Abgar

Abgar d'Édesse

Abgar est le nom de plusieurs princes arabes qui régnèrent à Édesse en Mésopotamie, depuis le IIe siècle av. J.-C. jusqu'au IIIe siècle.

La légende du Mandylion se rapporte à l'un d'eux, Abgar V Ukomo ou Ukkama Bar Ma'Nu, qui aurait vécu à l'époque de Jésus.

Sommaire

La « légende d'Abgar »

Eusèbe de Césarée cite, dans son Histoire ecclésiastique (HE I. XIII), une correspondance que le roi Abgar d'Édesse — que l'on identifie comme étant « Abgar V Oukama » (« le noir ») — aurait eue avec Jésus pour le prier de venir le guérir d'une maladie réputée incurable. Dans sa réponse, Jésus aurait écrit :

« Lorsque j'aurai été élevé, je t'enverrai un de mes disciples pour te guérir de ton infirmité et te donner la vie, à toi et à ceux qui sont avec toi. »

Eusèbe rapporte que le disciple en question fut Thaddée, qui évangélisa la ville d'Édesse et son roi.

Toutefois, déjà dans le Décret de Gélase[1], comme encore actuellement, cette correspondance est regardée comme apocryphe.

Cet épisode connut une fortune certaine, et divers textes le rapportent dans une rédaction amplifiée et grossie de plusieurs légendes.

Le Mandylion d'Edesse

Ainsi, Moïse de Khorène (fin Ve siècle) dans son Histoire d'Arménie ( Liv II, chap 30 à 33) reprend le récit d'Eusèbe en y ajoutant d'autres correspondances avec Tibère, Nerses, Ardashes… Concernant la correspondance d'Abgar et Jésus, il est fait mention que le messager d'Abgar, Anan rapporta la réponse de Jésus, « ainsi que l'image du Sauveur qui se trouve encore à présent à Edesse ».

D'autre part, la Doctrine d'Addaï (IVe ou Ve siècle), précise qu'en plus d'être le messager d'Abgar, Hannan était le « peintre du roi », et qu'il réalisa un portrait de Jésus. (Addaï est la forme syriaque de Thaddée).

Une autre variante tardive, les Actes de l'apôtre Thaddée (VIIe siècle) indiquent qu'Annanias (= Hannan = Anan), cherchait à fixer dans sa mémoire les traits de Jésus, pour en faire une description à son roi, mais n'y parvenait pas. Jésus s'étant lavé le visage s'essuya avec un linge qu'il remit à Annanias. Sur le linge s'était « imprimée » l'image du visage de Jésus.

Enfin, la forme ultime de ce développement précise qu'Ananias, voulait faire le portrait de Jésus, mais qu'il lui était impossible de fixer les traits du Sauveur, car son visage semblait changer sans cesse d'aspect, « sous l'effet de la grâce indicible qui s'en dégageait ». Le Christ, devinant le dessein d'Ananie se fit apporter une petite bassine, s'y lava le visage et l'essuya avec un linge plié en quatre. Aussitôt ses traits se trouvèrent imprimés de manière indélébile sur ce linge, sans le secours d'une main humaine.

saint Jean Damascène mentionne lui aussi brièvement l'épisode dans sa Défense de la foi orthodoxe (De fide IV. 16)

Ce fut le Mandylion[2] d'Édesse, réputée la « première » icône. Indépendamment de toute question d'historicité, le Mandylion (ou « Sainte Face ») est aujourd'hui une icône du Christ et, selon la doctrine de l'Église orthodoxe, celui qui vénère une icône ne vénère pas la matière (bois, peinture...) dont elle est faite — ou les légendes qui s'y sont attachées — mais celui qui y est représenté, en l'occurrence le Christ.

Le Mandylion et Abgar dans la liturgie

Le roi Abgar tenant le Mandylion. Image du Xe siècle

Comme le note l'iconographe Léonide Ouspensky,

« L'Église garde des traditions qui, par leur contenu, même exprimé sous une forme légendaire, servent à manifester et à affirmer les vérités dogmatiques de l'œuvre divine. (…) C'est pour cela que ces traditions, comme celle de l'image non faite de main d'homme et du roi Abgar, sont fixées dans les Actes des Conciles et dans les écrits patristiques, c'est pour cela qu'elles entrent dans la vie liturgique orthodoxe. »

Ainsi, le 16 août est la fête de l'icône « non faite de main d'homme » dans l'Église orthodoxe, ainsi que dans l'Église copte.

D'autre part, Abgar est commémoré comme saint « Abgar, roi d'Édesse et premier roi chrétien » durant l'Avent de Noël par l'Église d'Arménie, et à la Mi-Carême par l'Église syrienne. [3]

S'il n'y eut pas de vénération de « saint Abgar » en Occident, l'histoire est toutefois connue par la « Légende Dorée » de Jacques de Voragine qui l'intègre dans la vie des apôtres Simon et Jude, en se basant sur Eusèbe et saint Jean Damascène.

Liens externes

Notes

  1. Le Décret de Gélase est un texte qui énonce les livres reconnus comme canoniques par l'Église de Rome, et ceux auxquels elle ne reconnaît pas cette canonicité. Ce Decretum Gelasianum est probablement du VIe siècle, donc nettement postérieur au pape Gélase.
  2. Mandylion, de mindil, « mouchoir », « serviette » en syriaque.
  3. Selon l'ouvrage d'Holweck, A Biographical Dictionary of the Saints publié en 1924, et cité dans le Wikipédia anglais, l'Église orthodoxe vénèrerait saint Abgar le 11 mai et le 28 octobre. On ne trouve cependant nulle trace d'une telle vénération dans Le Synaxaire, vies des saints de l'Église orthodoxe en français, du moine Macaire de Simonos Petra (Mont Athos)(Editions To Perivoli tis Panaghias Thessalonique 1987-1996). D'autre part, selon la même source, l'Église syrienne le vénèrerait le 1er août.
  • Portail du christianisme Portail du christianisme
Ce document provient de « Abgar d%27%C3%89desse ».

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Abgar de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Abgar — (oder Abgarus) war ein Name mehrerer Könige des Herrschergeschlechtes des osrhoenischen Reichs von Edessa in Mesopotamien. Abgar I. Pêqâ (der Stumme) (94–68 v. Chr.) Abgar II. Arianes bar Abgar (68–52 v. Chr.) Abgar III. (29–26 v. Chr.) Abgar IV …   Deutsch Wikipedia

  • Abgar — Abgar, d.h. der große Mann, Benennung der Fürsten von Osrhoene in Mesopotamien, einem Reste des syr. Reiches; sie residirten in Edessa. Einer derselben, Abgar Uchomo, soll mit Christus in Briefwechsel gestanden haben, die Kirche hat aber die… …   Herders Conversations-Lexikon

  • Abgar — (Abgar Ukkǎma) ► Nombre de once reyes de Edesa (Mesopotamia). El más conocido es Abgar V (4 a C 50 d C) …   Enciclopedia Universal

  • Abgar — (eigentlich Akbar, der Große, Mächtige), Name von 28 Königen von Edessa (s.d.), bes. merkwürdig ist der 14., A. Uchomo, d.i. der Schwarze, unter Augustus u. Tiberius, welcher nach Eusebius in einem Briefe Jesum gebeten haben soll, zu ihm zu… …   Pierer's Universal-Lexikon

  • Abgar — Abgar, Titel der syrischen Herrscher des osroenischen Reiches zu Edessa (s. d.) in Mesopotamien. Als Stifter der Dynastie wird genannt Orhai bar Chewja (eigentlich Aryu), 137 v. Chr. Unter den 30 Fürsten ist der 14. hervorzuheben: A. Ukoma (der… …   Meyers Großes Konversations-Lexikon

  • Abgar — Abgar, Name von 29 Herrschern des osrhoënischen Reichs zu Edessa (137 v. bis 216 n. Chr.); A. Ukkama (13 50 n. Chr.) soll mit Christus Briefe gewechselt und Christi Bild von ihm erhalten haben. Die danach gemalten Bildnisse Christi (Abgarbilder)… …   Kleines Konversations-Lexikon

  • Abgar — Ạbgar,   Name mehrerer Herrscher des Reiches von Edessa (132 v. Chr. 216 n. Chr.). Besonders bekannt wurde A. V. Ukkama (»der Schwarze«) durch seinen angeblichen, von Eusebius (Kirchengeschichte I, 13) mitgeteilten Briefwechsel mit Jesus (Abgar… …   Universal-Lexikon

  • Abgar V — Titre Rois d Osroène v. 4 av. J. C. – 7 ap. J. C. Prédécesseur Ma Nu III Saphul Successeur Ma Nu V 13 – …   Wikipédia en Français

  • Abgar von Edessa — Abgar (oder Abgarus) war ein Name mehrerer Könige des Herrschergeschlechtes des osrhoenischen Reichs von Edessa in Mesopotamien. Abgar I. Pêqâ (der Stumme) (94–68 v. Chr.) Abgar II. Arianes bar Abgar (68–53 v. Chr.) Abgar III. (29–26 v. Chr.)… …   Deutsch Wikipedia

  • Abgar VIII — of Edessa, also known as Abgar the Great, was a Syriac king of Osroene. It was maintained also that Abgar the Great should be regarded as Abgar IX, however, according to A. R. Bellinger and C. B. Welles, the assertion is incorrectcite book… …   Wikipedia

Share the article and excerpts

Direct link
Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”