Production communautaire


Production communautaire

Les expressions « production communautaire »,« production participative » ou « financement participatif » désignent l’application des méthodes combinées du crowdsourcing (expertise et production de contenu par la foule[1]) et du crowdfunding (financement par la foule) à des projets de tout types (entreprise, production artistique ou culturelle, etc..). La mise en commun des apports individuels est facilitée aujourd’hui par le développement des réseaux sociaux et des communautés sur internet.

Il peut s'agir d'une forme particulière de mécénat, l’internaute contributeur peut en échange trouver une contrepartie ou un service (c'est par exemple ainsi que Wikipédia est financé et s'améliore) ou d’une forme particulière d'investissement, le projet fonctionnant alors comme le ferait une coopérative ou une société de co-production, qui reverse une participation aux bénéfices futurs.

Sommaire

Le principe de la production communautaire

Une production communautaire fait appel aux Internautes pour trouver les fonds nécessaires à l’aboutissement d'un projet de création.
Le financement peut être total ou partiel, ou prendre la forme d'une augmentation de capital (dans ce derniers cas, on parle parfois de « financement 2.0 ou de « levée de fonds 2.0 »).
L'appel peut être largement ouvert, ou réduit à un cercle de réseaux de contact et d'amis. Le degré d’implication des internautes peut être très variable, allant du simple soutien financier à la véritable collaboration et co-production avec le créateur.

Les sites internet d’intermédiation s’appuyant sur le principe du crowdfunding, se multiplient à travers le monde, selon diverses modalités et dans des secteurs différents. On peut distinguer 4 grandes familles :

  • Le financement d’entreprise (exemples : Wiseed, Profundo ou Cofundit)
  • La production communautaire (exemple : Myfashionline, Motion Sponsor, Mymajor Company, YourMajorStudio, Touscoprod, FABrique d'Artistes ou Sandawe) et le soutien aux projets (exemple : Kickstarter, Ulule, Kisskissbankbank, Sponsume, Babeldoor ou Mutuzz)
  • Le microcrédit solidaire (exemple : Microplace, Kiva, Unitedprosperity, ou Babyloan) et le P2P Lending (exemple : Prosper, Friendsclear, Communitylend, ou Zopa)
  • Les systèmes de donation (exemple : firstgiving, donorschoose, smallcanbebig ou betterplace)

La production participative proprement dite, se décline donc en deux sous ensembles, aux modalités et philosophies bien différentes.

  • D’un côté, des sites de co-production qui transforment l’internaute en investisseurs. L’internaute contributeur reçoit des dividendes sur les bénéfices futurs de l’artiste ou du créateur financé, qui abandonne donc une partie de ses droits aux internautes et au site de coproduction.
  • De l’autre côté, des sites de soutien à la création où le créateur conserve l’intégralité de ses droits sur sa production future. En échange du financement initial, le créateur propose aux contributeurs, des contreparties ponctuelles et variables (souvent, selon le montant apporté).


Si certains sites préfèrent laisser les internautes comme seuls producteurs, d’autres concluent des partenariats avec des sociétés de production, les internautes apportant un financement d'appoint et devenant coproducteurs avec des professionnels. Ainsi un single de Mademoiselle K a été coproduit de cette façon sur Buzzmyband (initialement NoMajorMusik).


La plateforme d'intermédiation permet de rapprocher précisément l'offre et la demande (un artiste et ses fans ou citoyens-sponsors par exemple). Elle peut n'être qu'un lieu de construction de financement participatif. Mais bien souvent, ces sites combinent le crowdfunding et le crowdsourcing, en permettant à l’internaute de participer au processus de création en communiquant avec le créateur soutenu, lequel peut faire appel à des expertises extérieures. Les « internautes sponsors » ou visiteurs peuvent aussi collaborativement contribuer au contenu du projet (disque, œuvre d'art, site internet, étude scientifique, livre, édition d'un Wikibook éventuellement), d'architecture, d'urbanisme (écoquartier) ou autres…


La collaboration peut prendre aussi une forme originale avec la suggestion d’idées de projets par les internautes eux-mêmes, ou la mise en compétition d’idées, avant même le dépôt du projet par un créateur, comme sur les sites IndieGogo, Innovation Exchange, Innocentive ou Crowdspring (concours de logos).

Histoire

Le financement communautaire et participatif est né au 18ème siècle dans le domaine des actions de charité. Il s'est diversifié avec l'apparition d'Internet, dès le milieu des années 90.

  • Par exemple, alors que la botanique n'était presque plus enseignée dans les universités, faute de financement de postes d'enseignant et de laboratoires, la communauté francophone des botanistes a en 1999 créé Tela-botanica.
  • Le premier exemple structuré de campagne de crowdfunding basée sur l'utilisation d'internet est dû aux producteurs et entrepreneurs Guillaume Colboc et Benjamin Pommeraud de la société Guyom Corp., pour les besoins de la production de leur film Demain la Veille, en août 2004. Les producteurs, avaient alors lancé le premier système de souscription du genre, via un site internet dédié sur lequel les internautes avaient la possibilité d'être crédités au générique, d'assister au tournage ou de recevoir un DVD en échange de leur apport. La campagne connut un succès fulgurant et leur permis de lever en quelques jours près de la moitié du financement nécessaire à la fabrication du film.
  • Le groupe anglais Marillion avait cependant déjà bénéficié d'une campagne spontanée de financement participatif, à l'initiative de ses fans, pour financer une tournée en 1997. 60 000£ avaient alors été réunies.
  • Ce type d'investissement collectif a ensuite été stimulée par la crise du disque et l'essor du téléchargement. Dans ce cas, il offre une alternative à la main mise des grandes majors de la production musicale.
    Le site hollandais Sellaband fut le premier décliner le modèle à l'industrie du disque, en août 2006.
    En France plusieurs sites du même type sont ensuite apparus rapidement, parmi lesquels Spidart (depuis, en faillite), Akamusic (site belge), Buzzmyband (anciennement NoMajorMusik), Stationtubes (édité par le Label Digital Alien Prod) ou encore My Major Company qui se positionne comme un label participatif.
  • L'énorme succès rencontré par Grégoire (chanteur)– le premier artiste produit par Mymajorcompany – a largement contribué à populariser ce nouveau mode de production.

Les domaines

Un nombre croissant de secteurs d'activités font l'expérience de la production communautaire. Des sites spécialisés apparaissent, mais il existe des généralistes couvrant plusieurs secteurs (par exemple, Kickstarter aux États-Unis, Babeldoor, Kisskissbankbank, Mutuzz et Ulule en France).

Le design

Les passionnés de design peuvent désormais devenir coproducteurs d’objets et de mobilier. DesignerProd.com propose aux internautes de financer les créations de nouveaux designers prometteurs et de participer au développement et à la distribution de créations originales tout en profitant de réels avantages financiers.

La mode

La mode connait à son tour la révolution démocratique générée par la production communautaire. Myfashionline propose une plate-forme d'aide aux jeunes créateurs de mode, leur proposant un réseau de professionnels de la mode. Les créations sont financées exclusivement par les internautes qui deviennent alors décideurs de la mode de demain.

Le cinéma

Article détaillé : La production de films en ligne.

Le cinéma compte désormais ses propres sites de production communautaire avec Motionsponsor, Touscoprod, YourMajorStudio ou Peopleforcinéma, et désormais Mydorcel.com dans le domaine des films pour adulte. Indiegogo propose aussi des coproductions dans le cinéma.

Le spectacle vivant - Musique

Fin 2009, MyShowMustGoOn défrichait le terrain du spectacle vivant en proposant aux internautes de coproduire des pièces de théâtre dont Promenade de santé, avec Mélanie Laurent, Non je ne danse pas!, African Footprint. En ce qui concerne la musique, plusieurs communautés existent. MyMajorCompany, Akamusic, Kisskissbankbank, Sellaband (site hollandais) est un service permettant aux musiciens et aux groupes de faire la promotion de leur travail afin que des admirateurs financent leur production et leur distribution. I Am Verity utilisa le crowdfunding pour vendre, dans 25 pays, 2 000 copies de son album avant que celui-ci ne soit produit.

Les Jeux vidéo

Digital Coproductions est une plateforme, créée fin 2010, qui permet à des créateurs de jeux vidéo de présenter librement leur projets, et d'échanger avec le public pour l'impliquer dans la création, en sollicitant des idées, des avis, des suggestions, ou même un financement sous forme de souscription. Les souscripteurs reçoivent en échange une partie des bénéfices du jeu ainsi coproduit.

Les Arts Plastiques

FABrique d'Artistes.com est une plateforme permettant d'une part aux artistes plasticiens de présenter leurs projets de promotion (expositions, participation à des foires, tirages en éditions limitées, ...). D'autre part, elle permet aux amateurs d’art, collectionneurs et investisseurs de participer à la préparation des expositions des artistes, de financer les projets de ces artistes plasticiens et de recevoir en retour une partie des gains générés. Une fois financés, ces projets sont exécutés par des professionnels de la communication dans le marché de l'art.

L'édition

Editeurs et auteurs associés est une maison d'édition traditionnelle qui fait dorénavant appel aux internautes pour faire partie d'une nouvelle aventure éditoriale. Début 2010, Sandawe propose de coproduire des auteurs de bande dessinée. On peut citer aussi Mymajorcompanybook, et les Editionsdupublic.

La presse

Des sites internet expérimentent la production communautaire dans le domaine de la presse. Le pionnier dans le domaine est le site américain Spot.us. On peut citer aussi Nowpublic, et le projet français en gestation Glifpix…

Le sport et les loisirs

Le sport reste un secteur encore peu exploré en France. Tennis Angels (qui propose aux internautes de financer de futurs champions de tennis classés aux environ de la 200e place mondiale), et My Poker Squad sont les premiers à proposer ce type d'offre communautaire. Mais il existait déjà des initiatives à l’étranger, comme Myfootballclub, en Grande Bretagne.

La science

Ne bénéficiant pas de l'accès aux finances publiques ou aux fonds privés pour des projets jugés non rentables ou insuffisamment intéressants par les états et institutions ; c'est le domaine des sciences citoyennes qui semble le premier s'être saisi de cette opportunité, souvent sur le mode associatif, avec un pilotage scientifique plus ou moins élargi. Il faut signaler le lancement à la mi-2010, de apply.fundscience.

Modèles économiques des sites de production communautaire

Les sites d’intermédiation se rémunèrent en général en prélevant une commission sur les opérations réussies, et en refacturant les frais monétiques aux contributeurs.
Dans la très grande majorité des cas, l’inscription est gratuite pour les déposants de projets comme pour les souscripteurs.
L’équilibre économique est parfois complété par des publicités contextuelles, la facturation de services annexes optionnels (conseils, mise en forme, communication, etc.), et le partenariat avec des sociétés de production ou des banques.

Perspectives de la production communautaire

Certains ont vu dans ces nouveaux modèles l'émergence d'une nouvelle révolution, celle des média de masses et du « pronétariat » (mélange de prolétaire et net). Les média traditionnels ont, par exemple, une structure pyramidale et diffusent ce que les professionnels, propriétaires et générateurs de rareté et d'exclusivité, leur fournit, avec le risque de ne pas trouver le public adéquat. Au contraire, avec le crowdfunding combiné au crowdsourcing, l'adéquation entre l'offre culturelle et la demande est parfaite.

Beaucoup de sociologues[Qui ?] ont écrit et débattu sur cette culture de masse.
Avec la révolution numérique, les internautes-créateurs trouvent la possibilité de diffuser leur culture et la production communautaire permet de soutenir des projets hors des circuits traditionnels. Cela constitue une alternative logique et prometteuse aux actions répressives du type Hadopi.

Difficultés de la production communautaire

La tendance à nouer des partenariats avec les systèmes traditionnels amènent deux hypothèses : soit Internet va petit à petit reproduire les schémas critiqués car peu de sites offrent une réelle démocratie, tous les projets ne sont pas proposés à la coproduction, une sélection est établie en amont, soit les média traditionnels évoluent et s'ouvrent au modèle participatif et acceptent de perdre une partie de leur exclusivité.

Ces nouveaux modèles économiques sont encore fragiles : Spidart, un des pionniers dans la musique, a été mis en liquidation judiciaire le 19 janvier 2010[2].

Notes et références

Annexes

Articles connexes


Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Production communautaire de Wikipédia en français (auteurs)

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