Animaux totémiques de l'Hérault

Dans le département de l'Hérault, lors de manifestations culturelles ou de fêtes votives, les habitants de certaines villes ou villages font défiler un animal totémique, emblème de leur cité, dans les rues. Si certains de ces animaux totémiques sont récents, la plupart sont de tradition très ancienne (comme le chameau, lo camèl, de Béziers), souvent liée à une légende, et sont pour certain d'origine ancienne.

Sommaire

Généralités

Cependant, la majorité des animaux totémiques ont été créés à partir du XVIe siècle. Le plus ancien animal totémique connu est le chameau (lo camèl) de Béziers, suivi par l'âne de Gignac et le poulain de Pézenas. Leur forme est parfois très libre et fantaisiste (le chameau de Béziers n'a qu'une bosse…) et leur taille et poids sont très variables. Un des plus lourds est le poulain de Pézenas, le plus gros étant le chameau de Béziers. Il s'agit le plus souvent d'une construction faite en bois et recouverte d'une toile colorée, à l'intérieur de laquelle des porteurs se nichent pour faire avancer l'animal totem lors de processions. Le nombre de porteurs varie selon la taille de la construction. Durant l'Histoire, certains de ces totems ont pu disparaître pour renaître quelques années ou siècles plus tard. Il en est même qui ont été détruits (tel le chameau de Béziers) lors des périodes révolutionnaires.

Ils sont souvent accompagnés par un autre animal totem, commun à de nombreux villages, le « chevalet », représentant un cheval porté à la taille par un homme dont le tronc dépasse du corps de l'animal. On retrouve le chevalet dans de nombreux villages : Valros, Lansargues, Poussan…mais aussi à Agde et Montpellier.

La symbolique de l'animal totémique est très manichéenne. Certains sont un symbole du mal (la chenille de Pinet mange des feuilles de vigne, donc elle symbolise les ennemis de la viticulture) et servent donc pour les villageois à exorciser les malheurs qui ont frappé le village, tel le serpent de Bédarieux. D'autres animaux totémiques symbolisent le bien, ou du moins des vertus positives (le courage, la force, la ruse), comme l'âne de Bessan ou de Gignac, ou la miraculeuse chèvre de Montagnac.

Il existe par ailleurs de rares animaux totémiques en dehors du département de l'Hérault, outre la Tarasque de Tarascon, tels l'ours de Prats-de-Mollo dans les Pyrénées-Orientales, le « bœuf qui vole » (le vola buòu en occitan) à Saint-Ambroix dans le Gard, ou encore « l'âne qui vole » à Gonfaron et le sanglier de Varages dans le Var.

Liste des animaux totémiques

LOU BIOU de Portiragnes

Il fait partie des nouveaux animaux totémiques de l’Hérault. C'est en 2005 d’après un travail des écoliers de Portiragnes que l'histoire du taureau va naitre. Suivant les recommandations des enfants, trois amis vont donner vie au "BIOU" en 2009.

Pour l'histoire complète, suivez ce lien ICI

Et ICI un lien vers le site du BIOU PORTIRAGNAIS

La pie d'Abeilhan

Les jours de carnaval à Abeilhan est promenée sur un char une pie géante (en occitan, agaça), accompagnée des paroles : Soi d'Abeilhan, disi pas jamai de mal de digus. Canti ("Je suis d'Abeilhan. Je ne dis jamais de mal de personne. Je chante.."). En effet à l'époque de la Croisade des Albigeois, une jeune fille du village avait réussi à faire dire quelques mots à une pie apprivoisée. Si on demandait à l'animal : "Qui est l'envoyé du pape ?", la pie répondait : Es Amaury, grr.. Es Amaury, grr..., ("Cest Amaury, grr.., C'est Amaury, grr..") en imitant Arnaud Amaury, légat du pape Innocent III. Ayant appris l'affaire, le légat envoya un de ses hommes pour prendre en flagrant délit la jeune fille : Vai-t'en en Abeilhan faire cantar l'agaça ("Vas à Abeilhan faire chanter la pie"). L'homme ne trouva que la pie, qui se mit à dire : Es Amaury, es Amaury, Es tant tòrt que tòti ("C'est Amaury, c'est Amaury, il est aussi retors qu'imbécile").

L’alouette huppée d'Autignac

L'alouette huppée est l'animal totémique du village d'Autignac. En occitan, l'alouette huppée se nomme lo cauquilhat, ou la cauquilhada en provençal. Il se trouve que la commune d'Autignac est dominée par une colline nommée pic de la Coquillade. Faut-il alors y voir un point commun qui explique l'origine du totem ?

Le muge de Balaruc-les-Bains

Depuis 2001, lo mujòl (le muge, en occitan), de Balaruc-les-Bains est revenu dans la commune. Après des siècles d’oubli, l’association « Le Truc », inspirée par la tradition orale locale, a créé l’animal totémique de Balaruc : Le Muge. Cette création se base sur l’histoire réelle d’un conflit d’intérêt opposant les pêcheurs et leur seigneur – l’Évêque de Maguelone- sur l’impôt à payer du fruit de la pêche, et dont les premiers sont sortis gagnants, l’idée d’honorer le poisson chat symbole du défi de l’autorité était née. L'animal totémique emblématique des bords de l'étang de Thau est construit en tubes et en toiles colorées. Deux porteurs sont nécessaires, un à la tête et l'autre à la queue du poisson. Sur son passage, le muge éclabousse les spectateurs. Tout un cortège se forme dans les rues de Balaruc à l'occasion du "Passa Carrièra" (carrièra signifiant « rue » en occitan) du mois de juillet, accompagné de musiciens. Une chanson a été composée à cette occasion "Cantam ensems lo mujòl de Balaruc" ("Chantons ensemble le muge de Balaruc", en occitan).

Le crapaud de Bassan

Le surnom des habitants de Bassan est manja-crapauds. Deux habitants de Bassan surpris par un orage, se réfugièrent sous un figuier. La pluie ne cessa qu'à la nuit profonde. Les deux lascars affamés décidèrent de manger les figues de l'arbre. L'un des compères juché sur les épaules de l'autre cueillait à tâtons les fruits et en faisait passer à son ami. Ce dernier sentit tout-à-coup dans sa bouche une masse curieuse qu'il avala. C'est alors que l'estomac du bonhomme se mit à croasser...

Le serpent de Bédarieux

Souvent fabriqué en carton, le serpent est considéré comme le symbole de tous les malheurs qui ont frappé Bédarieux au cours de l'Histoire.

L’âne de Bessan

Il existe deux légendes qui expliquent les origines de l'âne de Bessan[1] : La plus ancienne fait référence a une foire aux ânes qui se tenait régulièrement à Bessan, au lieu-dit chemin des ânes. Le plus bel âne était élu par les maquignons et portait alors le nom d'ase designat (ou âne élu en occitan). L'âne élu était alors particulièrement choyé et bien nourri, et participait à des défilés dans les rues, au son du hautbois. Une légende plus récente (datée probablement du début du XXe siècle) fait écho à la légende de l'âne de Gignac (voir plus loin) où un âne a réussi à repousser l'assaut de pillards étrangers. La légende propre à Bessan ajoute que l'animal a été capturé par les assaillants, puis son corps jeté dans l'Hérault. L'âne flotta alors jusqu'aux abords de Bessan où il fut repêché et soigné. Et il devint ainsi l'emblème du village.

Âne de Bessan

L'âne de Bessan sort à l'occasion de la fête locale de la Saint-Laurent au début du mois d'août. Lors de cet événement fort populaire à Bessan, les adolescents ont coutume de choisir deux « chefs de jeunesse » et trois demoiselles d'honneur qui danseront dans les rues de Bessan lors du défilé de l'animal. L'âne est accompagné par cinq jeunes hommes : le meneur est celui qui conduit l'animal, il est vêtu de blanc, porte une ceinture tricolore et mène l'âne à coups de fouet. Les quatre autres sont cachés dans le corps de l'animal jupon. Ils sont chargés de faire avancer et danser l'animal. L'âne avance, se penche d'un côté puis de l'autre, puis soudainement recule avant de se dresser tête en bas et queue en l'air. Il virevolte sur lui-même. Les danseurs le saisissent lorsqu'il est en l'air et le défilé continue, toujours suivant le même rythme.

L'animal totémique est constitué d'une charpente de bois, qui donne sa forme à l'animal. La toile qui le recouvre est ornée d'une tuque et d'un coq gaulois sur chacun des flancs de l'âne. L'âne avance au rythme de la musique, mêlant fifre, hautbois et tambours. L'âne, lors de la procession, est précédé par les « chefs de jeunesse » et les demoiselles d'honneur qui procèdent à une quête tout en distribuant des cocardes tricolores. On arbore le drapeau occitan. Cette danse de l'âne se poursuit tard dans la nuit, accompagnée de musique et de coups de pétards. Le lendemain matin, le curé de Bessan bénit l'âne sur le parvis de l'église. Ensuite, l'âne se rend à la mairie où le maire fait un discours fort attendu, suivi d'un apéritif.

Le chameau de Béziers

L'origine du chameau de Béziers est directement liée à la légende de saint Aphrodise. Aphrodise, venu à Béziers au IIIe siècle de notre ère, est considéré comme étant le premier évêque de la cité. Originaire d’Égypte, il était parvenu jusqu'à Béziers à dos de chameau. À la suite du martyre d'Aphrodise, le chameau fut confié à un pieux seigneur de la ville afin qu'il en prît soin. Quand Aphrodise fut reconnu comme saint, les responsables municipaux considérèrent comme un honneur de prendre à la charge de la commune tous les frais de l'entretien de l'animal. On lui offrit même un toit pour se loger dans une rue nommée aujourd'hui « rue du Chameau », dans le centre historique de Béziers. Les habitants de la ville firent construire, après la mort de l'animal, une machine en bois qui le représentait et qui devait être conduite chaque année, le 28 avril, en triomphe, vers l'église de son saint patron, l'église Saint-Aphrodise. Il semblerait que cette pratique, sans doute jugée trop païenne, ait disparu au Moyen Âge, l'Église n'appréciant pas ces réjouissances trop allégoriques.

En 1632, l'existence du chameau est mentionnée dans les archives de la ville. En 1793, il est brûlé sur la place de la Citadelle, en même temps que tous les titres féodaux. Le fief alloué au chameau pour son entretien, d'un revenu de 1500 livres, est mis sous séquestre. Le chameau fut porté sur la liste des émigrés et ainsi, les révolutionnaires purent s'emparer de ses revenus. En 1803, les Biterrois reconstruisent un nouveau chameau, en bois, recouvert d'une toile colorée portant le blason de la ville. En1830, le chameau, considéré comme un symbole de la féodalité, fut à nouveau détruit, ses flancs lacérés de coups de sabre. La foule dispersa ses lambeaux de toile. Un antiquaire pensa à sauver la tête de bois du pauvre animal. Un nouveau chameau fut à nouveau brûlé lors des événements de 1848. Enfin, en 1895, il renaît de ses cendres lors de la cavalcade historique qui parcourt les rues de la ville.

Le chameau de Béziers est constitué d'une énorme machine de bois, revêtue d'une toile peinte, sur laquelle sont ajoutées les armoiries de la ville ainsi que deux inscriptions sur ses flancs : l'une en latin Ex Antiquitate Renascor (signifiant « Je renais de l'Antiquité »), l'autre en occitan : Sèm fòrça (c'est-à-dire « Nous sommes nombreux »). L'allure actuelle du totem remonterait au XIVe siècle. Cette machine, qui ne ressemble guère à un chameau au sens actuel mais plutôt à un dromadaire, est actionnée dans ses flancs par quatre hommes qui la font bouger et impriment, par intervalles, un jeu saccadé à un long cou et sa mâchoire aux dents de fer. Ces grosses mâchoires, censées faire peur aux plus petits, furent appelées Nhica-Nhaca (['ɲiko]-['ɲako]) [au XIXe siècle (Nhica-Nhaca onomatopée qui peut signifier « mordre »). Le nom du chameau en occitan est lo camel. Dans la tradition, le chameau est conduit par un curieux personnage: le Papari (on peut y voir une altération de « papalin » ou « papalino » : soldat du pape). Le Papari est escorté par un groupe de jeunes gens déguisés en sauvages, rappelant les origines exotiques du totem biterrois.

Au cours des années 1970, la municipalité décida d'entreprendre des travaux de réhabilitation du chameau. On lui ajouta même une seconde bosse pour qu'il ait, enfin, l'air d'un vrai chameau. Mais devant les protestations des Biterrois, le chameau conserva sa forme originale de chameau à bosse unique. Il existe aujourd'hui à Béziers une peña baptisée los Camelous. Pendant les soirées festives de la ville, cette peña accompagne lo camel de Béziers.


Le poulpe de Boujan-sur-Libron

Boujan-sur-Libron souffrait d'une famine, lorsqu'un pêcheur annonça la nouvelle : le Libron était rempli de poulpes (en occitan : pofres) venus de la Méditerranée distante de quatre lieues. Les habitants se précipitèrent et constatèrent le miracle. Le village fut sauvé.

Le Cheval-Bayard de Clermont-l'Hérault

En 1988, une association de Clermont-l'Hérault décida de faire revivre le Cheval-Bayard après plus d'un siècle et demi d'absence. En effet, ce cheval qualifié de « bayard » ou « baiard » en occitan (ce qui signifie « baie brun »), et dont l'origine remonterait au IXe siècle, a été brûlé en 1815.

Le pou de Conas

Le pou, ou plutôt lo pesolh en occitan, est l'animal totémique de Conas, un hameau de la commune de Pézenas. Il est ressuscité en 1976. C'est Guilhèm de Caunas (Conas) revenant de la croisade qui a amené ce pou dans le pays, pou qui par la suite est allé d'un habitant à l'autre du village. La fée Marie-Rose pour débarrasser Conas de ce pesolh, eut l'idée de l'attirer sur sa jarretière, puis de le noyer dans le gouffre (gorg). Les villageois portent le surnom de mata-pesolh (« tueurs de poux »). La jarretière conservée dans la chapelle aurait disparu à la Révolution.

L'âne de Gignac

Dans le temps, à Gignac, dans le hameau de Tourettes, vivait l'âne Martin. Il était très petit et provoquait alors, du fait de sa petite taille, la risée des villageois. Il était pourtant fort courageux. Une nuit, l'âne Martin fit beaucoup de bruit pour réveiller les villageois. Le village était cerné par des pillards sarrasins. L'alerte fut donnée. Mais l'âne parvint à chasser les assiégeants à force de ruades. L'âne devint alors le symbole du village (et même décoré de l'ordre du mérite, dit la légende): petit, mais robuste et courageux. Depuis, l'âne de Gignac anime les fêtes du village, accompagné de musiciens qui défilent dans les rues.

Le loup de Loupian

Le loup est l'animal totémique de Loupian même s'il n'existe pas de légende liée à son origine. Les élèves de l'école primaire ont d'ailleurs inventé deux légendes récemment. L'origine du loup est probablement liée au latin lupus, faisant écho à l'ancien nom romain du village, Lupianus. Le loup est constitué d'une charpente en bois recouverte d'une toile marron épaisse. Sur les flancs de l'animal sont peints le blason du village ainsi que des cocardes tricolores. À l'avant, le loup est muni d'une mâchoire monstrueuse censée effrayer les enfants et pincer les jupes des jeunes femmes. Le loup est conduit par le « meneur », un homme habillé d'une veste noire, ceint d'une écharpe tricolore et coiffé d'un chapeau haut de forme. Le meneur distribue des coups de bâton au loup pour le faire avancer. Sous la carcasse de l'animal, 3 ou 4 hommes conduisent le loup, celui placé à l'avant fait claquer la mâchoire du loup à l'aide d'une corde actionnée depuis l'intérieur.

Il existait autrefois un magnifique loup argenté et chef de sa meute. Il était convoité par tous les chasseurs de la région. Le comte de Loupian décida de tenter sa chance et se lança à sa poursuite pour le capturer. Il découvrit sa tanière et fut presque en mesure de le capturer lorsque un groupe de lépreux, exclus du village, décidèrent de cacher le loup parmi eux. Ne voulant être contaminé, le comte abandonna sa chasse. Le loup reconnaissant envers les lépreux se mit à leur service. Un jour des sarrasins décidèrent d'assiéger la ville. Ils arrivèrent la nuit aux portes de la ville et décidèrent d'attaquer à l'aube. Un lépreux au courant demanda de l'aide au loup. Sa bien-aimée, saine, habitait dans le village et voulait trouver un moyen de la protéger. Ainsi le loup et sa meute décidèrent de s'installer près du campement des sarrasins et hurlèrent à la mort toute la nuit. Le matin venu, les agresseurs prirent la fuite pensant ce village maudit. Le comte reconnaissant décida d'arrêter la chasse. Le lépreux comme par magie fut guérit et pu rejoindre sa bien aimée. C'est ainsi que le loup est devenu l'animal totémique de ce village.

Le crabe de Marseillan

Logo de la Marseillan

L'animal symbole de Marseillan est le crabe (lo cranc en occitan), animal familier de la Méditerranée et de l'étang de Thau.

L'escargot de Maureilhan

À Maureilhan, animal totem de conception relativement récente, l'escargot décore le rond-point de l'entrée du village lors de la fête votive. Il défile sur un char lors du carnaval.

Le bœuf de Mèze

L'histoire du bœuf (buòu en occitan) de Mèze remonte en l’an 59 de notre ère. Durant cette période de la Haute Antiquité, une pauvre famille, venue des environs de Béziers, vint s’établir sur les bords de l’ Étang de Thau et se mit à défricher les terres à un endroit appelé « Las Morgas » (['las] ['murgos]). Cette famille vivait de la pêche dans l'étang mais aussi de l'agriculture, aidée dans son travail par une paire de bœufs. Grâce à l'installation de cette famille, une urbanisation débuta, étant à l'origine du village portuaire de Mèze. Mais hélas, le premier bœuf mourut suivi du second. On décida de conserver la peau de ce dernier, étant sans doute le plus beau. Sa dépouille fut alors conservée comme une relique étalée sur un mannequin de bois. On le promena chaque année pour les grandes occasions. L'animal semblait vivant !

Plus tard quand cette peau fut trop usée, on construisit un bœuf sur une charpente de bois, beaucoup plus grand que la taille normale d'un bovidé et recouvert d’une toile de jute brune. Cette tradition existe encore de nos jours. Ainsi, dans l'animal totem, huit hommes peuvent se loger pour le mouvoir. L’un d’eux est chargé d’actionner la tête et les mâchoires de la bête au moyen d’une petite baguette de bois. Un autre jeune homme tient entre ses mains un baril recouvert d’une peau d’âne tendue, traversée en son centre par une corde asphaltée. En faisant glisser cette corde entre l’index et le pouce, cela produit alors un mugissement analogue à celui du bœuf. À l’extérieur, le guide, armé d’un long aiguillon, commande l'animal. La course de l'animal totémique dans les rues de Mèze est imprévisible. À tout moment, il peut courir et peut même foncer sur ceux qui se mettent en travers de son passage ! Le bœuf est aussi capable de ruades, de trémoussements scandés par la musique qui l'accompagne. Avec ses larges cornes, il éloigne les plus hardis qui veulent s'opposer à lui. Le totem mézois est de toutes les fêtes publiques, notamment lors de la fête de Mèze qui a lieu le 19 du mois d’août. Cette fête dure trois jours, toujours avec les sorties de l'animal totem. Lors de cette fête, comme dans d'autres villages héraultais, l'animal totem est béni par le curé, ici sur la place de l'église. Ensuite, et seulement après, le totem rend visite au maire.

Le bœuf de Mèze est souvent cité au cours de l'histoire de la commune : en 1229, il reçoit l'évêque d’Agde, Thédise (qui venait de recevoir en don la seigneurie de Mèze, du fils de Montfort, Amaury). En 1562, il était du cortège du prince de Condé passant à Mèze. En 1701, il prit activement part aux fêtes organisées lors du passage des princes de Bourgogne et de Berry. En 1921, pour les fêtes organisées en faveur de l’université de Montpellier, le président de la république, Millerand dut abandonner l’estrade des représentants officiels lors du passage du bœuf. La foule crut alors que Millerand avait eu peur du bœuf. Pour sauver la situation, Magallon, député de l’Hérault, vint face au monstre et salua le bœuf. Le député fut applaudi pour son courage et ainsi, l'animal totémique put continuer à animer les fêtes de Mèze.

La chèvre de Montagnac

Vers 1200, la femme du consul de Montagnac, Anne, souffre d'un mal étrange qu'aucun médecin n'arrive à diagnostiquer et à guérir. Arrive alors, dans le village, un homme vêtu de haillons et accompagné d'une jolie chèvre blanche. L'homme intrigue les habitants par son allure décontractée et une apparente joie de vivre. Les habitants ne tardent pas à lui demander l'origine de cette bonne humeur. L'homme raconta alors qu'il avait un secret pour rester éternellement en bonne santé. Le lait de sa chèvre est magique et guérit de toutes les maladies. Le consul de Montagnac, un certain Jacou (ou Jacon, en occitan) demande à voir l'animal et promet une forte récompense au vagabond si celui-ci parvient à guérir sa femme. L'homme céda la chèvre au consul à condition qu'elle soit nourrie uniquement de sarments et de raisins pour conserver les pouvoirs miraculeux de son lait ! Si la légende est fort ancienne, l'existence de la chèvre comme animal totémique est plus récente, sûrement aux alentours du XVIIIe siècle. La chèvre de Montagnac sort à l'occasion des fêtes du village.

Le lévrier de Nissan-lez-Enserune

Les armes de Nissan-lez-Enserune se blasonnent ainsi : d'azur à un chien passant d'or surmonté d'un croissant d'argent. Le lévrier (lo lebrièr en occitan) est devenu l'animal totémique du village.

La loche de Nizas

Les gens de Nizas ont pour surnom : los locàs, d'où l'animal totémique du lieu.

Le poulain de Pézenas

Le poulain de Pézenas est un des plus importants animaux totémiques de l'Hérault (avec le chameau de Béziers et le bœuf de Mèze), tant par sa taille imposante que par sa renommée. En 1989, le poulain de Pézenas a participé à l'année de la France en Inde, en compagnie de la Tarasque de Tarascon et du géant du Nord Jean le Bûcheron de Steenvoorde. Cet animal totémique est de sortie lors de Mardi gras et lors des temps forts de la vie de la Cité.

Poulain de Pézenas

Le poulain est de grandes dimensions, il atteint le poids de 360 kilos. C'est un animal-jupon constitué d'une armature en bois fabriquée en cerceaux de châtaignier. La charpente est recouverte d'une toile bleue, parsemée d'étoiles dorées, décorées des armes de la ville. La tête et le cou de l'animal sont mobiles. Cette mobilité lui permet de faire des quêtes pour les nécessiteux, tout le long du défilé dans les rues de Pézenas, s’arrêtant par hasard devant un commerce, une maison, un badaud. Le poulain tend alors son cou vers la personne qui lui remet une offrande, ouvre ses mâchoires et les referme aussitôt. À l'intérieur de l'animal totémique, 9 hommes portent et conduisent l'animal, lui imprimant certains mouvements. Le poulain danse au son du fifre, sur L'air du poulain justement, mais peut aussi faire des pirouettes et des ruades. Le poulain est conduit par un « meneur » (surnommé "Pampille"), personnage folklorique portant une veste verte et rouge et un pantalon blanc.

Son origine est légendaire : le roi Louis VIII s'arrête à Pézenas en 1226, sur la route des Croisades. Il est contraint d'abandonner là sa jument qui est malade. Mais quelle ne fut pas sa surprise, à son retour, de retrouver sa jument en vie! De plus, celle-ci avait donné naissance à un poulain. Dès lors, afin d'immortaliser cet heureux événement, les notables de Pézenas firent construire un animal en bois pour participer aux fêtes de la ville. Sur son dos, deux mannequins en tissus ont été ajoutés : Estiénon et Estiéneta. Ces deux personnages rappellent une autre légende : en 1622, un maréchal de l'armée, fort galant, prit une paysanne sur son cheval pour l'aider à traverser la Peyne, qui arrose Pézenas.

D'autres poulains ont existé (ou existent de façon intermittente) dans d'autres villages héraultais : Adissan, Alignan-du-Vent, Florensac, Pouzolles, Montblanc, mais de taille plus modeste.

La chenille de Pinet

Cet animal totémique est surnommé Le Porquet par les villageois de Pinet. Il sort à l'occasion de carnaval depuis le début des années 1970. Il s'agit d'une structure en bois, longue, recouverte d'une toile verte représentant une sorte de ver, ou une chenille, qui se nourrit de feuilles de vigne (de picpoul?), porté à l'intérieur par plusieurs hommes.

Le cochon rose de Poussan

Cochon défilant dans Poussan
  • Énorme cochon rose fait de toile, sur une charpente qui lui donne sa forme rebondie, il possède 8 paires de pattes et défile lors du carnaval du village. Le cochon figure dans les armes de la commune. L'origine serait liée à l'association des mots Poussan (nom du village) et porcèl, nom occitan du petit cochon.

Le pélican de Puisserguier

  • Le pélican figure sur le blason de Puisserguier.
  • Durant quelques années, on a pu voir une statue en bois le représentant dans le jardin public. La statue a ensuite été logée à l'office de tourisme, à l'abri des intempéries.
  • 2007 : Une allée du Pélican est créée à la zone d'activité de la Rouquette.

Le hérisson de Roujan

L'origine du hérisson de Roujan semble assez confuse et confond deux légendes. La première légende fait référence à sainte Marthe et à la Tarasque de Tarascon. Sainte Marthe, partie chasser la Tarasque, aurait amené avec elle une armée de hérissons. La Tarasque n'étant pas venue, les hérissons retournèrent chez eux, sauf un. Ce dernier resta au village où il fut nourri et devint l'animal fétiche des Roujanais. La deuxième légende se situe chronologiquement autour de l'An Mille. Le seigneur de Roujan invite un étranger à sa table. Mais cet étranger n'est qu'un espion venu se rendre compte des moyens défensifs du village en cas d'attaque. Il avait passé son après-midi à questionner moult villageois sur la défense des lieux. Une fois qu'il eut rassemblé tous les renseignements qu'il jugeait nécessaires, il quitta le village pour livrer ses informations à ses complices. Quittant Roujan, l'homme posa malencontreusement son pied sur un hérisson. L'espion se mit donc à râler et crier (en occitan, râler se dit romegar). Les cris réveillent alors le seigneur de Roujan et celui-ci alerte la garde. Ainsi, quand les assaillants se présentent le lendemain matin devant les murs du village, tous les habitants de Roujan sont déjà prêts à se défendre, armés jusqu’aux dents. Les assaillants renoncent alors à leur assaut et préfèrent fuir. Plus tard, le seigneur de Roujan narrait cette histoire en occitan. Et disait « A romegat e me soi levat ! ». Ce que les Roujanais interprétèrent comme étant une référence au hérisson, qui avait crié quand l'homme l'avait écrasé. . Depuis, l'animal totémique de Roujan porte le nom de "Romegaire" ([rrume'ɣajre]).

Le cochon noir de Saint-André-de-Sangonis

Le cochon noir de Saint-André-de-Sangonis est lui aussi l'enfant d'une légende. Le comte de Saint-André, de la seigneurie de Sangonas, était frappé par une malédiction familiale : sa fille était fort laide et personne ne voulait la prendre comme épouse. Un jour, désespéré de ne point trouver de descendance, il fit rassembler tous les jeunes hommes du village sur la place afin de « choisir » un prétendant pour sa fille. Celui qui croquerait la pomme qu'il entendait lancer aurait la main de sa fille et une dot importante. Le comte lança la pomme. Il attendit. Un cochon noir était là et croqua la pomme le premier. Et ainsi est née l'histoire du "pòrc negre", le cochon noir en occitan. Le cochon noir défile lors des fêtes du village et entend trousser les robes des jeunes filles.

La grenouille de Saint-Geniès-de-Fontedit

Fontaine de Saint-Geniès-de-Fontedit

À Saint-Geniès-de-Fontedit, une statue de grenouille en plâtre réalisée en 1975. Trois grenouilles ont été ajoutées sur les armes du village en 1988.

Lo Picart (bélier) de Saint-Jean-de-Fos

Quelques-uns de nos animaux n’ont pas été désignés par le nom de leur espèce mais par une sorte de sobriquet. Ainsi celui de Saint-Jean-de-Fos est-il lo Picart, parce qu’il cherchait à mordre[2]. "Il avait une gueule qui ressemblait à un des outils de mon père – mon père était bourrelier –, elle était pleine de dents, on avait l’impression qu’elle allait mordre, c’est pour ça qu’on l’appelait « lo Picart »[3].

Une délibération consulaire nous apprend qu'il existe déjà en 1684.

« A esté proposé par Maistre Durand premier consul que despuis quelques années les valletz du présent lieu se sont émancipés par un esfaict de leur libertinage d’antreprendre de faire certaine réjouissance publique aux festes de la Pantecoste fesant danser et courir par le lieu [Saint-Jean-de-Fos] une machine appelée le Piquard qu'on fait suivre de diverses personnes masquées qu'on nomme les seigne bellets avec de grands coutteaux de bois rougastres ausquelz on jette diverses rassines fesantz pluzieurs postures tout a faict indessantes et escandalleuzes qui vont en quelque manière contre l’intheret de la religion où Dieu se trouve grandemant offancé, lesquelles dansses ladicte communauté a jusqu’ici insansiblement tollerées mais parce qu’il est venu à sa cognoissance que dans cette occazion il est arrivé diverses querelles et débatz quy ont ésté suivies de grands procès… dézormais touttes autres déboshes publiques seront et demeureront abollies et supprimées, auquel esfaict ledict Maistre Durand Consul prézantera requeste à Monseigneur l'Illustrissime et Révérandissime evesque et Comte de Lodève[4] pour le supplier humblement de la part de la Communauté d’avoir la bonté de la recevoir à Pénitance et vouloir à mesme temps luy faire la grace de luy procurer une mission pour que les habitans dudict lieu puissent ce disposer à gaigner plus dignement le jubilé universel que sa Grandeur veut faire publier dans son diocèze afin de vivre à l’advenir dans la paix et dans la voie de leur sallut[5]. »

L’allusion au Sennibelet suppose une imitation de ce qui se pratiquait à Gignac, ce que nos témoins confirment plus loin. Le premier, et le seul pour le XIXe siècle, à en avoir parlé pour l’avoir vu, est Jean-Marie Amelin :

« Quitterons-nous Saint-Jean-de-Fos sans parler d’un usage qui lui est particulier : c’est celui du Picart. Le Picart est une machine informe, à tête ressemblant à un bélier. On barbouille celle-ci de sanguine ; et le grand bonheur des assistans est de voir balafrer de cette poudre les vêtements de quelqu’un d’entre eux : Dieu sait avec quels cris cette joie grotesque est manifestée. Cette grossière bouffonnerie, qui a quelque rapport avec le Poulain de Pézenas, se pratique ordinairement à la Pentecôte[6]. »

Le Picart sortait en effet pour le dimanche de la Pentecôte à Saint-Jean-de-Fos et était accueilli à Montpeyroux et Saint-Guilhem-le-Désert le lundi. Après Amelin, rares sont les auteurs qui citent cet animal ; et il faut attendre Maurice Louis pour une enquête approfondie et une observation directe[7].

Cette bête se caractérise par ses éclipses. Elle disparut dans le courant du XIXe siècle pour reparaître après la guerre de 1870, s’évanouir avec celle de 1914, ne ressusciter que vers 1930 ; abandonnée en 1938, elle ne fit que quelques sorties après la dernière guerre. Alain Riols a tenté de la ranimer en 1970. « Le Picart semble mort, en réalité il sommeille dans la mémoire des anciens et pourrait reparaître un jour ». Il sortait l’année suivante grâce à Adolphe Vidal et ses amis qui avaient courageusement repris le flambeau. Ce n’était que pour quelques années... en attendant une autre équipe de carnavaliers qui le promènent à nouveau puisqu’il est reparu à Pézenas en juin 1999.

Un tel animal a probablement changé de nature à chacune de ses reconstructions. Le témoignage recueilli par le colonel Louis, en 1957, auprès d’une personne alors âgée de 90 ans, ce qui nous reporte aux alentours de 1875, fait état d’un Picart à robe rouge, comme le vêtement des danseurs. Il avait une tête de bœuf et des piquants dans le genre de ceux de la Tarasque. La même enquête évoque, sans doute pour la période qui suivit la guerre de 1914, une carcasse longue de trois mètres, au cadre de liteaux, portant quatre demi-cercles de tonneau et des demi-cerceaux à l’avant et à l’arrière. La robe, faite d’un drap blanc, parsemée de bouquets de genêts, de roses, etc. avait un jupon plissé rouge et une queue de cheval noire. La tête était sculptée, recouverte d’une peau de chèvre noire aux oreilles dressées, la mâchoire inférieure mobile était garnie de clous de maréchal-ferrant. On peignait l’intérieur de la gueule en rouge. Une informatrice dit d’ailleurs que « le Picart était une chèvre » et que « l’animal et ses servants agissaient exactement comme l’Âne de Gignac ».

Dans la carcasse, trois ou quatre porteurs, après avoir salué le maire et le curé, balancent l’animal de droite à gauche. Il poursuit particulièrement les filles à robe rouge. Tout autour sautent des danseurs, au son du tambourin et du hautbois, ils tiennent un plateau garni de bouquets de roses, de gueules de loup et surtout de genêts, ces bouquets sont offerts aux assistants contre une obole. Cela rappelle à l’évidence le « donneur de la gineste » de Gignac au XVIIIe siècle. À la Pentecôte, au moment de la sortie du Picart, le genêt abonde dans toute la garrigue. C’est aussi, paraît-il, une fleur aimée du Diable. Comme pour la plupart des bêtes que nous avons vues, on a cru devoir justifier la présence du bélier par une légende. Le colonel Louis en rapporte deux. Il n’y est question que de boucs et l’une d’elles sent nettement le soufre : l’animal diabolique emporte le curé qui l’aspergeait d’eau bénite avec son goupillon[8].

Bélier, bœuf, chèvre, bouc... que de métamorphoses. Qui dira ce que représentait l’avatar présent avant et après la Seconde Guerre mondiale ?

« On sortait le Picart pour l’Ascension jusqu’en 1938, et après la guerre en 1944 et 1945, un peu après peut-être mais ça n’a pas été repris. Que voulez-vous, il n’y a que 900 habitants ici. J’ai été dessous, je faisais claquer la maissa. Il était fait de trois cerceaux de bois, deux barres, trois porteurs et moi pour la tête. On mettait dessus un drap de lit blanc, avec trois ou quatre brins de genêt de chaque côté, manière d’agrémenter. La tête, on la faisait d’un tronc de cinquante à soixante centimètres de long, pour faire la maissa, on sciait le quart, on mettait une charnière pour la mâchoire, par-dessous. Le maréchal donnait douze à quatorze clous pour faire les dents, ça claquait davantage...Par dessus, on fixait une peau de lapin, les oreilles du lapin figuraient celles du Picart mais je ne lui ai jamais vu de cornes. Une ficelle permettait de faire remuer la mâchoire. À cette tête, on fixait un manche à balai, je le mettais entre les jambes, c’était pas très commode mais ça le maintenait bien. Devant, un meneur marchait en arrière, forcément, il était tourné vers la bête, il dansait avec un plateau à la main. Le Picart dansait avec un tambour. la jeunesse distribuait des bouquets de genêt contre une pièce, c’était pour faire un petit repas[9] »

. C’est à la sortie de ce repas que les danseurs et les musiciens se mettaient à faire semblant de chercher le Picart, comme ailleurs on cherche le Carnaval – et quelquefois jusque sous les jupes des femmes. Deux anciennes de Montpeyroux ont essayé de mieux le définir :

« « Le Picart venait quêter à Montpeyroux, les danseurs donnaient des bouquets de fleurs. Ils étaient habillés en blanc avec des ceintures rouges. Je ne peux pas dire ce que c’était, c’était une bête informe. À Gignac c’est un Âne, à Pézénas un Poulain, mais celui-là, je ne peux pas le dire... C’était le Picart »[10] »

.

Heureusement, la dernière métamorphose est aisément identifiable, la tête est celle d’un loup. Il se promène sur deux roues de bicyclette dissimulées sous une carcasse faite de planches de coffrage refendues, de demi-cerceaux d’osier que recouvre un drap blanc à large bande rouge. La queue est en ficelle de balle de fourrage, trempée dans de la peinture noire. Une troupe assez nombreuse de farandolaires, en blanc, à béret et talhòla rouges, danse sur les airs que sonne un cabretaire, à Montpeyroux pour le lundi de la Pentecôte, à Saint-Guilhem le dimanche de la Saint-Jean. Le dernier modèle, apparemment, a renoncé aux roues de bicyclette.

Le Picart est à lui seul la parfaite illustration de l’interchangeabilité des têtes de nos animaux dits totémiques. Cet animal-jupon est un des « héros du carnaval » au même titre que d’autres plus élaborés. On le sent fait avec les moyens du bord par des gens qui, à l’intérieur d’une tradition, se laissent aller avec bonheur à leur fantaisie.

L’escargot de Saint-Pargoire

Même si le saint patron du village de Saint-Pargoire est souvent représenté sur son cheval, l'escargot, ou cagaròl en occitan, est l'animal totémique des habitants du village. L'origine du totem est floue : l'urbanisme particulier de Saint-Pargoire, village bâti en circulade, en forme de coquille d'escargot donc, est l'explication la plus souvent évoquée. On raconte aussi qu'à une époque où régnait la famine, les habitants ont survécu grâce à la consommation d'escargots.

Le cerf de Servian

Animal magique, sa légende s'inspire d'un fait historique. En l'an 1208 sur ordre du pape Innocent III, une croisade est dirigée contre les hérétiques, Cathares et Albigeois jugés incroyants selon la loi divine de Rome; il faut briser la fierté de ces gens du midi, ces insoumis têtus et tenaces qui font fi des ordres religieux. À la tête de cette armée hétéroclite chargée de la répression figure Simon de Montfort, sanguinaire assoiffé de renommée redouté en tous lieux où il passe. Ainsi Servian petit village paisible en cette terre du Languedoc doit être soumis à la vindicte divine. À cette époque aux alentours du village vit un magnifique et majestueux cerf superbe spécimen qui, tous les matins à l'aube naissante vient s'abreuver à l'eau limpide de La Lène . Le seigneur local, informé, juge utile de s'attribuer ce splendide trophée. Il organise une grande chasse. Après une longue poursuite le cerf est cerné par la meute lancée à ses trousses. Il ne peut pas s'échapper. Avec courage il fait front, se bat, puis pousse un brame énorme qui fait fuir tous les chiens au grand dam de leur maitre. Devant tant de courage le seigneur magnanime, lui fait grâce et l'épargne. Le temps passe, Simon de Montfort et sa horde sauvage approchent. Son but : Donner l'assaut et conquérir Servian. Mais le cerf se souvient : il doit prouver sa reconnaissance à ce seigneur à qui il doit la vie. Un soir au clair de lune il pousse des brames si puissants que cette terre tremble. De ses sabots puissants, il martèle le sol, comme force tambours. Les assaillants, ces pleutres, ces peureux s'enfuient tous en courant inondés de sueur. Ainsi Servian, grâce à ce valeureux cerf, a échappé au pire, un malheureux sort que connaitra Béziers ce 23 juillet 1209 un massacre sanglant marqué dans les épitres.

Le chien de Saint-Pons-de-Mauchiens

L'origine du totem de Saint-Pons-de-Mauchiens, le chien, remonte au Moyen Âge. Aux alentours de l'An Mil, le vicomte de Béziers, Raynal II, devient propriétaire du terroir. À cette époque, le château s’appelle Saint-Pons et le village Mauchiens, issu de l'ancien nom Milician déformé en « Mauchiens ». Ce nouveau nom sera à l'origine de la légende des chiens de Mauchiens. À une époque très lointaine, non datée (car légendaire), le seigneur du château avait des chiens énormes qu’il laissait divaguer la nuit dans les rues du village, pour assurer la garde. Une nuit, le seigneur rentra très tard et les chiens faisaient bonne garde. Le seigneur regagnait son logis quand il fut attaqué par ses propres chiens qui le dévorèrent. Avant de mourir, le seigneur de Mauchiens, couvert de sang, s’écria « mali canos », en occitan, « mauvais chiens », en français. Aujourd'hui, les armoiries de la commune comportent deux chiens : blason d'azur aux sept coupeaux d'or surmontés du clocher de même, au canton senestre, de gueules, à la Vierge du Bosquet, d'argent. Le tout surmonté de la couronne murale et soutenu par deux chiens d'argent lampassés, de gueules.

Le veau de Saint-Pons-de-Thomières

L'animal totem de Saint-Pons-de-Thomières, le veau, ne défile plus dans les rues de la cité héraultaise depuis de nombreuses années.

Le drac-truite de la Salvetat-sur-Agout

L'animal totem de la Salvetat-sur-Agout est le drac-truite. Un pêcheur dans l'Agout jette son filet et est entraîné pour se trouver face à une truite monstrueuse. Pour se sauver, le pêcheur promet de donner en mariage une de ses trois filles au sorcier. La plus jeune des filles se sacrifie et rencontre en fait l'amour. Le prêtre du village exorcise la rivière qui devient furieuse. La fille amoureuse se jette pour retrouver le Drac et mourir dans le gouffre (en occitan : gorg) qui depuis s'appelle : font dels nòvis (fontaine des fiancés). Les deux jeunes gens sont sauvés et depuis les couples qui boivent de l'eau de cette source, se marient dans l'année.

Poulain de la fève de Vias

Une famine frappait Vias, où il ne restait plus comme animaux qu'un bœuf et un poulain. De jeunes viassois affamés volèrent le bœuf pour le tuer et le manger. Le poulain apeuré s'enfuit hors de la ville. Jeannette partie dans la garrigue ramasser des salades, aperçut le poulain qui la conduisit jusqu'à un champ de fèves dont se régalèrent les viassois. Le poulain a eu la vie sauve et est devenu lo Pouli de la Fabo, animal totémique de la ville.

Notes et références

  1. Site du village : http://www.bessan.fr/
  2. Occitan, picar, mordre. L’adjectif picard, selon les dictionnaires de Louis Alibert et de Cantalausa, signifie "susceptible, emporté". Le mot traduit bien l’agressivité de l’animal.
  3. Témoignage d’une ancienne de Montpeyroux (84 ans en 1980). Allusion à un crocodile de bourrelier.
  4. Charles-Antoine de La Garde de Chambonas, évêque de Lodève de 1671 à 1692.
  5. M. Jean-Claude Richard a communiqué cette délibération consulaire du 17 mars 1684, d'après un historien de la moyenne vallée de l'Hérault, l'abbé Léon CASSAN (1865-1905). Je l'en remercie vivement. (Cf. article du Midi Libre, dimanche 27.2.2000)
  6. Jean-Marie AMELIN, Guide du voyageur dans le département de l'Hérault, op. cit.; p. 476
  7. 0n peut citer à sa suite : H.-G. PARIS, Histoire de Lodève, 1851, qui démarque le texte d'Amelin. Fernand TROUBAT, Guide de l'Hérault, 1908, en parle au passé et compare le Picard à la Tarasque et à la Grand’Goule de Poitiers. L'article de La Campana de Magalouna, n° 331, 15.2.1924 (communication de M. Pierre Laurence) est une traduction libre, en occitan, du texte d’H.-G. Paris
  8. Maurice L.A. LOUIS, Le Picart de Saint-Jean-de-Fos, in Folklore, Carcassonne, n° 92, 1958.4. pp. 15-21; Air du Picart Même source, 1959.4. p. 24. Le Diable semble tenir un place plus importante qu'ailleurs dans cette partie de l'Hérault. Est-ce dû à la légende du pont du Diable? (Cf. Paul SÉBILLOT, Les travaux publics et les mines dans les traditions et les superstitions de tous les pays, Paris, 1894; p. 151). Pour M. Jean-Claude Richard, il ne fait aucun doute que le Picart est un avatar de Satan qui se tient dans le gouffre sous ce pont. Il est vrai que des ponts de ce nom existent encore à Bédarieux, Olargues et Villemagne-l'Argentière
  9. Témoignage de M. Roger Roux, juin 1980
  10. Témoignage de Mlle Gaubert, de Montpeyroux, centenaire en juin 1980

Bibliographie

  • Claude Achard, Les uns et les autres, dictionnaire satirique pour le département de l'Hérault et quelques contrées d'Occitanie, éditions Domens, Pézénas, 2003.
  • Claude Achard, La ballade des totems dans l'Hérault: Bestiaire fantastique, éditions du Conseil Général de l'Hérault, 1981.
  • Claude Alranq, Les Animaux de la fête occitane, Les totems Sud de France, éditions du Mont, Légend', Cazouls-les-Béziers, avril 2008. Contient de nombreuses illustrations de Vincent Roussillat.
  • Rachid Amirou, Imaginaire du tourisme culturel, PUF, Paris, 2000.
  • Rachid Amirou, Image, imagerie, imaginaire. Le label des VPAH dans le Languedoc-Roussillon, 2004.
  • Maurice Chauvet, Le Folklore de nos villages en Pays d'Oc.
  • S. Houiste, Le Bestiaire fantastique de l'Hérault, in revue "Folklore de France", Nîmes, 1997.
  • Raymond Ros, Pages d'histoire biterroise, Clareton, Béziers, 1941.
  • A. Van Gennep, Le Cheval-jupon, cahiers d'ethnographie folklorique, Institut d’études occitanes, Toulouse, 1945.
  • Le Chichois (journal d'informations sétoises), no 26.
  • Le Conseil Général de l'Hérault a organisé une exposition sur les animaux totems de l'Hérault, comprenant 26 panneaux, dont des œuvres picturales de l'artiste sétois André Cervera. Lors du vernissage, M. Claude Achard a présenté une conférence sur le sujet.

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