Yehoud Medinata


Yehoud Medinata
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Yehoud Medinata (Livre d'Esdras 5:8 [1]) est le nom d'une province de l'empire perse achéménide formée à partir de l'ancien royaume de Juda.

Après la victoire de Cyrus II (-538), qui met mis à l'exil à Babylone et permet le retour des exilés, Yehoud — la Judée — devient une province de l'Empire perse achéménide et ses habitants sont désormais appelés les Yehoudim — les Juifs.

Les frontières de la province de Yéhoud font l'objet d'un débat entre archéologues. Si les frontières nord et ouest peuvent être simplement définies, les frontières ouest, avec la plaine côtière, et sud, avec l'Idumée, restent plus complexes à identifier par les archéologues.

Sommaire

La Judée au Ve siècle av. J.‑C.

Après leur conquête de Babylone, les Achéménides cherchent à développer la côte méditerranéenne en encourageant le commerce, notamment maritime. Un réseau de riches centres urbains, de forts et de centres administratifs est établi dès le début de la période perse (fin du VIe siècle) afin de protéger la Via Maris et les routes menant à l'Égypte qui fait alors partie de l'empire perse. Les Achéménides donnent le contrôle de la plaine côtière aux phéniciens qui dominent alors le commerce maritime. Les rois de Tyr et de Sidon ont l'autorité sur la plaine du Sharon jusqu'à Jaffa comme en témoigne l'inscription du sarcophage d'Eshmunazar, roi de Sidon. Les villes de la côte telles que Tel Shiqmonah, Dor et Arsouf sont peuplées de phéniciens et dotées d'un certain degré d'indépendance, du moins en ce qui concerne leurs affaires internes et économiques. La rapidité de l'implantation des Phéniciens est nécessairement le résultat d'une décision officielle des Achéménides. Les hautes terres de Judée et de Transjordanie (Ammon, Edom) restent quant à elles en marge de ce mouvement d'urbanisation. La Judée ne dispose pas d'aristocratie locale capable d'exercer le pouvoir. Pour cette période, on ne trouve pas à Jérusalem de riches tombes de dynastes locaux. Après les destructions sévères imposées par les Néo-babyloniens, la Judée demeure une province agricole dont l'intérêt pour les Achéménides réside surtout dans la production de denrées pour les villes de la côte, et dans la collecte de taxes dont témoignent les ostraca. Les principales zones de peuplement sont dans le nord des Monts de Judée et dans la région de Benjamin. Au Ve siècle, la Judée ne présente pas le même intérêt stratégique que la plaine côtière, elle ne reçoit donc pas la même impulsion économique de la part des souverains perses.

Jusqu'au milieu du milieu du Ve siècle, Mitzpah en Benjamin semble être la capitale provinciale de la Judée. Pendant un siècle après la fin de l'exil, Jérusalem reste, elle, une petite ville non fortifiée ne dépassant pas 60 000 m2, et dont la population peut être estimée à 1 500 habitants sur la base d'un rapport entre la surface d'une agglomération et son nombre d'habitants. Le retour en Judée a été un processus graduel motivé par la présence du Temple qui a attiré les classes d'origine sacerdotale et lévitique. Les troubles politiques suite à la mort des souverains Cambyse II et Darius Ier (fin VIe siècle, début Ve siècle) ont aussi pu pousser les Judéens à rechercher plus de stabilité en Judée et à profiter du commerce agricole avec les villes côtières en plein développement.

Le pouvoir achéménide laisse la liberté dans l'établissement des nouvelles communautés rurales. La province est caractérisée par une grande diversité ethnique (Judéens, Iduméens, Samaritains, Phéniciens et Grecs).

La Judée au IVe siècle av. J.‑C.

L'influence du gouvernement achéménide sur le sud de la Judée se ressert à partir de la fin du Ve siècle, lorsque les Achéménides perdent le contrôle de l'Égypte suite au soulèvement d'Amyrtée. Le sud de la Judée devient une frontière sensible. L'administration locale est réorganisée pour protéger les routes du sud de la Shéphélah et du nord du Néguev. Cette nouvelle politique se traduit par une intervention stricte de l'autorité impériale. C'est au cours du IVe siècle que les provinces de Judée et d'Idumée voient leurs frontières se définir. Trois centres de gouvernement locaux sont établis à Lakish, Bet Zur et Ramat Rachel. Une ligne de forteresses perses est construite dans le nord du Néguev, avec d'ouest en est : Tel Gamma, Tel Haror, Tel Sera (strate III) et Tel Halif (strate V). Ces places fortes situées sur la même latitude et séparées les unes des autres de 10 à 15 km sont certainement en lien avec la nouvelle politique vis-à-vis de l'Égypte. D'autres forteresses protègent les routes du commerce avec l'Arabie et permettent de surveiller l'Égypte. Ces forteresses perses du Néguev sont Horvat Rogem, Horvat Ritma, Metzad Nahal Ha-Roa, Horvat Mesora et peut-être la ligne Tel Arad, Tel Beer Sheva et Tel Farah (sud) à 30 km au nord des précédentes.

La Judée n'est cependant pas une province importante au sein de l'empire perse et elle est absente de la liste des peuples de l'empire dans l'inscription (A2Pa) de la tombe d'Artaxerxès II.

Avec la disparition de la lignée de David, la maison des grands prêtres garde seule le contrôle de la Judée. La prêtrise constitue une sorte de noblesse juive. Au IVe siècle av. J.‑C., Yehoud est devenue une théocratie dirigée par des grands prêtres héréditaires et par un gouverneur souvent d'origine juive nommé par les Perses, en charge de l'ordre et assurant le paiement du tribut. L'importance du statut du grand prêtre est attesté par la découverte de monnaies judéennes du IVe siècle av. J.‑C. portant le nom du grand prêtre Yohanan (« יוחנן הכהן »). Les membres de la communauté juive d'Éléphantine écrivent également au grand prêtre Yohanan (« Yahôhanan ») pour obtenir un soutien afin de reconstruire le temple juif d'Éléphantine.

Jérusalem à l'époque perse

L'idée d'un retour de masse en Judée véhiculée par livre d'Ezra n'est pas confortée par l'archéologie. Un siècle après la fin de l'exil, différentes factions se sont constituées à Jérusalem. Le livre d'Ezra sert alors de soutien idéologique à une faction et à une forme de judaïsme, et il s'appuie pour cela sur l'idée d'un retour en masse des exilés.

Après les sévères destructions des Néo-Babyloniens, Jérusalem ne redevient une capitale provinciale qu'à partir de la fin du Ve siècle. Loin d'un retour en masse, ce processus est graduel et le Temple de Jérusalem y joue un rôle central. Jérusalem redevient un centre de pouvoir non seulement grâce au rôle cultuel du Temple, mais aussi grâce à la collecte des impôts associés au Temple. Le rôle économique autant que religieux du Temple est décisif dans ce processus. Il reste interne à la société juive car les Achéménides ne semblent pas avoir eu de raison d'encourager le développement de cette ville des monts de Judée, même s'ils ne s'y sont pas opposés. Reste que Jérusalem ne connaîtra un développement important qu'à l'époque hellénistique.

Alors qu'un centre de gouvernement se situe à Mitzpah en Benjamin, Jérusalem met au moins un siècle avant de retrouver son statut de centre de pouvoir. Une trace de la tension entre Jérusalem et les Benjamites au début de l'époque perse (Ve siècle) est conservée dans les polémiques autour de la Maison de Saül. Selon le livre de Samuel, c'est à Mitzpah que Saül est désigné comme toi. Même si toute trace de la Maison de Saül a disparu bien avant l'exil, la mise en avant de celui qui a été le premier roi sur tout Israël peut traduire la volonté de la région de Benjamin d'exercer une contrôle sur la Judée et de contester la légitimité du pouvoir de la seule descendance davidique. Le rédacteur du livre des Chroniques se montre très hostile vis-à-vis du roi Saül, quitte à modifier les récits du livre de Samuel pour amplifier les critiques et effacer ses mérites. A l'inverse, le livre d'Esther tend à réhabiliter la maison de Saül. Mardochée et Esther, de la tribu de Benjamin, combattent victorieusement Haman l'Agagite, là où Saül, dans son combat contre Agag, a perdu le soutien divin. La localisation du tombeau de Rachel à Bethlehem, en territoire de Juda, traduit également l'ascendant que Jérusalem veut prendre sur le territoire de Benjamin à l'époque perse. En effet après le récit de la Genèse (35:18) et du livre de Samuel (10:2), le tombeau de Rachel était vraisemblablement situé en Benjamin, au nord de Jérusalem, et non en Juda.

Culture

La période perse pose les fondations de la religion juive. Selon la tradition rabbinique, c'est la période où la Grande Assemblée travaille à la fixation du canon biblique. Culturellement, cette période voit le remplacement de l'hébreu par l'araméen comme langue usuelle des Judéens, bien que l'hébreu serve toujours pour dans la religion et dans la littérature.

Voir aussi

Bibliographie

  • (he) De Cyrus à Alexandre : histoire d'Israël sous la domination perse, Uriel Rappaport (avec la participation de Shlomit Yaron), Raanana, 2004 (ISBN 9650607641)
  • Menahem Stern et Shmuel Trigano (dir.), La société juive à travers l'histoire. La fabrique du peuple, t. I, Paris, Fayard, 1993 (ISBN 978-2-213-02155-3), « La Société juive à l’époque du second Temple : prêtrise et autres classes » 
  • (en) Oded Lipschits et Manfred Oeming (dir.), Judah and the Judeans in the Persian period, Winona Lake, Einsensbrauns, 2006, relié (ISBN 978-1-57506-104-7), « Achaemenid Imperial Policy, settlement processes in Palestine and the status of Jerusalem in the middle of the fifth century BCE » 


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