Secularisme


Secularisme

Sécularisme

Le sécularisme est une doctrine selon laquelle la religion ne doit pas avoir, ni chercher à avoir, de pouvoir politique ou législatif. Cette doctrine prône la séparation de l'Église et de l'État et affirme en corrélaire que le pouvoir politique ne doit pas intervenir dans les affaires propres aux institutions religieuses.

Sommaire

Sécularisme et laïcité

Le sécularisme désigne une tendance objective et universelle — puisqu'il n'y a pas de modernité sans sécularisation — à faire passer la plupart des valeurs sociales qui ont été associées pendant la période médiévale au domaine du sacré dans celui du profane. Il signifie la désacralisation d’un vaste champ d'activités dont celui de l'organisation sociale. Celle-ci ne se perçoit plus comme une donnée naturelle exigeant l'adhésion automatique aux valeurs établies, mais comme un produit de l'histoire et des politiques humaines. Elle peut donc être soumise à la critique rationnelle et de transformation volontaire. La sécularisation, phénomène de civilisation, se manifeste dans l'émergence d'aspirations, d'attitudes et de comportements nouveaux. Elle impose un nouvel aménagement de l'espace public en accord avec les valeurs de l'émancipation politique et de la liberté de conscience.

La laïcité, par contre, est une représentation et, par conséquent, un fait subjectif en rapport avec la conscience et la position dans le système du sujet : individu ou groupe social. Les types de représentation, et donc la conception particulière de la laïcité propre à chaque société, se déterminent plus par les modalités d'accès à la modernité que par la religion d’origine ou la culture pré-moderne.

Jean Baubérot propose une définition des processus de sécularisation et laïcisation : « la sécularisation implique une relative et progressive (avec des zigzags) perte de pertinence sociale (et, en conséquence, individuelle) des univers religieux par rapport à la culture commune (...) La laïcisation, en revanche, concerne avant tout la place et le rôle social de la religion dans le champ institutionnel, la diversification et les mutations sociales de ce champ, en relation avec l'État et la société civile. »[1]

Critique du sécularisme

Les opposants du sécularisme affirment que la laïcité pose plus de problème qu'elle n'en résout et qu'un gouvernement avec une religion d'État (au minimum sans valeurs laïques) est meilleur. Certains chrétiens avancent qu'un État chrétien garantit plus de libertés qu'un État laïc, comparant la Norvège, l'Islande, la Finlande et le Danemark, pays dotés d'un lien constitutionnels entre leur État et une Église chrétienne (protestante le plus souvent) qui font partis des plus avancés au niveau économiques et des plus progressistes au niveau social. L'Islande a légalisé l'avortement dès 1935 et le gouvernement finnois finance la construction de mosquées.

Sécularisme en France

En France où ordre politico-social et ordre religieux étaient liés et solidaires, le combat pour l’émancipation politique et sociale fut indissocié du combat contre la domination de l’idéologie religieuse et cléricale. L’affermissement de l’autonomie et de la liberté de l’homme supposait l’affirmation parallèle de l’autonomie de la raison. Sécularisation et laïcisation constituaient un seul et même processus, donnant naissance à une conception de la modernité républicaine, radicale et positiviste, imposant une séparation nette du spirituel et du temporel, du politique et du religieux.

Sécularisme en Europe et en Amérique

En Amérique comme dans le reste de l’Europe, la désacralisation du monde et de la société s’est réalisée sans grand heurt avec le pouvoir intellectuel et politique du clergé. Elle a donné naissance à une version très diluée de laïcité à tel point que Tocqueville considérait l’harmonie existant entre religion et politique comme l’un des principaux fondements de la démocratie en Amérique. On peut observer de même que la Grande-Bretagne n’est pas aujourd’hui moins moderne ou moins sécularisée parce que la démocratie s’y accommode mieux avec un pouvoir spirituel reconnu ou parce que la Reine continue à y exercer la double fonction de chef d’Etat et de chef d’Eglise.

Sécularisme dans le Monde arabe : sécularisation sans laïcisation[2]

Dans les sociétés arabes contemporaines, la dissociation entre le processus de sécularisation (objective) et celui de laïcisation (subjective) est mieux affirmée, et cela pour deux raisons.

Le combat pour la modernité fut essentiellement un combat contre la domination étrangère, coloniale ou impériale, et non contre un ennemi intérieur. Pour accéder à l’indépendance, assurer le développement culturel, politique et social, les élites locales soutenues par la population ont dû mobiliser leurs ressources morales, intellectuelles et religieuses. L’aspiration à l’émancipation du joug colonial imposait la nécessité de maintenir des contradictions provoquées par le processus de modernisation. La religion en sorti à la fois renforcée et rénovée, par l'addition d'une dimension géopolitique et identitaire. Aujourd’hui encore dans le monde arabe, on ne soumet à la critique que des interprétations supposées fausses de la religion, mais jamais la religion elle-même.

L'appel aux réformes et à la modernisation est venu des "oulémas éclairés". Aujourd’hui les oulémas les plus modernistes sont souvent les alliés privilégiés de l’État moderne. Ce dernier compte sur eux non seulement pour neutraliser les courants conservateurs religieux, mais également pour légitimer ses politiques. Ainsi modernité et rénovation de la pensée musulmane ont toujours marché de concert et aucun Etat n’est prêt à sacrifier cet allié sur l’autel de l’idéologie de la laïcité. Les intellectuels formés à l’occidentale se servent, comme l’Etat, du modernisme religieux pour diffuser leur pensée. Même ceux qu’on considère aujourd’hui comme les précurseurs de la laïcité, tels que M. Abderraziq ou T. Husyan n’ont jamais parlé de laïcité.

Notes et références

  1. Jean Baubérot,Laïcité 1905-2005, Entre passion et raison, Seuil 2004, p53
  2. www.bladi.net, article de Burhan Ghalioun (Directeur du Centre d’Etudes sur l’Orient Contemporain)

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