Éléphants de guerre

Éléphants de guerre

Éléphant de guerre

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Des éléphants attaqués par la phalange à la bataille de l'Hydaspe (-336)

Les éléphants de guerre ont été une arme importante, bien que peu répandue, dans l'histoire militaire de l'Antiquité. Leur utilisation principale est de piétiner les adversaires et de briser leurs rangs, mais également d'effrayer la cavalerie. Ils étaient exclusivement mâles, car plus rapides et plus agressifs que les femelles.

Sommaire

Historique

Origines des éléphants de guerre

L'apprivoisement de l'éléphant, qui ne doit pas être compris comme un synonyme de domestication, a probablement commencé dans la vallée de l'Indus vers -2000. Des animaux domestiques, comme la vache ou le chien, naissent en captivité et sont soumis à une multiplication sélective. En revanche les éléphants, probablement à cause de leur caractère inconstant, des dépenses occasionnées pour leur alimentation et de leur croissance assez lente[1], ont toujours été, à de très rares exceptions près, capturés dans la nature puis apprivoisés.

Le but des premières captures est de trouver une aide dans les tâches agricoles. Puis est venue l'application militaire des éléphants, mentionnée en plusieurs hymnes en sanskrit. Depuis l'Inde, l'usage des éléphants de guerre commence à migrer vers l'Empire perse, peut-être à partir du règne de Cyrus le Grand au -VIe siècle , quand la conquête du Gandhâra (vallée de la rivière Kaboul et Pânjab occidental) permet aux Achéménides de contrôler les routes commerciales allant vers l'Inde. Par la suite, à la fin du -VIe siècle , Darius Ier entreprend une expédition dans la vallée de l'Indus, ce qui aurait permis aux Perses d'acquérir des éléphants de guerre.

À l'époque de Darius III, dernier roi achéménide vaincu par Alexandre le Grand, les Perses ne disposent pas de territoires où vivent des éléphants à l'état naturel : le Pânjab est redevenu indépendant et ce qui reste des provinces indiennes est rattaché aux satrapies de Bactriane et d'Arachosie. On peut dès lors supposer qu'au temps de Darius III, les Perses ont acquis quelques éléphants auprès de princes indiens. Les éléphants des Perses sont alors équipés comme les éléphants des armées indiennes, avec un seul combattant monté à califourchon.

L'ajout de tours sur le dos des éléphants, véritable révolution militaire, revient selon Paul Goukowsky aux Séleucides vers les années -300/-280. Ni les Indiens, ni les Perses, ni les armées d’Alexandre ne connaissent donc l'usage de la tour.

À l'époque d'Alexandre et des monarchies hellénistiques

La bataille de Gaugamèles (-331) qui oppose Darius III à Alexandre le Grand, est la première confrontation des Européens avec des éléphants de guerre. Les quinze mastodontes, placés au centre des lignes perses, font une si grande impression sur les troupes macédoniennes, qu'Alexandre sent la nécessité de sacrifier avant la bataille à Nyx, la déesse de la peur. Pour autant les éléphants ne jouent aucun rôle notable, ou connu, dans le déroulement de la bataille, tout le centre perse, dont Darius, étant mis en déroute par l'assaut de la cavalerie macédonienne.

Après la conquête de la Perse, Alexandre a compris l'intérêt d'utiliser les éléphants et en a incorporé un certain nombre dans son armée bien qu'ils ne prennent pas part aux batailles en Inde. En -326, lors de la bataille de l'Hydaspe, les troupes macédoniennes se voient opposées pour la première fois à une imposante troupe de 200 éléphants caparaçonnés. La bataille est d'une grande violence, les chevaux de la cavalerie macédonienne, très nerveux, refusent d'affronter les éléphants mais l'infanterie en vient à bout en ciblant les cornacs ; sur 200 éléphants alignés par le roi Pôros, on estime que seule la moitié a survécu. Alexandre a été idéalisé en tant que vainqueur des « monstres » de l'Inde. Sur le « décadrachme de Pôros », frappé sous le règne d'Alexandre vers -323, on peut voir Pôros juché sur un éléphant brandir une lance vers Alexandre qui le poursuit à cheval. Sur une monnaie frappée sous le règne de Ptolémée Ier, Alexandre est coiffé de la peau d'un éléphant, symbole de sa victoire en Inde.

Dans la continuité d'Alexandre, les souverains grecs de l'époque hellénistique adoptent cette arme de guerre. En -301 à la bataille d'Ipsos, considérée comme la plus grande bataille d'éléphants de l'Antiquité[2], Séleucos Ier aligne contre Antigone le Borgne une troupe de 400 éléphants, obtenus grâce à un traité de paix avec le prince indien Chandragupta Maurya. Il place la masse de ses éléphants en soutien de l'infanterie ; ce qui lui permet d'empêcher la cavalerie adverse de la prendre à revers et de remporter une grande victoire.

À la bataille de Raphia en -217, Ptolémée IV dispose de 73 éléphants d'Afrique et Antiochos III de 102 éléphants d'Asie. Elle est la seule bataille de l'Antiquité où des éléphants d'Asie et d'Afrique se sont affrontés en grand nombre. Les deux adversaires divisent leurs troupes d'éléphants en deux corps disposés sur les ailes afin de soutenir la cavalerie ; les éléphants d'Asie étant plus gros et plus agressifs que leurs congénères africains[3], les éléphants d'Antiochos III mettent en déroute les éléphants de Ptolémée IV, mais cela ne lui suffit pas pour vaincre son adversaire. Sous les Séleucides et les Lagides, les éléphants sont revêtus d’une cuirasse et une tour est placée sur le dos de l'animal portant deux à quatre tirailleurs. Le cornac reste lui à califourchon sur le cou de l’animal.

L'utilisation militaire des éléphants s'est répandu de par le monde hellénistique à partir du -IVe siècle . À la même époque les Carthaginois commencent à apprivoiser les éléphants d'Afrique de savane dans un but militaire ; les Numides font de même avec l'éléphant d'Afrique des forêts.

À l'époque d'Hannibal et des Romains

Cornelis Cort (1567), La bataille de Zama.

Au -IIIe siècle , l'utilisation des éléphants de guerre en Occident se fait principalement contre la République romaine. De la bataille d'Héraclée remportée par Pyrrhus (-280) à la célèbre traversée des Alpes (-218) par Hannibal pendant la Deuxième Guerre punique, les éléphants terrifient les légions romaines (bataille de la Trébie). Mais d'une part, la plupart des éléphants meurent de froid, d'autre part les Romains trouvent assez rapidement une manière de faire face aux charges dangereuses des éléphants. Quand les troupes d'Hannibal seront cantonnées dans le sud de l'Italie, les armées romaines ont à plusieurs reprises l'occasion de s'emparer d'éléphants de guerre. Ainsi, au cours de la dernière bataille d'Hannibal, à Zama en (-202), la charge est inefficace car les Romains leur laissent tout simplement le passage en ouvrant leurs rangs.

Un siècle et demi plus tard, à la bataille de Thapsus, en -46, Jules César arme sa cinquième légion (Alaudae) avec des haches et ordonne à ses légionnaires de frapper la bête aux pattes. La légion soutient ainsi la charge et l'éléphant devient son symbole.

À l'époque des Parthes et des Sassanides

Miniature médiévale représentant les éléphants des perses sassanides à la bataille de Vartanantz

Les Parthes, qui dominent la Perse et la Mésopotamie du -IIe siècle au IIIe siècle, ont occasionnellement employé des éléphants de guerre contre l'Empire romain, mais ce n’est qu’avec les Perses sassanides à partir du IIIe siècle que les éléphants de guerre occupent une place stratégique prépondérante. Les mastodontes étaient quasi-systématiquement utilisé dans les luttes contre les ennemis occidentaux et ce plus seulement afin d’impressionner. Les éléphants devinrent une force de frappe réelle, si ce n’est la première devant la cavalerie.

La plus mémorable bataille où fut mit en œuvre cette stratégie est celle de Vartanantz (451) durant laquelle les éléphants d'Yazdgard II écrasèrent la rébellion arménienne. Une autre célèbre bataille perse où les éléphants jouèrent un rôle clef, est la bataille d'al-Qādisiyyah, qui les opposait cette fois ci à la cavalerie arabe. Celle-ci ne triompha que grâce à un habile subterfuge (la parure des chevaux devait effrayer les éléphants), et à une opportune tempête de sable. La paralysie des éléphants entraina une défaite qui sonnera le glas de l'Empire perse.

À l'époque médiévale

Peinture espagnole du XIe siècle représentant un éléphant de guerre équipé d'une tourelle

Durant l'époque médiévale, l'usage des éléphants de guerre a été abandonné. Ces animaux ne sont plus présents sur les champs de batailles européens qu'en de rares occasions. Ce fut le cas lorsque Charlemagne utilisa son éléphant, Aboul-Abbas, offert par le calife Haroun ar-Rachid, pour combattre les Danois en 804, ou lorsque les Croisades donnent à Frédéric II la possibilité de capturer un éléphant en terre sainte, éléphant qui est utilisé plus tard au cours de la prise de Crémone en 1214.

En 1398, l'armée de Tamerlan doit faire face à plus de cent éléphants indiens au cours de la dernière bataille importante où ils sont employés. On prétend que Tamerlan auraient fait accrocher de la paille enflammée à la queue de chameaux qu'il aurait lancé contre les éléphants. Ces derniers, effrayés par les flammes, se seraient retournés et auraient écrasés leurs propres troupes. Plus tard, le chef mongol emploie ces animaux contre l'Empire ottoman.

Avec l'arrivée des armes à feu, vers la fin du XVe siècle, les éléphants de guerre sont devenus une arme de charge obsolète qui peut être facilement dispersée par un tir de canon.

Utilisation tactique

Bas-relief montrant l'armée khmère en route pour la guerre contre le royaume de Champā (XIIe siècle)

Les éléphants pouvaient être employés à un grand nombre de tâches militaires. Ils pouvaient porter de lourdes charges et fournir un moyen de transport utile. Ils pouvaient être également employés comme bourreaux, en écrasant le condamné. Au cours des batailles, les éléphants de guerre étaient habituellement déployés au centre de la ligne d'attaque où ils pouvaient être utiles pour stopper une charge ou pour commencer la leur.

Une charge d'éléphant peut atteindre quelque 30 km/h et elle est difficile à arrêter avec seulement de l'infanterie. Sa puissance repose sur la force brute et sur la crainte qu'un animal de plusieurs tonnes[4] peut inspirer dans les lignes ennemies. Les unités montées n'étaient pas sûres non plus, car les chevaux qui n'étaient pas habitués à l'odeur des éléphants paniquaient facilement, brisant l'efficacité de la cavalerie. Il était également extrêmement difficile de tuer ou de neutraliser les éléphants. Le revers de la médaille était leur propre tendance à paniquer après plusieurs blessures ou lorsque leur cornac avait été tué, et à faire retraite d'une manière si désorganisée qu'elle pouvait infliger de lourdes pertes à leurs propres troupes. Les cornacs disposaient d’une lame ou d'un maillet et d'un ciseau pour frapper entre les oreilles un éléphant rendu furieux.

Lors des guerres puniques, les éléphants de guerre carthaginois étaient lourdement protégés par une forme d'armure et portaient sur leur dos une tour abritant un équipage de trois hommes, des archers et/ou des hommes armés de longues piques (sarisses). Les éléphants de guerre de l'espèce des forêts, beaucoup plus petit que leurs cousins des savanes ou d'Inde, n'étaient pas assez forts pour transporter une tour et étaient chevauchés seulement par deux ou trois hommes, plus le conducteur de l'animal qui était généralement numide.

Au cours de l'antiquité, des porcs incendiaires couverts d'une substance enflammée étaient parfois utilisés pour effrayer les éléphants, et contrer leurs charges. D'après Pline l'Ancien :

« les éléphants sont effrayés par le plus petit cri aigu d'un porc. »

— Histoire Naturelle, VIII, 1.27

Ainsi, un siège de Mégare[réf. nécessaire] fut levé lorsque les habitants de cette cité attique versèrent de l’huile d’olive enflammée sur un troupeau de porcs pour le forcer à se ruer sur les pachydermes de l'ennemi. Les éléphants, surexcités par les porcs terrifiés et eux-mêmes en prise à la peur, désorganisèrent les lignes de l’assaillant provoquant la déroute.

Notes

  1. Quinze ans sont nécessaires à une bête pour atteindre l'âge adulte.
  2. Tout au moins non indienne.
  3. Il s'agit d'éléphants des forêts.
  4. Cinq tonnes pour les éléphants d'Asie, 7,5 tonnes pour les éléphants de savane africains.

Voir aussi

Bibliographie

  • Paul Goukowsky, « Le roi Pôros, son éléphant et quelques autres », dans Bulletin de Correspondances Helléniques, no 76, 1972, p. 473-502 .
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