújo
José Sánchez Guerra
Miguel Primo de Rivera
Dámaso Berenguer
Juan Bautista Aznar-Cabañas
Prédécesseur Alphonse XII
Successeur Niceto Alcalá-Zamora
(président de la République)
Prétendant au trône de France
29 septembre 193628 février 1941
Prédécesseur Alphonse Charles de Bourbon
Successeur Jacques Henri de Bourbon
Biographie
Hymne royal La Marcha Real
Dynastie Maison de Bourbon
Date de naissance 17 mai 1886
Lieu de naissance Drapeau de l'Espagne Madrid (Espagne)
Date de décès 28 février 1941 (à 54 ans)
Lieu de décès Drapeau de l'Italie Rome (Italie)
Père Alphonse XII d'Espagne
Mère Marie-Christine d'Autriche
Conjoint Victoire Eugénie de Battenberg
Enfants Alfonso, prince des Asturies
Jaime, duc de Ségovie
Juan, prince des Asturies
Gonzalo

Full Ornamented Royal Coat of Arms of Spain (1761-1868 and 1874-1931).svg
Monarques d'Espagne

Alphonse XIII (né à Madrid le 17 mai 1886 – mort à Rome, le 28 février 1941) est le 41e roi d'Espagne. Fils posthume d’Alphonse XII et de Marie-Christine d'Autriche, il est baptisé Alfonso León Fernando María Jaime Isidro Pascual Antonio de Borbón y Habsburgo-Lorena. Sa mère exerce la régence durant sa minorité entre 1885 et 1902. À la fin de la période de régence, après l'intervention des États-Unis en 1898 dans la guerre coloniale, il perd les dernières possessions espagnoles d'outre-mer : Cuba, Puerto Rico et les Philippines.

Sommaire

Roi

Au XXe siècle, les aventures coloniales recommencent dans le nord du Maroc, zone attribuée à l'Espagne par les traités internationaux, et conduisent à la sanglante guerre du Rif.

En 1902, à 16 ans, Alphonse XIII est déclaré majeur et assume les fonctions constitutionnelles de chef de l’État. Il visite l'ensemble des provinces espagnoles et voyage à l'étranger, notamment en Allemagne, au Royaume-Uni et en France. Le 31 mai 1905, dans ce dernier pays, le président Émile Loubet et lui-même sont victimes d'un attentat dans les rues de Paris, attentat dont ils sortent indemnes.

Le 31 mai 1906, Alphonse XIII épouse à Madrid la princesse Victoire Eugénie de Battenberg (1887-1969), fille du prince Henri de Battenberg (1858-1896) et de Béatrice du Royaume-Uni. Victoire Eugénie est la nièce du roi Edouard VII d'Angleterre et la petite-fille de la reine Victoria.

Alors qu’Alphonse XIII et son épouse retournent au Palais royal de Madrid après la célébration du mariage, un anarchiste, Mateo Morral, lance un bombe dissimulée dans un bouquet de fleurs face au numéro 88 de la Calle Mayor de Madrid. Les jeunes époux sortent indemnes de l'attentat qui tue néanmoins de nombreuses personnes dans le public et la suite royale.

L'Espagne connut de nombreuses révoltes sociales dans la plupart des grandes villes au cours des deux premières décennies du XXe siècle. La plus violente eut lieu à Barcelone en 1909. Un des facteurs déclencheurs fut le mécontentement de la population face à la guerre du Maroc.

En 1921, l'Espagne subit une défaite désastreuse à Anoual. Cela fit naître dans l'opinion publique un sentiment très critique envers la politique au Maroc et également envers le système politique en général. Une enquête fut menée sur les responsabilités mais aucun rapport ne fut publié. Certaines voix attribuèrent le désastre d'Anoual au monarque, ardent supporter de la politique coloniale. Il avait de plus lui-même nommé les artisans du désastre avec qui il entretenait des relations d'amitié comme Dámaso Berenguer ou le général Fernández Silvestre.

Dans ce contexte de crise politique et sociale, le capitaine général de Catalogne (es) Miguel Primo de Rivera organisa un coup d'état le 13 septembre 1923. Ce coup d'état fut avalisé par Alphonse XIII puisqu'il chargea Primo de Rivera de la formation d'un gouvernement. Certains justifient ce coup par le volonté de ne pas voir sortir les résultats de la commission d'enquête sur Anoual, ce qui aurait pu embarrasser gravement la monarchie.

Miguel Primo de Rivera forma un gouvernement qu'il baptisa directoire et qui était exclusivement composé de militaires (directeurs militaires). Un directoire civil fut ajouté plus tard en 1925. Durant la dictature, on mit un point final à la guerre du Maroc par le débarquement d'Al Hoceima en 1925 qui permit la conquête définitive du Rif en 1927.

En 1929, furent inaugurées l'exposition universelle à Barcelone et l'exposition ibéro-américaine à Séville. Cependant, l'opposition croissait contre le dictateur, spécialement parmi les étudiants, les intellectuels et les artilleurs (ces derniers étaient opposés à la réforme du système de nomination). Alphonse XIII démit Primo de Rivera du gouvernement le 19 janvier 1930 et nomma président du conseil des ministres le général Dámaso Berenguer et afficha son intention de retourner vers un régime constitutionnel. Cette période fut appelée Dictablanda, dictature douce par rapport à la dictature dure antérieure.

Après la chute du dictateur et sa mort quelques semaines plus tard, les manifestations anti-monarchiques se multiplièrent. On accusait le roi d'avoir protégé la dictature de Primo de Rivera et d'être en partie responsable du désastre d'Anoual. Cette même année, les partis républicains firent front contre la monarchie et signant l'Accord de Saint-Sébastien. Des coups d'état militaires qui furent déjoués : notamment à la base aérienne des Cuatro Vientos à Madrid et à Jaca. Cette dernière fut dirigée par les capitaines Fermín Galán et Ángel García Hernández, qui furent fusillés après être passés en conseil de guerre.

En février 1931, l'amiral Juan Bautista Aznar-Cabañas fut désigné président du conseil par Alphonse XIII. Son gouvernement convoqua les élections municipales du 12 avril 1931. Lorsque la victoire des candidatures républicaines fut connue, la Seconde République espagnole fut proclamée le 14 avril. Le roi quitta le pays le même jour afin, selon ses propres dires, d'éviter la guerre civile. Il renonça à rester à la tête de l'état mais n'abdiqua pas formellement.

La nuit du 14 au 15 avril, il quitta Madrid au volant de sa voiture Duesenberg pour Carthagène où il embarqua sur un bateau de la marine espagnole vers Marseille. Il se rendit ensuite à Paris. Sa famille quitta l'Espagne en train le lendemain.

Par la loi du 26 novembre 1931, les Cortes accusèrent Alphonse XIII de haute trahison. Cette loi fut annulée le 15 décembre 1938 par Francisco Franco.

Roi en exil

Au début de la guerre civile espagnole, il appuya avec ferveur les insurgés, affirmant être un phalangiste de la première heure[1]. Les relations du roi Alphonse XIII avec le dictateur Francisco Franco sont bien documentées[2]. De par ses succès au Maroc, le roi connaissait Franco qui peu à peu devint un favori royal. En janvier 1923, le roi lui attribua la médaille militaire et la charge honorifique de gentilhombre de cámara. Franco s'entretint personnellement avec le roi de la retraite du Maroc. En mars 1925, en visite au Maroc, le général Primo de Rivera remit une lettre à Franco ainsi qu'une médaille religieuse en or. Par décret royal du 4 janvier 1928, il le nomma directeur de l'Académie générale militaire récemment créée. Franco vota pour la candidature monarchique à Saragosse[3]. Le 4 avril 1937, Franco écrivit une lettre à Alphonse XIII : le roi qui venait de donner un million de pesetas à la cause franquiste, lui avait écrit sa préoccupation sur la faible priorité accordée à la restauration de la monarchie; Franco laissa clairement entendre que le roi ne pourrait pas jouer un rôle dans le futur au vu de ses erreurs passées. A la fin de la guerre, le roi déclara : J'ai choisi Franco quand il n'était personne. Il m'a trahi et trompé tout le temps.[4].

Durant son exil, le roi résida en divers endroits. Il passa les dernières années de sa vie à Rome. Au décès de son cousin le duc de San Jaime à Vienne le 29 septembre 1936, Alphonse XIII devient l'aîné des Capétiens. Les légitimistes français le reconnurent alors comme « roi de France et de Navarre » sous le nom d'« Alphonse Ier», et certains carlistes espagnols le reconnurent de leur côté comme « roi des Espagnes et des Indes » sous le nom d'« Alphonse XII ».

Il fait renoncer ses deux fils aînés (le premier né est hémophile, avec une faible espérance de vie à l'époque, et le puîné est sourd-muet) à leurs droits au trône constitutionnel d'Espagne en 1933, et désigne comme son successeur leur frère Juan (1913-1993), en faveur duquel il abdique le 15 janvier 1941. L'ex-infant Jaime, « duc d'Anjou et de Ségovie », récuse en 1949 sa renonciation de 1933, faite sous la pression paternelle et les circonstances de l'époque.

le 15 janvier 1941, il laissa son rôle de chef de la maison royale à son fils Juan de Borbón (1913-1993). Il mourut le 28 février 1941 au Gran Hotel de Rome d'une angine de poitrine. Il fut enterré dans l'église Santa María de Montserrat de los Españoles. En 1980, son petit-fils et roi Juan Carlos ordonna le transfert de ses restes vers la nécropole royale de l'Escurial.

Pour sa part, son fils Juan, comte de Barcelone, renonça au trône en 1977 en faveur de son fils Juan Carlos qui avait été nommé roi en 1975 à la mort du général Franco, en vertu de la loi de succession de 1947. Par la renonciation du comte de Barcelone à ses droits, il récupéra la légitimité dynastique de la monarchie historique, telle qu'elle est reconnue par l'article 57 de la Constitution espagnole de 1978.

Rôle humanitaire

Pendant la première guerre mondiale, en tant que monarque d'un pays neutre, Alphonse XIII lança ce qui peut être considéré comme la première action humanitaire gouvernementale de l'histoire : le bureau des prisonniers de guerre (Oficina pro-cautivos). Ce bureau entendait fournir des réponses aux familles qui ignoraient le sort de militaires ou de civils qui se trouvaient dans les zones de combat.

Le roi fondit cet organisme séparément du gouvernement afin de ne pas compromettre sa neutralité. Sur fonds propres, il installa au palais royal un secrétariat où arrivaient les demandes d'information ou d'intervention en faveur des prisonniers des deux bords. Son action fut facilitée par les bonnes relations que le roi entretenait avec les pays belligérants. Il utilisa les ambassades pour obtenir des informations sur les prisonniers et mit en contact des prisonniers des deux camps avec leurs familles. Il sauva environ 70 000 civils et 21 000 soldats et intervint en faveur de 136 000 prisonniers de guerre en organisant 4 000 inspections de camps de prisonniers. Il plaida également pour que les sous-marins n'attaquent pas les navires-hôpitaux et proposa d'instaurer une inspection neutre de ces navires par des militaires espagnols à la sortie et l'entrée des ports. Il obtint des deux partis l'engagement de ne plus torpiller de bateaux arborant un drapeau d'hôpital. Le bureau traitait un tel volume de demandes que les jours fériés étaient travaillés.

Il faut également noter ses tentatives, en 1917, pour libérer et amener en Espagne la famille impériale russe. La suite de la Révolution d'Octobre ruina ses plans.

La famille royale

De son mariage avec la princesse Victoria Eugénie von Battenberg naquirent sept enfants :

  • Alfonso de Borbón (1907-1938), infant d'Espagne, prince des Asturies (1907-1933), « comte de Cavadonga » (1933-1938), « dauphin de France » (1936-1938). Il renonça à ses droits au trône en 1933, deux ans après la proclamation de la république pour pouvoir épouser Edelmira Sampedro y Robato, Cubaine d’origine espagnole qui n’était pas de sang royal. Il reçut le titre de « comte de Cavadonga ». Il se maria une seconde fois. Il est mort sans descendant.
  • Jaime de Borbón (1908-1975), infant d'Espagne, « duc de Ségovie », sourd-muet de naissance. Il renonça à ses droits au trône en 1933 sous la pression paternelle et reçut alors de titre de « duc de Ségovie ». En France, il se faisait appeler prince Jacques Henri de Bourbon et fut prétendant au trône de France sous le nom d'« Henri VI » (1941-1975), « duc d’Anjou » (1946-1975). Il épousa en premières noces Emmanuelle de Dampierre (fille de Roger de Dampierre, vicomte de Dampierre, duc pontifical de San Lorenzo Nuovo et noble de Viterbe, et de sa première épouse, la princesse italienne Donna Vittoria Ruspoli). Le couple eut des enfants. Après son divorce, il se remaria mais n'eut pas de descendance de ce second mariage.
  • Beatriz de Borbón (1909-2002), infante d'Espagne, princesse Torlonia et de Civitella Cesi (1935) par son mariage avec Alessandro Torlonia.
  • Fernando de Borbón (1910-1910), infant d'Espagne.
  • María Cristina de Borbón (1911-1996), infante d'Espagne, « fille de France » (1936) et comtesse Marone-Cinzano (1940) par son mariage avec Enrico Eugenio Marone-Cinzano.
  • Juan de Borbón (1913-1993), infant d'Espagne puis « prince des Asturies ». Il fut prétendant au trône d'Espagne (1941-1977) avec le titre de « comte de Barcelone » (1941), titre reconnu en 1977. Il céda ses droits au trône en 1977 à son fils Juan Carlos. Il fut considéré comme « fils de France » (1936-1993) par les légitimistes français.
  • Gonzalo de Borbón, infant d'Espagne, (1914-1934). Il est né hémophile et est mort sans descendance.

Enfants naturels

Alphonse XIII a laissé plusieurs enfants naturels :

  • Roger Lévêque de Vilmorin (1915), né de sa liaison avec Berthe de Gaufridy de Dortan, épouse de Charles Lévêque de Vilmorin qui acceptera de donner son nom à l'enfant. Roger est donc le frère utérin de Louise de Vilmorin, écrivain et compagne d'André Malraux ;
  • Juana Milán y Quiñones de León (19 avril 1916), née de sa relation avec Béatrice Noon, nanny anglaise envoyée par la belle-mère d'Alphonse XIII en Espagne ;
  • Ana María de Borbón y Ruiz (9 octobre 1925), née de sa relation avec María del Carmen Ruiz y Moragas ;
  • Leandro Alfonso de Borbón y Ruiz (26 avril 1929), également né de María del Carmen Ruiz y Moragas. Il fut autorisé le 21 mai 2003 par la justice espagnole à utiliser le nom de Bourbon.

Arbre généalogique

François d'Assise
 
Isabelle II
 
 
 
Charles-Ferdinand d'Autriche-Teschen
 
Élisabeth de Habsbourg-Hongrie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Alphonse XII d'Espagne
 
 
 
 
 
 
 
Maria Christina von Habsburg-Lothringen
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Alphonse XIII d'Espagne
 
 
 
 
 
 
 



Bibliographie

Alphonse XII coeur de l'Espagne par Branthôme, grasset 1932.

Précédé par Alphonse XIII d'Espagne Suivi par
Alphonse XII
Royal Coat of Arms of Spain (1761-1868 and 1874-1931) Golden Fleece Variant.svg
Alphonse XIII
Roi d'Espagne
17 mai 1886 - 14 avril 1931
IIe République
(Proclamée en 1931)
Niceto Alcalá-Zamora
Charles XII
Arms of the Kingdom of France.svg
« Alphonse Ier »
Succession légitimiste
1936-1941
Henri VI
Alphonse Charles Ier
Greater Royal Coat of Arms of Spain (1931)-Escutcheon of France and Golden Fleece Variant.svg
« Alphonse XII »
Succession carliste
1936-1941
Jacques IV


Références

  1. (es) José María Zavala, «Entregados a Franco. Los Borbones ante la Guerra Civil», La Aventura de la Historia núm. 97 (noviembre de 2006), p. 48-53. ISSN 1579-427X.
  2. (es) Paul Preston, El gran manipulador. La mentira cotidiana de Franco, Ediciones B, Barcelona 2008, ISBN 978-84-666-3829-6.
  3. (es)Francisco Franco Salgado-Araujo, Mi vida junto a Franco, Planeta, Barcelona 1977, p. 93.
  4. (en) John T. Whitaker, We cannot escape History, MacMillan, New York 1943, p. 106.

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