Front de l'Est (Première Guerre mondiale)


Front de l'Est (Première Guerre mondiale)
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Front de l'Est
German troops riga 1916.jpg
Défilé allemand à Riga en 1917
Informations générales
Date 17 août 1914 - 3 mars 1918
Lieu Europe centrale
Europe de l'Est
Issue Victoire des empires centraux décisives
Traité de Brest-Litovsk
- Effondrement de l'Empire russe
- Événements menant à la Révolution russe
Belligérants
Drapeau: Empire allemand Empire allemand
Drapeau d'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Drapeau de l'empire ottoman Empire ottoman
Drapeau bulgare Royaume de Bulgarie
Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Drapeau roumain Royaume de Roumanie
Flag RSFSR 1918.svg RSFS de Russie
Commandants
Drapeau de l'Allemagne Paul von Hindenburg
Drapeau de l'Allemagne Erich Ludendorff
Drapeau de l'Allemagne Léopold de Bavière
Drapeau de l'Allemagne Max Hoffmann
Drapeau de l'Autriche-Hongrie Conrad von Hötzendorf
Drapeau de la Bulgarie Nikola Zhekov
Drapeau de la Bulgarie Stefan Toshev
Drapeau de l'Empire russe Nicolas II
Drapeau de l'Empire russe Nicolas Nikolaïevitch de Russie
Drapeau : Roumanie Constantin Prezan
Flag RSFSR 1918.svg Léon Trotski
Forces en présence
Allemagne: 1 million d'homme Autriche-Hongrie: 6 millions d'hommes 15 millions d'hommes
Pertes
Allemagne: 650 000 tués Autriche-Hongrie: plus d'1 million tués 1,7 million tués et 5 millions blessés et mutilés
Première Guerre mondiale
Batailles
Front de l’Ouest

Frontières (08-1914)Liège (08-1914)Anvers (09-1914)Grande Retraite (09-1914)1re Marne (09-1914)Course à la mer (09-1914)Yser (10-1914)1re Ypres (10-1914)1re Messines (10-1914)Hartmannswillerkopf (01-1915)Neuve Chapelle (03-1915)2e Ypres (04-1915)Artois (05-1915)Artois (09-1915)Loos (09-1915)Verdun (02-1916)Hulluch (04-1916)Somme (07-1916)Arras (04-1917)Vimy (04-1917)Chemin des Dames (04-1917)2e Messines (06-1917)3e Ypres (07-1917)Côte 70 (08-1917)1re Cambrai (11-1917)2e Cambrai (10-1918)4e Ypres (04-1918)Michael (05-1918)2e Marne (05-1918)Aisne (05-1918)Bois Belleau (06-1918)Château-Thierry (07-1918)Le Hamel (07-1918)Amiens (08-1918)Cent-Jours (08-1918) - L'Ailette (09-1918)


Front italien
1re Isonzo (06-1915)2e Isonzo (07-1915)3e Isonzo (10-1915)4e Isonzo (11-1915)5e Isonzo (03-1916)6e Isonzo (08-1916)7e Isonzo (09-1916)8e Isonzo (10-1916)9e Isonzo (11-1916)10e Isonzo (05-1917)Mont Ortigara (06-1917)11e Isonzo (08-1917)Caporetto (12e Isonzo) (10-1917)Piave (06-1918)Vittorio Veneto (10-1918)


Front de l’Est
Stallupönen (08-1914)Gumbinnen (08-1914)Tannenberg (08-1914)Lemberg (08-1914)Krasnik (08-1914)Lacs de Mazurie (I) (09-1914)Przemyśl (09-1914)Vistule (09-1914)Łódź (11-1914)Bolimov (01-1915)Lacs de Mazurie (II) (02-1915)Gorlice-Tarnów (05-1915)Varsovie (06-1915)Lac Naroch (03-1916)Offensive Broussilov (06-1916)Offensive Kerensky (07-1917)


Front du Moyen-Orient
Mésopotamie - CaucasePerse - Sinaï et Palestine - 1re Gaza - 2de Gaza - 3e Gaza - Beer-Sheva - Aqaba - Megiddo - Magdhaba - Rafa


Afrique et Méditerranée
Lai (08-1914)Sandfontein (09-1914)Tanga (11-1914)Naulila (12-1914)Jassin (01-1915)Dardanelles (02-1915)Gibeon (04-1915)Bukoba (06-1915)Salaita (02-1916)Beringia (05-1916)Negomano (11-1917)


Batailles navales
1re Heligoland (08-1914)Penang (10-1914)Coronel (11-1914)Falklands (12-1914)Dogger Bank (01-1915)Gotland (07-1915)Juttland (05-1916)Funchal (12-1916)Pas-de-Calais (04-1917)Détroit de Muhu (10-1917)2e Heligoland (11-1917)Zeebruges (04-1918)1er Ostende (04-1918)2e Ostende (05-1918)

L'Empire russe se bat de 1914 à sa défaite en 1917 sur le front de l'Est au sein de la Triple-Entente contre la « Triplice » (Empire allemand, Autriche-Hongrie, Empire ottoman) dont le principal membre est l'Empire allemand; le royaume de Bulgarie entrera en guerre à ses côtés le 5 octobre 1915 tandis que le royaume de Roumanie rejoindra les Alliés à partir du 28 août 1916[1]. Ce conflit meurtrier marquera la fin du régime tsariste en Russie.

Sommaire

La rivalité russo-allemande

Affiche russe de 1914 symbolisant la Triple-Entente avec Marianne, la Mère Russie et Britannia.

En 1914, bien que son économie soit encore essentiellement agricole, l’Empire russe est déjà la troisième puissance économique du continent, rattrape son retard industriel à marche forcée, et vient de recouvrer son indépendance financière à l’égard de l’Europe de l’Ouest : en 1914, le capital russe contrôle 51 % de l’économie nationale contre 35 % en 1905. Cet essor qui s’est accéléré encore à partir de 1905 fait désormais craindre à l’Allemagne l’émergence d’un géant économique rival en Europe. En termes de PIB à parité de pouvoir d'achat, ces deux empires étaient à égalité avec, en 1913, un PIB(PPA) de 237 milliards de dollars internationaux soit 8,8 % du PIB mondial pour l'Allemagne et 232 milliards de dollars internationaux soit 8,6 % pour la Russie.

David Fromkin note que « la taille gigantesque de la Russie, jointe au fait qu’elle s’industrialisait avec une vitesse stupéfiante grâce au soutien financier de la France, était en train de faire de l’empire tsariste un rival potentiel de l’Allemagne en tant que puissance suprême du continent ». La caste militaire prussienne, représentée par Helmuth Johannes Ludwig von Moltke et Erich von Falkenhayn, ministre de la Guerre puis commandant de l'armée allemande, considère depuis au moins 1905 que l'Allemagne doit provoquer le plus tôt possible une guerre préventive contre la Russie et son allié la France. En fait, « à partir de 1879, les plans de l'Allemagne partirent tous de l'hypothèse où elle aurait à affronter la France et la Russie »[2]. À tort ou à raison, l'Allemagne craint la montée en puissance rapide du géant russe et croit que si la France et la Russie ne pouvaient être battues en 1914, c'est alors l'Allemagne qui le serait en 1916 ou 1917. Theobald von Bethmann Hollweg, Chancelier impérial de 1909 à 1917, ne fait que refléter les craintes, exagérées et teintées d'une certaine paranoïa, de la classe politique allemande lorsqu'il déclare que l'Allemagne est « complètement paralysée », cernée par les puissances alliés au sein de la Triple-Entente que sont alors la France, la Russie et le Royaume-Uni et que « l'avenir appartient à la Russie, qui ne cesse de grandir, de grandir, et devient de plus en plus un cauchemar pour nous ». Il voyait l'Autriche-Hongrie finir par s'allier avec la Russie pour se retrouver dans le camp des vainqueurs, l'Allemagne serait alors seule et impuissante sur la scène internationale.

Sortir d’un isolement qu’elle a elle-même initié, et briser un concurrent russe dont la puissance ne cesse de se développer sont les deux facteurs qui incitent l’Allemagne à provoquer le premier conflit mondial. Après l’étude de nouvelles sources allemandes et autrichiennes, D. Fromkin conclut que « l’Allemagne a délibérément déclenché une guerre européenne pour ne pas être dépassée par la Russie » et relève que « les généraux allemands ont bel et bien décidé d’entrer en guerre avant que la Russie ne mobilisât (31 juillet) et ce n’est donc pas, comme on le prétend si souvent, la mobilisation russe qui a provoqué la guerre ».

Le rappel de l'immigration Allemande vers l'est de l'Europe (Drang nach Osten) et le concept de Lebensraum (espace vital) peuvent avoir joué un rôle dans l'obnubilation de la classe dirigeante envers ce pays.

Faiblesses de la Russie

Armes de l'Empire tzariste
Un obusier Schneider modèle 1910 de 152 mm fabriqué à Perm en 1917.

Pourtant, l'empire Russe était fragile, plusieurs millions d’ouvriers russes vivent dans la misère et sont sensibles à la propagande révolutionnaire. Quant aux paysans, ils réclament le partage des terres. La russification mécontente différents peuples de cet immense empire, dont les Russes ne représentent que 45 % de la population lors du recensement de 1897.

La défaite lors de la guerre russo-japonaise est une humiliation pour le pays et montre les faiblesses de l'armée impériale russe, qui n’est absolument pas prête à entrer en guerre en 1914. Même si les effectifs dont elle dispose sont importants, les hommes ne sont ni formés ni armés. Le matériel d’artillerie est insuffisant, le réseau ferroviaire trop peu développé. Or, le programme de modernisation de l’armée lancé fin 1913 ne devrait être terminé qu’en 1917.

Lors de la révolution russe de 1905, le tsar est contraint d’accepter un certain nombre de réformes, dont la création d’une assemblée élue (la douma), dont le pouvoir est en réalité très limité. Ainsi, malgré la promesse d’un régime constitutionnel, les lois fondamentales de 1906 maintiennent clairement l’autocratie. Quand Piotr Stolypine arrive au pouvoir en 1906, il tente de moderniser le régime, mais se heurte à l’opposition de la noblesse. Il est assassiné en 1911. En 1912 puis en 1914, de nouvelles grèves ont lieu pour protester contre le régime autoritaire, mais elles sont vite réprimées. Et peu à peu, même les sujets les plus fidèles de Nicolas II l’abandonnent : victime de ses hésitations continuelles entre un retour à l’autocratie « pure et dure » et le respect des nouvelles institutions, il est incapable de mener une ligne politique ferme.

En octobre 1916, la carence de la logistique est manifeste, le complexe militaro-industriel russe n’est pas performant, la production d'obus est seulement de 35 000 par mois alors que les besoins sont de 45 000 par jour, on compte dans certaines unité un fusil pour trois hommes, la carence de réseau ferré et de l'intendance pose d'énormes problèmes, l'inflation a atteint les 300 % depuis le début de la guerre mais les salaires ont seulement doublé[3].

Malgré tout, notent les observateurs, l’industrie a réussi, en partie, en 1916 sa reconversion à la production de guerre, ce qui témoigne de sa maturité et de l’essor général de l’économie russe après 1905.

Corrélations entre le front de l'Est et le front de l'Ouest

Les alliances en 1914.

En août 1914, la « Triplice » engage 72 divisions sur le front russe. L’acharnement des combats oblige l’Allemagne à étoffer sans cesse ce front en prélevant des unités de l'armée impériale allemande sur le front français. En décembre 1914, la Triplice oppose 101 divisions à l’armée impériale russe (dont 40 allemandes), et 97 à la France. En août 1915, les effectifs sont montés à 65 divisions allemandes sur le front russe contre 73 sur le front français. En janvier 1917, c’est 187 divisions que la Triplice engage contre la Russie (49% du total) contre 131 contre la France (34%). « Vers la fin de 1914, l’intensité de la lutte sur le front russe imposera à l’armée allemande une attitude défensive sur le front de France. Elle sera maintenue jusqu’en février 1916. Quand, en 1916, les Allemands attaqueront en France durant la bataille de Verdun, il sera trop tard, ils ne seront plus capables d’entamer les forces alliées » [4]. Après la fin des combats fin 1917 sur le front de l'Est, l'armée allemande dispose en février 1918, de 192 divisions en ligne à l’ouest. Vingt de plus que les Alliés. À cette date, 53 divisions sont encore à l’est.

Les deux fronts, français et russes, sont liés. On ne peut comprendre certaines décisions prises par les généraux français et russes si on oublie ce fait. Quand la pression allemande devient insupportable sur le front français, les Français demandent aux Russes de lancer des offensives afin d’obliger le Kaiser à alléger son dispositif et de transférer des troupes sur le front russe. Même chose pour les Russes qui demandent également, à des moments critiques, aux Français de lancer des offensives dans le même but. C’est ce jeu de bascule entre les deux fronts qui permet, en fin de compte, à l’armée française de ne pas être emportée en 1914 et 1915.

Sans la contribution cruciale de l’effort de guerre russe, la France eût été dans l’impossibilité de tenir tête à l’Allemagne. Elle aurait certainement été vaincue dès 1914, comme elle l’avait été en 1870. En 1914, l’armée allemande est la plus puissante d’Europe, la mieux équipée et la mieux entraînée. Depuis 1870, les écarts démographiques et industriels des deux pays n’ont cessé de s’élargir. Le 4 mars 1913, Raymond Poincaré soutint un projet de loi visant à prolonger de deux à trois ans le service militaire en France; cette mesure semblait la seule façon possible de compenser l’avantage du nombre que possédait l’Allemagne, qui comptait une population de 70 millions d’habitants contre 40 en France ». En 1910, les potentiels industriels français et russes réunis équivalent celui de l’Allemagne, alors la plus grande puissance industrielle du continent européen (l’Allemagne est le seul pays d’Europe en 1914 où le nombre d’ouvriers dépasse celui des paysans).

De 1914 à 1917, 1 800 transports alliés ont débarqué 5 475 000 tonnes de matériel destiné aux armées du Tzar[5].

Campagne du Caucase

La Campagne du Caucase contre l’Empire Ottomane ne fut pas une priorité pour les forces russes qui se concentrèrent sur le front Européen, mais les pertes humaines furent conséquences pour les deux parties. Des défaites turques furent le prétexte au génocide arménien.

Historique

Suite à l'entrée en guerre de l'Empire austro-hongrois contre la Serbie le 28 juillet 1914. la Russie mobilise afin de soutenir son allié. L’Allemagne riposte et entre en guerre contre la Russie le 1er août 1914. Pour honorer l’alliance défensive qu’elle avait signée en 1907 avec le Royaume-Uni et la Russie, la France se doit alors de décréter la mobilisation générale.

L'année 1914 sur le front Est

Infanterie russe en août 1914.

Sur le front oriental, suivant les plans des Alliés, le tsar lança l’offensive en Prusse-Orientale le 17 août, plus tôt que prévu par les Allemands. En août, deux armées russes pénétrèrent en Prusse-Orientale et quatre autres envahirent la province autrichienne de Galicie. Ils gagnèrent une victoire à Gumbinnen (19-20 août) sur des forces de la huitième armée allemande inférieures en nombre, qui étaient sur le point d’évacuer la région lorsque des renforts commandés par le général Paul von Hindenburg remportèrent sur les Russes une victoire décisive à la bataille de Tannenberg (27-30 août 1914), confirmée lors de la bataille des lacs Mazures (Prusse-Orientale), le 15 septembre, ce qui obligea les Russes à battre en retraite vers leur frontière. Les Allemands stoppent définitivement les offensives russes en Prusse (fin le 31 août); les Russes se replient vers leur frontière.

A l'inverse, contre les austro-hongrois, après avoir reculé au sud de la Pologne lors de la Bataille de Krasnik fin août, les Russes écrasèrent les Autrichiens lors de la bataille de Lemberg qui s'acheva le 11 septembre.

Durant l’été et l’automne 1914, près de 870 000 personnes, soit 40% de la population prussienne, fuient devant l’avancée de l’armée russe qui a tué près de 6 000 civils et détruit 42 000 habitations[6]

Face aux armées autrichiennes mal équipées, les quatre armées russes avancèrent régulièrement et envahirent la Galicie après les victoires de Lemberg, en août et septembre. Elles s’emparèrent de Lvov (3 septembre) et de la Bucovine et chassèrent l’ennemi dans les Carpates, où le front se stabilisa en novembre et autour du Siège de Przemyśl.

Les Autrichiens entreprirent à trois reprises d’envahir la Serbie, mais ils furent repoussés et subirent une défaite à Cer, le 24 août. Les Serbes, qui avaient repris le 13 décembre Belgrade, occupée depuis le 6 novembre, après la bataille de Rudnik, ne tentèrent aucune invasion en Autriche-Hongrie.

Le 20 octobre, au cours de la bataille de la Vistule, les Allemands battent en retraite devant les Russes dans la boucle de la Vistule. Au début du mois de novembre, Von Hindenburg devient commandant en chef des armées allemandes sur le front Est; ce même jour, la Serbie déclare la guerre à l'Allemagne.

Bien que le fait soit rarement évoqué, l'armée allemande employa pour la première fois des obus à gaz dès fin 1914 en Pologne contre l'armée impériale russe, mais le froid intense les rendit absolument inefficaces[7]. Un commandement des zones occupées par les forces allemandes, le Oberbefehlshaber der gesamten Deutschen Streitkräfte im Osten, fut créé.

Et enfin, entre le 29 octobre-20 novembre, les Turcs bombardent les côtes russes de la mer Noire. L'Empire ottoman rejoint les Allemands et les Autrichiens et un nouveau front s'ouvre dans le Caucase.

    • 7 décembre : Victoire serbe des monts Putnik, les Austro-Hongrois doivent se replier vers Belgrade.
      • Le roi Pierre Ier de Serbie entre à Belgrade.
      • Après s’être opposés à la guerre, les chefs politiques hongrois dont István Tisza soutiennent l’effort de guerre autrichien principalement parce qu’ils craignent qu’une victoire russe n’entraîne la sécession des minorités slaves de Hongrie, puis le démantèlement du pays. 3 800 000 soldats seront mobilisés en Hongrie ; 661 000 seront tués, plus de 700 000 blessés et autant fait prisonniers.

1915

Entrée de la cavalerie allemande à Varsovie le 5 août 1915.
  • 2 mai : Offensive austro-allemande en Galicie pour éviter l’invasion de la Hongrie par les Russes.
  • 6 mai : Les Russes battent en retraite sur un front de 160 km.
  • 3 juin : Rupture du front russe à Gorlice en Galicie. Les Russes évacuent Przemyśl
  • 22 juin : Prise de Lemberg (Lvov) par les Allemands sur les Russes, qui battent en retraite.
  • 23 août : Repoussés sur Brest-Litovsk, les Russes abandonnent la ligne du Bug. La Pologne est aux mains des empires centraux.

La retraite de l’armée russe contraint à la fuite 54% de la population de la Courlande, 46% de celle de la ville de Vilnius, 26% de celle de toute la Lithuanie. Dans l’intérieur de la Russie, en mai 1916, on compte environ 4 millions de réfugiés, soit 5% de la population totale. Au début de l’année 1917, ils sont 6 millions[8].

1916

  • 13 février : La 1re brigade russe constituée (2 régiments), quitte Moscou par le transsibérien et arrive en Mandchourie, à Dairen, le 28 février, d'où elle embarque pour la France sur des navires français. Dans l'autre sens arrive en Russie un corps d'autos blindées de l'armée belge comptant après renfort 444 hommes retirés du front de l'Yser et partis en bateau par Brest. Il se retrouve aux côtés d'un corps identique envoyés par les Britanniques[9].

Tous deux participent aux offensives russes déclenchées par le général Broussilov

1917

En rouge, la ligne de front au 1er janvier 1917.
Carte des conséquences du Traité de Brest-Litovsk.
Fraternisation entre soldats russes et allemands en 1918 après la fin des hostilités entre ces deux pays.
Ce diagramme montre le développement de la masse monétaire et l'inflation en Russie entre 1914 et 1917.

Le refus des troupes de réprimer les manifestations, du en autre à forte dégradation de l'économie, et la lassitude des classes dirigeantes obligent le tsar Nicolas II à abdiquer ; ainsi éclate la révolution de février 1917 et la Russie devient une république. Un gouvernement provisoire est alors constitué, présidé par Alexandre Kerenski. Tout en esquissant des réformes, celui-ci tente malgré tout de respecter les engagements de la Russie vis-à-vis de ses alliés en poursuivant la guerre. L'impopularité de cette dernière mesure est exploitée par le parti des bolcheviks qui, le 25 octobre 1917, renverse le gouvernement à Pétrograd (alors capitale de la Russie) par les armes (Révolution d'octobre). La paix est signée avec les Allemands au prix d'énormes concessions territoriales (Pologne, partie de l'Ukraine qui s'était déclaré indépendante, pays Baltes, occupation de Finlande...) lors du traité de Brest-Litovsk signée le 3 mars 1918. Les corps d'autos blindées belges et anglais, seul secours envoyé par les alliés, purent échapper à la capture par les Allemands en se retirant vers l'Est pour finalement rapatrier les militaires rescapés en passant par la Chine.

Les Allemands profitèrent de la défection russe pour envoyer d'importants renforts sur le front ouest et tenter d'obtenir une victoire rapide avant l'arrivée effective des forces américaines.

Une guerre civile oppose pendant près de cinq ans les « blancs » (républicains ou monarchistes), assistés par les puissances occidentales, aux bolcheviks et à l'armée rouge tandis que des régions du défunt empire russe luttent pour leur indépendance. Après leur victoire, le 22 décembre 1922, les bolcheviks instaurent l'Union des républiques socialistes soviétiques.

Pertes humaines

Selon une estimation russe donnée en 2004 les armées russes perdront alors au moins 1,7 million d’hommes au combat (et 5 millions de blessés et mutilés) en trois ans de guerre (autre évaluation : 2,5 millions de tués et 3,8 millions de blessés) alors que ses effectifs maximum ont été de 5 971 000 militaires[10] et qu'environ 15 millions de personnes ont été mobilisés au total[11], contre près de 1,8 million de tués pour les armées autrichienne et allemande sur le front russe (1,4 million pour l’armée française).

Les pertes humaines dues à la guerre chimique sont estimées au moins à 180 000 sur le front de l'Est[12].

L’écart des pertes militaires s’explique par la puissance de l’artillerie lourde allemande, mieux dotée que la russe (dans un rapport de 2,5 contre 1, situation que l’on retrouve également sur le front français en 1914), mais tient surtout à l’impréparation relative des armées russes en août 1914, fortement sous-équipées jusqu’à la fin de 1915, excepté pour la Garde Impériale qui, constituant une armée à part entière en 1914, est la mieux équipée et entraînée des formations russes.

Prisonniers de guerre

Prisonniers russes à Tuchel en 1919.

En septembre 1914, 94 000 russes sont captifs dans des camps allemands.

En décembre 1918, il reste encore 1,2 million de prisonniers de guerre russes sur le territoire allemand dans des conditions de vie difficile[13]. Les prisonniers russes ont été retenus pour servir de main d’œuvre après la signature de l’armistice germano-russe de 1917. La révolution russe a été l’un des prétextes à l’impossibilité de les rapatrier. Une commission interalliée fixe la date butoir de rapatriement des prisonniers russes au 24 janvier 1919[14]. Pourtant lors du recensement du 8 octobre 1919, on compte encore 182 748 prisonniers russes sur le territoire allemand. Il en reste encore à l’été 1922.

Wilhelm Doegen estime le nombre de morts de prisonniers alliés dans les camps allemands à 118 159 mais de sérieux doutes entourent ce chiffre, notamment du fait que Doegen ne prend pas en compte certaines maladies. Toujours selon Doegen, les Russes sont ceux qui ont eu le plus de pertes à déplorer (la situation alimentaire des Russes qui ne recevaient pas de colis de leurs familles peut l’expliquer) avec un peu plus de 70 000 morts[15].

Notes et références

  1. (fr) FERDINAND I, www.1939-45
  2. David Fromkin, Europe's Last Summer: Who Started the Great War in 1914, 2004, (ISBN 0-375-41156-9)
  3. Verdun : 24 octobre 1916, Arthur Conte, 1988, (ISBN 2-7242-3849-4)
  4. Général Serge Andolenko, Histoire de l’armée russe , Flammarion, 1967
  5. Claude Huan, La marine soviétique en guerre, tome I Artique, Economica, 1991, (ISBN 2-7178-1920-7), p. 14
  6. (fr) Bianchi Bruna (dir.), La Violenza contro la populazione civile nella Grande Guerra. Deportati, profughi, internati, Milano, Edizioni Unicopli, 2006, 482 pages., Collectif de Recherche International et de Débat sur la Guerre de 1914-1918
  7. Histoire de la guerre terrestre, Encyclopédie Elsevier, Bruxelles, 1977 (ISBN 2-8003-0227-5)
  8. (fr) Bianchi Bruna (dir.), La Violenza contro la populazione civile nella Grande Guerra. Deportati, profughi, internati, Milano, Edizioni Unicopli, 2006, 482 pages.
  9. (en)'Belgian Armoured Cars in Russia'. Consulté le 17 février 2011
  10. (fr) Carthothèque : Les puissances européennes 1914-1918
  11. (fr) Les chemins de mémoire : La grande guerre
  12. Maurice Bresson, « Les armes de destructions massive », dans Science et vie, no Hors Série Trimestriel 157, décembre 1986, p. 65 
  13. Jochen Oltmer, Kriesgefangene im Europa des Ersten Welkriegs, p.269.
  14. Jochen Oltmer, op. cit. p.273.
  15. Uta Hinz, Gefangen im Großen Krieg

Annexes

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