Onias III


Onias III
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Le Grand Prêtre Onias III (hébreu חוניו), fils de Simon II, déposé en -175, fut le dernier des grands prêtres sadocites légitimes. Son frère Jason, qui fut imposé par Antiochus IV, est considéré comme un usurpateur.

Sommaire

Biographie

L'auteur du deuxième livre des Macchabées décrit Onias comme un homme bon et recherchant la justice. Il semble qu'il ait adopté un parti pro-lagide contrairement à son père, pro-séleucide. Sa politique pro-lagide se reflète dans ses liens avec Hyrcan le Tobiade, un grand partisan du parti égyptien. Onias garda même l'argent déposé par Hyrcan dans le Temple de Jérusalem.

Onias, en tant que grand prêtre, concentrait dans ses mains à la fois une charge religieuse et un pouvoir politique civil dont étaient exclus ceux n'appartenant pas à la lignée des grands prêtres. Lorsque Simon le Benjamite (de la tribu de Benjamin, donc pas de la descendance d'Aaron), intendant du Temple, voulut obtenir une charge plus importante et qu'Onias lui refusa, il dénonça Onias au pouvoir séleucide. Il mit au courant Apollonius, le gouverneur de Syrie et de Phénicie, qu'Onias disposait de réserves d'argent importantes en plus du trésor du Temple (l'argent déposé par Hyrcan notamment). Il convainquit le gouverneur séleucide qu'il devait récupérer cet argent pour éviter qu'Onias ne s'en serve pour financer le parti pro-lagide contre le souverain séleucide Séleucos IV. L'action de Simon conduit à l'envoi à Jérusalem du général Héliodore pour inspecter le trésor du Temple. La suite des évènements après l'arrivée à Jérusalem d'Héliodore n'est pas claire, mais il semble qu'il échoua et qu'il rentra à Antioche les mains vides.

La situation politique d'Onias était délicate : sa position en tant que dirigeant était affaiblie car contestée, le gouverneur de Syrie montrait son intention d'intervenir dans les affaires intérieures de la Judée et le danger d'une guerre civile à Jérusalem devenait imminent. Onias décida alors de se rendre à Antioche pour donner sa version des évènements à Séleucos IV et pour renforcer sa position. C'est alors que Séleucos mourut, remplacé par son frère Antiochus IV (-175). Antiochus, engagé dans un conflit avec Rome (il était lui-même otage à Rome) et avec les souverains égyptiens, choisit de ne pas soutenir Onias, pro-lagide, et de vendre la charge de grand prêtre à Jason, le frère d'Onias. Suite à sa déposition, il semble qu'Onias s'enfuit à Sparte, avant de revenir à Antiche où il vécut en exil, avant d'être assassiné à Daphné, dans la périphérie d'Antioche.

Identification avec le Maître de Justice

Certains considèrent[1] qu'il a été le fondateur de la mouvance des esséniens et voient en lui le Maître de Justice. Les esséniens se sont toujours réclamés de leur fidélité à Sadoq, le grand prêtre de Salomon et donc premier grand prêtre, en date, du Temple. Les Oniades, cette famille à laquelle appartint Onias III, furent les derniers des sadocites connus.

L’hypothèse d’Émile Puech, et d'autres, selon laquelle les Oniades auraient exercé le souverain pontificat de -159 à -152, période pour laquelle le nom du grand prêtre reste inconnu, si même il y en eut un[2], est arbitraire. Au surplus, Jonathan qui les aurait évincés en -152 ne saurait être considéré comme un prêtre impie, même de la part des esséniens, qui furent plutôt favorables à l’insurrection maccabéenne. D’ailleurs un éloge du roi Jonathan, trouvé parmi les Manuscrits de Qumrân (4Q448), ne va pas du tout dans le sens de cette thèse, si même il ne l’infirme pas complètement.

Les parallèles qu'on peut mettre en avant pour l'identification avec le Maître de Justice sont les suivants :

  • Le prêtre Onias III a subi la persécution et l’exil, comme il est dit avec insistance du Maître de justice dans les écrits trouvés à Qumrân.
  • Le prêtre Onias III a été assassiné « dans sa demeure d’exil »[3] (en -170), à l’instigation d’un prêtre impie (qui serait alors Ménélas), comme il est dit du Maître de justice.
  • Le Maître de justice fut zélé pour la Loi d'après l'Écrit de Damas (VI 2-11), de même qu'Onias III (cf. 2 M 3,1 - 4,38).
  • Les ennemis du Maître de justice voulaient adopter les mœurs étrangères, ou païennes, (É. de Damas I, 18-19), comme ceux d'Onias III (cf. 2 M 4,10-20).
  • Les ennemis du Maître de justice furent "les bâtisseurs du mur" (É. de Damas VIII 12.18) comme ceux d'Onias III (1 M 1,33-36).
  • Les ennemis du Maître de justice furent mus par l'appât du gain (Commentaire d'Habacuc VIII, 3-13) comme ceux d'Onias III (2 M 3-4).
  • Le Maître de justice fut exilé (Commentaire d'Habacuc XI, 6) de même qu'Onias III (2 M 4,33).
  • Le Maître de justice réprimanda ses ennemis avant sa mort (Hymnes P, IX, 8-9), de même qu'Onias III (2 M 4,33).
  • Le Maître de justice a survécu en esprit (Commentaire du Psaume 37, IV, 7-9), de même qu'Onias III (2 M 15,12-14).
  • Le Maître de justice est apparu après sa mort (Commentaire d'Habacuc XI, 6-8) de même qu'Onias III (2 M 15,12-14).
  • Le Maître de justice fut le "Prince d'une Alliance" d'après le livre de Daniel (11,22) comme Onias III, qui fut grand prêtre (2 M 3,1).
  • Le Maître de justice fut lié aux prophètes, d'après le Commentaire d'Habacuc (VII, 4-5), de même qu'Onias III qui fut lié au prophète Jérémie (2 M 15,13-16).
  • Le Maître de justice fut la victime d'un "vaticinateur" (É. de Damas VIII, 12-13 ; Commentaire d'Habacuc X, 5-13), comme Onias III fut victime de Jason (2 M 4,7-22).
  • Le Maître de justice fut victime d'un "prêtre impie" (Commentaire d'Habacuc IX, 9-10 ; XI, 2-6) comme Onias III fut victime du grand prêtre usurpateur Ménélas (2 M 4,23-38).
  • Ce "prêtre impie" est d'abord apparu sous un "nom de vérité" (Commentaire d'Habacuc VIII, 8-9) comme Ménélas apparut comme grand prêtre (2 M 4,24).
  • Ce "prêtre impie" fut mû par l'appât du gain (Commentaire d'Habacuc VIII, 3-13), exactement comme le fut Ménélas (2 M 4,23-50).
  • Ce "prêtre impie" fut victime de la "vengeance divine" "sur son corps de chair" (Commentaire d'Habacuc VIII, 16 - IX, 2), à l'instar de Ménélas, précipité dans une tour de cendres (2 M 13,3-8).
  • Le décès du Maître de justice fut suivi de la discorde civile (E. de Damas I, 20-21), de même que la mort d'Onias III (2 M 5,5-10).
  • Le décès du Maître de justice fut suivi d'une "vengeance divine", d'une "colère", sans doute une persécution (É. de Damas, II, 1 ; B, I, 31) comme le décès d'Onias III (1 M 1,64 ; 2 M 6,12-17).
  • Cette "vengeance divine" fut vraisemblablement la persécution d'Antiochus Épiphane (É. de Damas I, 17 - II, 1 et 2 M 5,11 - 9,29).
  • Une "souillure du Temple" fut consécutive à la mort du Maître de justice (É. de Damas, B, II, 23 ; Commentaire d'Habacuc XII, 8-9), comme à celle d'Onias III (1 M 1,36-64).
  • L'Écrit de Damas (I, 5-11) annonçait une période de 390 + 20 ans, après la déportation à Babylone, pour l'apparition du Maître de justice. (- 587 + 390 + 20 = - 177). Ce qui correspond au pontificat d'Onias III.
  • Le prophète Daniel (9,26) annonçait qu'un Oint serait supprimé après l'expiration de la 62e semaine d'années qui suivrait la prophétie de Jérémie, en 605 (cf. Jr 25,1.11). [ - 605 + (62 X 7) = - 171]. Ce qui correspond exactement à l'assassinat d'Onias III, en - 170.
  • Le Maître de justice est apparu avant la révolte maccabéenne, pendant l'ère postexilique, avant -167, d'après I Hénoch XC, 8-13. De même qu'Onias III (2 M 8).

La communauté scientifique fut d'abord favorable à cette identification[1], puis l'a ensuite pratiquement abandonnée pour dater d'une époque plus récente l'apparition de la mouvance essénienne, mais sans parvenir à une proposition consensuelle.

Notes et références

  1. a et b R. Goosens, Onias le Juste, le Messie de la Nouvelle Alliance.., Nouvelle Clio, 1-2, 1949-50, p. 336-353. H.H. Rowley, The Zadokite fragments and the Dead Sea Scolls, Oxford, 1952. The History of the Q. Sect., Bulletin of the John Rylands Library, 49, 1966-7, p. 203-292. Opinion de E. Dhorme, d'après les CRRI, 1951, p. 199 sq.
  2. Écrits intertestamentaires, Gallimard, 1987, page XXI.
  3. Commentaire d'Habacuc XI, 4-6.

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

  • La Bible, Écrits intertestamentaires, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1987.
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