Reunification de la Normandie

Réunification de la Normandie

Blason de la Normandie

La réunification de la Normandie est l’objectif poursuivi par un courant de pensée, qui cherche à regrouper en une seule région Normandie les deux régions françaises de Basse et de Haute-Normandie. Cette action, née dès la création des régions administratives en 1956, connaît des hauts et des bas. Elle n’a jamais pu être tranchée en un demi-siècle à cause de réticences d'hommes politiques de droite ou de gauche.

Sommaire

Histoire

Carte de la Province de Normandie

La Normandie est une province historique française jusqu'en 1789, quand le décret du 22 décembre transforme la Normandie en cinq départements[1], et ajoute une partie du Comté du Perche au département de l'Orne.

Les notions de "Basse" et "Haute" Normandie existent déjà au XVIe siècle[2], sans cependant s'appuyer sur les mêmes limites : en 1913, dans son Tableau politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République, André Siegfried analyse séparément les traditions politiques de la Haute et de la Basse Normandie. Selon lui, la géographie physique fixe « la limite des deux régions, soit au cours de la Dives, soit plus précisément au talus par lequel le pays d'Auge se termine au dessus de la Plaine de Caen » tandis que la vallée de la Risle divise une Haute-Normandie, « pays de culture », et une Basse-Normandie, « pays de prairies ». Il choisit ainsi, « sans donc ignorer qu['il s'] écarte ici d'une classification généralement admise », d'établir la frontière entre les deux régions à la vallée de la Risle, faisant de la Haute-Normandie, la réunion des « départements de la Seine-Inférieure et de l'Eure, c'est à dire le domaine premier des envahisseurs, celui qui fut livré en 911 « aux Normands de la Seine », par le traité de Saint-Clair-sur-Epte. »[3].

En 1956, dans le cadre des programmes d'action régionale, la création des régions françaises sépare la Basse-Normandie, qui réunit les départements du Calvados, de la Manche et de l’Orne, et la Haute-Normandie, qui rassemble les départements de la Seine-Maritime et de l’Eure. Serge Antoine, chargé de la définition de ces circonscriptions, déclarera un demi-siècle plus tard : « Si c’était à refaire, je ne ferais qu’une seule Normandie. (…) Ma seule erreur a été de croire que je mettais en place un système évolutif. J’étais convaincu, naïvement, que l’on assisterait peu à peu à des fusions de régions. Hélas, j’attends encore. »[4].

Plusieurs arguments ont été avancés pour justifier l'existence de deux régions. La taille de la Normandie (29 907 km², c’est-à-dire environ 5,4 % de la superficie de la France) a joué en sa défaveur lors du découpage de la France en régions : l’objectif était de créer des régions de taille à peu près analogue les unes aux autres centrées autour de grandes villes (Caen et Rouen, en l'occurrence). Des justifications économiques et politiques ont été également avancées : dans les années 1950, l’économie de la Haute-Normandie était essentiellement industrielle et l’électorat haut-normand très marqué à gauche, tandis que la Basse-Normandie était plutôt agricole et politiquement conservatrice. Mais, les différences politiques tendent à disparaître ; par exemple, au premier tour des élections présidentielles de 2007, Nicolas Sarkozy obtient 30,84 % des suffrages en Basse-Normandie et 29,38% en Haute, alors que Ségolène Royal en reçoit 22,98 % en Basse-Normandie et 24,42 % en Haute-Normandie[5],[6].

Lors de la transformation des circonscriptions d'action régionale en établissement public régional en 1974, les deux régions sont confirmées, permettant à deux élus normands de prendre la tête des nouveaux Conseils régionaux : Jean Lecanuet pour la Haute-Normandie, Michel d'Ornano pour la Basse-Normandie.

La question de la réunification

Depuis la création de ces deux régions, la question de la réunification de la Normandie intéresse une partie de l’opinion normande et se pose à intervalles réguliers. En juin 1999, des députés normands conduit par Hervé Morin déposent une proposition de loi « tendant à la réunification de la Normandie »[7]. Six mois plus tard, les sénateurs normands défendent le même texte[8].

En janvier 2000, un sondage BVA pour Ouest-France, le groupe Méaulle et France-Antilles, montre un fort engagement des normands pour la réunification : 65 % des personnes interrogées étaient pour et 15 % contre[9], les hauts-normands s’étant révélés un peu plus favorables à la réunification : 67 % contre 62 % pour les bas-normands. En mars 2009, un nouveau sondage Ifop pour Ouest-France, réalisé celui-là auprès des seuls bas-normands, révèle une forte indifférence à la réunification : 58 % souhaitent le maintien de la situation actuelle, 36 % sont favorables à la fusion et 6 % à une union de la Basse-Normandie avec la Bretagne et les Pays de la Loire[10].

La réunification de la Normandie ne recoupe pas le traditionnel clivage droite-gauche. On trouve des partisans aussi bien que des adversaires de la réunification dans les deux camps politiques. Le sujet n’en a pas moins été l’un des principaux thèmes de campagne des élections régionales de 2004. À la suite de celles-ci, les présidents des conseils régionaux commandent une étude aux conseils économiques et sociaux régionaux sur les « avantages et les inconvénients des limites administratives des régions Haute-Normandie et Basse-Normandie et sur les avantages et les inconvénients de coopérations renforcées », étude finalisée en décembre 2005 mais pour lequel les commanditaires ont demandé un complément d'étude d'impact.

Actuellement, seuls le Mouvement Démocrate, Nouveau Centre, le PRG et le Front national ont un engagement clairement pro-réunification.

Pour les partisans d'une Normandie unique, l'existence de deux régions normandes au lieu d'une seule s'inscrirait dans le cadre de la construction européenne, dans laquelle les deux régions actuelles manqueraient à l’échelle communautaire de la taille nécessaire à leur succès économique[réf. nécessaire]. Selon le sénateur socialiste Jean-Pierre Godefroy, « en supprimant les doublons, la réunification garantirait une augmentation et une rationalisation des moyens administratifs et financiers. Elle permettrait de tirer le meilleur profit des complémentarités et des solidarités normandes. »[11].

Aux yeux du géographe Armand Frémont, cette unification pourrait permettre de mieux exploiter la marque « Normandie » à l'extérieur, en dépassant les divisions entre les conseils régionaux[12].

Différents groupes, issus d’élus ou de citoyens, militent pour une réunification de la Normandie. Parmi eux, le Mouvement normand, créé en 1969, Une seule Normandie, Demain la Normandie, créée le 10 août 2000, l’Union pour la région normande, créée à Caen le 15 décembre 2003 par des élus de l’UMP, et L’Étoile de Normandie. Hervé Morin, fervent partisan d'une Normandie unique lance le « serment d'Épaignes », signé le 26 novembre 2006 à Épaignes par plusieurs élus normands. Mais ces partisans de l'unification apparaissent divisés.

Le 27 novembre 2008 à Paris, Nicolas Sarkozy, président de la République, relance l'idée en déclarant : « Il y a deux Normandie, on les aime, mais en faut-il deux ? » [13]. Les présidents socialistes des deux régions normandes apprécient peu l'initiative. Le haut-normand Alain Le Vern, plus favorable à une coopération accrue des deux conseils régionaux, juge la déclaration présidentielle « indécente et antidémocratique ». De son côté, le bas-normand Laurent Beauvais, favorable à une réunification, résume : « Nous ne sommes pas prêts pour une fusion, mais nous sommes volontaires pour mener une expérimentation avancée de nos coopérations »[14].

En réaction à la déclaration du président de la République, une « conférence des exécutifs » est réunie le 16 janvier 2009 à Caen, qui n'aboutit, selon Ouest-France, qu'à un « consensus mou »[15]. Les représentants des conseils régionaux, des conseils généraux et des communautés (5 élus de gauche et 4 élus de droite) s'affichent pour la réunification, tout en mettant en avant de nombreuses conditions qui limitent sérieusement la portée de leur engagement. La conférence réaffirme au passage son hostilité à toute décision qui serait « imposée par la loi », sans aucune concertation. Le 29 janvier suivant, Alain Le Vern affirme son opposition à la réunification telle que proposée, et demandant un vrai référendum[16]. Les élus bas-normands, pour leur part, répondent en refusant ce référendum[réf. nécessaire].

Comparatif chiffré

Population Superficie Densité Richesse produite par habitant (PIB) Salaire net moyen Taux de chômage
Basse-Normandie 1 450 000 habitants 17 600 km² 82 hab./km² 24 526 € 19 532 € 6,6%
Haute-Normandie 1 815 000 habitants 12 317 km² 147 hab./km² 27 135 € 21 271 € 7,8%

Chiffres 2007

Notes et références

  1. Calvados (département), Eure (département), Manche (département), Orne (département), Seine-Maritime
  2. Michel de Bouard, Histoire de la Normandie, Privat, 1970, pp. 268-269.
  3. André Siegfried, Tableau politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République. Livre troisième, Chapitre XIX : « Haute et Basse-Normandie » et chapitre XXVI « Vue générale de la Basse-Normandie »
  4. Serge Antoine, entretien accordé à l'Express publié le 15 mars 2004
  5. http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/04/23/1473-presidentielle-2007-resultats-definitifs-1er-tour-haute-normandie, prochoix.org, résultats de la Haute-Normandie
  6. http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/04/23/1472-presidentielle-2007-resultats-definitifs-1er-tour-basse-normandie, prochoix.org, résultats de la Basse-Normandie
  7. Proposition de loi n° 1715 « tendant à la réunification de la Normandie » déposée à l'Assemblée nationale le 16 juin 1999
  8. http://www.senat.fr/leg/ppl99-197.html
  9. Sondage effectué du 6 au 15 novembre 1999 par téléphone auprès de 2 000 personnes majeures composant un échantillon représentatif de la population normande, selon la méthode des quotas.
  10. Ouest-France, 7-8 mars 2009. Sondage réalisé les 4 et 5 mars 2009 auprès d'un échantillon représentatif de 499 personnes.
  11. Intervention au Sénat le 7 mars 2003
  12. « la Normandie connaît une crise de l’image, qui tient, en partie, à la partition Basse et Haute-Normandie. Les politiques ont une part de responsabilité. Malgré quelques tentatives en matière de tourisme, ils n’arrivent pas à utiliser ce nom extraordinaire de Normandie. Prenez seulement le domaine des arts, du patrimoine. Que de richesses mal connues ! Il faut aller beaucoup plus loin. L’unification de la Normandie, grand projet, devrait permettre de rompre avec cet état d’esprit. Cela serait un accélérateur. » (entretien accordé à Ouest-France, publié le 30 septembre 2006)
  13. AFP, 27 novembre 2008, 19 h 20
  14. Ouest-France, 3 décembre 2008
  15. Jean-Jacques Lerosier,Ouest-France, 17-18 janvier 2009.
  16. « Les élus de ma majorité sont unanimes : la fusion n'est pas souhaitée. Ce qui m'énerve, c'est la mauvaise foi. La taille n'est pas un argument. Personne ne critique Malte, l'Estonie... plus petits que nous ! L'argument de la réunification est tenu par ceux qui ne font rien et n'ont rien à dire, sauf à l'approche de campagne électorale. Ma position est simple : que l'on organise un vrai référendum. » (Alain Le Vern, président du Conseil régional de Haute-Normandie ; point-presse de Rouen le 29 janvier 2009, cité par Jean-Jacques Lerosier, « Le non du président haut-normand », Ouest-France, 30 janvier 2009).

Annexes

Article connexe

Lien externe

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