Abdul Karim Soroush
Abdul Karim Soroush à l'université Sharif (Téhéran) en octobre 2006

Abdul Karim Soroush (en persan : عبدالکریم سروش), né Hossein Haj Faraj Dabbagh (en persan : حسين حاج فرج دباغ) en 1945 à Téhéran[1].Penseur et philosophe, il est une figure bien connue du mouvement religieux intellectuel en Iran. Le professeur Soroush est actuellement un érudit en visite à l’université George Washington à Washington D.C. Il a été affilié aux autres institutions prestigieuses telles Harvard, Princeton, Yale, Columbia, et Wissenschaftskolleg à Berlin.

Sommaire

Biographie

Abdulkarim Soroush est né à Téhéran en 1945. Après le lycée, Soroush est admis au concours national des universités pour faire des études de pharmacie en Iran. Une fois ses études terminées, il quitte l’Iran pour se rendre à Londres afin de continuer ses études et devenir familier avec le monde moderne.

Après une maîtrise en chimie analytique de l’université de Londres il s’inscrit au Collège de Chelsea, (ne pas confondre avec le Collège de Chelsea à Londres qui est une école d’art et de mode) pour faire des études d’histoire et de philosophie des sciences, durant cinq ans et demi. Pendant ces années, la confrontation entre le peuple et le régime de Shah était graduellement devenue de plus en plus sérieuse, et les rassemblements politiques des Iraniens aux États-Unis et en Europe, en particulier en Angleterre, étaient augmentés. Soroush était aussi attiré à s’engager dans ce mouvement.

Après la Révolution, Soroush retourne en Iran et il publie son livre Savoir et valeur (Danesh va Arzesh) qu’il avait écrit en Angleterre. Ensuite, Il entre au collège de formation des professeurs de Téhéran et il a été désigné le directeur du nouvel établissement du groupe islamique de la culture. Durant ce temps, Soroush réalise son idée de fonder un département d'études d’histoire et de la philosophie de la science à Téhéran.

Un an plus tard, toutes les universités ont été fermées, et une nouvelle institution a été formée sous le nom de la Révolution culturelle comprenant sept membres, incluant Abdulkarim Soroush, tous désignés directement par l'ayatollah Khomeiny. Durant les trois années de la fermeture des universités aussi connue sous le nom de la Révolution culturelle iranienne (1980-1983) une restauration syllabique totale basée sur l’idée d’islamisation des universités a été imposée. Soroush a joué un rôle actif dans les décisions prises par ce comité qui intervenait particulièrement dans l’expulsion d’un nombre considérables d’académiciens et étudiants des universités ayant été reconnus antirévolutionnaires ou non religieux. Parmi les conséquences directes et indirectes des activités de cette institution, on peut compter arrestation, emprisonnement, exécution de nombreux érudits iraniens, exil forcé des professeurs des universités, et un coup majeur à la vie culturelle et intellectuelle de l’Iran dont l’achèvement"[2], ont continué jusqu’à aujourd’hui.

En 1983, à cause de certains différends émergés entre lui et la direction du collège de la formation des professeurs, il obtient un transfert à l’institut des recherches et études culturelles où il a été désigné membre de recherche jusqu’à aujourd’hui. Il a soumis sa démission du conseil de la Révolution culturelle à l'imam Khomeiny et s’est retiré de sa position officielle dans le système de l’Iran, sauf dans les cas occasionnels comme un conseiller pour certaines institutions gouvernementales.

Durant les années 1990, Soroush devient graduellement critique envers le clergé iranien. Le magazine mensuel qu’il a cofondé, Kiyan, bientôt devient le plus visible forum du l’intellectualisme religieux de tous les temps. Dans ce magazine, il a publié des articles les plus controversés sur pluralisme, herméneutiques, tolérance, cléricalisme religieux, etc. Le magazine a été fermé en 1998 comme bien d’autres magazines et journaux par l’ordre direct du Guide suprême de la République islamique. Environ mille cassettes audio des discours de Soroush sur divers sujets sociaux, politiques, religieux, et littéraires sont livrés à travers le monde et en circulation en Iran et partout. Très rapidement, il devient non seulement sujet à des harcèlements et la censure d’état, mais aussi il perd son job et sa sécurité. Ses cours dans les universités en Iran sont souvent interrompus par les durs groupes Ansar-e-Hizbullah.

Dès l’an 2000, Abdulkarim Soroush a été professeur en visite à l’université Harvard enseignant la poésie et la philosophie de Roumi, islam et démocratie, études coranique et philosophie de droit islamique. Aussi en tant qu’érudit résident à l’université Yale, il a enseigné la philosophie politique d’Islam à l’université de Princeton pendant la session académique 2002-2003. Dès 2003-2004, il offre ses services en tant qu’érudit en visite à l’Institut des études supérieures de Berlin (Wissenschaftkolleg) à Berlin. Pour la session du printemps 2008, il joint l’université de Georgetown, Centre de Berkeley pour la Religion, Paix, et le monde des affaires en tant qu’érudit en visite.

Philosophie d’Abdulkarim Soroush

Il s’intéresse essentiellement à la philosophie de la science, philosophie de la religion, le système philosophique de Mowlana Jalaleddin Balkhi (Roumi) et la philosophie comparée. Il est un expert de Roumi et la poésie soufie persane.

La philosophie d’Abdulkarim Soroush peut être résumée ainsi[3]:

  • Distinction entre la "religion" et notre "compréhension de la religion".
  • Distinction entre l’aspect "essentiel" et " accidentel " de la religion.
  • Distinction entre l’interprétation "minimaliste" et "maximaliste" de l’Islam.
  • Distinction entre les valeurs et morales qui sont considérées internes dans le respect de l’Islam et celles qui sont externes.
  • Distinction entre la croyance et la foi religieuses.
  • Distinction entre la religion en tant qu’idéologie/identité et la religion de la vérité.

Distinction entre la religion et notre compréhension de la religion

La contribution principale de Soroush à la philosophie islamique consiste à ce qu’il faut distinguer entre la religion en tant qu’entité révélée de la part de Dieu et la religion comme un savoir fondé sur des facteurs socio-historiques.

La thèse principale de Soroush, intitulée Contraction et expansion théoriques de Shari'a sépare la religion du savoir religieux. Primo, l’essence de la religion est perçue au-delà de la portée humaine, éternelle et divine. Secundo, le savoir religieux est sincère et authentique mais limité et faillible du savoir humain[4].

Croyance et foi religieuses

La foi ne peut pas être scolarisée et obligatoire. Comme il a dit à un interviewer, « les vrais croyants doivent libérer leur foi de leur propre volonté – non pas parce qu’elle est imposée, ou héritée, ou une partie de la culture locale dominante. Devenir croyant sous la pression et l’obligation n’est pas une vraie croyance »[5]. Cela signifie aussi que le croyant doit … être libre, à tout moment, d’abandonner sa croyance."[6]

Théorie politique de Soroush

La théorie politique de Soroush est conforme à la tradition moderne de Locke aux fondateurs de la constitution américaine. Elle considère l’humain comme un être faible et susceptible de la tentation, même à la prédation. En tant que tel, il a besoin d’une forme vigilante et transparente du gouvernement. Il croit en l’assomption et la bonté innée de l’humanité, partagée par des utopiens radicaux, des anarchistes aux fondamentalistes islamiques, sous-estimant le pouvoir établi du démon social et tenant compte de la nécessité d’un gouvernement de révision et de contrôle pour compenser la faiblesse de la nature humaine[4].

La philosophie politique de Soroush, par de-là, reste proche du cœur de la tradition libérale, et même à la tête de valeurs essentielles de la raison, liberté et démocratie. Elles sont perçues comme des valeurs primaires, des vertus indépendantes, et non pas fait de maximes politiques et des dogmes religieux. Soroush discute de ces valeurs de base et de ces croyances dans une tapisserie des sources primaires islamiques, de la littérature et de la poésie[4]...

Démocratie religieuse

Soroush introduit sa propre définition du terme démocratie religieuse qui est maintenant un sujet dans la philosophie iranienne contemporaine et qui signifie que les valeurs de la religion jouent un rôle dans l’aréna publique dans une société peuplée par des gens religieux. La démocratie religieuse se trouve dans le cadre de la rationalité moderne, ayant des éléments identifiables. Elle est conforme à l’idée d’avoir la polarité des démocraties dans la communauté internationale. La démocratie religieuse est un sujet de recherche intense dans les cercles intellectuels iraniens.

La démocratie où certaines choses se coïncident, peut être séculaire ou religieuse. Donc, ce qui altère la teinte et la couleur de la démocratie est les caractéristiques et éléments spécifiques d’une société. La démocratie religieuse est un exemple qui démontre comment les valeurs démocratiques peuvent exister dans une élaboration culturelle différente de celle qui était connue auparavant[7]. Mais, mais dans une société séculaire, certaines autres caractéristiques sont jugées importantes, mises en considération, et deviennent la base de la démocratie.

En fait, le libéralisme relativiste et la démocratie ne sont pas identiques depuis que la démocratie n’est pas violée quand une croyance est restreinte, elle est violée lorsqu’une croyance particulière est imposée ou une non croyance est punie.

Nous n’avons pas une démocratie mais plusieurs démocraties de la Grèce antique jusqu’à aujourd’hui. Nous avons une pluralité de démocraties dans la communauté internationale. Ce qui a émergé était une démocratie adaptée dans des ères différentes, dépendant de la condition du temps[8].

Attaques

Des idées de Soroush ont confronté l’opposition sévère des éléments conservateurs de la Républiques islamique. Lui et son audience ont été attaqués par des vigilants Ansar-e Hezbollah dans les années 1990. Une loi imposant des pénalités à quiconque s’associe avec des ennemis de la République islamique a été projetée par ses alliées, ce qui a été, au moins en partie, provoqué par certains discours de Soroush et de ses affiliations étrangères[9].

Selon le journaliste Robin Wright :

Dès l’année suivante, il a raté ses trois cours qu’il donnait à l’université. Ses autres apparences publiques, incluant ses cours de jeudi, étaient annulées. Il a été interdit de publier de nouveaux articles. Il a été saumoné pour quelques longues entrevues par l’organisation de sécurité iranienne. Ses voyages ont été restreints, puis son passeport a été confisqué[9].

À la célébration du seizième anniversaire de la crise des otages de l’Iran en 1995, Wright croit que le guide suprême iranien, Ali Khamenei « a consacré plus de temps à blâmer Soroush...puis à condamner les États-Unis ou Israël »[10].

Ses intérêts de recherche

Prix et honneurs

  • Prix d’Erasmus (2004)

En 2005, Time Magazine l’a nommé un des 100 personnes les plus influentes du monde [11] et en 2008 Prospect magazine l’a nommé le septième intellectuel le plus influent du monde[12].

  • Time 100 (2005) [13]
  • Nommé parmi les plus agréables penseurs du monde à écouter par FP 100 (world's most influential elite)- Foreign Policy magazine, novembre 2009[14].

Ouvrages sélectionnés

  • Antagonisme dialectique (en persan), Téhéran 1978
  • Philosophie de l’Histoire (en persan), Téhéran 1978
  • C’est quoi la science, C’est quoi la philosophie ? (en persan), 11e édition. Téhéran 1992
  • La Nature agitée de l’univers (en persan et en turc), réédition, Téhéran 1980
  • Idéologie satanique (en persan), 5e édition. Téhéran 1994
  • Savoir et valeur (en persan)
  • Observation de la créature : Cours en Éthiques et Sciences Humaines (en persan), 3e édition. Téhéran 1994
  • Contraction et expansion théoriques de la religion : la théorie de l’évolution du savoir religieux (en persan), 3e édition. Téhéran 1994
  • Cours en philosophie des sciences sociales : herméneutiques en sciences sociales (en persan), Téhéran 1995
  • Sagesse, intellectualisme et piétisme (en persan), Téhéran 1991
  • Les caractéristiques des pieux: Un commentaire sur un conseil d’Imam Ali au sujet des pieux (en Persan), 4e édition. Téhéran 1996
  • L’histoire sur des seigneurs de sagacité (en Persan), 3e édition. Téhéran 1996
  • Sagesse et gagne-pain: Un commentaire sur un conseil d’Imam Ali à Imam Hassan (en persan), 2e édition. Téhéran 1994
  • Plus fort qu’une idéologie (en persan), Téhéran 1994
  • Évolution et dévolution du savoir religieux en: Kurzman, Ch. (édition): Islam libéral, Oxford 1998
  • Lettres politiques (2 volumes), 1999 (persan).
  • Raison, liberté et démocratie dans l’Islam, Ouvrages essentiels d’Adbulkarim Soroush, traduits, mis au point (édité) avec une introduction critique de M. Sadri et A. Sadri, Oxford 2000.
  • Intellectualisme et conviction religieuse (en persan)
  • Le monde où nous vivons (en persan et en turc)
  • L’Histoire d’amour et de servitude (en persan)
  • L’édition définitive de Mathnavi de Roumi (en persan), 1996
  • Tolérance et gouvernance (en persan), 1997
  • Le Chemin droit, Un essai sur le pluralisme religieux (en persan), 1998
  • Expansion de l’expérience prophétique (en Persan), 1999

Ouvrage au sujet de Soroush

Voir aussi

Liens externes

Références

  1. Iran Newspaper
  2. Keddie, Modern Iran, (2006), p.250
  3. Dr. Soroush
  4. a, b et c http://www.kadivar.com/Htm/English/Reviews/reform.htm (Archive, Wikiwix, que faire ?)
  5. Wright, Robin, Dreams and Shadows: the Future of the Middle East, Penguin Press, 2008, p. 268
  6. Islam and Liberal Democracy. Two Visions of Reformation, by Robin Wright, Journal of Democracy, 7.2 (1996) 64-75
  7. http://www.humanrights.dk/news/conference_article/
  8. AbdolKarim Soroush : عبدالکريم سروش
  9. a et b The Last Great Revolution by Robin Wright c2000, p. 57
  10. Wright, Robin, Dreams and Shadows: the Future of the Middle East, Penguin Press, 2008, p.291-2
  11. http://www.time.com/time/subscriber/2005/time100/scientists/100soroush.html
  12. http://www.prospect-magazine.co.uk/article_details.php?id=10261
  13. The 2005 TIME 100: Scientists and Thinkers
  14. The FP Survey: The Wisdom of the Smart Crowd, Foreign Policy

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Abdul Karim Soroush de Wikipédia en français (auteurs)

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