Arbalète à main

Arbalète (arme)

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Dessin de Leonardo da Vinci, aux alentours de 1500

L'arbalète (du latin arcuballista) est une arme de jet, inventée par les Chinois, et dont la présence est attestée chez les Romains.

Sommaire

Définition

C'est un arc monté horizontalement sur un fût, ce qui présente de nombreux avantages

  • le fût sert de guide au projectile (appelé carreau[1]), qui peut donc être plus court, plus rigide, et (éventuellement) plus léger (en pratique il est généralement plus lourd). L'énergie de l'arc est mieux transformée en force d'impact. La manufacture du projectile est simplifiée, il est beaucoup moins couteux et il est plus facile de disposer de série de projectiles identiques, ayant les mêmes caractéristiques balistiques. L'arbalétrier est moins encombré, et les projectiles peuvent même être stockés dans l'arme, au-dessus de la corde, dans une sorte de chargeur (comme dans l'arbalète à répétition chinoise).
  • on peut bloquer la corde en position "armée" avec un dispositif mécanique, qu'on libère ensuite d'une faible pression. Ainsi, maintenir l'arme bandée ne requiert aucun effort, ce qui permet de séparer le mouvement d'armer et celui de tirer.
    • Au lieu de bander avec un seul bras, comme avec un arc, on peut utiliser divers dispositif multiplicateurs (levier, crémaillère, etc.), utiliser les deux bras ou même la force de plusieurs hommes, et adopter des arcs beaucoup plus raides (i.e. qui offrent une force beaucoup plus importante pour un déplacement donné). Une telle arbalète sera beaucoup plus puissante, son projectile aura une plus grande portée, précision et force d'impact. En contrepartie le tir sera beaucoup plus lent qu'avec un arc, et l'engin peut être trop encombrant pour un homme seul, en faisant une arme de siège ou navale de peu d'utilité sur le champ de bataille terrestre.
    • la force de l'arme est fixée par le point d'ancrage, contrairement à celle d'un arc qui varie selon que l'archer tire plus ou moins sur la corde. On peut viser sans fatigue, ce qui améliore la précision (très utile à la chasse, parfois utile à la guerre). Utiliser une arbalète est beaucoup plus facile qu'utiliser un arc, ce qui permet de simplifier l'entrainement militaire.

En contrepartie, la fabrication d'une arbalète est généralement plus compliquée et plus couteuse que celle d'un arc, bien qu'inversement la fabrication d'arbalètes puisse être plus simple que celle d'arcs de qualité militaire (par exemple l'arme composite à double courbure typique des archers à cheval d'Asie centrale, fait de bois, os et tendons). La cadence de tir est nettement plus faible: au moyen-âge, un arbalétrier doué tirait au mieux un à deux carreaux par minute, tandis qu'un bon archer "pouvait tirer 7 flèches avant que la première ne touche sa cible".[2]

Mécanique

Mécanique du projectile

La mécanique du carreau de l'arbalète est essentiellement celle d'une flèche, avec quelques différence mineures en termes de principe, mais significatives sur le comportement balistique : une flèche se tord sous la pression de la corde, le carreau d'arbalète est assez court et rigide pour ne pas subir ce problème.

Le carreau d'arbalète est intermédiaire entre la flèche (il est plus court et plus rapide) et la balle des armes à feu (il est beaucoup plus gros, plus lourd, et plus lent)

Éléments historiques

En occident, le gastrophète est l’ancêtre de l’arbalète : mais ce n’était alors qu’une arme de siège, trop lourde pour servir sur un champ de bataille. D'abord arme de chasse, l’arbalète est utilisée comme arme de guerre au Moyen Âge. Méprisée par la chevalerie, elle est considérée comme arme déloyale, car - tuant à distance - elle ne permet pas à l'adversaire de se défendre. Considérant que l’usage de l’arbalète, qui n’exigeait pas grande formation, permettait à des soldats peu aguerris de tuer à distance un chevalier en armure qui avait voué son existence au métier de la guerre, le clergé estima que l’arbalète était une arme immorale pour le peu de courage et de formation qu’elle exigeait de celui qui la maniait. Son usage est interdit en 1139 par le IIe concile du Latran[3] et confirmée quelques années plus tard, en 1143, par le pape Innocent II, qui menaça les arbalétriers, les fabricants de cette arme et ceux qui en faisaient le commerce d'excommunication et d'anathème. Cette interdiction, par ailleurs valable uniquement pour les combats entre chrétiens, restera médiocrement observée par les princes d'Occident, malgré les efforts du pape Innocent III pour réaffirmer, en 1205, les interdits du concile du Latran II. Durant les guerres médiévales, la France fait souvent appel à des mercenaires arbalétriers étrangers (notamment italiens, et en particulier gênois), dont le tir pouvait percer une armure jusqu'à une distance de 90 à 100 mètres.

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Les progrès de la sidérurgie augmentèrent parallèlement la robustesse des armures et la puissance de l'arbalète avec la création de l'arc en acier au début du XIVe siècle et qui remplaça petit à petit, les arcs en bois et les arcs composites (lamellé-collé: bois + tendons + corne, le tout encollé). On inventa aussi un mécanisme complexe et coûteux, avec temps de rechargement de plus en plus long de 2 à 3 minutes (jusqu'à 30 minutes pour les modèles les plus puissants) comme le cric ou le treuil (appelé aussi le moufle) pour tendre l'arbalète.

Le cric d'arbalète est erronément connu de nos jours, sous le nom de cranequin. À l'origine, ce mot désignait l'arbalète et non le mécanisme destiné à la tendre mais l'erreur a perduré. Les cranequiniers étaient le nom des utilisateurs (à pied ou à cheval) de ce type d'arbalète.

Les arbalètes, comme les arcs, ont pratiquement disparu lorsque les armes à feu, plus facile d'emploi, demandant moins d'entrainement, et aussi beaucoup moins chères, devinrent l'équipement de base du fantassin. Des utilisation marginales restent néanmoins attestées jusqu'à des époques très récentes. De plus, dans des circonstances où la discrétion prime sur la portée et la puissance de l'arme (arme particulièrement adaptée aux combats en forêt), elle peut faire partie de la panoplie des corps militaire d'élite.

Richard Cœur de Lion mourut de la blessure infligée par un carreau d'arbalète en 1199.

Les Italiens se distinguèrent dans la fabrication d'arbalètes particulièrement efficaces : un trait d'arbalète pouvait atteindre jusqu'à 350 km/h ! Cependant, une telle arme se rechargeant en une demi-heure, elle fut peu utilisée sur les champs de bataille.

Les arbalètes modernes ont profité des progrès des arcs modernes : matériaux composites, arcs à poulie. À titre d'illustration, voici les chiffres d'une arbalète de chasse moderne :

  • Puissance : 150 livres (i.e. la force exercée pour maintenir l'arme bandée, qui est aussi celle qui sera appliquée au projectile, correspond à celle d'un poids d'environ 75 kg, soit 700 Newton ; la dénomination "puissance" et sa mesure en "livres" sont traditionnelles en archerie, bien qu'il s'agisse d'une force et non d'une puissance)
  • Vitesse initiale : 102 m/s (env. 350 km/h)

L'arbalète est encore utilisée comme arme, dans des sociétés de tir d'agrément (Nord de la France, Belgique, Pays-Bas...). Elle a aussi quelques usages pratique en construction, pour le lancement, dans certains cas particuliers, de la cordelette légère qui servira à tirer des câbles (arbalète ou fusil lance-amarre).

La chasse à l'arbalète est techniquement possible, mais parfois interdite (notamment en France)[4], car puissante, silencieuse et compacte et donc pouvant facilement être utilisé de l'intérieur d'un véhicule, c'est une arme idéale pour le braconnage. Certaines armées actuelles l'utilisent encore parfois dans les unités commandos pour neutraliser discrètement les sentinelles ennemies.

Contrairement à l'arc, le tir à l'arbalète n'est pas un sport olympique. Sa pratique est posible au sein de la Fédération Française de Tir. On distingue alors deux disciplines : l'arbalète Match (tir à 10 mètres et 30 mètres)[2] et l'arbalète Field tir à 10, 18, 35, 50 et 65 mètres)[3]. Certains artistes de cirque ou de music-hall utilisent l'arbalète, dans une version complexifiée des numéros de lanceur de poignards.

L'arbalète désigne aussi l'arme employée en chasse sous-marine où la propulsion de la flèche est assurée par des élastiques puissants appelés Sandows.

Anathème

L'arbalète était une arme si redoutable par sa force et si dangereuse par la facilité de s'en servir, que le IIe concile du Latran, tenu en 1139, l'anathémisa.
« Les Français la regardaient comme l'arme des lâches et refusaient de s'en servir. Avec cette arme perfide, disaient-ils, un poltron peut tuer sans risque le plus vaillant homme »[5].

Description historique : L'arme décrite par l'historienne byzantine Anne Comnène (1083-1148)

"La Tsangra (arbalète en grec) est un arc barbare (étranger), absolument inconnu des Grecs (Byzantins). Il ne se tend pas (l'arc),[...] celui qui tend cet instrument de guerre, particulièrement puissant, doit se tenir pour ainsi dire à la renverse et appuyer fortement les deux pieds sur les demi-cercles de l'arc, tandis que des deux mains, il tire à soi la corde avec grand effort. En son milieu se trouve une rainure semi-cylindrique qui touche à la corde elle-même, elle est un peu près de la dimension d'un trait de grande longueur et va de la corde jusqu'au milieu de l'arc (arbalète) : c'est par là que sont lancés des traits de toute sorte. Aussi bien, les traits qu'on y place, sont-ils très courts, mais très gros et munis au bout d'une redoutable armature de fer. Du fait de la projection , rendue violente par la corde et par toute la force déployée, les traits ne rebondissent pas en arrière de l'endroit où ils sont venus frapper [...] mais traversent un bouclier , perforent une cuirasse de fer épais, et poursuivent leur vol de l'autre côté. C'est à ce point qu'est violente et irrésistible la force de tels traits. Ce trait a déjà transpercé une statue de bronze : venant à frapper le rempart d'une grande ville, ou bien il a disparu enfoncé dans l'épaisseur du mur. Telle est l'action de la tsangra, action réellement diabolique ; celui qui est atteint par l'un de ces coups est bien malheureux, car il meurt subitement sans même sentir le coup, tant il est violent. [6]

L'arbalète au Japon

Selon Thomas Louis et Tommy Ito, l'utilisation de l'arbalète à flèche est apparu au Japon au VIIe siècle, essentiellement utilisée pour l'infanterie. Au cours du XVIe siècle, elle aurait été l'arme exclusive de certaines unités d'archers. Elle fut utilisée sur les champs de bataille autant sous sa forme portative qu'en tant qu'arbalète de siège projetant des pierres (oyumi). Celle-ci disparut au début du XIIe siècle[7]. du 23 é siéle au 50 é siecle

Notes et références

  1. nom dû à la forme de la pointe du projectile le plus commun, à quatre pans
  2. visite guidée de la citadelle de Provins;référence un peu faible a éventuellement améliorer
  3. «...au Xe siècle apparurent sur les champs de bataille des troupes d'infanterie armées de puissantes arbalètes à ressort de métal. Cette nouvelle arme était si meurtrière que son emploi fut le sujet d'une des premières «conférences de désarmement» du XIIe siècle. En 1139, le concile de Latran en interdit l'usage, mais cette condamnation ne fut pas plus respectée par les militaires de l'époque que d'autres interdictions formulées plus tard.» GIMPEL, Jean, La révolution industrielle du Moyen Âge, Paris, Éd. du Seuil, Coll. Points, 1975, p. 38.
  4. [1] L'arbalète, elle est classée en 6e catégorie et est interdite formellement à la chasse par arrêté ministériel en date du 15 février 1995 (Journal Officiel du 7 mai 1995) modifiant l'Arrêté Ministériel du 1er août 1986
  5. Pierre Jean-Baptiste Legrand d'Aussy
  6. Anne Comnène, Alexiade, X, VIII, 6, Les Belles Lettres, Paris, 2006.
  7. Les Samouraïs, le code du guerrier, Rome, Gremese, 2008

Liens connexes

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Voir « arbalète » sur le Wiktionnaire.

  • La légende de Guillaume Tell relate l'utilisation d'une arbalète.
  • Chu ko nu, l'arbalète à répétition inventée par les Chinois.
  • Portail de l’histoire militaire Portail de l’histoire militaire
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