Pierre Dac


Pierre Dac
Pierre Dac
Pierre Dac

Nom de naissance André Isaac
Naissance 15 août 1893
Châlons-sur-Marne
Décès 9 février 1975 (à 81 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de France France
Profession Humoriste et acteur

André Isaac, dit Pierre Dac[1], né le 15 août 1893 à Châlons-sur-Marne (Marne, aujourd'hui Châlons-en-Champagne), et mort le 9 février 1975 à Paris, est un humoriste et comédien français. Il fut, également, pendant la Seconde Guerre mondiale une figure de la Résistance contre l'occupation de la France par l'Allemagne nazie.

Sommaire

Parcours

Il est issu d'une modeste famille juive d'Alsace, installée après la défaite de 1870 à Châlons-sur-Marne où le père est boucher. Il naît dans cette ville au 70 rue de la Marne[2]. Mobilisé en août 1914 au lendemain de son vingt-et-unième anniversaire, il revient du front quatre ans plus tard avec deux blessures, dont une d'un obus qui lui a raccourci de douze centimètres le bras gauche. Après la Première Guerre mondiale, Pierre Dac vit de petits métiers à Paris. Dans les années 1930, il se produit comme chansonnier dans divers cabarets, notamment la Vache Enragée, le Coucou, le Théâtre de 10 Francs, le Casino de Paris, les Noctambules, et la Lune rousse à Montmartre. Sarvil lui écrit de nombreux textes pour ses spectacles. En 1935, il crée une émission humoristique de radio "La Course au Trésor" et en anime une autre "la Société des Loufoques" qui remportent un grand succès.

En 1938, il fonde L'Os à moelle, organe officiel des loufoques, une publication humoristique hebdomamaire au nom inspiré par François Rabelais et par son père boucher (le mot loufoque vient de l'argot des bouchers, le louchébem, et signifie fou) qui a pour collaborateurs le chansonnier Robert Rocca, les dessinateurs Jean Effel, Roland Moisanetc. Dès son premier numéro, il annonce la constitution d'un « Ministère loufoque », dont les portefeuilles ont été distribués « au Poker Dice ». Ses petites annonces - dont la plupart rédigées par Francis Blanche qui débutait alors - vendent de la pâte à noircir les tunnels, des porte-monnaie étanches pour argent liquide, des trous pour planter des arbres, etc. Le monde de cette époque pratiquant un style différent de loufoquerie, le journal - dès l'origine très anti-hitlérien - disparut après son dernier numéro (no 109) le 7 juin 1940[3]. L'équipe du journal est contrainte de quitter Paris alors sur le point d'être occupé. Il reparaîtra épisodiquement en 1945-1946, puis vers 1965, avec des talents nouveaux comme René Goscinny (Les aventures du facteur Rhésus) et Jean Yanne (Les romanciers savent plus causer français en écrivant).

Réfugié en 1940 au 42 boulevard de Strasbourg à Toulouse (une plaque commémorative l'attestant: Ici ont vécu en 1940-41 Pierre Dac speaker de la France Libre et Fernand Lefevre commandant du groupe Lorraine et d'ici s'évadèrent en novembre 1941), Pierre Dac décide de rejoindre Londres dès 1941, mais est arrêté deux fois lors de ses tentatives de traversée des Pyrénées, incarcéré à la Carcel Modelo (prison Modelo) de Barcelone au premier essai, puis à Perpignan au second. Il finit par être échangé pour quelques sacs de blé, en transitant par le Portugal pour rejoindre Alger, puis enfin Londres.
Devenu alors l'humoriste des émissions en français « Les Français parlent aux Français » de Radio Londres à partir de 1943, il y parodie des chansons à la mode (Les gars de la Marine devenant « Les gars de la Vermine », Ça fait d'excellents Français, Horst-Wessel-Lied) pour brocarder le gouvernement de Vichy, les collaborationnistes et le régime nazi. Il fut, parmi d'autres, la voix du slogan célèbre de Jean Oberlé : « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand » sur l'air de la Cucaracha.
Lorsque, le 10 mai 1944, Philippe Henriot, sur Radio Paris, s'en prend à Pierre Dac en notant ses origines juives et mettant en doute son intérêt pour la France par un : « La France, qu'est-ce que cela peut bien signifier pour lui ? », l'humoriste lui répond le lendemain sur Radio-Londres dans un discours lapidaire baptisé « Bagatelle sur un tombeau »[4], et dans lequel il déclare que son frère Marcel, décédé au front lors de la Première Guerre mondiale, a bien sur sa tombe l'inscription « Mort pour la France »[5], alors que sur celle de Philippe Henriot on écrirait « Mort pour Hitler, fusillé par les Français ». Cette réponse est prémonitoire et Henriot est abattu par la résistance quarante-cinq jours plus tard[6].

À la Libération, il rentre à Paris où il est reçu apprenti à la loge « Les Compagnons ardents » de la Grande Loge de France le 18 mars 1946. Il en restera membre jusqu'en 1952 et rédigera une parodie de rituel maçonnique devenue célèbre dans la franc-maçonnerie française[7]. Il revient au cabaret sur les scènes parisiennes (l'ABC, Les Trois Baudets, etc.).

Il forme à la même époque avec Francis Blanche un duo auquel on doit de nombreux sketches dont le fameux Le Sâr Rabindranath Duval (1957), et un feuilleton radiophonique, Malheur aux barbus, diffusé de 1951 à 1952 sur Paris Inter (213 épisodes), et publié en librairie cette même année ; personnages et aventures sont repris de 1956 à 1960 sur Europe 1, sous le titre Signé Furax (soit 1 034 épisodes). Ces émissions sont suivies par de nombreux auditeurs. Plus tard, entre 1965 et 1974, en compagnie de Louis Rognoni, Pierre Dac crée la série Bons baisers de partout (740 épisodes), une parodie des séries d'espionnage des années 1960, diffusée sur France Inter.

Il a été surnommé par certains le « Roi des Loufoques », pour son aptitude à traquer et créer l'absurde à partir du réel.

Son texte Le biglotron fut souvent cité par les amateurs de dépédantisation. Il est l'inventeur du Schmilblick, qui « ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout. Il est rigoureusement intégral ! ». Le mot « Schmilblick » sera repris par Guy Lux pour un jeu télévisé (hérité de "La Chose" de Pierre Bellemare sur Radio-Luxembourg), puis par Coluche pour une parodie de ce jeu restée célèbre.

Entre 1964 et 1966 il fait reparaître L'Os à Moelle. En 1965, il se déclare candidat à la présidentielle, soutenu par le MOU, Mouvement ondulatoire unifié, dont le slogan était : « Les temps sont durs ! Vive le MOU ! ». À la demande de l'Élysée, et pour ne pas se fâcher avec le général de Gaulle, l'ancien résistant renonce et abandonne sa campagne[8].

En 1972, un square et une statue sont inaugurés en son honneur, à Meulan. Devant les photographes, Pierre Dac et Francis Blanche posent à leur manière, c'est-à-dire en satisfaisant sur le monument un besoin naturel.

Plaque commémorative au cimetiere du Père-Lachaise

Malgré le succès, Pierre Dac est resté un homme modeste, presque effacé. Il est mort dans la plus grande discrétion. « La mort est un manque de savoir-vivre », avait-il repris d'Alphonse Allais. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 87).

Pierre Dac est chevalier de la Légion d'honneur, Croix de guerre 1914-1918, 1939-1945, deux palmes et cinq étoiles, médaille de la Résistance.

Cinéma

  • co-auteur, avec Fernand Rauzéna, de l'adaptation française du film Hellzapoppin de H.C Potter
Télévision

Théâtre

Liste des œuvres

Cette liste des œuvres de Pierre Dac a été établie par Baudime Jam, "chercheur de trésors dacquiens"[9] pour le site du judaïsme d'Alsace et de Lorraine.

Romans et essais

  • Ici Londres : Pierre Dac vous parle - Ed. Pierre Trémois (1945)
  • Du Côté d’Ailleurs - Ed. A. Martel (1953)
  • Le Jour le plus c... - Ed. Julliard (1967)
  • Les Plombiers zingueurs - Ed. Robert Morel (1968)
  • Un Français libre à Londres en guerre - Ed. France Empire (1972)
  • Les Pensées - Ed. du Cherche Midi (1972)
  • Les Pédicures de l’Âme - Ed. du Cherche Midi (1974)
  • Essais, maximes et conférences - Ed. du Cherche Midi (1978)
  • Dialogues en forme de tringle - Ed. du Cherche Midi (1981)
  • Arrière-pensées - Ed. du Cherche Midi (1998)
  • Du Côté de Partout - Ed. Omnibus (2009)

Feuilletons radiophoniques

Avec Francis Blanche :

  • Malheur aux barbus - Ed. André Martel (1952-53)
  • Confession de Furax - Ed. André Martel (1952-53)
  • Mangez de la salade - Ed. André Martel (1952-53)
  • Les Barbus de l’espace - Ed. André Martel (1952-53)
  • Le Boudin sacré - Ed. Spéciale (1971-72)
  • La Lumière qui éteint - Ed. Spéciale (1971-72)
  • Crimée ... châtiment ! - Ed. Spéciale (1971-72)
  • Malheur aux Babus - Ed. Spéciale (1971-72)
  • L’Atoll Anatole - Ed. Spéciale (1971-72)
  • M... comme - Ed. Spéciale (1971-72)
  • Le Gruyère qui tue - Ed. J.C. Lattès (1976)
  • Le Parti d’en rire - Ed. du Cherche Midi (1983)
  • Faite chauffer la colle!

Avec Louis Rognoni :

  • Opération Tupeutla - Ed. du Cherche Midi (1982-84)
  • Opération Psychose-toujours - Ed. du Cherche Midi (1982-84)
  • Psychose de plus en plus - Ed. du Cherche Midi (1982-84)
  • Informations secrètes du colonel de Guerlasse (1963-65)sur R.T.F.Inter.

Chansons et monologues

  • On est net, in Pandore n° 7 (décembre 1934)
  • Polka-Picon - Ed. Picon
  • Les Chansons de Pierre Dac à la Radio de Londres - Ed. Masspacher (1945)
  • Dix Monologues et chansons loufoques - Ed. Jean Picot
  • Cent Histoires de fous et folles histoires - Ed. Théâtrales
  • Mangeons ! - Ed. Herpin
  • Le plus beau jour de la vie - Ed. Herpin
  • Quand on a quinze ans - Ed. Herpin
  • Les Parents - Ed. A. Molinier
  • Le Permis de Conduire - P. Beuscher
  • Neuf chansons érotico-philosophiques - Musique : René Landemar

Articles et textes divers parus dans la presse

  • "Ca me fait tout drôle...", in "France" n°986 (29 octobre 1943).
  • Impressions d’Angleterre in “Accord” (novembre 1943).
  • Bulletin météorologique de l'Ordre Nouveau in “Accord” n°5 (1943-44).
  • "Essai sur la cuisine anglais, France (15 décembre 1943).
  • "Compte de Noël", in France (décembre 1943).
  • "À vos poches, à vos pubs", in France, (février 1944).
  • "Alerte au Spam", in France, (24 mars 1944).
  • "De quelques effets de la guerre des nerfs", in France, (16 mai 1944).
  • "Commentaire sur l'avion sans pilote ou V1", in France, (20 juin 1944).
  • Chansons in “La France libre” (n°45 - 15 juillet 1944).
  • De l’eau de Vichy à l’eau de Cologne in “La France au combat” (n°66 - 15 mars 1945).
  • Du stalag à Paris avec Eux in “Point de Vue” (n°1 - 23 mars 1945).
  • "Dans Karlsruhe avec la première armée française", in "La France au Combat", (12 avril 1945).
  • À l’ombre des blaireaux en fleurs in “La France au combat” (n°76 - 9 août 1945).
  • Les Enquêtes de l’Inspecteur Poileau-Luc in “V” (1947)
  • Les origines du courrier du cœur in “France Hebdo” (n°265 - 19 avril 1949)
  • Les entresols de Saint-Germain-des-Prés in “France Hebdo” (n°266 - 26 avril 1949)
  • Hommage au Crapouillot in “Le Crapouillot” (n°66 - mai 1965)
  • Après la bataille in “Plexus” (1966)

Préfaces

  • Les Mémoires de Péhun (Pierre Beauvois) - Ed. Goélette (ca. 1945)
  • Une Bombe à tout casser (Guy Verdot) - Ed. Pierre Fanlac (1946)
  • Une Heure avec Jean Rigaux - Ed. Raoul Solar (1948)
  • L’Éminence verte (Roméo Carles) - Ed. Raoul Solar (1950)
  • Klette (Léo Campion) - Ed. Calmann Levy (1955)
  • Quand les pigeons auront des crocs (André Delcombre) - chez l'auteur (1962)
  • Salut mon pope ! (San-Antonio) - Ed. Fleuve Noir (1966)
  • Comment ne pas les manquer (Jérôme Favard) - Ed. Roger Maria (1972)
  • Guide de l’étudiant parisien (Grandgousier) - chez l'auteur (1974)
  • Humour noir et homme en blanc (Claude Serre) - Ed. Roger Maria (1978)

Périodiques

  • L'Os à Moelle (109 numéros du 13 mai 1938 au 7 juin 1940)
  • L'Os Libre (102 numéros du 11 octobre 1945 au 15 octobre 1947)
  • L'Os à Moelle (73 numéros du 23 avril 1964 à février 1966)

Bibliographie

Biographie

Anthologies

  • L’Os à Moëlle (vol. I), anthologie présentée par Michel Laclos, Ed. Julliard (1963)
  • L’Os à Moëlle (vol. II), anthologie présentée par Michel Laclos, Ed. Julliard (1965)
  • Pierre Dac, anthologie présentée par Jacques Pessis, Seghers, 1977
  • Le Club des loufoques, anthologie présentée par Jacques Pessis, Julliard, 1994, ISBN 978-2-260-01109-5
  • Y'a du mou dans la corde à noeuds !, anthologie présentée par Jacques Pessis, Julliard, 1995, ISBN 2260013295
  • La Substantifique moelle de Pierre Dac, anthologie présentée par Jacques Pessis, Julliard, 1995, ISBN 2260011098
  • Dico franco-loufoque, anthologie présentée par Jacques Pessis, Librio, 1998, ISBN 2277301280
  • L'Os à Moelle : 13 Mai 1938 - 7 juin 1940, anthologie présentée par Jacques Pessis, Omnibus, 2007, ISBN 2258074754
  • Drôle de guerre, anthologie présentée par Jacques Pessis, Omnibus, 2008, ISBN 2258078288
  • Du côté d'ailleurs et de partout, anthologie présentée par Jacques Pessis, Omnibus, 2010, ISBN 2258080738
  • Avec mes meilleures pensées, anthologie présentée par Jacques Pessis, Le Cherche Midi, 2010, ISBN 2749118352
  • Malheur aux barbus, anthologie présentée par Jacques Pessis, Le Cherche Midi, 2010, ISBN 2258084393

Théâtre

Ouvrages dédiés à Pierre Dac

  • Tabenduick, Jean Paul Aymon, Éditions maritimes, 1978
  • Vous prendrez bien une bière ?, Joseph Bialot, Gallimard, 1997
  • Le petit livre des citations latines, Lucien Jerphagnon, Tallandier, 2004

Liens internes

Liens externes

Notes et références

  1. André Isaac obtint du tribunal de première instance de Châlons-sur-Marne un jugement du 17 février 1950 changeant son patronyme « Isaac » en « Pierre-Dac ». Jean-Paul Barbier Des Châlonnais Célèbres, illustres et mémorables, 2000.
  2. Un bas relief de Richard Bruyère y est apposé
  3. L'Os à moëlle, textes réunis et présentés par Michel Laclos, éd. Julliard / Le livre de poche
  4. « Bagatelle sur un tombeau » sur judaisme.sdv.fr
  5. La tombe de Marcel Isaac, avec cette inscription, est visible au cimetière du Montparnasse à Paris
  6. Henriot abattu par la résistance le 28 juin 1944, vidéo de ses funérailles nationales.
  7. M. Levy, « Pierre Dac, l'humour au Vitriol », dans Le journal de la Grande Loge de France, no 83, avril 2008 (ISSN 1298-9010) 
  8. Pierre Dac Président, L'Express, 9 février 1995
  9. Jacques Pessis, in Drôle de guerre : de Radio Londres à l’Os Libre, Omnibus, 2008

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Pierre Dac de Wikipédia en français (auteurs)