Prusse-Orientale


Prusse-Orientale

54°44′N 20°29′E / 54.733, 20.483

Histoire de la Prusse
Drapeau historique de la province de "Prusse orientale"

La Prusse-Orientale est une province allemande, aujourd'hui disparue, qui fit partie du royaume de Prusse de 1773 à 1824 et de 1878 à 1918, puis de l'État libre de Prusse de 1919 à 1945. Située au bord de la mer Baltique, sa capitale était la ville de Königsberg. Elle correspondait approximativement au territoire de l'ancien État monastique des chevaliers teutoniques qui fut transformé en duché en 1525.

Sommaire

Histoire

La Prusse orientale au XIIIe siècle
Prusse orientale (en rouge) au sein du Royaume de Prusse (en bleu) dans l'empire germanique en 1871

Bien qu'à l'origine peuplée de diverses ethnies de langue balte, dont celle des Vieux-Prussiens (ou Borusses), ou de langues scandinaves et gothiques, la région qui correspond à la Prusse-Orientale bascula exclusivement dans l'espace linguistique allemand entre le XIIIe et XVIIIe siècle.

Elle fut de population presqu'exclusivement allemande du XIIIe siècle à 1945. Ses anciens territoires font partie aujourd'hui de la Pologne et de la Russie, avec un changement de population survenu entre 1945 et 1947. Il ne restait que 193 000 personnes en mai 1945 sur les 2 400 000 habitants originaires de la province en 1944 et qui furent presque toutes expulsées dans les deux années suivantes. Seuls 90 000 Prussiens étaient encore dans la partie polonaise dans les années 1960[1] et la plupart migrèrent encore dans les années 1970, puis à la chute du régime communiste.

La Prusse-Orientale était organisée avant mars 1945 administrativement en trois districts:

Des origines au XIIIe siècle

Les premiers habitants de la région étaient des tribus de chasseurs nomades qui se sédentarisent à l'âge de pierre. On trouve ainsi des traces de leur présence datant de 2000 avant JC qui sont essentiellement au bord des lacs, de la lagune de la Vistule et de la lagune de Courlande. Des restes sont notamment trouvés dans un village de l'âge de pierre dénommé Succase, près d'Elbing. Puis un cimetière de l'âge de bronze est découvert à Georgenswalde en Sambie. Il est fait commerce d'ambre avec les populations du sud et de l'ouest. L'influence de tribus étrangères est donc certaine dès l'âge de bronze (vers 1 200 avant JC). Des tribus germaniques s'installent des deux côtés de la Vistule, à partir du VIIIe siècle av. J.‑C., à l'est jusqu'à Passarge et en Sambie (Samland, en allemand), côtoyant des tribus baltes. Il y a à l'époque de La Tène (300 av. JC) des tribus burgondes, vandales, et, à l'ère chrétienne, des Goths. Elles étaient en relation avec l'Empire romain pour le commerce de l'ambre. Tacite fait la description de cette route de l'ambre.

Une culture mixte se développe au VIe et au VIIe siècle au sud-est de la Prusse, influencée par ses tribus germaniques[2]. Lors des invasions des Vikings du IXe au XIe siècles, des tribus scandinaves s'installent au bord de la mer et une partie d'entre elles se spécialisent ensuite dans le commerce en Sambie et dans la région actuelle de Klaipeda (ex-Memel), tandis que les autres font du piratage en mer. Ces Scandinaves se mélangent aux populations locales. Deux-cents sépultures vikings avec des armes sont trouvées en Varmie, près de Cranz (aujourd'hui Zelenogradsk). Leur village de Truso, près d'Elbing est un marché important. Les premières mentions du terme de Prusse datent du IXe siècle. Ces tribus se battent soit contre les Scandinaves, soit contre les Slaves, qui ont chassé les autres tribus de la Vistule, où ils se sont installés. Ces Borusses balto-germains, de peuple pacifique deviennent donc un peuple guerrier et construisent des endroits fortifiés. Ces tribus ne se sont jamais unies entre elles cependant. Il y avait de petits princes, des paysans libres ou non-libres. Ils adorent quatre dieux païens et sont sous la forte influence de leurs grands prêtres, les Waidelott, et hostiles au christianisme. Ils vivent d'agriculture et d'élevage, de commerce d'ambre, de commerce agricole et élèvent particulièrement des chevaux[3]

Saint Adalbert

C'est à partir de l'an mille que les Slaves de Pologne commencent à vouloir étendre leur influence à l'est et notamment par un premier essai de christianisation avec saint Adalbert qui se solde par un échec (saint Adalbert[note 1] est tué). La mission de Bruno de Querfurt, mandaté en 1009 par l'empereur Othon III, est aussi un échec. Il est tué à Kolno (aujourd'hui en Pologne).

Ce sont les cisterciens qui rencontrent alors un certain succès, en développant parallèlement des méthodes d'agriculture. Ainsi en 1207 la mission des cisterciens envoyés par l'évêque polonais Christian, originaires de l'abbaye de Lekno en Grande Pologne. Mais les populations finissent par se rebeller de crainte de perdre leur autonomie et le duc Conrad de Mazovie fait appel à partir de 1225 à l'Ordre teutonique pour poursuivre la christianisation, après le reflux des chevaliers chrétiens de Terre Sainte. Ces terres sont donc l'enjeu d'une course à la colonisation avec les Allemands, surtout venus de Saxe et des Marches de l'est, mais aussi les Mazoviens, les Danois qui commencent à coloniser les côtes et à se battre contre les Polonais, et les villes libres de Brême et de Lübeck qui y voient un intérêt économique.

Du XIIIe siècle à 1525, les chevaliers teutoniques

Le duc Conrad de Mazovie fait appel au début du XIIIe siècle à l'Ordre teutonique, dirigé par Hermann von Salza, pour combattre les Vieux-Prussiens, ou Borusses, qui sont restés païens et qui font des razzias en Mazovie. Guillaume de Modène est nommé par le pape en 1224 légat en Sambie et en Prusse et l'empereur Frédéric II par la bulle d'or de Rimini en 1226, donne son assentiment à l'expédition des chevaliers qui avaient pourtant été échaudés par celle de Transylvanie auparavant. Le duc de Mazovie est prêt à offrir en dédommagement aux chevaliers le pays de Culm, ou Culmerland, situé dans la basse vallée de la Vistule. Cependant Hermann von Salza hésite, car il est pris par des engagements en Terre Sainte[4]. L'empereur garantit donc les droits des chevaliers teutoniques, ce qui est confirmé par le traité de Kruschwitz, signé par Conrad de Mazovie, le 16 juin 1230, qui souhaite lever les doutes d'Hermann von Salza[5] et donne en plus la forteresse de Nessau. L'évêque Christian de Prusse donne quant à lui le tiers de la Prusse.

Les chevaliers arrivent donc munis de toutes ces garanties en 1230 en Prusse et Hermann von Salza y envoie comme maître provincial Hermann Balk[note 2]. Ils fondent la future ville de Thorn qui va servir de modèle à toutes les autres fondations de l'Ordre en Prusse[6] en 1231 et reconstruisent le fortin de Nessau. C'est ainsi que commence à voir le jour le système défensif de maillage des fortifications teutoniques. Balk franchit avec un millier d'hommes[7] la Vistule au printemps 1231. La nouvelle ville de Culm est fondée en 1232 avec un plan en échiquier caractéristique. Son château deviendra la résidence des maîtres de Prusse, jusqu'en 1309. La ville donne jour au droit de Culm, charte qui donne des privilèges commerciaux aux villes fondées par les chevaliers, ainsi qu'à d'autres plus tard. Tout de suite après Culm, les chevaliers fondent Marienwerder, résidence des évêques de Pomérélie de 1254 à 1526[8]. Les colons allemands affluent, attirés par la perspective d'être paysans libres. Le pape Grégoire IX prononce la bulle de Rieti en 1234.

Les teutoniques rassemblent sous leur bannière des chevaliers allemands et surtout des croisés venus de toutes les principautés polonaises[9]. Les Polonais sont, au début, les alliés des chevaliers teutoniques. Une fois leur puissance acquise, ils n'auront de cesse par la suite de s'opposer aux chevaliers[note 3].

En attendant les chevaliers édifient les forteresses de Kulmsee et de Rehden, conquièrent la Pogésanie[note 4] (il y bâtissent le château d'Elbing en 1237) et dominent toute la Pomésanie Les chefs des tribus borusses se convertissent les uns après les autres, entraînant la soumission de leurs sujets et la construction d'un château fort par les chevaliers, autour duquel un village ou un bourg se dessine. Il en est ainsi des châteaux de Kreuzburg en Natangie, de Heilsberg et de Braunsberg en Varmie, de Bartenstein, Rössel et Weissenburg en Bartonie, et de même pour le château de Balga, construit en 1239 au bord de la lagune de la Vistule (Frisches Nehrung).

Les territoires conquis par les chevaliers sont divisés en quatre diocèses en 1245, sous la dépendance juridictionnelle et spirituelle de l'archevêque de Riga. Dantzig entre en possession des chevaliers en 1309, ce qui est confirmé en 1343 par la Pologne. La capitale de l'Ordre est depuis 1309 Marienbourg, imposante forteresse construite en l'honneur de la Vierge Marie, patronne des chevaliers[note 5].

L'apogée du pouvoit teutonique se situe au XIVe siècle, jusqu'à la bataille de Tannenberg de 1410, à partir de laquelle, l'Ordre décline, jusqu'à se convertir au luthérianisme et à se séculariser en 1525. La Prusse-Orientale connaît, quant à elle, une période d'expansion économique à laquelle la guerre de Trente Ans met un terme.

Peuplement

Le caractère diffus de l'immigration rurale rend difficile de connaître l'origine des colons que celle des habitants des nouvelles villes qu'ils fondent. Les chevaliers allemands qui ont reçu des territoires en fiefs, ou les locatores entrepreneurs de colonisation, ont, évidemment, entraîné derrière eux des émigrants de leurs régions d'origine. Beaucoup sont ainsi venus de Basse-Saxe, d'Allemagne moyenne, de la Misnie. Toute la bande de territoire déjà colonisée de Lübeck à la Silésie a fourni aussi un important contingent. Puis, quand cette première vague a été étale, vers 1320, l'on a assisté à un déplacement de la jeune génération à l'intérieure de la Prusse en direction de l'Est. Ont peut estimer que cette marche à la colonisation a été une sorte de renouvellement progressif qui a duré une centaine d'années. D'une façon générale, les colons n'ont porté leur action que dans les zones forestières et dans les terres basses, mais peu ou pas dans les territoires déjà mis en culture par les Borusses. L'élan de la colonisation allemande en Prusse-Orientale a pris fin au XVe siècle avec le déclin de la puissance de l'Ordre.[10]

De 1525 à 1618

Carte postale ancienne de l'université Albertina de Königsberg

Héritière du duché de Prusse et donc des possessions des chevaliers teutoniques sécularisées après la conversion de l'Ordre à la Réforme protestante en 1525, cette région était luthérienne-évangélique, à part quelques enclaves catholiques en Varmie au sud, et les communautés juives, surtout dans des petites villes et à Königsberg[note 6]. Königsberg est l'ancienne capitale de l'Ordre teutonique depuis 1457, et la capitale du nouveau duché.

Germanophone donc et luthérienne, la région connaît une période de prospérité après 1525 grâce à Albert II de Brandebourg qui la met sous vassalité polonaise[note 7] et prend ses distances avec l'empereur romain germanique qui ne reconnaît pas la sécularisation de l'Ordre teutonique, dont les terres sont devenues le duché de Prusse. Le grand-maître suivant, Walther von Cronberg, décide de ne plus demeurer à Königsberg, mais à Mergentheim. Il est nommé administrateur de l'Ordre en 1527 par l'empereur. La diète d'Empire à Augsbourg donne finalement le droit en 1530 au grand-maître[note 8] d'user du pouvoir régalien dans ses terres et d'acquérir en fief les terres de Prusse. Vienne reconnaît donc à partir de 1526 le titre d'administrateur de Prusse (nommé aussi grand-maître allemand de l'Ordre teutonique, Hoch- und Deutschmeister des Deutschen Ordens) qui est au même rang protocolaire que celui de prince-électeur. Le duc Albert de Prusse fonde l'université Albertina de Königsberg en 1544 qui éduquera les élites allemandes de Prusse et de la Baltique (même jusqu'avant la révolution celles sujettes de l'Empire russe, appelées germano-baltes par l'historiographie moderne) jusqu'en 1945. C'est aussi un centre de rayonnement protestant qui forme des prédicateurs luthériens dans tout l'espace nordique. Albert-Frédéric de Prusse succède à son père en 1568, mais le roi de Pologne nomme comme administrateur de Prusse Georges-Frédéric de Brandebourg-Ansbach à partir de 1577, à cause de la maladie mentale d'Albert-Frédéric. Joachim III Frédéric de Brandebourg lui succède en 1605, puis Jean-Sigismond en 1608.

De 1618 à 1772, l'union personnelle

La région est appelée aussi Prusse brandebourgeoise à partir de 1618, après l'union dynastique du Brandebourg[note 9]. La Pologne, de peur que le duché ne penche vers la Suède, signe le traité de Wehlau en 1657 qui reconnaît la pleine souveraineté de Frédéric-Guillaume Ier de Brandebourg sur le duché de Prusse. La suzeraineté de la couronne polonaise n'est plus que formelle, ce qui est confirmé par le traité d'Oliva en 1660. C'est à Königsberg que l'électeur de Brandebourg, Frédéric III de Hohenzollern, se couronne lui-même en 1701. Il devient Frédéric Ier de Prusse. Vassal de l'empereur romain germanique en théorie pour ses autres possessions, et bien que les terres de Prusse orientale n'appartiennent pas au Saint-Empire, Frédéric montre ainsi qu'il n'a pas besoin de se rendre à Vienne, et qu'il se fait lui-même roi en Prusse [note 10]. Le traité de Wehlau est devenu caduc, les Hohenzollern n'ayant plus besoin de l'accord formel du roi de Pologne pour confirmer leur souveraineté sur leurs terres prussiennes de l'est à chaque accession au trône. Les anciennes terres du duché de Prusse (qui deviendront grosso modo la province de Prusse-Orientale) sont appelées alors la Vieille-Prusse (Altpreußen) pour la distinguer de la Marche de Brandebourg, cœur de la nouvelle Prusse.

De 1772 à 1919

Répartition des groupes linguistiques en 1880 : rose pour l'allemand, vert pour le polonais et le mazure, jaune pour les langues baltes et slaves

Finalement le premier partage de la Pologne de 1772 confirme un état de fait pour le jeune royaume de Prusse. Les terres de la Vieille-Prusse sont désormais directement administrées par le royaume, et ainsi les Hohenzollern, qui étaient souverains de deux entités séparées par la vassalité formelle de l'une, réunissent leurs terres sous la même couronne. La Prusse royale, la Varmie (Ermland), la Vieille Prusse, etc... deviennent possession de Frédéric le Grand. Il forme une nouvelle province, la province de Prusse-Orientale, à partir du 31 janvier 1773 en fusionnant la Varmie et la Vieille Prusse. Les autres territoires prussiens forment la Prusse-Occidentale[note 11]. Sa capitale demeure Königsberg, la capitale teutonique. Elle le reste jusqu'en 1945.

Entre 1824 et 1878, la province de Prusse-Orientale fusionna administrativement avec la province de Prusse-Occidentale pour former la province de Prusse, avant que celle-ci ne soit de nouveau scindée en deux.

Ses terres sont exposées pendant la Première Guerre mondiale à cause de ses frontières avec l'Empire russe et le front de l'est s'y trouve, provoquant des ravages. C'est dans ses limites qu'a lieu la bataille de Tannenberg, où se distingua le futur maréchal von Hindenburg, originaire de Prusse-Orientale, où il est extrêmement populaire.

De 1919 à 1945

La province de Prusse-Orientale ainsi reconstituée, fut séparée du reste de l'Allemagne à l'issue de la Première Guerre mondiale en 1919, lors de la création du « couloir de Dantzig » qui ouvrait un accès vers la mer Baltique pour la Pologne, et dut également subir la création de la ville libre de Dantzig, détachée de la Prusse, qui fut placée sous le contrôle de la Société des Nations et sous administration partielle polonaise (douanes, postes, etc...)

La Prusse-Orientale de 1923 à 1939

Elle perdit également au nord le « territoire de Memel », placé aussi sous le contrôle de la SDN, avant d'être annexé en 1923 par la Lituanie, après une intervention militaire.

Le plébiscite en Mazurie en 1920, dit Abstimmung Ostpreußen, donna une majorité écrasante en faveur du maintien au sein de l'État allemand. La province, isolée, appauvrie, se laissa partiellement séduire par le national-socialisme dans les années 1930. Mais les partis les plus puissants sont avant 1929 le Deutschnational Volkspartei et ensuite le SPD (entre 24% et 26% de 1922 à 1929).

La Prusse-Orientale avec ses 37 000 km2 est la troisième province de Prusse, après le Brandebourg et Hanovre, mais c'est aussi un territoire au nombre d'habitants au kilomètre carré parmi les plus faibles d'Allemagne. Elle compte 2,26 millions d'habitants en 1925[11] et elle est surtout rurale. Ainsi dans toute l'Allemagne 61% des habitants vivent en 1925 dans des grandes villes, et 36% dans des communes de moins de deux mille habitants. La proportion est inverse pour la Prusse-Orientale: 61% vivent dans des communes de moins de deux mille habitants et un tiers (environ 280 000 habitants) d'habitants vit à Königsberg. Après Königsberg, il y a des villes moyennes comme Elbing avec 68 000 habitants et Tilsit avec 51 000 habitants. Allenstein, Gumbinnen et Marienwerder, comme sièges de districts, n'ont que quelques dizaines de milliers d'habitants. Insterburg compte 39 000 habitants.

Le gauleiter nazi Erich Koch (qui n'était pas d'origine est-prussienne) la gouverna de main de fer (tout en gouvernant l'Ukraine de 1941 à 1944). Après la défaite de la Pologne en 1939, elle fut agrandie de terres purement polonaises : Ciechanow (Zichenau) et Suwałki (Suwalken), s'étendant ainsi jusqu'aux portes de Varsovie.

Jusqu'en 1945, la province eut une population allemande, mais il y avait aussi une minorité d'origine lituanienne, les Lietuvininsks (ou Lituaniens de Prusse), ainsi qu'une minorité mazurienne protestante qui parlait un dialecte polonais. Ces deux petites minorités se sentaient fortement attachées à la Prusse et à l'Allemagne. La population de la province représentait 2 490 000 habitants, dont 90% de souche allemande, le reste étant de souche polonaise, mazure ou lituaniens de Prusse, ou bien encore juifs dont une grande partie était de langue yiddish (Ils étaient neuf mille en 1933, et plus que trois mille en 1939, ayant fui la province). Les Allemands, Mazures ou Lituaniens de Prusse étaient luthériens, tandis que les Polonais de Varmie, avec quelques minorités allemandes, étaient catholiques.

La province n'est pas affectée par les combats de la Seconde Guerre mondiale au début. Elle ne l'est qu'à partir de premiers bombardements anglo-américains à l'été et à l'automne 1944, puis elle est dévastée à partir de l'hiver 1944-1945 par l'avancée du front de l'est et par l'arrivée de l'Armée rouge qui chasse les nazis pendant la campagne de Prusse-Orientale, du 13 janvier au 25 avril 1945.

La Prusse-Orientale est la province allemande qui a connu proportionnellement le plus de victimes tant civiles que militaires. Sur ses 2,5 millions d'habitants, trois cent mille civils meurent sous les bombes, en fuyant (morts de froid ou de faim), ou dans des camps de prisonniers et deux cent mille soldats originaires de la province meurent sur différents champs de batailles[12].

Évacuation de la Prusse-Orientale

Arrivée de réfugiés de Prusse-Orientale à Dantzig en février 1945
Article principal : Bataille de Königsberg.

La capitale médiévale Königsberg qui n'avait jamais souffert de graves dommages en sept cents ans d'existence est complètement détruite par des bombardements britanniques qui démarrent le soir du 26 août 1944 et se poursuivent le lendemain. Une autre série de raids aériens a lieu le soir du 29 août 1944 jusqu'au lendemain. Winston Churchill pensait à tort que la ville était une forteresse militaire modernisée par les Allemands et ordonna donc sa destruction totale[13] Le gauleiter Erich Koch avait censuré l'information destinée aux populations civiles sur la situation réelle de la guerre et les premiers réfugiés qui fuient sur les routes se trouvent pris en étau entre la Wehrmacht à l'ouest qui les repousse et l'avancée de l'Armée rouge à l'est qui s'approche de la frontière. La propagande de la guerre finale (Endsieg) ne fait qu'accroître le désarroi, ainsi que l'annonce des massacres de Nemmersdorf du 22 octobre 1944 par les soldats soviétiques sur des civils prussiens, et les viols systématiques. Des dizaines de milliers de réfugiés perdent la vie lorsque des bateaux, comme le Wilhelm Gustloff, le Goya, ou le General von Steuben sont coulés par la marine soviétique.

Königsberg, qui n'est qu'un tas de ruines depuis les bombardements, finit par se rendre le 9 avril 1945, après quatre jours de combats. 42 000 soldats allemands y sont tués, ainsi que 60 000 soldats soviétiques. Le nombre des civils tués est estimé à 300 000 personnes dans les environs. L'exode de la Prusse-Orientale est alors le plus important de l'histoire humaine[14]. C'étaient surtout des femmes, des vieillards et des enfants qui étaient jetés sur les routes. La population de la province qui était de 2 400 000 en 1944, ne se retrouve qu'à 193 000 personnes en mai 1945, après un hiver particulièrement rude[15].

Après 1945

Évacuation de Prussiens de l'est vers Berlin en février 1945
Fuite de paysans prussiens de l'est par la mer Baltique gelée en janvier 1945

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la province fut conquise par l'Armée rouge à partir de janvier 1945. Les habitants qui n'avaient pas réussi à s'enfuir furent massacrés pour certains et maltraités pour tous, et finalement expulsés par les autorités polonaises (en 1945-46, selon les décrets Bierut) et soviétiques en 1947. La province fut divisée entre l'URSS et la Pologne conformément aux accords des conférences de Yalta et de Potsdam. C'est surtout le souhait de Staline, qui voulait agrandir la Pologne vers l'ouest et faire disparaître la Prusse, qui fut ainsi respecté :

Le souvenir est-prussien aujourd'hui

En 2005, la Russie a fêté le 750e anniversaire de la fondation de Königsberg.

En 2008, la communauté (est-)prussienne continue à donner corps à la Landsmannschaft Ostpreußen ((de) [1]) et à des petites associations allemandes en Prusse-Orientale qui restaurent par exemple certains monuments[note 12].

Coiffe féminine de Prusse-Orientale (timbre de 1935)

Tous les noms de lieux ont été changés et traduits de l'allemand au polonais ou au russe, que ce soit les noms des villes, des villages, des rues, mais aussi bâtiments historiques, rivières, collines, forêts, lieux-dits, ponts, anciens domaines, etc... comme s'il fallait effacer près de huit siècles d'histoire. Beaucoup de bâtiments historiques ont été détruits. La question prussienne a longtemps été taboue et provoque encore un malaise en Pologne, surtout dans les territoires de l'ancienne Prusse-Orientale qui ont été presque exclusivement peuplés de nouveaux Polonais et d'Ukrainiens des anciennes provinces orientales après 1945, en remplacement des Prussiens expulsés. La question a été ravivée dans les années 1990, à la chute des régimes communistes, les autorités polonaises craignant à tort de verser des compensations financières aux familles des civils prussiens expropriés et expulsés.

Répartition administrative

Districts de Prusse-Orientale

Carte de la Prusse-Orientale

Ces districts étaient dénommés de 1723 à 1808 départements de Lithuanie prussienne et de Prusse-Orientale, dépendant de la chambre des Domaines et de la chambre de Guerre (équivalents à des ministères régionaux).

Villes-districts

Arrondissements

Politique

Liste des hauts-présidents

La province de Prusse-Orientale était dirigée administrativement par un Oberpräsident (littéralement haut-président) dont les pouvoirs sont étendus à partir de 1919, et encore plus après 1933.

Au début les terres sont dirigées par le président de la chambre des domaines et de la chambre de guerre (correspondant à des ministères régionaux) de Gumbinnen et de Königsberg. Il s'agit à partir de 1765 de Johann Friedrich von Domhardt. Il est de facto le premier Oberpräsident de Prusse-Orientale. Le baron Friedrich Ludwig von Schrötter lui succède en 1791, et qui est nommé ministre de la Prusse-Orientale et de la Nouvelle-Prusse-Orientale en 1795. De 1814 à 1824 le poste d'Oberpräsident est attribué à Hans Jakob von Auerswald. C'est sous son successeur, Heinrich Theodor von Schön (1824-1842), que la province fusionne avec la Prusse-Occidentale pour former la province de Prusse. Lui succèdent :

  • 1842-1848, Karl Wilhelm von Bötticher
  • 1848-1849, Rudolf von Auerswald
  • 1849-1850, Eduard Heinrich von Flottwell
  • 1850-1868, Franz August Eichmann
  • 1869-1882, Carl Wilhelm Heinrich Georg von Horn
  • 1882-1891, Albrecht Heinrich von Schlieckmann
  • 1891-1895, comte Udo zu Stolberg-Wernigerode
  • 1895-1901, comte Wilhelm von Bismarck-Schönhausen
  • 1901-1903, baron Hugo Samuel von Richthofen
  • 1903-1907, comte Friedrich von Moltke
  • 1907-1914, Ludwig von Windheim
  • 1914-1916, Adolf Tortilowicz von Batocki-Friebe
  • 1916-1918, Friedrich Wilhelm von Berg-Markienen
  • 1918-1919, Adolf Tortilowicz von Batocki-Friebe
  • 1919-1920, August Winnig, SPD
  • 1920-1932, Ernst Siehr, DDP
  • 1932-1933, Wilhelm Kutscher, DNVP
  • 1933-1945, Erich Koch, NSDAP

Résultats des élections à l'assemblée provinciale

Liste des présidents de l'assemblée provinciale

Les présidents (Landeshauptmann) de l'assemblée provinciale est-prussienne (Landtag) sont les suivants:

  • 1876-1878, Heinrich Rickert
  • 1878-1884, Kurt von Saucken
  • 1884-1888, Alfred Julius von Gramatzki
  • 1888-1896, Klemens von Stockhausen
  • 1896-1909, von Brandt
  • 1909-1916, Friedrich von Berg
  • 1916-1928, comte Manfred von Brünneck-Bellschwitz
  • 1919-1920, Ernst Siehr, vice-président
  • 1928-1936, Paul Blunk
  • 1936-1939, Helmuth von Wedelstädt

Notes et références

Frontières de l'Allemagne entre 1919 et 1945
Notes
  1. Il est depuis le saint patron de la Prusse
  2. Originaire comme lui de Thuringe
  3. Jusqu'à l'expulsion des populations allemandes et de la disparition de toute trace allemande sept siècles plus tard
  4. Elbling et la Pogésanie appartenaient à un diocèse dénommé Pomésanie, voir Elblag
  5. La capitale de l'Ordre est transférée à Königsberg à partir de 1457
  6. Beaucoup de familles juives adoptent d'ailleurs le nom de la ville comme nom de famille - ainsi Allenstein, Braunsberg ou Königsberg, nom de famille de Woody Allen - lorsque les juifs sont émancipés et doivent prendre des noms de famille à consonance allemande au début du XIXe siècle
  7. Sigismond Ier de Pologne en est le premier suzerain
  8. Et non pas personnellement à Albert de Brandebourg
  9. Albert-Frédéric meurt sans héritier en 1618 et le duché passe donc à la branche Hohenzollern des Brandebourg
  10. Il est roi en Prusse, et non pas encore roi de Prusse
  11. Ainsi des terres autour de Marienbourg, la Pomésanie, les terres de Culm, la Pomérélie, etc...
  12. Comme la cathédrale de l'ancienne Königsberg à Kaliningrad en partenariat avec les autorités russes
Références
  1. (de) Karl Hauke, op. cité, p.3
  2. (de) Karl Hauke, op. cité, p. 5
  3. in (de) Karl Hauke, op. cité, p.6
  4. Henry Bogdan, op. cité, p. 99
  5. Totium ex integro chelmens territorium cum omnibus suis appendiciis ab eo loco.
  6. Dont le nom est dérivé de la forteresse de Toron en Terre Sainte, cf (de) W. Sonthofen, Der Deutsche Orden: 800 Jahre Geschichte, Freiburg im Breisgau, 1990
  7. Henry Bogdan, op. cité, p. 101
  8. Henry Bogdan, op. cité, p. 102
  9. Henry Bogdan, op. cité, p. 103
  10. Les Allemands en Europe centrale et orientale au Moyen-Âge, Charles Higounet, 1989
  11. Pölking, op. cité, p. 471
  12. Pölking, op. cité, p. 797
  13. (en) Winston Churchill, The Second World War, tome XIII, Londres, 1948-1953
  14. (en) Antony Beevor, Berlin. The Downfall 1945, Penguin Books, Londres, 2002, chapitres I à VIII
  15. (en) Antony Beevor, op. cité

Bibliographie

Ouvrages en français
Ouvrages en allemand
  • (de) Karl Hauke, Bilder aus Ostpreussen, 3 Glocken, Weinheim, 1960, 4e édition
  • (de) Egbert Kieser, Danziger Bucht 1945, Bechte Verlag, Munich, Esslingen, 1978 (relation historique)
  • (de) Hermann Pölking, Ostpreussen. Biographie einer Provinz, Berlin, be.bra.verlag, 2011

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Prusse-Orientale de Wikipédia en français (auteurs)

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