Révolution de 1905

Révolution russe de 1905

La Révolution russe de 1905 faillit être le tournant décisif faisant entrer la Russie tsariste de Nicolas II dans la démocratie. Elle commença en janvier 1905, par le Dimanche Rouge le 22 janvier 1905 et aboutit, dix mois plus tard, à l'octroi d'une constitution : le Manifeste d'Octobre. Celui-ci aurait pu entraîner de grands changements politiques qui auraient transformé l'autocratie au point de la faire disparaître.

L'évolution économique et sociale du pays avait fait monter les oppositions libérales, démocrates, socialistes et révolutionnaires au régime tsariste. Il suffisait d'une étincelle pour déclencher une révolution. Ce fut la fusillade du Dimanche Rouge, ou Dimanche Sanglant qui mit le feu aux poudres. Si le régime réussit à survivre à cette première attaque, le mécontentement grandit et l'opposition se radicalisa. Des événements, de plus en plus rapprochés, furent autant d'alertes, comme la mutinerie à bord du navire de guerre, le Cuirassé Potemkine ou la fusillade de l'Escalier Richelieu à Odessa, immortalisées dans le Le Cuirassé Potemkine, film d'Eisenstein datant de 1925.
L'opposition s'organisa et déclencha la grève générale d'octobre 1905 qui réussit à faire céder le régime. Une constitution libérale fut octroyée. Le tsarisme se libéralisait ; mais dans les deux ans qui suivirent, la contre-attaque de Nicolas II réduisit à néant tous les espoirs soulevés par cette révolution de 1905.

Le Mouvement d'octobre par Repin

Sommaire

Les causes de la Révolution de 1905

Contexte autocratique

Nicolas II

Dernier pays d'Europe à abolir le servage (1861), la Russie connut dans la décennie 1860 une phase libérale. Le Tsar Alexandre II ayant pris conscience du retard économique et social de son Empire procéda à toute une série de réformes.[1] Il alla même jusqu'à créer des institutions locales et provinciales, les zemstva.[2]
Cependant, dans la tradition autocratique, ces réformes ne furent que des aménagements, pas des bouleversements. Tout restait encore sous la coupe du souverain et rien n'était délégué. Le pouvoir des assemblées locales restait limité (éducation, santé et voirie). La libéralisation du régime avait cependant permis le développement d'une opposition nourrie de nihilisme : le populisme, tandis que les nationalités, comme la Pologne en profitèrent pour s'agiter. L'insurrection polonaise de 1863-1864, et les multiples attentats contre Tsar le firent changer de politique. Son assassinat en 1881 mit définitivement en place une politique de répression et de réaction qui ne s'acheva qu'en 1905, temporairement.

Alexandre III et son fils Nicolas II tentèrent de contrôler le plus étroitement possible le pays : retour sur toutes les avancées libérales avec par exemple la mise en place d'une police secrète très puissante, l'Okhrana dans le cadre des Règlements Provisoires. Publiés le 14 août 1881, ils avaient pour but, selon le Tsar Alexandre III « d'extirper l'odieuse subversion qui déshonore notre terre russe, de raffermir la foi et les mœurs, et d'élever nos enfants dans le bien » et de « ramener l'ordre et la justice dans les institutions accordées à la Russie par son bienfaiteur » (le Tsar). Les Règlements provisoires permettaient de mettre en place un quasi état de siège. La police pouvait procéder à des perquisitions et à des arrestations sommaires, à des emprisonnements sans jugement. Cette prison préventive pouvait durer de quatre à six mois. En cas d'absence de preuves ou de preuves insuffisantes, les autorités pouvaient emprisonner ou déporter administrativement tout suspect pour une durée de un à cinq ans. Pour les crimes contre l'État, et leur définition était suffisamment vaste pour en englober le plus possible, on procédait à des procès en cour martiale siégeant à huis-clos, même pour des non-militaires. Le gouvernement avait rappelé aux cours martiales qu'elles avaient obligation d'appliquer le paragraphe 279 du Code de justice militaire. Il prévoyait la peine de mort en cas de crimes contre l'État. La nouvelle police secrète, l'Okhrana était chargée de faire appliquer ces Règlements provisoires. Ils furent rendus définitifs par Nicolas II au début de son règne. Donc, de 1881 à 1904, la Russie vécut pratiquement dans un état d'urgence ou un état de siège quasi permanent.

En parallèle, la Russie connaissait un rapide essor économique. La Révolution industrielle russe date des années 1890.[3] Comme au Royaume-Uni 150 ans plus tôt, comme en France 60 ans plus tôt, comme en Allemagne 30 ans plus tôt, la révolution industrielle entraîna le développement de trois classes sociales nouvelles : la bourgeoisie d'affaires, puis la classe moyenne et la classe ouvrière.

Les causes structurelles

Le mécontentement ne cessait de croître parce que la société russe se transformait, mais que le système politique ne semblait pas vouloir évoluer.
Les classes moyennes, dites aussi Troisième Élément en Russie, étaient de plus en plus nombreuses. Le poids de l'administration russe y était pour beaucoup : le développement des Zemstva et la bureaucratie toujours plus lourde augmentaient le nombre de fonctionnaires qui rejoignaient la classe moyenne. Les professions libérales : avocats, médecins ou vétérinaires[4], très influencées par les idées libérales, prenaient une place de plus en plus importante dans la société. Les classes moyennes étaient cependant frustrées, car quasiment exclues du pouvoir politique.[5]
L'industrialisation et le développement du capitalisme avaient eu aussi des conséquences sociales avec la naissance du prolétariat et la migration des ouvriers vers les villes. La paupérisation des paysans dans les campagnes nourrissait le prolétariat rural. Ces deux catégories sociales constituaient un immense réservoir de mécontents et des masses utilisables pour de grands mouvements de protestation.
Dès la première vague d'industrialisation (1870), la Russie connait des mouvements de grève s'exprimant principalement par la destruction des machines sur les lieux de travail. Il faut pourtant attendre la deuxième poussée d'industrialisation (1875) pour que ces grèves spontanées atteignent une certaine ampleur.
L'autocratie restait intransigeante face à une opposition elle aussi de plus en plus intransigeante. L'Union de libération, très influente dans les classes moyennes, avait organisé la Campagne des Banquets à partir de décembre 1904.[6] On voit bien ici l'influence de la France et de ses idées politiques sur la Russie du début du XXe siècle. Les socialistes révolutionnaires étaient très présents dans les campagnes où les révoltes paysannes se multipliaient : entre 200 et 300 dans les cinq ans précédant 1900. Les socialistes démocrates du POSDR de Lénine étaient très implantés dans les milieux ouvriers où ils diffusaient la littérature de propagande marxiste[réf. nécessaire].

Peinture de Władysław Skoczylas représentant une manifestation à Saint-Pétersbourg

Le gouvernement essayait de contrecarrer les actions de propagande du POSDR par les méthodes de répression habituelles, mais aussi en tentant de canaliser les mécontentements. L'Okhrana, police secrète du Tsar, joua un rôle très important dans la mise en place d'une organisation ouvrière légale. Elle échoua à Moscou, mais réussit à Saint-Pétersbourg. Là, l'agent de l'Okhrana, le prêtre Gueorgui Gapon, mit sur pied onze sections ouvrières regroupant plusieurs milliers d'ouvriers.

Les causes conjoncturelles

Les mécontents multipliaient les actions : attentats pour les Socialistes révolutionnaires, qui réussirent à assassiner le ministre de l'Intérieur de Nicolas II Plehve ou manifestations dans les rues de Saint-Pétersbourg après la fermeture des universités. Ces manifestations quotidiennes étaient durement réprimées par la police et les cosaques.
La crise économique avait durement frappé la population entre 1901 et 1903. Dans un contexte mondial de crise, les faillites industrielles s'étaient faites de plus en plus nombreuses, tout comme les famines dans les campagnes à cause des mauvaises récoltes. Entre 1900 et 1904, on compta 670 révoltes paysannes.[7] De plus, les ouvriers, au chômage en ville, n'avaient même plus l'espoir de trouver refuge à la campagne, frappée elle aussi par la crise.
La défaite dans la guerre face au Japon avait porté un coup au prestige du gouvernement et du Tsar. Nicolas II avait espéré détourner l'attention de l'opinion publique des problèmes intérieurs grâce à une guerre facile contre ceux qu'il appelait « les macaques ».[8] La population avait d'abord été tout à fait indifférente à cette guerre lointaine, avant d'y être complètement opposée quand les levées de troupes se firent de plus en plus nombreuses, que les impôts pour financer le conflit augmentèrent et que les nouvelles de défaites successives arrivèrent.

La Perspective Nevski

Le Tsar n'avait pas su se concilier les classes moyennes. Il avait rejeté les demandes qu'il considérait comme « inadmissibles » de l'Assemblée des Zemstva de novembre 1904. Elles concernaient les libertés fondamentales, l'égalité des droits pour tous et la liberté totale de pensée.[9]

Les grèves se multipliaient dans les grands centres industriels : Bakou, Moscou et Saint-Pétersbourg. Elles débouchèrent dans cette ville sur le massacre du dimanche rouge (9 Ancien Style / 22 janvier Nouveau Style 1905). Tout avait commencé aux usines Poutilov (12 000 ouvriers), le plus grand centre industriel de la capitale, en décembre 1904[10]. Les ouvriers avaient demandé à la direction un certain nombre de réformes modérées. L'influence de Gapon se faisait très fortement sentir avec cette utilisation de la voie légale, à laquelle le gouvernement était favorable. Mais la direction refusa d'accepter les demandes et licencia les meneurs. Le 21 janvier eut lieu une manifestation pour leur réintégration. Gapon se trouvait à la tête du cortège qui regroupait la quasi totalité des ouvriers de Saint-Pétersbourg : 220 000 personnes. On eut alors l'idée d'aller porter au Tsar une pétition pour lui apprendre la misère de son peuple. Les Socialistes Révolutionnaires intervinrent dans la rédaction de la pétition.

Les soldats tirant sur la foule lors du Dimanche rouge (scène fictive tirée d'un film soviétique de 1925).

Le texte était respectueux pour le Tsar, mais remettait en cause l'autocratie. Il demandait toutes les libertés, les droits de se syndiquer et de faire grève, une réforme agraire et surtout une assemblée élue au suffrage universel.
Le 22 janvier, une procession derrière le prêtre Gapon, des icônes et des portraits du Tsar devait aller respectueusement porter cette pétition au palais d'hiver où on supposait que Nicolas II résidait. Mais le Tsar était parti en laissant tous les pouvoirs aux forces de l'ordre. La troupe tira sur la foule sur la Perspective Nevski. Les chiffres des victimes diffèrent : de 130 à plus de 1 000 morts et de quelques centaines à plusieurs milliers de blessés. La troupe tira au palais d'hiver, mais un peu partout dans la capitale aussi. La population russe perdit définitivement confiance en son Tsar.

Le développement de l'agitation

Ce fut la conséquence des massacres de janvier.

Affirmation de l'opposition

Saint-Pétersbourg avait déjà été le lieu, en 1896-1897, d'une grève générale et du premier essai d'organisation autonome des travailleurs. Pour résister à la répression policière et au chômage, des comités de grève illégaux se développèrent, véritables centres de ralliement des travailleurs en lutte pour la direction des grèves et l'aide financière aux grévistes.
En 1905, il y eut une première flambée de grèves en janvier et surtout février. Les Socialistes Révolutionnaires reprirent les attentats, et assassinèrent le grand duc Serge. Les Libéraux s'organisèrent. Les diverses Unions professionnelles (médecins, avocats, ingénieurs...) se regroupèrent en mai en Union des Unions, sous la présidence de Pavel Milioukov. Leur objectif était d'obtenir un régime de monarchie constitutionnelle avec deux chambres, les libertés fondamentales et un accroissement du lot de terre des paysans. Les revendications politiques des patrons rejoignaient là les revendications politiques des ouvriers. Mais ces derniers avaient aussi des revendications économiques.

Une affiche soviétique célébrant les marins du Potemkine.

Il y eut une deuxième grande vague de grèves en mai et juin 1905, cette fois-ci sous la direction du POSDR. C'est de cette période que l'on date le plus souvent la naissance du premier Soviet ouvrier, même si certains, comme Voline[11], disent que le premier soviet datait du lendemain du Dimanche Rouge. Cette question historiographique renvoie à des problèmes idéologiques d'interprétation des événements. L'agitation croissait dans les campagnes : occupation des grands domaines par les paysans, multiplication des révoltes spontanées que les Socialistes-Révolutionnaires tentaient de politiser. En juin 1905 fut créée l'Union paysanne pan-russe qui affirmait que la terre devait être considérée comme la propriété collective du peuple tout entier. L'armée et la marine étaient elles aussi lasses et mécontentes. Ce fut à ce moment que se situa l'épisode de la Mutinerie du cuirassé Potemkine. Cette mutinerie n'était pas politisée. Elle débuta sur des problèmes sociaux : des relations de classes mal gérées entre officiers et marins, et sur des problèmes de conditions de vie à bord : logement et nourriture avariée. À cela vint s'ajouter la défaite navale face aux Japonais. Le navire entra dans le port d'Odessa en arborant le drapeau rouge[réf. nécessaire]. Pourtant, les marins refusèrent de s'associer aux ouvriers grévistes. La lassitude de l'armée se lit aussi dans son refus d'intervenir contre les marins du Potemkine.

Attitude du gouvernement

L'attitude fut assez ambiguë et indécise. Deux tendances s'affrontaient en effet au sein du gouvernement : ceux favorables à la répression, regroupés autour du gouverneur de Saint-Pétersbourg, le général Trepov ; et ceux favorables à la négociation, autour du Comte Serge Witte. En décembre 1904, un manifeste impérial avait annoncé la libéralisation du régime, mais il était resté sans suite. Les grèves de février avait entraîné une répression dure de la troupe sous les ordres de Trepov.

Les escaliers Richelieu à Odessa

En mars, le ministre de l'Intérieur Boulyguine avait annoncé la probable convocation d'une assemblée consultative, la tolérance religieuse et l'abrogation des lois de russification, tandis que Trepov obtenait l'interdiction d'une réunion d'ouvriers qui devaient discuter de leurs problèmes économiques et l'arrestation des meneurs. En août, un manifeste impérial annonçait la convocation d'une Douma consultative élue au suffrage restreint et indirect. Cette annonce vint trop tard. Toute l'opposition, des libéraux aux extrémistes voulaient une Douma délibérative élue au suffrage universel. Cela entraîna une répression forte. La troupe intervint partout. La célèbre fusillade dans l'Escalier Richelieu à Odessa date de ce moment.
La réaction de l'opposition fut équivalente à la répression gouvernementale.

La grève générale d'octobre

La grève : 20-30 octobre 1905

Le bébé dans le landau dans Le Cuirassé Potemkine

Ce fut l'apogée du mouvement. Cette grève est considérée comme la plus grande, la mieux suivie et la plus efficace de toutes les grèves de l'histoire.
Elle fut conduite par le POSDR et le Soviet des ouvriers de Saint-Pétersbourg. Elle débuta dans les universités. Le gouvernement avait accordé le droit de réunion aux étudiants en septembre 1905. Les universités proclamèrent alors leur autonomie et organisèrent des réunions où toutes les classes sociales furent invitées, où toutes les classes sociales se croisèrent et confrontèrent leurs revendications. Les bourgeois demandaient les libertés constitutionnelles et politiques ; les ouvriers avaient des revendications sociales : journées de 8 heures et augmentation de salaire. Les paysans continuaient à occuper les grands domaines. Les nationalités en Pologne, en Finlande, dans le Caucase et dans les régions baltes s'agitaient et demandaient leur autonomie.
Trepov crut qu'il pouvait écraser le mouvement grâce aux troupes fraîches et fidèles revenant du front oriental. Le 20 octobre, il fit arrêter les dirigeants de l'Union des cheminots et fit intervenir les cosaques dans la capitale. Cela entraîna la grève générale qui paralysa progressivement tout le pays. L'armée fut alors incapable d'agir.
La population réclamait une constitution, une Douma et les libertés. À Saint-Pétersbourg, les Socialistes Révolutionnaires, les bolcheviks et les mencheviks s'unirent au sein du soviet ouvrier qui publia les Izvestia.

Le Manifeste du 30 octobre

Devant l'échec de Trepov, on se tourna vers les solutions proposées par Serge Witte. Il disposait alors d'une aura importante : il venait de signer aux États-Unis une paix pas trop honteuse avec le Japon. Le tsar créa pour lui le poste de Président du Conseil des Ministres. Il fit signer au Tsar le Manifeste du 17 (calendrier julien) / 30 (calendrier grégorien) octobre 1905. On crut que c'était la fin de l'autocratie et le premier pas de la Russie vers la monarchie constitutionnelle.
Le Manifeste accordait un certain nombre de libertés immédiatement : conscience, parole, réunion, association. Un Ministère homogène fut constitué sous la direction de Witte nommé Premier Ministre. Le gouvernement annonça qu'il ne s'immiscerait pas dans les futures élections pour la Douma législative élue au suffrage universel. Les Règlements Provisoires furent abrogés.
Il restait cependant des ambiguïtés : la Douma aurait-elle un rôle constitutionnel et les ministres seraient-ils responsables, et devant qui ?

Article détaillé : Manifeste d'octobre.

Division de l'opposition

À l'annonce du manifeste, la population laissa éclater sa joie, pavoisa les rues et chanta la Marseillaise, nouvelle preuve de l'importance du modèle français dans la vie politique russe d'alors. Mais, si pour les libéraux la victoire était complète, pour les socialistes et les ouvriers, le Manifeste n'était qu'un premier pas.

La pression des ouvriers s'accentua. Les soviets ouvriers se multiplièrent. Il y eut même des soviets de soldats parmi les troupes revenant du front. Il y eut des insurrections de marins : à Cronstadt (à ne pas confondre avec la révolte de kronstadt de 1921) et à Sébastopol en novembre. À l'initiative des Socialistes Révolutionnaires, des soviets de paysans se constituèrent. Des révoltes rurales avaient toujours lieu : 219 soulèvements en octobre, 796 en novembre et 575 en décembre. L'Union paysanne pan-russe réclamait la nationalisation du sol, donc la suppression de la propriété privée du sol.[12]
Pourtant, la majorité des paysans était favorable au Manifeste et faisait confiance à la Douma ; d'autant plus que les premières mesures de Witte furent favorables aux paysans[réf. nécessaire]. Les libéraux créèrent le Parti constitutionnel démocratique ou KD, dirigé par Milioukov et Malakov. Les modérés parmi les Socialistes Révolutionnaires créèrent en janvier 1906 le Parti social du peuple qui joua le jeu de la démocratie et de la Douma.

Le gouvernement joua alors sur les divisions de l'opposition : en 1906, il diminua de moitié les sommes encore dues par les paysans pour le rachat des terres datant de l'abolition du servage en 1861 ; en 1907, cette dette fut totalement effacée ; le fermage fut diminué, et les salaires des ouvriers agricoles augmentés.
Les conservateurs s'organisèrent dans l'Union du peuple russe, dirigée par Dimitri Chipov et Alexandre Goutchkov. L'extrême droite créa les Centuries noires, plus ou moins soutenues par le gouvernement, pour lutter contre les libéraux, les intellectuels, les socialistes et les Juifs.
À la fin du mois de novembre 1905, il ne restait plus comme opposition que le mouvement ouvrier et l'Union paysanne pan-russe. Witte fit arrêter les dirigeants de l'Union paysanne le 27 novembre et les membres du soviet ouvrier de Saint-Pétersbourg dont Trotski le 16 décembre. Le soviet de Saint-Pétersbourg appela à la Révolution.[13] Le soviet de Moscou prit le relais. Des troupes nombreuses furent acheminées par train à Moscou. Du 22 décembre 1905 au premier janvier 1906 des combats qui firent plus d'un millier de morts opposèrent les ouvriers de Moscou à la police et à l'armée.[14] Il y eut encore quelques agitations sporadiques en 1906 : des grèves, des révoltes paysannes ou des mutineries dans l'armée ou la marine, mais le gouvernement réussit à maintenir l'ordre.

Nicolas II avait octroyé une constitution garantissant les libertés fondamentales et une Douma élue. Apparemment, la Russie prenait la voie de la démocratie et de la liberté. Mais, la première Douma, dominée par les KD fut impuissante. Le Tsar refusait de nommer un gouvernement correspondant à la majorité à la chambre. Celle-ci refusait toutes les mesures gouvernementales et le gouvernement refusait toutes les mesures proposées par la Douma. Elle fut dissoute deux fois successivement, jusqu'à l'élection d'une majorité docile et favorable au Tsar. Il avait fallu pour cela procéder à des modifications des modalités électorales.[15] La Douma dite "des Seigneurs" fut alors docile et on revint à un fonctionnement de type autocratique.

Notes

  1. Girault et Ferro, p.28-46.
  2. Girault et Ferro, p. 40-41.
  3. François-Xavier Coquin, 1905. La Révolution russe manquée., p. 12-13.
  4. Léon Tolstoï, « Les événements actuels en Russie », in Dernières Paroles., p. 323.
  5. F.X. Coquin, Des Pères du peuple au père des peuples., p.230-241.
  6. F.X. Coquin, Des Pères du peuple au père des peuples., p.237.
  7. Girault et Ferro, p. 81.
  8. Girault et Ferro, p. 82.
  9. Léon Tolstoï, « Les événements actuels en Russie. » p. 319 et 324.
  10. F.X Coquin, 1905., p. 45.
  11. La révolution inconnue
  12. Girault et Ferro, p. 89.
  13. F.X Coquin, 1905, p. 133-136.
  14. F.X Coquin, 1905, p. 138-141.
  15. F.X Coquin, 1905, p. 163-189.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

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  • Voline, La Révolution Inconnue, Livre premier : Naissance, croissance et triomphe de la Révolution russe (1825-1917), Editions Entremonde, Lausanne, 2009. (ISBN 978-2-940426-02-7 )
  • Oskar Anweiler, Les Soviets en Russie, Gallimard, 1997.
  • François-Xavier Coquin, Des Pères du peuple au père des peuples. La Russie de 1825 à 1929, SEDES.(ISBN 2-7181-3400-3)
  • François-Xavier Coquin, 1905. La Révolution russe manquée., Complexe, 1999. (ISBN 978-2870271612)
  • René Girault et Marc Ferro, De la Russie à l'URSS. L'Histoire de la Russie de 1850 à nos jours, Nathan Université, 1989. (ISBN 978-2091902562)
  • René Ladous, De l'État russe à l'État soviétique. De 1825 à 1941, SEDES. (ISBN 978-2718133799)
  • Martin Malia, Comprendre la Révolution russe, Points Histoire, n°H45, Seuil. (ISBN 978-2020054218)
  • Jean-Jacques Marie, La Russie de 1855 à 1956, Les Fondamentaux, Hachette. (ISBN 978-2011451200)
  • Marie-Pierre Rey, De la Russie à l'Union soviétique. La Construction de l'Empire, 1462-1956, Carré Histoire, Hachette. (ISBN 978-2011447074)
  • Jean-Louis Van Regemorter, La Russie et l'ex-URSS au XXe siècle, A. Colin. (ISBN 978-2200016654)
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