Leon VI d'Armenie

Léon VI d'Arménie

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Léon VI, dernier roi d'Arménie (Basilique Saint-Denis)

Léon VI de Lusignan[1] (en arménien Լեիոն Զ), né en Cilicie en 1342, mort à Paris le 29 novembre 1393, est le dernier roi d'Arménie (cilicienne), de 1373 à 1375. Il était fils de Jean de Lusignan, connétable d'Arménie (+1343) et de Soldanne, peut-être fille d'un roi de Géorgie. Il appartient à la branche arménienne de la Maison de Lusignan, issue du mariage d'Amaury de Lusignan, seigneur de Tyr (+1310) et de Zabel d'Arménie.

Sommaire

Jeunesse chypriote 1344-1374

En 1344, l'oncle de Léon, Guy de Lusignan (roi d'Arménie sous le nom de Constantin IV) est assassiné par une conjuration de barons arméniens hostiles à la politique latine du souverain, en particulier à ses relations avec le pape. Sa mère est donc contrainte de se réfugier avec lui et son frère à la cour du roi Hugues IV de Chypre.

Après la mort de son frère aîné Bohémond, à Venise, en 1363, il lui succède en tant que prétendant à la couronne arménienne. Cette candidature est soutenue par son cousin le roi Pierre Ier de Chypre qui obtient en 1365 des lettres du pape Urbain V reconnaissant ses droits à la couronne.

En octobre 1368, Isabelle de Lusignan, cousine germaine de Léon et femme du despote de Mistra, profite de l'escale du roi Pierre Ier à Modon dans le Péloponnèse pour réclamer la venue de Léon à ses côtés ; elle souhaite en effet en faire son héritier en le mariant à sa fille Katherine Cantacuzène. L'assassinat du roi Pierre en janvier 1369 compromet ce projet et le prince d'Antioche, régent du royaume, n'autorise pas Léon à quitter l'île. En mai 1369, Léon finit par épouser une veuve chypriote issue d'une influente famille féodale de l'île, Marguerite de Soissons, fille du bailli de Famagouste. Il entame également des démarches pour récupérer les rentes des fiefs de son grand-père, Amaury de Lusignan, qui avaient été confisquées par la couronne à la suite de sa trahison, mais le régent prend prétexte de la minorité royale pour différer le règlement de l'affaire.

Le 12 octobre 1372, lors du couronnement du nouveau roi Pierre II comme roi de Jérusalem dans la cathédrale de Famagouste, il reçoit le titre honorifique de sénéchal du royaume de Jérusalem. Cependant le roi n'accède toujours pas à sa requête concernant les rentes de son grand-père. Toutefois, sa cousine Isabelle, venue de Morée pour assister au couronnement, parvient durant l'hiver 1372/1373 à force de pression et d'intrigues à récupérer une partie des rentes, rentes qu'elle remet aussitôt à Léon.

En Arménie, la situation politique est critique : le royaume est réduit à sa capitale, Sis, d'ailleurs assiégée par les troupes mameloukes. En avril 1373, le roi Constantin VI est assassiné. Début septembre 1373, une délégation de barons vient à Chypre proposer la couronne à Léon. Ils espèrent que ce prince latin aura l'appui du pape et pourra ainsi trouver des soutiens en Occident pour sauver le royaume de la menace musulmane.

Toutefois, en octobre 1373 Léon est fait prisonnier avec une grande partie de la noblesse chypriote par les Génois après la prise de Famagouste par ces derniers. Il doit payer une rançon et prouver qu'il n'a pas été mêlé à l'assassinat du roi Pierre Ier pour être libéré et enfin gagner l'Arménie.

Règne à Sis 1374-1375

Le 2 avril 1374, Léon débarque avec sa famille à Korikos, seul point de la côte arménienne encore contrôlé par les chrétiens. Le 26 juillet 1374, il parvient à entrer dans Sis assiégée.

Très rapidement il rentre en conflit avec les gouverneurs arméniens de la ville à propos des comptes du royaume, puis avec le catholicos à propos de la question du rite du couronnement. Léon, catholique convaincu, refuse de se faire couronner selon le rite de l'Église arménienne. Finalement un compromis est trouvé, Léon V est couronné le 13 septembre 1374 selon les deux rites, latin et arménien.

Les marges de manœuvre politique du roi sont très restreintes, à l'occupation turque s'ajoutant une opposition interne au roi, qui échappe même à plusieurs tentatives d'assassinat.

La ville de Sis tombe finalement aux mains des Mamelouks le 14 avril 1375, peut-être par trahison. Le roi et sa famille sont emmenés en captivité au Caire, c'est la fin du royaume d'Arménie.

Captivité en Égypte 1375-1382

Léon V et sa famille sont assignés à résidence au Caire et reçoivent une rente du sultan. Le roi de Chypre tente d'envoyer une ambassade pour demander sa libération, sans succès. Les démarches du pape, de la reine de Naples, du Grand-maître de Rhodes ainsi que de l'empereur byzantin restent également vaines.

En 1378, Jean Dardel, un franciscain français, devient son confesseur. Il est l'auteur d'une chronique d'Arménie, principale source de l'histoire du roi Léon V. En 1380, le religieux débarque à Barcelone afin d'obtenir le financement de la rançon du roi Léon par le roi d'Aragon. C'est finalement le roi de Castille, Jean Ier qui réunit les sommes nécessaires. Le 7 octobre 1382, le roi Léon quitte définitivement l'Égypte.

L'exil doré en Europe 1382-1393

Après un bref séjour à Rhodes où il retrouve sa cousine Isabelle, ne parvenant pas à revenir à Chypre pour réclamer ses biens, il s'embarque pour Venise, d'où il gagne la cour pontificale d'Avignon.

En mai 1383, Léon quitte Avignon pour une tournée de remerciement des souverains ibériques qui ont contribué à sa libération. Il visite les cours d'Aragon, de Castille et de Navarre. Au cours de ce voyage le roi Jean Ier de Castille lui offre la seigneurie de Madrid en septembre 1383.

En juin 1384, il s'installe à Paris à l'hôtel de Saint-Ouen, sous la protection du roi Charles VI dont il devient un conseiller et un intime. Mise à part quelques missions diplomatiques à Londres et un voyage en Castille en 1390 pour les funérailles de son ami Jean Ier, Léon reste jusqu'à sa mort en 1393 à la cour du roi de France à Paris.

Il a été inhumé au couvent des Célestins à Paris (quartier Saint-Paul, IVe arrondissement). Après la destruction du couvent lors de la Révolution, son gisant a été transféré dans la basilique Saint-Denis. On peut encore y lire l'épitaphe suivante : « CI GIST TRES NOBLE EXCELLENT PRINCE LYON DE LIZINGEAN QUINT ROY LATIN DU ROYAUME DARMENIE QUI RENDI LAME A DIEU A PARIS LE XXIX IOUR DE NOVEMBRE LAN DE GRACE MIL TROIS CENS QUATRE VINGT TREIZE. »

L'exil doré de Léon en Europe a suscité quelques critiques de la part de contemporains : ainsi le bénédictin anglais Thomas de Walsingham dit de lui qu'« il extorqua aux rois chrétiens d'abondants présents, afin que son exil sur une terre étrangère soit plus heureux qu'un règne pacifique chez lui ».

Descendance

De son épouse Marguerite de Soissons :

  • Marie, née peut-être en 1374 en Cilicie et morte au Caire en 1381.

De concubines:

  • Guy, né en France en 1386, mort en 1405, chanoine de la cathédrale de Soissons. Héritier d'une partie des biens de son père.
  • Philippe, capitaine de la Tour d'Ambleux.
  • Étienne, chevalier en Sicile, exilé à Malte en 1405 et servant comme corsaire.
Précédé par Léon VI d'Arménie Suivi par
Constantin VI
thum
Roi d'Arménie
Jacques Ier

Notes et références

  1. ou Léon V, certains historiens, renumérotant le prince Léon II en Léon Ier quand il fut sacré roi.

Bibliographie

  • Jean Dardel, « Chronique d'Arménie », dans Recueil des Historiens des Croisades. Documents arméniens, t.2, Paris 1906. Disponible sous forme de document électronique sur le site de la Bibliothèque numérique Gallica.
  • C.Mutafian, « Léon V Lusignan, un preux chevalier et/ou un piètre monarque », dans Les Lusignans et l'Outre mer, Poitiers 1993, 201-210.
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