Association juridique internationale

L'Association juridique internationale (AJI) a été créée suite à une conférence à Berlin en décembre 1929, suite à une proposition de l'exécutif du Secours rouge international[1]. Le Congrès initial de fondation devait avoir lieu à Paris, mais fut transféré à Berlin suite à l'expulsion de Gustav Radler pour infraction à la législation sur le séjour des étrangers[1]. Sous le Front populaire, son dirigeant national, en France, est Maurice Delépine[1], socialiste qui sera nommé en 1959 membre du Conseil constitutionnel. L'AJI a disparu suite au pacte germano-soviétique et à l'interdiction du Parti communiste français (PCF) [1]. Elle a été active dans les milieux juridiques et académiques des années 1930, son influence allant au-delà des cercles communistes et ses membres comptant d'importantes personnalités. L'AJI a été un milieu de formation chez des jeunes avocats qui, après la Seconde Guerre mondiale, se sont investis dans la défense des militants anticolonialistes, trouvant une postérité dans l'Association internationale des juristes démocrates fondée en 1945 par Joë Nordmann[1].

Approche de l'AJI: entre droit et politique

Proche de la Troisième Internationale, l'AJI mêlait considérations politiques et expertise juridique, se spécialisant dans l'aide juridictionnelle et « la lutte contre la justice bourgeoise » [1], aussi bien dans les démocraties libérales que dans les régimes autoritaires advenus au pouvoir lors de la vague du fascisme[1]. Contrairement au Secours rouge international, principalement consacré à la propagande communiste, l'AJI intégrait des membres de la bourgeoisie libérale, avocats et professeurs de droit, au nom d'une lutte pour les idéaux du droit et de la justice[1]. Ainsi, d'éminents juristes français et des membres de la Ligue des droits de l'homme (l'écrivain Camille Drevet et le professeur Elie Reynier) en ont fait partie[1]. On trouve par exemple, à côté de juristes tels que Maître Chadirat, avocat à la cour d’appel de Paris, le professeur Édouard Lambert de la faculté de droit de Lyon et Maître H. Nicolaï, ancien bâtonnier du barreau de Metz, des avocats membres du PCF, tels que Maîtres Fournier, Georges Pitard (1897-1941), Sarotte, Stephany, Antoine Hajje (lui aussi fusillé en 1941, avec Michael Rolnikas), Maurice Boitel, Jérôme Ferrucci, Paul Vienney (1902-1966 [2]), et Charles Lederman[1]. Des membres du Secours rouge international en font également partie, tels que l'avocat à la cour d'appel Marcel Willard, Pierre Kaldor, Robert Foissin, avocat communiste qui deviendra également conseiller juridique du gouvernement soviétique d'octobre 1930 au 21 juin 1941 [1]. Philippe Lamour, avocat fondateur de la revue Plans, en fait aussi partie, plaidant dans plusieurs pays pour l'AJI [3].

L'AJI à la fin des années 1930

Son siège est d'abord à Berlin, avant d'être transféré à Bruxelles, puis, le 23 octobre 1934, à Paris[1]. Avec la lutte antifasciste et le Front populaire, le recrutement s'est notablement élargi au-delà des cercles communistes[1]. Les rapports tendus avec la Ligue des droits de l'homme, notamment en raison du positionnement de cette dernière sur les questions coloniales, s'améliorent ainsi après les émeutes du 6 février 1934[1].

En janvier 1936, le SVI brésilien alerte l'AJI, l'informant que le régime de Getúlio Vargas s'apprête à renvoyer en Allemagne nazie des réfugiés (dont Ernest Yoske) [4].

Fin 1935, l'AIJ tient un congrès à la Sorbonne sur le « droit national-socialiste », puis un autre en juillet 1937 sur la « régression des principes de liberté dans les réformes constitutionnelles de certains pays démocratiques » [1].

150 délégués étrangers sont présents au colloque de 1937, ainsi que des personnes telles que Victor Basch et René Cassin (tous deux membres de la LDH), Edmond Vermeil, Lévy-Bruhl, Roger Picard, René Capitant, Édouard Lambert, et des avocats membres de l'AJI comme César Campinchi (un radical-socialiste ministre sous le Front populaire), Henry Torrès (adhérant à la SFIC lors de sa création, député de la gauche indépendante dans les années 1930, et défenseur d'anarchistes et de socialistes), Ernest-Charles de Moro Giafferi, Jean Longuet (SFIO, petit-fils de Karl Marx) et Philippe Serre (proche du démocrate chrétien Marc Sangnier et sous-secrétaire d'Etat sous le Front populaire) [1]. Robert-Jean Longuet, fils de Jean Longuet, qui a défendu des Marocains à Paris et co-fondé, en 1932, la revue Maghreb à Paris, participe pour le compte de l'AIJ à la défense des militants de l'Étoile nord-africaine, inculpés à la suite des massacres de Constantine[5].

En 1936-1937, son comité d'honneur regroupe des personnalités telles que les avocats Campinchi, Pierre Cot, de Moro-Giafferi et Torrès, ainsi que le professeur de droit André Philip (président de la commission sur la Constitution de la IVe République et ministre après-guerre) [1].

Plusieurs voyages sont organisés dans le cadre de l'antifascisme et de l'assistance juridique. Ainsi, en 1936, Louis Noguères, membre de la SFIO et avocat de la CGT après la Première Guerre mondiale, fut envoyé en Allemagne nazie, pour porter assistance à des syndicalistes de la Ruhr. La même année, M. Buisseret, du barreau de Liège, et les avocats Joë Nordmann et Renaud de Jouvenel, du barreau de Paris, voyagent en Roumanie et en Grèce pour observer les conditions de détention. Jouvenel écrira un article, intitulé « La Roumanie et la Grèce sur les traces d’Hitler » [1]. L'AJI est aussi présente au siège de la SDN, à Genève, pour défendre les intérêts des réfugiés politiques[1].

Références

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r et s Sharon Elbaz et Liora Israël, L’invention du droit comme arme politique dans le communisme français. L’association juridique internationale (1929-1939), Vingtième Siècle, n°85, 2005/1, p.31-43.
  2. Voir Fonds Paul Vienney au Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne.
  3. Olivier Sigoda, A propos d'une absence de collaboration. Alexandre Vialatte et Philippe Lamour, in Alexandre Vialatte et Pascal Sigoda, Alexandre Vialatte, L'Age d'homme, 1997, p.210
  4. Thaís Battibugli, A solidariedade antifascista: brasileiros na guerra civil espanhola (1936-1939), EdUSP, 2004, p.70
  5. Voir Marguerite Rollinde, Le mouvement marocain des droits de l'homme, éd. Karthala, 2002, p.51, qui cite le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français

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