Agnosticisme

L'agnosticisme est la position philosophique selon laquelle la vérité de certaines propositions, le plus souvent théologiques, concernant l'existence de Dieu ou des dieux est inconnaissable[1],[2]. De façon moins catégorique, être agnostique peut signifier qu'on ne sait pas s'il y a une force divine ou non, et qu'on envisage les deux possibilités, sans pour autant considérer que la vérité à ce sujet soit inconnaissable.

L'agnosticisme peut avoir deux fondements différents. Le premier est le principe que la vérité religieuse est inconnaissable, et alors la vérité parfaite et absolue, par définition fondée sur le dogme, ne peut être certaine. Le deuxième fondement est le doute. L'agnosticisme consiste alors en une approche rationnelle et empirique des choses, dans l'attente d'une vérité scientifique établie.

Sommaire

Termes proches

Les termes suivants sont proches mais différents de l'agnosticisme :

  • Le déisme postule un être transcendant – un «dieu» indéfinissable – qui n'interagit pas avec le monde, tout en restant à l'écart de toute religion révélée et ritualisée. Même s'il peut considérer que la vérité religieuse est inconnaissable, il prend position en faveur de l'existence d'un être suprême.
  • L'athéisme considère qu'il n'y a pas de dieu, et prend donc clairement position en faveur de l'inexistence d'un être suprême.
  • Le scepticisme philosophique est une attitude considérant que la vérité ne peut jamais être connue avec certitude. Selon cette philosophie, même si on avait des preuves de l'existence d'un dieu, on ne pourrait pas conclure définitivement.

L'agnosticisme peut être de l'apathéisme, qui considère que la question de l'existence ou de la non-existence de divinités n'a pas d'intérêt ni d'utilité pratique.

Étymologie

Thomas Henry Huxley, l'inventeur du mot agnostique[3].

Le terme «agnosticisme» (parfois incorrectement écrit agnostisme par une fausse étymologie), vient du grec αγνωστικισμός, agnosticismos, lui-même tiré de agnôstos (ignorant), la gnosis étant la connaissance; il désigne la philosophie selon laquelle tout ce qui ne peut être appréhendé dans l'expérience est inconnaissable. Il s'agit donc d'une position épistémologique qui met éventuellement en cause la légitimité de la métaphysique, de la révélation, la divination, etc.

L'agnosticisme n'est pas à confondre avec une opposition spécifique au gnosticisme, qui est une doctrine liée aux débuts du christianisme, mais a un sens beaucoup plus général. Antérieurement au christianisme, le mot «agnostique» désignait une personne qui n'avait pas été initiée à la «gnose», le mythe du «savoir parfait et absolu».

Le mot agnostique a été forgé par Thomas Henry Huxley (1825-1895) pour exprimer «l'antithèse évocatrice du “gnostique” dans l'histoire de l'Église, qui professait en savoir tant sur les choses mêmes à propos desquelles j'étais ignorant…». Il voulait que le terme fasse comprendre que la métaphysique est vide de sens; comme le pensait déjà l'empiriste David Hume qui recommande, à la fin de son Enquête sur l'Entendement Humain, de jeter aux flammes les livres de théologie ou de métaphysique scolastique.

Les deux formes de l'agnosticisme

  • Peut-être qu'il sera possible, un jour, de savoir si Dieu existe ou non. Les éléments dont nous disposons à l'heure actuelle sont encore insuffisants, mais l'on peut espérer que des preuves indiscutables et scientifiquement établies seront un jour acquises.

C'est l'APP ou Agnosticisme Provisoire en Pratique. L'APP estime que si un ou des dieux ont créé le monde, ils l'ont fait en cohérence avec les principes qui régissent leur propre dimension, de manière à ce que leur œuvre soit pertinente par rapport à leur intention, et surtout que d'éventuelles interventions divines (illustrées par des révélations à des prophètes, des Écritures, des miracles, des personnes s'affirmant en contact direct avec Dieu) leur soient envisageables. De cette manière, on peut supposer que l'existence d'une divinité est à la portée de notre Raison, et constitue donc une question que la Science pourra résoudre un jour, notamment à travers l'étude de ses éventuelles interventions sur notre Terre. En attendant, les partisans de cet agnosticisme peuvent établir des probabilités sur l'existence de(s) Dieu(x) en se basant sur les seuls éléments de preuves accessibles pour l'instant (récits, miracles, fossiles...), et en confrontant les arguments des diverses positions. L'APP prendra fin quand sera apportée à la question du divin une réponse non réfutable et scientifique.


  • Il est impossible de savoir si un ou des Dieux existent, que cette question soit abordée de manière scientifique ou non. La vérité à ce sujet est en dehors des lois scientifiques, rationnelles, physiques et matérielles qui régissent cet univers présent et toutes les "prétendues" preuves avancées par l'Homme sont insuffisantes. L'existence de Dieu ne peut donc être révélée.

C'est l'ADP ou Agnosticisme Définitif de Principe. Ce raisonnement s'appuie sur certains phénomènes et paradoxes que la Science, la logique se révèlent actuellement incapables à expliquer[4], mais surtout sur l'idée que l'Humanité vivant sur la planète Terre ne représente qu'une part infime de l'univers, tellement infime qu'elle ne sera jamais en mesure de l'appréhender totalement et de prouver l'existence ou non de(s) Dieu(x). Aussi si un ou des Dieux avai(en)t créé le monde, ses intentions célestes ne devraient guère se concentrer sur nous, et donc notre Esprit ne peut absolument pas être le reflet du sien ou des leurs. Plus on se rend compte de la complexité du monde dans lequel nous vivons, plus le(s) Créateur(s) supposé en être à l'origine doi(ven)t être complexe(s) et puissant(s) comparé(s) à nous, et moins il devient probable que l'Humanité bénéficie d'une attention divine particulière (et donc encore moins un individu). L'ADP souligne la vanité de l'Homme se croyant capable de répondre à la question de l'existence de(s) Dieu(x). La question de l'existence de(s) Dieu(x) est extra-rationnelle; elle ne peut faire l'objet de la Raison, et ne peut point être discutée[5].

N.B.: Attention, le refus de se prononcer, dans l'ADP, n'implique pas une mise en équiprobabilité des hypothèses d'existence et d'inexistence de Dieu. On parlera plutôt dans ce cas d'un APP parfaitement neutre et impartial, car quand bien même il s'affirmerait aussi sceptique que l'ADP face à toute éventuelle preuve à venir sur la question, à partir du moment où sont fixées des probabilités, il fait l'hypothèse d'un Dieu intra-rationnel, c'est-à-dire qui peut être appréhendé par la raison.

L'agnostique peut choisir par convention sociale de s'affilier malgré tout à une croyance religieuse, dont il sait qu'il ne peut avoir la certitude, mais qui lui évitera une éventuelle exclusion sociale, plus ou moins probable en fonction de la religiosité de son groupe social.

Agnosticisme et religions

L'agnosticisme à l'égard des religions

La conception philosophique même de l'agnosticisme fait qu'un agnostique ne peut éprouver de l'animosité à l'égard d'un croyant. Celui-ci peut toutefois être critique quant à certains préceptes religieux, et aux actions des fidèles qui revendiquent l'accomplissement de la volonté divine. Mais la plupart des agnostiques y sont totalement indifférents. L'agnosticisme n'est donc pas antithéiste. À l'inverse toute tentative de prosélytisme à leur égard est mal perçue car nul ne peut prétendre apporter la preuve de l'existence de Dieu (en l'état actuel des connaissances de l'Homme ou à jamais selon les individus). Un croyant croit autant en Dieu qu'un agnostique assume sa conception philosophique, même si ce dernier la considère comme plus objective. En fait, l'attitude d'un agnostique est surtout fonction du degré de scepticisme de sa position. Un partisan de l'APP aura tendance à être tolérant et compréhensif, car il conçoit les arguments des croyants, et reconnait plus ou moins leur position. Tandis qu'à l'opposé, un partisan de l'ADP tendra vers une attitude plus critique, considérant les arguments religieux comme infondés et irrecevables, et n'affiche donc au mieux que de l'indifférence, si ce n'est du mépris. Les plus radicaux appellent d'ailleurs à une certaine restriction de l'activité publique des institutions religieuses, car ils estiment qu'elles ne devraient pas être autorisées à véhiculer des théories cosmogoniques infondées (aujourd'hui ou à jamais) en les présentant comme vérité absolue. L'agnosticisme est donc assez attaché au concept de laïcité; et, sans être antireligieux, se voit souvent plus ou moins teinté d'anticléricalisme[6].

En réalité, il faut savoir que l'opposition entre croyants et agnostiques relève plutôt de la question de l'intervention de Dieu dans les affaires humaines que de son existence. La plupart des religions affirment tenir leur savoir de révélations permises complaisamment par leur Dieu, ce qui en fait une connaissance sacrée, hors de portée de l'analyse scientifique. Or, un agnostique tient d'abord compte des informations apportées par la science (c'est-à-dire démontrées et prouvées) et, malgré la difficulté pour elle d'étudier le domaine religieux (en vertu du principe du NOMA[7]), la Science apporte chaque jour d'importantes informations sur la nature de notre environnement et nous enseignent à relativiser la place de l'homme dans l'univers. L'écart observé tend à devenir tellement grand qu'il décrédibilise l'hypothèse d'ingérence des dieux dans les affaires humaines, et donc les révélations dont se prévalent les religions. Il est envisageable que le(s) Dieu(x) des religions puissent être des entités de nature supérieures, mais il est invraisemblable qu'ils aient créé l'Univers pour s'intéresser d'aussi près à l'humanité de la manière que cela est décrit dans les Écrits religieux, qui font toujours référence d'une part à la création et au fonctionnement du Monde, et d'autre part à des interventions ponctuelles et localisées de leur(s) Dieu(x)[8]. Il y a donc un problème de disproportion dans les rapports Dieu(x)/Hommes tels que décrits par les religions. Par conséquent, l'agnosticisme tend plutôt à considérer les religions comme des constructions sociales et culturelles, qui auraient une fonction de cohésion social (le mot «religion» vient entre autres du latin «religare»=relier: Relier Dieu et les hommes, mais aussi les hommes entre eux), mais, en l'absence de preuves établies scientifiquement, ne peut prendre au sérieux leurs affirmations comme des indices objectifs de l'existence de(s) Dieu(x)[9].

L'agnosticisme adopte ainsi une attitude de parfaite neutralité envers les religions, du moins tant qu'elles respectent les droits fondamentaux de la personne humaine. L'annulation des sacrements ou assimilés (telle la débaptisation dans le Christianisme) n’est nullement nécessaire aux agnostiques, ces derniers n'attachent pas d’importance aux divers rites religieux. Les fêtes religieuses, comme Pâques, Noël, Yom Kippour, ou l'Aïd el-Kebir peuvent être tout aussi célébrées. Elles sont perçues tout simplement comme des fêtes traditionnelles. De même, un agnostique peut se rendre à l'intérieur des édifices religieux si bon lui semble afin, par exemple, d'y contempler l'architecture, ou pour des raisons de convention sociale. Il n'y a aucune interdiction ou doctrine liée au fait d'être agnostique, puisque l'agnosticisme ne suit aucun précepte par définition, si ce n'est «suivez votre raison aussi loin qu'elle vous mènera et ne prétendez pas que des conclusions sont certaines quand elles ne sont pas démontrées ou indémontrables»[10]. C'est pourquoi l'agnosticisme peut se cumuler avec la pratique d'une religion; chacun étant libre, à défaut de certitude scientifique, de suivre sa foi comme il lui plaira. En cela, l'agnosticisme rejoint l'adage de Blaise Pascal "Le Cœur a ses raisons que la Raison ne connaît pas". Il faut donc plutôt assimiler l'agnosticisme à un courant de pensée philosophique qu'à une religion.

Les religions à l'égard des agnostiques

Les religions théistes

Ces religions sont les premières visées par la pensée de l'agnosticisme. Ce sont leurs conceptions de Dieu que l'agnosticisme a d'abord étudié, et à partir desquels il a construit sa pensée. Néanmoins, on remarquera que les controverses sont restées limitées au Christianisme.

Le judaïsme et l'agnosticisme

La plupart des penseurs et exégètes Juifs considèrent que l'on peut arriver à "trouver" Dieu par sa seule raison, l'exemple type étant le patriarche Abraham. Cependant, selon la Bible, Dieu fait des miracles pour que l'on croie en lui et en son omnipotence, notamment dans l'Exode[réf. nécessaire].

Le christianisme et l'agnosticisme

Les relations entre le christianisme et l'agnosticisme sont faites à la fois de confrontations et de tolérances. L'exemple le plus évocateur étant le débat qui eut lieu entre les représentants de l'Église et les défenseurs de la théorie de l'évolution de Charles Darwin. Après de vifs débats, l'Église reconnut la possible véracité de la théorie. Il existe néanmoins depuis quelques décennies un essor du créationnisme porté, entre autres, par des mouvements évangéliques américains et qui est en totale opposition avec la conception philosophique de l'agnosticisme. En effet, le créationnisme essaie de donner une valeur scientifique à des affirmations purement dogmatiques (comme la Création du monde en une semaine), relevant de la foi et absolument pas d'une démarche rationnelle et empirique, comme en relève la position agnostique. L'agnosticisme se montre d'autant plus critique que le créationnisme se rend coupable de confusion entre foi et empirisme (rompant ainsi avec le NOMA).

L'islam et l'agnosticisme

Le Coran condamne les «mécréants» ainsi que les «faux croyants», nommés les «hypocrites» mais pas spécifiquement les agnostiques. Il semble que l'agnosticisme n'ait jamais trouvé son concept dans l'Arabie du VIIe siècle puisque ni les hadiths ni le Coran ne l'évoquent. Concrètement, l'histoire de la théologie musulmane est jalonnée de doutes: au VIe siècle, Burzoe, ministre du roi sassanide Khosro Ier, exprime ses doutes concernant la vérité des religions de son époque, soupçonnant leurs enseignements d'être vides de sens, et considérant les croyants comme victimes d'une illusion. Cette pensée a influencé très tôt l'Islam, initiant une tradition de libre-pensée et de littérature sceptique qui a conduit au scepticisme des missionnaires ismaëliens, ainsi qu'à celui de Al-Ghazâlî au XI-XIIe siècle[11]. Cependant, il faut garder à l'esprit que le doute en Islam n'a jamais porté sur l'existence même de Dieu, mais sur la définition d'une pratique de son culte sur Terre. Les théologiens pensent que le sentiment du Dieu unique est inné en la nature humaine, de sorte qu'il n'y a besoin d'aucune preuve de son existence, les révélations ne concernant que les modalités du culte à lui rendre pour obtenir la rédemption dans la vie éternelle.

Toutefois, il reste possible que la recherche intellectuelle de Dieu, le doute quant à son existence même soient temporairement tolérés par l'islam (dans un moment d'égarement), mais la condition reste d'aboutir, au final, au monothéisme définitif, et donc à la reconnaissance soumise d'Allah (ainsi qu'à celle que Mahomet est son prophète[12]). De ce fait, ce sont plus particulièrement l'athéisme et l'ADP, c'est-à-dire le refus inébranlable de reconnaître Allah, qui sont absolument condamnés.

Mais d’autre part, Mahomet a conseillé à ses compagnons de ne pas se préoccuper de questions qui les dépassent. Selon le livre At-Targhîb wa At-Tarhîb, Mahomet conseille à ses compagnons : « Méditez sur la création de Dieu, ne méditez point sur Son Essence, car vous ne L’estimerez pas comme Il doit l’être »[13] Concrètement, cette idée a été reprise par les théologiens musulmans rationalistes sous la forme d'un "agnosticisme religieux", qui affirme l'existence d'un fossé infranchissable entre Dieu et sa création qu'il transcende, rendant impossible toute prédiction ou connaissance à son sujet. En cela, ils rejoignent partiellement l'ADP, qui préconise de délaisser totalement les réflexions sur le divin[14].

Cet agnosticisme partiel, en affirmant plus ou moins les limites de la perception humaine, s'accorde donc sur ce point avec les religions dites de la révélation. En effet, la révélation ne se définit pas comme un phénomène objectif librement observable par tous, mais comme une confidence divine seulement adressée à une minorité très restreinte d'êtres humains, qui ont eu la chance d'être élu pour recevoir des informations inaccessibles habituellement, par la grâce de Dieu. Hors de la révélation, personne n’a le droit d’affirmer et imposer toute interprétation concernant les questionnements qui dépassent l'entendement humain; de sorte que l'on ne peut rien attendre de l'analyse scientifique et rationnelle sur ces sujets.

Les religions non-théistes

Ces religions sont plus difficiles à appréhender pour l'agnosticisme car ne font pas référence expressément à une ou des divinités. Or, si l'agnosticisme s'intéresse à toute religion, il se penche plus sur les signes de l'existence de Dieu(x) créateur(s) et/ou interventionniste(s) à travers les faits allégués par les religions que sur leurs caractères dogmatiques en eux-mêmes, d'où découle tous les rites et traditions (qui ont un aspect d'abord social). Cependant, les religions au sens large ont toutes en commun de proposer une source morale dont elles présentent l'origine comme transcendante à l'homme, c'est-à-dire divine. La vision agnostique consiste toujours à douter de la divinité de cette source.

Le Bouddhisme même s'il ne vénère pas forcément de dieu, propose néanmoins une cosmogonie (une organisation du monde) et une vision de la vie après la mort, c'est-à-dire des affirmations fondées uniquement sur des dogmes, ce qui peut en faire une religion. Le concernant, l'agnosticisme s'intéresse surtout à la notion de Karma, fondamentale dans la pensée bouddhiste, selon laquelle tous les êtres vivants sont pris dans un cycle de réincarnations perpétuelles, dans lequel ils ne peuvent progresser que par la réalisation d'action vertueuse, et cela dans l'espoir d'en échapper pour atteindre le Nirvāna. L'agnostique pourrait remarquer que si la progression des individus est conditionnée par la valeur de leurs actions, cela signifie qu'il existe une entité transcendante qui est là pour définir le Bien et le Mal, et qui régule les parcours des individus en fonction de la proportion de Bien et de Mal présents dans leurs actions[15]. Le point de vue agnostique consiste à mettre en doute l'existence de ces entités transcendantes, et à contester moins l'idée de cycle de réincarnation, que de hiérarchisation et de progression des êtres telle que définis par le Bouddhisme[16], compte tenu des éléments de connaissance actuelle (avec une plus ou moins grande perspective de recueillir de nouveaux éléments selon les points de vue). Quant à l'affiliation, elle reste affaire de convention sociale, comme dit plus haut.

L'agnosticisme vis-à-vis des autres positions philosophiques sur Dieu

L’agnosticisme est, à l’origine, en opposition aux religions, induisant le doute sur leur connaissance de(s) Dieu(x), dans le sens de son(leur) existence, avant de douter de son(leur) inexistence. Il va donc, dans un premier temps, dans le même sens que l’athéisme. Cependant, à partir du moment où l’athéisme affirme l’inexistence de(s) Dieu(x), l’agnosticisme ne peut encore aujourd’hui (ou à jamais) le suivre en l’absence de preuves suffisantes. Inversement, il ne peut suivre les diverses formes de déismes, qui affirment l’existence d’un être suprême, d’un(de) Dieu(x) indéfinissable(s), dans le sens que nulle personne ou nul mouvement religieux ne peut se prétendre être le dépositaire exclusif de sa volonté; car eux aussi affirment sans preuves. Dans les deux cas, aucune certitude n’est établie, car il n’existe encore ou n’existera jamais aucun fait reconnu et établi scientifiquement qui permettrait de statuer sur la question. Quant aux démarches de purs raisonnements formulés par les deux partis, ils sont inutiles, impuissants à prouver quoique ce soit, car ne relèvent que de la Raison pure, et ne peuvent de toute façon surpasser la valeur déjà insuffisante de l’argument ontologique.

Cependant, cette position ne relève pas exclusivement de l'indifférence religieuse (comme c'est le cas de l'apathéisme), car reconnaît malgré tout l'impact que pourrait avoir l'existence d'une divinité, ne serait-ce qu'en terme eschatologiques (ce sont peut-être l'Au-delà et l'éternité qui sont en jeux). Selon les degrés de scepticisme, les partisans restent plus ou moins attentifs à l'arrivée de tout nouvel élément sur la question.

Nombre d'agnostiques dans le monde

639 millions de personnes dans le monde se déclarent agnostiques d'après l'Atlas des Religions de La Vie et Le Monde et de l'étude Atlas of Global Christianity 2010 réalisée par Todd M. Johnson et Kenneth R.Ross de l'Université d'Edimbourg[17].

En France

Un sondage de l'institut Harris Interactive[18], publié par le Financial Times, daté de décembre 2006, dénombre 32 % d'agnostiques en France soit autant que d'athées[19].

Agnostiques célèbres

D'éminents artistes, intellectuels et scientifiques se sont revendiqués agnostiques. Pour n'en présenter que dix parmi les plus connus et les plus souvent cités, on peut mentionner :

Blaise Cendrars[20], Charles Darwin[21],[22],[23], Émile Durkheim[24], Thomas Edison[25], Albert Einstein[26],[27], Charlie Chaplin[28], Carl Sagan[29], Marie Curie[30], Thomas Henry Huxley[31], Claude Bernard[32], Émile Littré.

Notes et références

  1. Définition semblable, voir Philippe Godard, Le Dico des religions, La Martinière, Paris, 2009, p. 17.
  2. « Personne qui professe que ce qui n'est pas expérimental, que l'absolu, est inconnaissable, sceptique en matière de métaphysique et de religion », Dictionnaire Dixel, 2010.
  3. Richard Dawkins, Pour en finir avec les dieux, Perrin, Paris, 2009, p. 67
  4. Un exemple évident est celui du paradoxe de l'Espace-Temps: Comment le Monde peut-il exister si l'Espace et le Temps sont infiniment grands et petits ? Plus précisément, on peut aussi citer la matière noire, la taille et l'évolution de l'univers, la réalité au niveau subatomique etc.
  5. Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, Perrin, Paris, 2009, p. 64 à 74
  6. Routledge Encyclopedia of Philosophy
  7. "Non-Overlapping Magisteria"("Non-empiètement des magistères"); concept énoncé par Stephen Jay Gould dans "Et Dieu dit:"Que Darwin soit!""
  8. On pensera notamment aux révélations des prophètes
  9. voir la partie sur les "cultes du cargo" dans le chapitre 5 «les racines de la Religion» du livre «Pour en finir avec Dieu» de R.Dawkins
  10. T.H. Huxley cité dans Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, Perrin, Paris, 2009, p. 68
  11. Erreur et délivrance, Beirut 1969, 12–4
  12. L'acte de soumission restant exclusivement réservé à Dieu
  13. http://www.islamophile.org/spip/Epitre-du-Credo.html
  14. Encyclopaedia of Islam, THREE
  15. Ce raisonnement correspond très exactement à appliquer un axiome chrétien (bien et mal défini par une entité transcendante) à l'approche bouddhiste (qui fait appel à des notions bien différentes), dans lequel aucune entité externe n'est nécessaire pour définir ce qui est positif et négatif (résultats constatés a posteriori, ou bien intentions déterminées a priori par l'auteur de l'action lui-même). Il montre simplement la difficulté qu'ont les occidentaux d'une part à se détacher des raisonnements théistes, ainsi que l'incapacité qu'ils ont souvent à appréhender d'autres approches.
  16. . On pourra faire alors l'hypothèse que si la réincarnation existe, elle est aléatoire et peut faire l'objet de prévisions statistiques, basées sur nos connaissances actuelles de la biodiversité
  17. L'athéisme et l'agnosticisme, Actualité, Linternaute
  18. (en)Religious Views and Beliefs Vary Greatly by Country, According to the Latest Financial Times/Harris Poll
  19. Enquête Harris Interactive complète
  20. Cendrars en énigme, sur fabula.org Lire en ligne
  21. Charles Darwin, L'autobiographie, Seuil, Paris, 2008, p. 89
  22. Dans la Présentation par Jean-Marc Drouin, Charles Darwin, L'Origine des espèces, Flammarion, Paris, 2008, p. 26
  23. Dans la Préface par Maxime Rovere, Charles Darwin, Écrits intimes, Payot et Rivages, Paris, 2009, p. 17
  24. Liliane Voyé, Sociologie, De Boeck & Larsier s. a., Belgique, 1998, p. 105 Lire en ligne
  25. Voir la réflexion de Thomas Edison au sujet de Dieu [Thomas Alva Edison, Columbian Magazine], ce dernier mettant clairement en doute son existence dans la mesure où aucune preuve scientifique n'a été apportée Lire en ligne
  26. Richard Dawkins dans Pour en finir avec Dieu, Perrin, Paris, 2009, p. 24 qualifie Albert Einstein d'athée. L'intéressé déclara dans une lettre à M. Berkowitz datée du 25 octobre 1950: Ma position concernant Dieu est celle d’un agnostique. Lire en ligne. Toutefois quelques années plus tard, Einstein affirmera : Ce que vous avez lu sur mes convictions religieuses était un mensonge, bien sûr, un mensonge qui est répété systématiquement. Je ne crois pas en un Dieu personnel et je n’ai jamais dit le contraire de cela, je l’ai plutôt exprimé clairement. S’il y a quelque chose en moi que l’on puisse appeler "religieux" ce serait alors mon admiration sans bornes pour les structures de l’univers pour autant que notre science puisse le révéler.(Albert Einstein - 1879-1955 - "Albert Einstein : le côté humain" édité par Helen Dukas et Banesh Hoffman, lettre du 24 mars 1954)
  27. Laurent Lemire, Le siècle d'Albert Einstein, Perrin, Paris, 2008, p. 37.
  28. The Religious Affiliation of Charlie Chaplin Lire en ligne
  29. Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, Perrin, Paris, 2009, p. 64
  30. Jean Pierre Camillerie et Jean Coursaget, Pionniers de la radiothérapie, EDP Science, Paris, 2005, p. 67 Lire en ligne
  31. Thomas Henry Huxley fut décrit par les religieux de son temps comme un athée, ce dernier réfuta cette qualification s'estimant agnostique. Bien qu'il soit l'inventeur du terme agnostique, Luc Perino le définit comme athée dans Charles Darwin, Télérama hors série, Paris, 2009, p. 58. Richard Dawkins dans Pour en finir avec Dieu, Perrin, Paris, 2009, p. 67-68, l'évoque comme agnostique. Dans ce même livre, des écrits de T. H. Huxley sont repris, ce dernier définissant et défendant le concept d'agnosticisme.
  32. Georges Minois, Église et la science. Histoire d'un malentendu. T1, p. 299

Bibliographie

trad. franç. de Joseph Ohana, Langage, Vérité et Logique, Paris, Flammarion, 1956.

Annexes

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