Paroisse

Une paroisse (du latin : parochia ou paroecia, qui vient lui-même du grec ancien παροίκια / paroikia, « séjour dans un pays étranger », né de l'emprunt du terme παρέχω / parekhô, « fournir, offrir, présenter ») est, dans le christianisme, la subdivision de base d'un diocèse dans diverses Églises : Église catholique romaine, Église anglicane, Église orthodoxe, etc.

Elle a également donné son nom à une subdivision administrative dans plusieurs pays, la paroisse civile.

Sommaire

Description

La paroisse désigne à la fois une aire géographique précise, le « territoire de la paroisse », et un groupe de personnes habitant sur ce territoire et constituant la communauté paroissiale.

L'église dite paroissiale est le lieu de rassemblement de la communauté devant laquelle le pasteur et toute l'assemblée célèbrent la divinité à travers différentes cérémonies telles que la messe dominicale.

Le mot provient du latin parochia utilisé par les premières communautés chrétiennes pour désigner le territoire d'une cité épiscopale. Au Ve siècle, il est déjà très proche de son sens actuel puisqu'il s'applique aux territoires et communautés existant en dehors du siège épiscopal.

La paroisse catholique

Le clergé

À chaque paroisse est affecté un prêtre qui porte le titre de curé de la paroisse. Chaque paroisse est rattachée à un Curé, mais celui-ci n'est pas forcément résident sur la paroisse. Ce nom de curé signifie « chargé du soin des âmes » (curatus animarum). Sous l'autorité directe de son évêque, dont il est le délégué, c'est le pasteur de la paroisse, au sens évangélique du terme. Ce mot n'est pas son appellation usuelle.

Un curé peut être, selon la taille ou la population de la paroisse, assisté par un ou plusieurs prêtres appelés vicaires. Dans les paroisses administrées par un curé non résident, on les appelle desservants. En Bretagne, le curé est plus souvent appelé recteur et c'est son vicaire qui est appelé curé.

Dans les campagnes françaises, le nombre décroissant de prêtres a poussé depuis quelques décennies au regroupement paroissial. Plusieurs paroisses sont réunies et confiées à un seul curé assisté de quelques laïcs.

Dans son dictionnaire, Antoine Furetière décrit la paroisse comme le territoire « sur lequel s'étend la juridiction spirituelle du curé ». Le curé est avant tout responsable de la pastorale et de l'exercice du culte, mais cela le charge aussi de préoccupations d'ordre temporel à l'égard de ses paroissiens (pratiquants ou non).

La célébration des messes et offices, l'administration des sacrements, dont la confession, l'organisation de manifestations exceptionnelles, et la présence à de multiples réalités de la paroisse remplissent l'emploi du temps du clergé. À travers toute une pédagogie d'enseignement et d'expérience religieuse (la catéchèse), les paroissiens et en particulier les enfants sont initiés aux mystères de la religion chrétienne.

Des laïcs, bénévoles ou rémunérés, soulagent le clergé de diverses tâches matérielles telles que l'entretien de l'église et la préparation des cérémonies ; le sacristain (aussi appelé bedeau ou custos) y vouait souvent toute son existence. De nos jours, ce rôle est assuré par un ou plusieurs laïcs. Pour les cérémonies dans l'église, en particulier la messe dominicale et les processions, les ministres du culte sont assistés par les enfants de chœur, ou servants de messe, jeunes garçons ou jeunes filles de la paroisse volontaires pour assumer ce rôle. De nombreuses vocations sont révélées dans ce cadre.

Organisation des paroisses

Selon sa géographie, son habitat, la paroisse peut être divisée en quartiers regroupant plusieurs hameaux (ou rues) ; des chapelles ou des prieurés facilitant la pratique de la religion pour les paroissiens voisins. Après la Révolution, on trouve mention de ces quartiers - sous le nom de frairies - dans les listes électorales ou encore les plans du cadastre.

En raison des conditions de leur naissance, de leur taille ou configuration, une paroisse appelée paroisse-mère peut avoir délégué à une ou plusieurs paroisses-filles une partie de ses prérogatives sur une portion du territoire. Il s'agit essentiellement de permettre à une partie des habitants de disposer d'une église sans devoir se déplacer à l'église principale. Un service minimum est donc assuré sous l'autorité du curé de la paroisse-mère. Les messes principales mais aussi les registres paroissiaux y sont en principe tenus.

Les paroisses-filles sont généralement appelées succursales sous des dénominations variables géographiquement : trève en Bretagne, mais aussi selon Furetière, « aide, fillette, annexe, vicairerie ». Record au moins régional, en Bretagne la paroisse de Bothoa - maintenant Saint-Nicolas-du-Pélem - ne comportait pas moins de quatre trèves, l'ensemble occupant 140 km².

L'entité géographique supérieure dans l'Église catholique romaine, est le doyenné regroupant plusieurs paroisses, le curé de l'une d'elle étant désigné comme doyen par l'évêque du diocèse. Au-dessus hiérarchiquement, l'archidiaconé regroupe plusieurs doyennés.

Origine et histoire des paroisses en France

En dehors des villes, au statut particulier, la paroisse jusqu'à la Révolution était l'entité de base du royaume. Non seulement son origine et sa nature religieuse n'empêchaient pas les élites et les administrations de la considérer comme la circonscription de base, mais le curé était estimé comme le personnage et l'interlocuteur essentiel, le clergé et de rares notables étant parfois les seuls à posséder quelque instruction. Le clergé séculier a été modelé par les séminaires mis en place à la suite du Concile de Trente. Les études y durent 5 ans (2 ans de philosophie, 3 ans de théologie). Ordonnés prêtres après ce cursus, leur ministère commence par une période de vicariat, certains restent vicaires toute leur vie alors que d'autres sont nommés aux fonctions de curé.

Celui qui nommait les curés était rarement l'évêque diocésain ; le droit de collation, c'est-à-dire de nomination du titulaire, pouvait aussi être détenu par un autre ecclésiastique, une abbaye ou un laïc, généralement un seigneur du lieu ou le roi. Ainsi dans le diocèse de Besançon, à la fin du XVIIIe siècle, 24 sont nommés par le chapitre métropolitain, une centaine par des abbayes, 70 par les seigneurs, 6 par le roi et cinq curés sont élus par les paroissiens[1]. Dans tous les cas l'évêque gardait le droit d'institution canonique.

S'appuyant sur le respect des ouailles pour leur curé, celui-ci se trouva chargé de fonctions civiles comme l'État-civil ou la lecture de textes législatifs ou d'ordonnances de justice au cours ou à l'issue des messes. Habitués à recevoir de sa part des doléances ou requêtes au nom de ses paroissiens, les agents royaux trouvaient naturels de solliciter le curé pour obtenir des informations ou de lui confier des tâches où sa connaissance et sa proximité du peuple étaient essentielles telles que la distribution de secours. Au milieu du XVIIIe siècle, c'est au clergé qu'on demande des statistiques de population pour leur paroisse ; opération encadrée par les subdélégués de l'intendant. Il assumait avec plus ou moins de bonne volonté ces charges supplémentaires et apparaissant généralement sans accord préalable.

S'appuyer sur les paroisses en confiant aux curés des missions d'intérêt général était aussi pour le pouvoir royal une façon de négliger la féodalité et de ne pas devenir les obligés des seigneurs du lieu.

De ce point de vue administratif, la paroisse était l'unité fiscale. Au cours d'assemblée de paroisse, les paroissiens intéressés devaient répartir les impôts sur chaque foyer et désigner chaque année les collecteurs. Ces assemblées rassemblent les chefs de famille de la paroisse qui peuvent être des femmes en cas de veuvage.

Sauf pour les plus petites et les paroisses urbaines, la Révolution transforma chaque paroisse en une commune avec des territoires et populations identiques (loi établissant les municipalités du 14 décembre 1789). La paroisse parut à ce moment une notion et une réalité définitivement condamnées et il lui fallut plusieurs années pour récupérer une partie de ses attributs d'Ancien Régime.

De nos jours en France, les associations cultuelles ont repris une partie de l'identité juridique et administrative des paroisses.

Identités paroissiales d'autrefois

Jusqu'au début du XXe siècle et surtout dans les paroisses rurales à forte vocation agricole, les individus s'identifiaient avant tout à leur paroisse, voire de manière métonymique à leur clocher : tout passant, tout visiteur était considéré comme étranger quand bien même il était de la paroisse voisine ; celui-ci savait avoir la même attitude une fois de retour chez lui. Les variantes du patois ou des pièces de vêtements désignaient immédiatement comme suspect celui qui n'est pas du pays : que venait-il faire là ? pour quelles raisons ? comment interpréter l'aisance affichée par son habit ou au contraire l'indigence de ses hardes ? est-il de passage ou un nouveau paroissien ?

L'isolement induit par la géographie (îles, vallées, ressources locales spécifiques, etc) favorisait et favorise encore dans une certaine mesure le repli sur les éléments familiers et immuables.

L'identification à la paroisse se faisait en parallèle à une attitude de rivalité à l'égard des paroisses voisines, surtout la ou les paroisses d'importance comparable. Cette attitude était positive en s'exprimant par une émulation sur l'adresse ou la force des jeunes paysans, sur le savoir-faire des artisans ou encore sur les signes extérieurs de la piété (ornements des églises, zèle dans les processions...), mais favorisait aussi une hostilité ouverte et des violences assez régulières, plus ou moins endiguées par des occasions de défoulement telles que la soule.

Sur tous les sujets possibles, plus ou moins délibérément, chaque paroisse cultivait ses particularités, c'est-à-dire des disparités vis-à-vis des innovations des voisins, tout cela en restant à l'intérieur de cadres eux-mêmes propres à un terroir. Ces disparités constamment soulignées et renforcées était devenues l'archétype de l'inconciliable. Antoine Furetière explique : « On dit de deux choses dépariées qu'on porte ensemble qu'elles sont de deux paroisses » et Émile Littré évoque le cas d'un bedeau de deux paroisses réunies contraint de porter un habit pour moitié de chacune des couleurs de ces paroisses.

Ce sentiment d'appartenance devait être suspendu à l'occasion des foires, pèlerinages, etc, où chacun se vouait à des intérêts supérieurs temporels ou spirituels. Il fallait aussi savoir mettre de l'eau dans son vin quand l'amour et les liens du mariage attiraient malgré soi sur des terres étrangères situées seulement à une lieue ou deux de là. Les cas de force majeure, épidémies et autres formes d'agression du territoire, mobilisation générale, imposaient aussi de temps à autre une remise en cause de son identité locale.

En France, le morcellement de l'esprit public à cette échelle joint à la centralisation et à la faiblesse des ressources propres a interdit longtemps toute forme de collaboration entre paroisses, puis entre communes. Chacun et chaque paroisse entretenaient ce qui lui était personnellement utile et les ouvrages ou opérations lourdes (ponts, routes principales, canaux, ports, etc) ne pouvaient être entreprises qu'aux niveaux supérieurs de l'état. Tout autre processus était voué à l'avortement par - comme dit le langage familier - des querelles de clochers.

Pas moins de 2 800 des 15 000 églises rurales sont en péril selon un rapport rédigé par le Sénat[2].

Archives paroissiales

Les paroisses, comme toutes les institutions, produisent divers documents qui en perdant leur actualité prennent le statut d'archives. Ces documents varient avec les époques et la complexité du fonctionnement, mais peuvent se regrouper en principales catégories au-delà des noms qu'on leur donne. La plupart sont des registres, sont rédigés chronologiquement et sont des sources de premier plan pour l'histoire locale.

  • Les registres paroissiaux où le clergé enregistre les actes de baptême, mariage et sépulture, c'est-à-dire un bref rapport à la forme réglementée citant la personne ou les personnes concernées, les témoins et le prêtre responsable, le tout suivi de leurs signatures.
  • Les registres de catholicité, nom des registres paroissiaux tenus par le clergé à partir de 1803.
  • Les registres de délibérations de l'assemblée paroissiale sur l'administration de la paroisse.
  • Les registres de délibérations de la fabrique concernant l'administration et entretien courant de l'église et des biens annexes.
  • Les ouvrages liés au culte en général et dans la paroisse en particulier : le livre de prières appelé paroissien ou paroissial ; le coutumier décrivant les usages locaux.
  • Les registres du conseil paroissial, à partir du début du XXe siècle en France.
  • Les bulletins paroissiaux, imprimés périodiques, surtout à partir du début du XXe siècle en France.
  • Les registres de paroisse qu'il ne faut pas confondre avec les registres paroissiaux sont aussi appelés « Livres de paroisse » ou « Cahiers de paroisses » parce qu'ils sont le journal de bord des évènements petits ou grands de la paroisse complété par toutes sortes d'informations pouvant soutenir ou aider le clergé dans son sacerdoce, charge à chaque curé de le mettre à jour et de le transmettre à son successeur. Les plus anciens datent du début du XIXe siècle en France.

Les registres paroissiaux ont été intégrés aux archives communales dès leur création en 1790.

Paroisse personnelle

Sur le modèle des prélatures personnelles (au niveau mondial), l'Église catholique a parfois recours à des paroisses personnelles, ancrées non dans un territoire géographique précis au sein du diocèse (paroisse géographique), mais sur une thématique pastorale précise ou sur une liturgie particulière. Par exemple, des paroisses personnelles ont été créées pour les fidèles attachés à la liturgie tridentine (missel de 1962). Les curés des paroisses personnelles sont des prêtres diocésains, la paroisse qui leur est confiée n'a simplement pas de délimitation géographique.

Références

  1. Sauzay, Histoire de la persécution religieuse dans le départements du Doubs, T I, p. 168. Cité par Pierre-Marie de la Gorce, Histoire religieuse de la Révolution française, T I, P. 22
  2. « Des maires sont contraints de démolir leurs églises », sur lefigaro.fr.

Voir aussi

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