Affaire Du Djellaz

Affaire du Djellaz

Monument érigé à Tunis commémorant l'affaire du Djellaz

L'affaire du Djellaz (أحداث الجلاّز) est une affaire judiciaire tunisienne découlant d'une émeute intervenue les 7 et 8 novembre 1911 autour du cimetière du Djellaz, le plus grand cimetière de Tunis, dont les conséquences ont été dramatiques. Elle s'inscrit dans le contexte de la conquête par l'Italie de la Tripolitaine voisine.

Sommaire

Conflit foncier

Le 26 septembre 1911, les Tunisois apprennent que la municipalité de Tunis a déposé en son nom une demande d'enregistrement du domaine du Djellaz auprès de l'administration des affaires foncières dans l'intention de l'acquérir[1]. Même si le domaine avait depuis longtemps été placé sous sa tutelle, le but de l'immatriculation du cimetière par la municipalité est de protéger les droits légitimes des propriétaires.

Craignant qu'une telle initiative ne constitue une violation de leurs droits et une offense à l'égard de leurs sentiments religieux, les musulmans de la capitale exigent des explications à la municipalité. Le président du Conseil municipal nie toute implication et, à l'issue de l'examen du dossier[2], le conseil se prononce sur l'interruption de la procédure d'enregistrement.

Par négligence préméditée ou par laxisme, ni les journaux francophones, ni la presse arabophone ne relayent la décision du Conseil municipal. Ce manque d'information convenait aux gros propriétaires ou aux spéculateurs qui contestaient le pouvoir du Tribunal mixte dans l'immatriculation des immeubles qui rendait impossible leur acquisition à bas coût ou l'auto-attribution des droits de propriété. Par ailleurs, l'administration topographique n'applique pas immédiatement les consignes du conseil concernant cette affaire. Ainsi, faute d'information, les Tunisois ne peuvent que suivre les directives de l'ancienne annonce qui appelait officiellement les intéressés à se présenter à une heure précise devant le cimetière pour déposer leurs demandes d'opposition.

Émeute

Le jour de l'incident, les Tunisois découvrent avec stupéfaction le domaine du cimetière barricadé, entouré par les forces de sécurité et ses portes fermées. En remarquant la présence d'un officier chargé de relever les mesures du terrain et se trouvant empêchée d'entrer dans le cimetière, l'agitation gagne la foule. Dans ce contexte d'incompréhension, la masse s'attaque à coup de pierres aux forces de police qui se retrouvent rapidement débordées. L'armée est alors appelée à la rescousse. Au milieu du tumulte, les Tunisois apprennent la mort d'un enfant arabe âgé de douze ans qui aurait été visé à coup de pistolet par un Italien du toit de sa maison. La fureur est alors déplacée contre les Italiens et des accrochages se déclarent entre la population musulmane et la communauté italienne. De nombreux morts et blessés sont dénombrés à l'issue de la confrontation[3].

Procès

Abdeljelil Zaouche au procès du Djellaz

Le procès s'ouvre le 3 juin 1912 devant le Tribunal criminel de Tunis : 74 personnes sont inculpées et 140 témoins convoqués. Abdeljelil Zaouche, membre de la Conférence consultative tunisienne et conseiller municipal de Tunis est notamment dénoncé même si l'enquête finit par l'innocenter. En effet, il avait demandé le retrait de la demande d'immatriculation et, pendant l'émeute même, avait fait son possible pour apaiser les émeutiers. Toutefois, la sentence du tribunal est sévère : sept personnes sont condamnées à la peine de mort et 18 essuient des peines de travaux forcés. Les autorités décrètent aussi la suspension de tous les journaux arabophones dont Le Tunisien.

L'affaire du Djellaz souligna la maladresse des autorités du protectorat français à gérer leur communication. Même s'il n'existe aucune similitude avec la spontanéité des émeutiers du Djellaz, l'action concertée du boycott des tramways tunisois en 1912 s'inscrit dans le contexte de tension née avec l'affaire du Djellaz.

Notes et références

  1. Certaines archives évoquent que l'initiative a été prise dans le but de protéger le domaine des tentatives de violations des Italiens qui extraient alors des pierres des terrains voisins mais d'autres citent des raisons spéculatives.
  2. C'est durant la session d'ouverture du 2 novembre 1911 que les députés musulmans siégeant au conseil abordent la question.
  3. Selon La Quinzaine coloniale du 25 juin 1912, onze personnes dont sept agents de police sont tuées et un grand nombre blessées.

Bibliographie

  • Mohamed Lotfi Chabi, La Tunisie à travers l'Histoire. Le mouvement national et l'indépendance, tome III, éd. Centre des études et des recherches économiques et sociales, Tunis, 2005, pp. 76-79
  • Noureddine Eddouki, Le mouvement des Jeunes Tunisiens, éd. Institut supérieur d'histoire du mouvement national, Tunis, 2005
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