Achille Chaper

Achille Chaper (Pierre-Achille-Marie Chaper) est un ingénieur et homme politique français né à Paris le 5 mai 1795 et décédé à Grenoble le 27 juillet 1874.

Il est le fils de Barthélemy Chaper (1766-1825), gouverneur général des subsistances militaires et d'Antoinette Fin (1767-1849). Son grand-père maternel, Jean-Louis Fin, est commandant du régiment de Pondichéry.

Jeune lauréat du Concours général, sa carrière d'ingénieur fut marquée par les perfectionnement des « forges catalanes » et des hauts-fourneaux. En politique, Chaper occupa de nombreuses charges dans l'administration publique, en particulier des préfectures (Tarn-et-Garonne, Gard, Côte-d'Or,Loire-Inférieure, Rhône) avant d'être élu député (orléaniste) de Côte-d'Or en 1849.

Sommaire

De brillantes études

Achille Chaper est le fils d'un fonctionnaire attaché au ministère de la Guerre et d'Antoinette Fin, d'origine créole.

Son père se retrouvant directeur des vivres à Grenoble pendant les campagnes napoléoniennes décide néanmoins de laisser son fils en pension. Il suit les cours du lycée impérial Bonaparte où on distingue très vite chez lui d'exceptionnelles aptitudes intellectuelles. En 1809, il est quatre fois lauréat du Concours général (version grecque, version latine, thème latin, versification). Au lycée Bonaparte, il majore sa classe. Le jeune Achille a pour camarades Jean-Jacques Baude, futur préfet et conseiller d'Etat, Casimir Delavigne et Eugène Scribe, futurs Immortels.

Il effectue ensuite une année de rhétorique puis une autre en classe de mathématiques où ses résultats lui permettent d'intégrer l'école polytechnique. Ses professeurs sont Ampère en mécanique, Gay-Lussac en chimie, Arago en astronomie, Monge en géodésie, Jean Henri Hassenfratz en physique.

Le 29 mars 1814, alors âgé de 18 ans, il se trouve encerclé par l'armée russe avec plusieurs polytechniciens lors du siège de la ville par les coalisés. Postés à une batterie de canons, ces défenseurs de Paris ne doivent leur salut qu'à l'intervention in extremis de la Garde Nationale venue les seconder. Il devient sous lieutenant dans l'artillerie puis retourne à la vie civile pour se consacrer à la construction de fours à chaux (obtention de chaux à partir de calcaire). Il effectue des stages de perfectionnement technique chez des maîtres de forge et suit les cours de l'École des Mines à Paris.

A Paris il fera également la connaissance de Victor Jacquemont qui lui écrira plus de cent lettres au cours de ses diverses expéditions.

L'ingénieur des hauts-fourneaux

Il quitte les Mines pour acheter les forges de Pinsot (38), dont il avait jusqu'alors été ardu de tirer autre chose que des dettes pour les propriétaires. Mais Chaper améliore les rendements en acier, le nombre d'ouvriers s'accroit et l'ingénieur envisage de transformer la vieille forge à la catalane en un haut fourneau (permet l'obtention de fonte à partir du minerai de fer qui subit plusieurs étapes à des températures croissantes pour obtenir un alliage Fer-Carbone ensuite transformé en acier par décarburation). Chaper rédige de nombreux mémoires qu'il envoie à Paris sur les opérations qu'il souhaite entreprendre en plus de ceux que lui commandent l'Ecole Polytechnique. Le préfet de l'Isère lui demande un rapport en vue de construire un pont sur le Drac.

Il travaille comme ouvrier chez un forgeron parisien afin d'apprendre le travail de l'acier puis visite plusieurs usines en Alsace. En 1824, son haut-fourneau est construit et désormais opérationnel. C'est par l'intermédiaire de Camille Teisseire, notable dauphinois avec lequel Chaper fait des affaires que les Périer, propriétaires des fonderies de Chaillot, s'intéressent au talent et à l'énergie d'Achille Chaper. Chaper accepte en 1827 la direction des fonderies mais souhaite la présence d'un co-directeur (qui sera l'ingénieur anglais Edwards) pour continuer à se consacrer à son haut-fourneau. Entre temps, Achille a épousé Henriette Teisseire, la fille de Camille, le riche député de l'Isère.

Le politique malgré lui

Mais les Périer ne sont pas les seuls à avoir entendu parler du jeune ingénieur. Son ami Jean-Jacques Baude devenu secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur l'appelle à la préfecture du Tarn-et-Garonne. L'expérience politique de Chaper était alors plus que restreinte : elle se limitait à la petite mairie de Pinsot où il avait été élu en remerciement du dynamisme nouveau qu'il avait insufflé à la commune. Le 1er septembre 1830, Chaper arrive à Montauban dans un département alors agité, espérant retourner au plus vite à ses forges. Dix-huit ans plus tard, Chaper devait toujours être au service de l'État. A la préfecture, il parvient à calmer les esprits au lendemain de la chute du roi Charles X. Chaper prend la décision risquée de rétablir les octrois abolis depuis la Révolution. Le pouvoir central interdisait alors que le sujet fut abordé, craignant que le peuple encore échauffé par sa rébellion contre les Bourbons ne se déchaîne contre le rétablissement d'une taxe rappelant l'Ancien Régime. Mais ce rétablissement fut un succès, la population étant consciente de sa nécessité. À Paris, la Chambre décida d'appliquer la mesure à tous les départements sur le modèle du Tarn-et-Garonne.

Le talent de Chaper devait être mis à nouveau à contribution dans le Gard où il est nommé le 17 novembre 1830. Il y décide de renforcer sa collaboration avec l'Armée plutôt que la Garde Nationale, trop révolutionnaire et emportée à son goût. Le 22 novembre 1831, son oncle par alliance, Casimir Périer le fait nommer préfet en Côte-d'Or où il restera en poste pendant neuf ans. La situation est moins agitée à Dijon qu'elle ne l'était à Montauban ou à Nîmes, ce qui lui permet de se consacrer à nouveau aux Sciences de l'Industrie dont les procédés le passionnaient. Il dresse la carte géologique de son département, s'intéresse aux cours d'eau, décide la construction de divers barrages. Ses administrés se montrent reconnaissants pour sa gestion équitable. Le nom du préfet est d'ailleurs gravé à Dijon sur la place Darcy tandis qu'il demande la construction d'un asile d'aliénés, aujourd'hui hôpital des Chartreux. Le Conseil Général des Côtes d'Or lui rend hommage à plusieurs occasions et loue l'« administrateur prudent, sage, impartial, instruit, la variété de ses connaissances, son zèle éprouvé, son activité rare, son amour du bien public, de l'ordre, de la liberté, de la paix qui donnent au département de la Côte d'Or les plus grandes espérances d'une prospérité soutenue tant qu'il sera à la tête de son administration. »

Chaper rencontre le roi Louis-Philippe Ier en avril 1836 sans que cela ne modifie de façon majeure le cours de sa carrière. Le 5 juin 1840, il quitte Dijon pour Nantes (Loire-Inféreure) puis est nommé le 24 juillet 1847 à la préfecture du Rhône, second poste le plus convoité après Paris. Il se trouve à la préfecture le Lyon lorsqu ' éclate la Révolution de février 1848. Chaper doit faire face aux révolutionnaires qui descendent de la colline de la Croix-Rousse. Son épouse Henriette, femme dévote, dit à sa fille « Allons nous confesser, après nous ne craindrons plus rien. » Mais tandis qu'à Paris le roi fuit, Chaper se retrouve seul, refuse de reconnaitre la République. C'est donc seul qu'il quitte la Préfecture par la grande entrée, refusant de s'enfuir. Il fait face à la foule hostile qui le laisse néanmoins passer, respectueuse devant sa détermination à rester à son poste.

L'ancien préfet refuse obstinément de se rallier à la République, mais accepte de siéger à la Chambre des députés lorsqu'il est élu par les habitants de la Côte d'Or le 13 mai 1849. Fidèle aux Orléans, il vote avec la majorité monarchiste. En qualité de député, il s'oppose au coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851. Achille Chaper se rend avec d'autres députés chez le comte Napoléon Daru, vice-président de l'Assemblée. Les députés souhaitent se réunir en Assemblée au palais Bourbon dont l'accès leur est défendu, ils sont arrachés de leur bancs sans ménagement. Les députés se réunissent alors à la mairie du X° arrondissement, déchoient le président Bonaparte et demandent à la Haute Cour de le juger. Mais le peuple ne bouge pas à l'annonce du coup d'Etat et seuls les députés dont beaucoup, dont Chaper, avaient désapprouvé la Deuxième République se trouvent désormais bien seuls pour la défendre. Le ministre de la guerre nommé moins de deux mois auparavant en prévision du coup d'État, le maréchal Armand Jacques Leroy de Saint-Arnaud, somme d'arrêter les députés refusant de quitter les lieux. Chaper est de ceux-là, il est fait prisonnier sur-le-champ et incarcéré au Mont-Valérien.

Après la politique

Pour Louis-Napoléon, le coup d'Etat est un succès, nulle résistance ne s'oppose et le gros des députés ne représente aucun danger. Chaper retourne en Isère où il a construit sur le terrain hérité de Camille Teisseire le château de Poisat. Il mène une vie à l'écart de la politique, devient président de la Société de Statistique de l'Isère, des syndicats du Drac et de la Romanche, du comité de surveillance des forges d'Allevard. Il demeure pendant ces années un ami de la duchesse d'Orléans à qui il rend visite à Lausanne, il y rencontre également la Reine. Il fait partie durant l'été 1863 des souscripteurs de l'aide à la Pologne alors envahie par la Russie. De même, il est l'un des souscripteurs de la percée du canal de Suez. Lorsque Chaper meurt, celui-ci est maire de Poisat et grand dignitaire de la Légion d'honneur dont il a reçu le titre de commandeur le 30 avril 1843 par Louis-Philippe Ier

Eugène Chaper, son fils, fut un éminent érudit dont la bibliothèque fut sans doute la plus importante jamais réunie en terre de Dauphiné. Berthe Chaper, sa fille, épouse Paul Thibaud (politique), procureur, avocat, conseiller général conservateur de l'Isère.

Sources

  • JACQUEMONT Victor, Letters to Achille Chaper, Revue d'histoire des sciences et de leur application, 1960, volume 13
  • DE PAZZIS Henry, Origines et descendance de la famille Périer, tome III, éditions régionales de l'Ouest, Mayenne, 1995

s.huet.free.fr


Notes et références


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