Banderilles
Toro de lidia ayant déjà reçu plusieurs banderilles

Les banderilles (en espagnol banderillas) sont des bâtons d'environ 80 cm de long, terminés par un harpon et recouverts de papier de couleur, plantées dans le morillo du taureau, masse musculaire située au bas de son cou, lors des corridas.

Sommaire

Présentation et historique

Les banderilles sont généralement posées par les peones appelés banderilleros, mais certains matadors les posent eux-mêmes. C'est le cas actuellement, entre autres, de Luis Francisco Esplá, « El Fundi », Luis Miguel Encabo et « El Fandi ».

En principe, trois paires de banderilles sont posées. Toutefois, le président de la course peut décider d’en réduire le nombre ; le matador peut demander au président l’autorisation que soit posée une quatrième.

« Il est communément admis que l'usage des banderilles dérive de celui du rejón. Lorsque les toreros sont descendus de cheval pour combattre le taureau à pied, le rejón est devenu banderille[1]. ». Au début de la corrida à pied, les toreros tenaient la cape d'une main et une banderille dans l'autre. Ils la plantaient un peu n'importe où dans le « morillo » (renflement sur le cou du taureau)[1]. On attribue parfois la coutume de poser les banderilles par paires à Bernardo Alcalde y Meríno surnommé « El Licenciado de Falces » ou encore « El Estudiante de Falces » que Francisco de Goya a représenté dans une gravure intitulée « El Diestrísimo Estudiante De Falces » (le très talentueux - très habile- étudiant de Falces). D'autres attribuent cette coutume à Francisco Romero[1].

Une autre hypothèse avancée par les historiens est que l'on pratiqua d'abord la « lanzada » à pied. Un homme armé d'une pique attendait la charge du taureau en se protégeant de son arme. Une gravure anonyme montre un homme recevant ainsi l'animal[2].

« On suggère aussi que les première banderilles décorées de ruban étaient des flèches utilisées par les Maures qui produisaient une cape en main comme, ainsi que le représente la gravure n°7 de La Tauromaquia de Goya »[2]

Différentes méthodes

Le banderillero Curro Molina pendant le tercio de banderilles

Il existe de très nombreuses manières de poser les banderilles. Les plus fréquentes sont « al cuarteo » (« au quart ») et « de poder a poder » (« de puissance à puissance »). Dans les deux cas, le banderillero se place face au taureau, déclenche sa charge par des mouvements des bras et des cris, puis va à la rencontre du taureau en suivant une trajectoire courbe, le taureau suivant lui-même une trajectoire courbe ; à la rencontre, il pose les banderilles et se dégage d’un écart. La différence entre les deux vient de la longueur des trajectoires respectives du taureau et du banderillero, beaucoup plus longues dans le second cas, de sorte qu’à la rencontre, le taureau a accéléré sa vitesse au maximum, alors que dans le premier cas, à la rencontre, sa vitesse est encore réduite.

Les plus spectaculaires sont sans doute les suivantes :

  • « al sesgo por fuera », le banderillero pose les banderilles en passant devant le taureau arrêté à proximité de la barrière, en laissant le taureau entre lui et la barrière ;
  • « al sesgo por dentro », la manière est identique, sauf que le banderillero passe entre le taureau et la barrière ;
  • « al quiebro », le banderillero immobile déclenche la charge du taureau ; un instant avant la rencontre il fait mine de partir sur son côté droit en marquant un pas de côté qui a pour effet de dévier légèrement la course du taureau ; le banderillero profite alors de ce léger écart fait par le taureau vers l’extérieur pour regagner sa position initiale et poser les banderilles.
  • « al violín », les deux banderilles sont posées tenues dans la seule main droite, le banderillero faisant charger le taureau sur son côté gauche, de sorte que pour les poser, il fait passer les banderilles par dessus son bras gauche, un peu comme l'archet du violon.

Couleurs

Les couleurs des banderilles sont variées. Les matadors français utilisent souvent des banderilles blanches ; Luis Francisco Esplá utilise systématiquement des banderilles bleu ciel et blanc, couleurs de sa ville natale : Alicante. Les peones utilisent des banderilles de la couleur qu'on leur donne.

Il existe également des banderilles dites « noires » (en réalité elles sont noires avec une bande blanche). Ces banderilles sont utilisées lorsque le taureau a fait preuve d’un manque de bravoure évident et sont un signe d’infamie pour l’éleveur. Même lorsqu’elle serait justifiée, leur utilisation est exceptionnelle.

Utilité

Le rôle des banderilles est controversé. Selon certains elles serviraient à permettre au taureau de se reposer après l’épreuve de la pique. On peut évidemment se demander si c’est le faire se reposer que de l’obliger à galoper à la poursuite des banderilleros. Selon d’autres, elles serviraient à rendre « courage » au taureau après son combat inutile contre le picador, en lui faisant poursuivre les banderilleros qui « fuient » à son approche au lieu de l’attendre de pied ferme comme le font le picador et son cheval.

Selon Claude Popelin et Yves Harté, « L'objectif des banderilles n'est nullement de diminuer la force du taureau [...]. Il est plutôt le moyen d'occuper un temps de récupération qui lui est laissé entre ses dures rencontres avec les picadors[3].  »

L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’elles ne servent à rien, elles ne sont qu’une survivance de la tauromachie ancienne. Autrefois (c’est-à-dire avant le XIXe siècle), la tauromachie consistait, avant la mise à mort du taureau, à lui sauter par-dessus, de pied ferme ou à la perche ; à se faire charger par lui et à l’éviter par un écart ; à lui poser des cocardes ou des rubans sur les cornes et à les retirer ensuite ; enfin à lui planter des banderilles dans le dos. Ces différentes suertes continuent d’exister (sauf les banderilles) dans la course camarguaise, la course landaise ou la course de recortadores. En revanche, elles ont disparu de la corrida formelle depuis le milieu du XIXe siècle, seule subsistant de la tauromachie ancienne l'utilisation des banderilles.

Corrida de rejón

Au premier tercio des corridas de rejón le torero à cheval utilise des rejóns qui n'ont qu'un très lointain rapport avec les banderilles. Ces javelots remplacent la pique et tiennent lieu de « châtiment ». En langue portugaise, on les appelle farpas synonyme de rejón[4]. Ce sont des javelots de bois de 160 centimètres de long qui se terminent par un fer de 15 centimètres à double tranchant. Le fer est fixé à la hampe par une cheville pré-taillée en sorte qu'elle se sépare en deux parties au moment de la pose, libérant ainsi un drapeau qui sert de leurre.

Au deuxième tercio le rejoneador plante des banderilles de diverses catégories. Certaines sont similaires à celles de la corrida à pied. Les plus spectaculaires sont les banderilles courtes, que l'on n'utilise pas dans la corrida à pied, et qui exigent une grande habileté du rejoneador car elles sont plus risquées à poser, soit à une main, soit à deux mains. La plus risquée de toute est « la rose », une banderille très courte semblable à la devise d'une ganadería inventée par Ángel Peralta, surmontée d'une rose[5].

Art

La Pose des banderilles est une huile sur fer blanc de Francisco de Goya réalisée entre 1793 et 1794[6],[7],[8].

Bibliographie

  • Robert Bérard (dir.), Histoire et dictionnaire de la Tauromachie, Paris, Bouquins Laffont, 2003 (ISBN 2-221-09246-5) 
  • Paul Casanova et Pierre Dupuy, Dictionnaire tauromachique, Marseille, Jeanne Laffitte, 1981 (ISBN 2-86276-043-9) 
  • Claude Popelin et Yves Harté, La Tauromachie, Paris, Seuil, 1970 et 1994 (ISBN 2020214334)  (préface Jean Lacouture et François Zumbiehl)
  • Alvaro Martinez-Novillo, Le Peintre et la Tauromachie, Paris, Flammarion, 1988 
  • Pierre Gassier, Juliet Wilson Bareau et François Lachenal, Goya, Cologne, Taschen bilingue, 1994 (ISBN 3-822-89048-0) 


Notes et références

  1. a, b et c Paul Casanova et Pierre Dupuy,« Dictionnaire tauromachique, Jeanne Laffitte, 1981, p. 25-26 (ISBN 2-86276-043-9)
  2. a et b Histoire et dictionnaire de la Tauromachie, ouvrage collectif sous la direction de Robert Bérard, Bouquins Laffont, Paris, 2003, p. 303-304(ISBN 2-221-09246-5)
  3. Popelin Harté p.35
  4. Claude Popelin : « La Tauromachie », Préface de Jean Lacouture et François Zumbiehl, 1e édition 1970. Refondue et augmentée par Yves Harté en 1994, Éditions du Seuil, p.  245(ISBN 2-02-021433-4)
  5. Histoire et dictionnaire de la Tauromachie, Robert Bérard, Bouquins Laffont, Paris, 2003, p. 237
  6. Martinez-Novillo, p. 53
  7. Gassier et Wilson Lachenal, p. 110
  8. Gassier et Wilson Lachenal, p. 382

Voir aussi

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