Bataille du Donon
Bataille du Donon
Monument sommet.jpg
Inscription commémorative allemande sur un rocher au sommet du Petit Donon
Informations générales
Date 20 août-21 août 1914
Lieu Petit Donon
(Bas-Rhin)
Issue Défaite française
Belligérants
Drapeau français République française Drapeau: Empire allemand Empire allemand
Commandants
Général Bourdériat Général Von Pavel
Forces en présence
21e BCP
57e BCP
20e BCP
I/21e RI
Génie compagnie 21/3
Génie compagnie 21/4
62e RAC
RIR[1] 119
RIR 120
RIR 40
RIR 109
RIR 111
8e Jäger de réserve
14e Jäger[2] de réserve
4e Komp.13e Pionnier[3] de réserve
Première Guerre mondiale

La bataille de Donon est une bataille qui a eu lieu dans l'est de la France au début de la Première Guerre mondiale. La bataille a opposée les forces françaises et allemandes et s'est soldée par une victoire allemande.

Le 14 août 1914, la 25e brigade d'infanterie (13e DI) s'empare du col du Donon, avec très peu de pertes ; les défenseurs ennemis opposent peu de résistance et, suivant la stratégie adoptée par leur État-Major, se retirent assez rapidement, vers la vallée de la Bruche.

La bataille principale aura essentiellement lieu au Petit Donon, au col Entre les Donons et à la côte 707, les 20 et 21 août 1914. Elle se rattache à la bataille des frontières. Les combats du Petit Donon, ne dureront que quelques heures, mais les pertes seront importantes des deux côtés. La décision de reprendre le Petit Donon n'est compréhensible qu'à travers la tactique de l'offensive à outrance adoptée par le grand État-major français (après la défaite de 1870) enseignée dans les écoles militaires, bien ancrée dans l'esprit des chefs français, mais également apprise par les hommes de troupe pendant leur service militaire. Cette stratégie, comme on le sait, va coûter, en quelques mois[4], des pertes importantes dans les troupes françaises, également dans l'encadrement[5].

Sommaire

Campagne précédant la bataille

  • Situation générale des armées françaises et allemandes.
    Le généralissime Joffre et le plan XVII prévoyaient pour le secteur situé à la frontière avec les départements perdus en 1870 : une offensive au sud de l'Alsace (armée d'Alsace), sur les cols vosgiens, la Bruche, le Donon (Ire Armée) et une grande offensive en Lorraine (IIe Armée). La pénétration des troupes françaises dans les départements annexés, représentaient pour la population française et les soldats eux-mêmes une image psychologiquement forte. Les Allemands ne l'ignoraient pas et pour leur aile gauche, protégés par les reliefs vosgiens, avaient prévu une position d'attente :
    • La VIIe armée, général Von Heeringen, comprenant des troupes de réserves face à l'Alsace et à la Ire Armée française. En revanche le Rhin avait été fortement fortifié, et le Fort Kaiser Wilhem II puissamment armé était un môle de résistance dans la basse vallée de la Bruche, en avant de la place forte de Strasbourg.
    • La VIe armée, Kronprinz Rupprecht de Bavière prête à l'offensive, dès que la IIe Armée française aura suffisamment pénétrée en territoire ennemi.
    • Le plan Schlieffen se déroulait avec l'aile droite allemande forte de 5 armées envahissant la France par le nord-est, le but étant de prendre en étau les armées françaises, de les rabattre vers l'aile gauche, les acculer sur la frontière suisse. Ce même plan se donnait un délai de campagne pour remporter la victoire de moins de 2 mois, avant que la Russie ait fini sa mobilisation. Moltke et l'État-Major allemand n'ignoraient pas qu'il ne leur serait pas possible de se battre sur les deux fronts à la fois.
  • Sur le secteur Vosges, les opérations de couverture terminées, et l'entrée de l'armée d'Alsace (Général Pau) par la trouée de Belfort à Mulhouse (7 août) la Ire Armée entame le 14 août son offensive générale vers le nord-est. Pour la 25e Brigade chargée de s'emparer du col et du massif des Donons les opérations se déroulent sans grandes difficultés.

15 et 16 août

La 25e brigade du général Barbade, organise la défense de la place considérée comme un point d'appui, pivot de manœuvre pour les Ire et IIe armée. Les 20e et 21e BCP, effectuent des reconnaissances vers les vallées des deux Sarres avec des cavaliers du 6e escadron du 4e Chasseurs à Cheval. Ils occupent les crêtes plus au nord (Tête de Mort, le Noll, le Gross Mann) par des petits-postes, observatoires privilégiés pour observer les mouvements ennemis à l'est et au nord. En vue de la manœuvre du 21e Corps d'Armée dans les deux jours qui vont venir, aménagement et occupation de la cote 707 et de Malcote, dominant vers le nord-ouest les vallées supérieures de la Sarre Blanche et de la Sarre Rouge.

17 août

Le gros du 21e Corps d'armée essentiellement la 43e DI, le 17e BCP, quittent la région de Schirmeck et la Haute vallée de la Bruche. Par le col du Donon elle gagne la région Abreschwiller, Saint Quirin pour appuyer les 8e et 13e corps d'armée dans une attaque de flanc sur Sarrebourg, participant à l'offensive de la IIe Armée en Lorraine. Le 14e Corps d'armée doit prendre en charge le secteur du 21e corps d'armée.

18 août

Les colonnes du 21e Corps d’Armée continuent de s’écouler par le col du Donon puis au nord-ouest par les vallées de la Sarre Blanche et de la Sarre Rouge. La 13e DI est à présent rattachée pour la suite des opérations au 14e Corps d’Armée, elle doit continuer sa mission de couverture du Donon (25e brigade), et de la haute vallée de la Bruche (26e brigade et 21e RI). Le 17e RI et le 109e RI sont fortement accrochés et finissent par être débordés par les troupes allemandes qui ont pris l’offensive par les hauteurs des deux rives de la Bruche.

19 août

Lors d'une contre-attaque, le colonel Aubry, commandant le 109e RI est tué. Les 21e et 109e RI, ainsi que le 57e BCP, engagés dans le secteur Bruche se replient en combattant, tandis que le 17e RI reste sur Schirmeck protégeant la route montant au Donon. À 13h00 Le colonel Hamon, commandant la 26e brigade, donne l'ordre de repli général sur le col du Donon, sous le couvert des tirs du deuxième groupe du 62e RAC, les deux autres groupes de ce régiment remontent sur le col.
Le général Von Pavel de la 28e Division d’infanterie de réserve, sait qu’il va falloir s’emparer de cette place forte que représente le massif du Donon, lors de l’offensive générale des VIe et VIIe armée allemande contre les IIe et Ière armées françaises, prévue pour le 20 août. Malgré de multiples patrouilles, il est dans l’ignorance des effectifs exacts qui s’y trouvent. De plus l’ennemi possède des observatoires idéaux lui permettant de voir tout mouvement de troupes dans les vallées (sommets du Grand Donon, du Petit Donon, du Kohlberg…) Il attaquera donc avec un maximum de force, avec comme axe principal le sommet du Petit Donon, aux pentes Est d’une très forte déclivité, afin d’essayer de surprendre les Français. Il pense aussi que ceux-ci ne l’ont peut-être pas trop fortifié, ne les attendant pas par cet accès qui est le plus difficile du secteur.
Pour cela il réunit la 52e et la 55e Brigade d'infanterie de réserve, renforcées par le 40e RIR, les 8e et 14e bataillons de chasseurs (Jäger) de réserve. Ce qui représente 15000 hommes environ. Une importante préparation d'artillerie sera effectuée essentiellement par trois batteries de 105 du 29e RAC positionnées au Petit-Wisches au bord du Netzenbach. L'attaque se fera plutôt en fin de journée pour des raisons sans doute de lumière, les pentes Est se trouvant déjà dans l'ombre des crêtes.
Ce même jour vers 13 heures, seul, un peloton de la 6e compagnie du 21e BCP occupe le Petit Donon. L'État-major de ce bataillon, commandant Rauch se trouve au col entre les Donons, avec la 2e et 4e compagnie, relié à droite à la 1re compagnie placée sur la route descendant vers Grandfontaine. La 6e compagnie plus à gauche au pied des pentes ouest. La 3e Cie se trouve à la cote appelée « 707 », dans les JMO,[6] notamment celui du 21e BCP, dans une tranchée, orientée NW-SE, et débutant en contrebas du col coupant en travers le carrefour des départementales. Effectif total environ 1600 chasseurs.
« Rien à signaler dans la nuit du 19 au 20 août. » peux-t-on lire dans le JMO du 21e BCP.

Déroulement des combats et retraite française

20 août

Le brouillard était très présent, stagnant sur les sommets et les pentes ouest de la crête.

La 6e compagnie du 21e BCP est envoyé au Fallenberg[7] tandis qu'un poste d'observation et de réglage pour le Ier groupe d'artillerie du 62e RAC gagne le sommet du Petit Donon, rejoignant la 3e section, (6e compagnie) commandée par le sous-lieutenant Montenot, qui occupe toujours la redoute naturelle que représente le piton rocheux formant le sommet.
Des compagnies du 20e BCP occupent et aménagent, depuis plusieurs jours, certains points ainsi que le chemin de la ligne de crête qui s'allonge vers le nord-est par: le Totenkopf[8] la Barraque Carrée, , Le Noll, Grossmann, le Schneeberg (altitude = 967 mètres), jusqu’au sommet du Grand Rosskopf (altitude = 811 mètres), et Obersteigen. Ligne d'une d'attaque prévue par le GQG, avec des compagnies du 20e BCP. Attaque qui aura lieu mais échouera.
Il est 11h20, le bombardement du Fallenberg, du Petit Donon et du secteur environnant commence. Il durera jusqu'à 19h20. Le brouillard s'est dissipé et des mouvements de troupes à mi-pente du massif, au-dessus de Wisches, et notamment dans le vallon du Netzenbach sont visibles. Les batteries de 75 depuis la plateforme du Donon ouvrent le feu. Les troupes de la 55e brigade d'infanterie qui arrivent par le chemin de Wisches, mais également celles de la 52e brigade débouchant le vallon du Tommelsbach commencent à subir des pertes, peu avant le carrefour à l'altitude 570, où la jonction des deux brigades doit s'opérer.
Vers 15h00 tandis que les Allemands ont entamé leur marche, le 8e Jäger et quelques cavaliers (Dragons), opèrent une reconnaissance vers la Barraque carrée; une fusillade assez courte a lieu avec le petit-poste occupé par une section du 20e BCP. Cela suffit au commandement pour se faire une idée de l'occupation française. C'est le 14e Jäger de réserve qui se chargera d'investir plus tard la Barraque carrée. ayant chassé les chasseurs français, il rejoint le 8e Jäger au col de l'Engin et attaquera par la D.993 la cote 707 sur les arrières du Grand Donon. Là aussi les 75 causent pas mal de dégâts.
Vers 18h00, au Petit Donon l’attaque allemande se déroule comme prévue avec les 109e et 119e RIR, ce dernier venu par le Kohlberg, attaquant par le Sud et l'Est le piton principal. Le nombre aidant, ils chassent assez facilement la 3e section du 21e BCP qui vient de perdre son chef le sous-lieutenant Montenot[9] qui vient d'être tué au sommet du Petit Donon. Les 75 français ne reçoivent plus de directives de leurs observateurs, ceux-ci ont été tués par un obus de 105.
La 6e compagnie placée en réserve sur les pentes ouest, sur l'ordre du capitaine Zuber[10], depuis le collet, attaque, baïonnette au canon par le sentier suivant la crête le bastion rocheux que forme le sommet et réussit à le reconquérir. Les quelques chasseurs rescapés de la section Montenot se joignent à la 6e compagnie, sous le commandement du s/lieutenant Dalanzy[11] commandant la 4e section de cette compagnie.
La fusillade cesse assez vite. L'ombre s'allonge sur les pentes et sous les sapins la visibilité baisse vite; de plus les attaquants Allemands sont épuisés. La 6e compagnie du 21e BCP évacue les pentes du sommet et regagne le refuge de chasse (Jagdhütte au col entre les Donons). Seuls les 20 chasseurs rescapés de la 3e section de la 6e compagnie sont toujours au sommet avec le sous-lieutenant Dalanzy, qui pense que du renfort va arriver. Du côté du collet et du Fallenberg où se trouvent la 2e et la 1re section la fusillade continue. À tout moment l’attaque du Petit Donon par le sentier de crête peut reprendre. De plus les Allemands sont en train de creuser une tranchée perpendiculaire à ce sentier, base de départ pour une attaque.
Dans la vallée, le général Von Pavel est averti de la prise du Petit Donon à 8h15 du soir, mais des nouvelles contradictoires vont s'ensuivre, comme quoi les troupes allemandes se seraient retirées par la suite.

Schéma attaques allemandes

À 21h00 toute la montagne est au main des Allemands, si l'on excepte les chasseurs commandés par le s/lieutenant Dalanzy, lequel, attendant vainement des renforts, finit par faire redescendre les rescapés par la pente sud-ouest à la nuit tombée au col Entre les Donons; les fantassins du 109e RIR retournent sur le Kohlberg où ils avaient laissé leurs sacs lors de la montée[12] ! une trentaine d'hommes seulement du 109e RIR badois, occupent à la nuit tombante le sommet, avec pour chef le colonel Von Uhe qui ne voyait pas l'avantage à rester la nuit sur ce réduit avec aussi peu d'hommes.

Plus tard dans la nuit, Von Uhe fait monter des pionniers[13] avec du matériel, quelques sections isolées des 109e RIR et du 110e RIR rallient la crête de sorte que la petite garnison se trouve portée à 500 fusils. Les pionniers réparent les tranchées françaises bouleversées par les obus des 105, y installent des fils de fer, des barbelés et creusent une nouvelle tranchée. À l'aube, les attaquants Français vont trouver une défense solide bien retranchée.

21 août

La situation n'étant pas totalement éclaircie sur le massif des Donons, les messages de la nuit étant contradictoires le général Von Pavel ordonne une nouvelle attaque du Petit Donon qui se poursuivra par celle du Grand Donon et du col routier. Le dispositif sera le même que la veille, avec les mêmes unités. Pendant la nuit les Pionniers ont fortement renforcé les défenses au Petit Donon, tranchées, parapets, fils de fer. Ils ont également occupé les tranchées françaises, quelque peu malmenées par les canons de 105 et les ont réorganisées.

Côté français les choses ont évolué fortement depuis la veille. En effet suite à la défaite de la IIearmée française de Castelnau, notamment à Morhange, face à des positions ennemies préparées, soutenue notamment par l'artillerie lourde, succède la contre-offensive allemande des VIe et VIIe armées. Les deux armées de l'aile droite française ne peuvent que battre en retraite sur la ligne de défense retenue, à savoir la Meurthe, depuis sa haute vallée jusqu'aux défenses du Grand Couronné à Nancy. Le général Dubail a envoyé l'ordre de retraite générale à sa Ire armée, « pour le 21 à 6h30[14] ». La position du Donon va se retrouver en flèche et ne pourra plus être tenue. Les généraux Bourdériat (13 DIe ainsi que Barbade 25e Brigade, voulaient reprendre le Petit Donon ? malgré l'ordre reçu. Bourdériat, ainsi que le chef du 21e corps d'armée paieront très vite cette erreur : ils seront relevés de leur commandement (limogés) dès septembre.

Le dispositif d'attaque français est le suivant :

  • à gauche: en direction du sommet du Fallenberg et de la crête, le 1er bataillon du 21 RI, commandant Gentelet.
  • au centre : en direction du collet et du sommet du Petit Donon, les 2e, 5e et 6e compagnie du 21e BCP.
  • à droite: les 7e et 9e compagnies du 57e BCP.
  • le soutien sera effectué par la section de mitrailleuse du 21e BCP placée sur le flanc est du Grand Donon. L'artillerie ne sera pas utilisée... alors qu'une batterie de 75 montée la veille au sommet du grand Donon aurait fait d'énormes dégâts à l'ennemi et aurait pu facilement détruire les tranchées sur les pentes du Petit Donon. Au col et à la plateforme du Donon les 109e et 17e RI resteront inutilisés.
  • Le barrage, cote 707, en travers des départementales toujours en place comme la veille, avec la 3e compagnie (capitaine Gaitet) du 21e BCP rejointe à l'aube par la compagnie du Génie 21/4, capitaine Petit, qui arriva pour immédiatement prendre part au combat avec le 14e Jäger qui arrivait de la crête par le Nord, commençant son mouvement d'enveloppement, par la D.145, au pied du Fallenberg-Petit Donon. Il est suivi de trois bataillons d'infanterie de réserve, les I et II/RIR.119 et le III/RIR.120.

Deux attaques, une allemande, l'autre française vont donc se produire sur le massif, cette matinée du 21 août. Les Allemands vont attaquer à la fois le Fallenberg, comme la veille, par les pentes Est, et le sommet du Petit Donon par les versants est et sud-est. Les Français, eux, par les pentes ouest du Fallenberg jusqu'au Petit Donon. Ils doivent déjà reconquérir leurs propres tranchées abandonnées la veille, mais occupées et renforcées (notamment par des réseaux de fils de fer posés la nuit par les Pionniers) par un contingent ennemi qui est bien resté en place sur la montagne. Mais avant d'atteindre la crête, ils seront pris de vitesse, par les troupes débouchant par le haut. Aucune préparation d'artillerie n'a été effectuée. Seule la section de mitrailleuses du 21e BCP placée en excellente position sur le flanc supérieur est du Grand Donon, va soutenir efficacement l'assaut, en mitraillant les tranchées et la crête, en avant des lignes montantes des chasseurs et des fantassins.

4h30 le signal d'attaque est donné, les chasseurs et les fantassins Français grimpent les fortes pentes du relief. Les premières tranchées allemandes sont enlevées, les mitrailleuses françaises balaient la crête et empêchent l'ennemi de sortir de ses retranchement au sommet, et pour les troupes qui arrivent par les pentes Est, elles ne peuvent qu'immédiatement trouver des abris dans les rochers du sommet; les pertes sont très sérieuses et les Historiques des différents régiments allemands en attestent. Des mitrailleurs du 57e BCP ont emmené avec eux une mitrailleuse, tactique inusitée pour l'époque, et s'en servent efficacement lors de l'attaque, en tirant de biais dans les tranchées de la pente. L'attaque est bien organisée et bien menée.
Mais bientôt les mitrailleuses françaises du Grand Donon doivent cesser le feu ; les premières lignes d'attaquants arrivent au niveau des fils de fer des tranchées supérieures. Les troupes allemandes qui finissent d'arriver par les pentes Est sur la ligne de crête, peuvent enfin déboucher, et vont pouvoir se jeter en nombre sur les Français avec l'avantage. Les Jäger ont également réussi à neutraliser la mitrailleuse emmenée par les attaquants du 57e BCP. Les assauts allemands et français se sont ainsi rencontrés vers le haut des pentes Ouest, les Allemands ayant les avantages de la position et du nombre.
La compagnie 21/3 du Génie rejoint le col Entre les Donons et se joint aux chasseurs du 21e BCP.
Le 1er bataillon du 21e reflue. Il est 6h15, les pertes françaises deviennent importantes, l'attaque a échoué et le commandant Rauch donne l'ordre de la retraite. Les survivants des 21e et 57e BCP dégringolent sur les pentes vers le col entre les Donons, les fantassins Allemands les poursuivent, mais arrivés au col, ils sont pris sous le feu, de la 2e compagnie, autour du commandant Rauch qui « fait le coup de feu », avec le reste du bataillon dans des retranchements bien organisés ; ils tiennent face aux troupes arrivant par le chemin de Wisches, le bas des pentes du Petit Donon et le vallon. Heureusement, la section de mitrailleuses du 21e BCP du Grand Donon a de nouveau ouvert le feu protégeant la retraite des chasseurs. Les pertes allemandes augmentent très vite, le Petit Donon-Fallenberg en leur possession, leur poursuite s'arrête.
Les défenseurs de la cote 707,(compagnie du Génie 21/4 et 3e Compagnie du 21e BCP) en contrebas du col entre les Donons, formant barrage vers le Nord ne faiblissent pas face au détachement Ziegesar (R.Jäger 14, RIR.I/119, RIR.II/120 et RIR.III/120).
Le commandant Rauch, vers 8h00, ordonne l'évacuer le col Entre les Donon, les défenseurs de la cote 707 retraitent également. Les morts et les blessés restent sur le terrain, la grande majorité sur les pentes du Petit Donon sont des chasseurs du 21e BCP. Les mitrailleuses du 21e BCP, puis celles du 20e BCP balaient la départementale empêchant toute progression du détachement « Ziegesar » et soutenant la retraite des derniers combattants, toutes sections mêlées.
11h30, le général Barbade, ordonne la retraite générale vers la vallée de la Plaine. Les combats du Donon étaient terminés. La bataille d'arrêt de déroulerait sur la rive gauche de la Meurthe, de Saint-Dié au Grand Couronné à Nancy. Cette bataille, d'importance, de l'aile droite française contre l'aile gauche allemande, portera plusieurs noms suivant les endroits où les affrontements seront les plus importants. Bataille de la haute Meurthe, bataille du col de la Chipotte, Bataille de la trouée de Charmes, bataille du Grand Couronné.

22 août

Le général Von Pavel ordonne l'attaque du Grand Donon. Les troupes ne rencontreront aucune résistance, puisque les unités françaises depuis la veille sont redescendues dans la vallée de la Plaine. La 25e brigade va retraiter en direction de la Meurthe, tout en menant des combats retardateurs, en créant des barrages successifs. Le massif du Donon restera allemand jusqu'en 1918, il servira de môle de défense et sera fortifié, y compris sur le versant lorrain, dans l'option d'avoir à résister à une offensive alliée d'envergure visant Strasbourg et le Rhin.

Bilan

Les chiffres contenus dans ce tableau sont ceux que l'on trouve dans les différents JMO (Journaux de marche des opérations) ou Historiques des différentes unités engagées les 20 et 21 août. En ce qui concerne le 20e BCP il s'agit d'une estimation. Pour le 62e RAC l'estimation est faite en fonction des tombes individuelles ou fosses communes situées dans le secteur et au sommet du Petit Donon (en omettant les disparus).

Pertes françaises
Unité: 20e BCP 21e BCP 57e BCP I/21e RI Cie génie 21/4 Cie génie 21/3 62e RAC Total
Hommes: 200 403 168 180 82 9 6 1048
Carte postale allemande montrant des tombes
en 1915, au sommet du Petit Donon

Beaucoup de morts, de blessés graves sont restés sur le champ de bataille, la rapidité de l'évacuation du massif n'a pas permis, pour certains des régiments impliqués dans les combats de ces deux journées, et notamment le 21e BCP, de les ramener dans leurs lignes. Ce sont les Pionniers allemands qui à partir du 22 août vont rassembler les blessés légers, les prisonniers et les emmener sur Schirmeck. Les morts sont enterrés sur place (Français et Allemands) dans des fosses individuelles ou collectives, au fur et à mesure qu'on les retrouve et selon la conformité du terrain. La chaleur est intense et la décomposition des corps avancée, des mesures sanitaires doivent être prises rapidement. Le plus grand nombre des sépultures se trouvent au sommet du Petit Donon, sur les pentes, au col entre les Donons, à la cote 707 et sur les pentes Nord et Ouest du Grand Donon.

En 1914, des croix de bois ont été plantées sur les tombes (voir carte postale allemande), En 1916, Ludwig Gebhardt, gefreiter[15]est chargé d'établir pour toutes ces tombes disséminées, des stèles confectionnées avec des blocs de grès trouvés sur place (certaines inscriptions sont réalisées sur des blocs rocheux situés à côté de fosses communes); chacune comporte gravé en haut à gauche, un numéro d'ordre dans un but de référencement, également le N° du régiment s'il est connu, éventuellement le grade. Plus rarement sont gravés un ou plusieurs patronymes. Chaque stèle concernant une tombe allemande comporte au-dessus de l'inscription, une croix de fer finement sculptée. Les régiments français ne pourront comptabiliser de manière exacte leurs pertes. Les tués, blessés, prisonniers seront classés comme « disparus ».

Pour les prisonniers, les blessés, des nouvelles seront données, assez rapidement par les autorités militaires allemandes et la Croix-Rouge notamment. Pour un grand nombre des tués, il faudra attendre la fin de la guerre, et les familles resteront ainsi dans une cruelle attente. Des erreurs de transcriptions[16] seront commises lorsque les différentes fosses et tombes seront relevées après 1918, et les restes transportés dans un cimetière militaire qui deviendra la Nécropole du col du Donon, contenant avec deux ossuaires. D'autres dépouilles seront également ramenées sur la demande des familles dans les tombes familiales. Un grand nombre d'Allemands seront inhumés à la Nécropole (Soldatenfriedhof) de La Broque située à droite le long de la route qui relie la commune de La Broque (67) au hameau de Fréconrupt.

Les autorités militaires allemandes ont établi une liste récapitulative des emplacements de toutes les stèles numérotées; no 1 à 112. Il semblerait que beaucoup de soldats Français et Allemands ne possédaient pas de plaques d'identité tout de suite au début de la campagne, car l'encadrement des troupes chargées de faire le travail de fossoyeurs, n'aurait pas manqué de les relever.

La fosse la plus importante, la no 88, située vers la route d'Abreschviller contenaient 46 Français inconnus (« 46 Fransozen unbekannt »). À ce jour, cette stèle n'a pas été retrouvée. Nombre total des soldats enterrés individuellement ou dans des tombes communes d'après cette liste:

  • Français : 327
  • Allemands : 185
Pertes allemandes

Les historiques des régiments allemands ne donnent guère de chiffres en ce qui concerne leurs propres pertes. La plupart des auteurs estiment qu'elles sont à peu près équivalentes aux pertes françaises. Beaucoup de blessés, de corps, ont été assez vite redescendus sur Schimeck.

Sur les 180 stèles créées en 1916, un dernier recensement effectué nous a permis d'en retrouver: 41. Ce nombre n'est pas exhaustif, et il est sans doute possible d'en découvrir encore d'autres sur le terrain, certains endroits ont été particulièrement touchés par la tempête de 26 décembre 1999, et par l'exploitation forestière intense qui s'en est suivie. Le sommet et les pentes ouest du Petit Donon, ainsi que d'autres hauteurs des environs, sont actuellement totalement sans couverture forestière.

Liste des stèles encore en place

Quelques clichés de stèles de sépultures individuelles ou collectives au Petit Donon

Notes

  1. Régiment d'infanterie de réserve
  2. Bataillon de chasseurs de réserves
  3. Équivalent du Génie français
  4. En 1914, en 5 mois de campagne la France comptera 301 000 morts, soit 1967 morts par jour, pratiquement le triple de 1916, qui est celle de l'année de Verdun.
  5. Essentiellement des chefs de compagnies, de sections ; capitaines, lieutenants, sous-lieutenants.
  6. J.M.O Journal de Marche et Opérations qui est tenu dans chaque bataillon ou régiment
  7. le Fallenberg (altitude 911 mètres): est situé sur la même crête que le Petit Donon à une distance à vol d'oiseau de 750 mètres au nord. Ce sommet est appelé à présent la Côte de l'Engin. Un collet (altitude = 889 mètres) sépare ces deux sommets.
  8. sommet appelé « Tête de mort »
  9. Le sous-lieutenant Montenot est enterré à la Nécropole du Donon.
  10. Sera blessé quelques instants plus tard.
  11. Le s/lieutenant Dalanzy, sera blessé en 1915 et réformé. Il reviendra, pour le cinquantenaire des combats en 1964, sur les lieux et écrira un récit précis, avec schéma sur les combats de ces deux journées. Cet article paraîtra dans un journal vosgien: la « La Liberté de l'Est »
  12. D'où les incohérences des historiques allemands parlant, d’une mésentente, suite à un mauvais signal, qui aurait fait redescendre les Badois du Petit Donon, et se demandant si les Français l'avaient de nouveau occupé, « Da man nicht wusste, ob der Gegner den Berg, den die Badener in der Nacht infolge eines falschen Signals geräumt hatten, wieder besetzt hielt » (Regimentgeschichte RD 26 - ouvrage cité), ce qui explique également l'ordre de Von Pavel, face à cette incertitude de savoir, qui est véritablement maître du sommet du Petit Donon, de renouveler l'attaque le lendemain matin avant de poursuivre sur le Grand Donon
  13. Les pionniers sont, dans l'armée allemande, l'équivalent des sapeurs du génie de l'armée française. Ils appartenaient à la 4e compagnie du 13e bataillon Würtembergeois.
  14. (en) Legrand-Girarde (Général), Opérations du 21e Corps d’armée – 1er août – 13 septembre (avec 6 cartes, Librairie Plon, Paris, 1922, p. 68.
  15. soldat de 1re classe - son nom, gravé, apparaît en bas à droite, sur la stèle monumentale située au sommet du Petit Donon (voir photo)
  16. Particulièrement en ce qui concerne les grades, les prénoms.

Voir aussi

Bibliographie

Documents français:

  • Campagne 1914-1918, Historique du 21e Bataillon de chasseurs à pied, librairie Chapelot, 136, Bd Saint-Germain, Paris, Imprimeries Réunies de Nancy, s.d., 57 p.
  • Yvick Herniou et Éric Labayle, Répertoire des corps de troupe de l'armée française pendant la grande guerre, Tome 2, Chasseurs à pied, alpins et cyclistes, Unités d'active de réserve et de territoriale, Éditions Claude Bonnaud, Château-Thierry, 2007, 446 p., broché 14x24 (ISBN 978-2-9519001-2-7)
  • JMO - Journal de Marche et des Opérations du 21e BCP, document du Service Historique de l'Armée de Terre (SHAT), pages de août 1914 à janvier 1916, (ISBN 519001-2-7)
  • Legrand-Girarde (général), Opérations du 21e Corps d’armée – 1er août – 13 septembre (avec 6 cartes), librairie Plon, Paris, 1922.
  • Laure (Lt Colonel) et Jacottet (commandant), Les Étapes de Guerre d’une Division d’infanterie (13e DI – 1914 – 1918, Campagne Vosges, Berger-Levrault Éditeurs, 1928.
  • (en) Sadoul (Louis), Une petite ville vosgienne – Raon l’Étape de ses origines à 1918, Éditions du Syndicat d’initiative de Raon-l’Etape, 1934, 374 p., broché, 25,5 x 16.5, p. 199-205
  • Labayle (Éric) et Bonnaud (Michel), Répertoire des corps de troupes de l’armée française pendant la Grande Guerre, tome 1, L’infanterie métropolitaine, Unités d’active, Éditions Claude Bonnaud, 2004, broché, 24.5 x 16,5 cm, 463 p.
  • Historique du 21e bataillon de chasseurs à pied, anonyme, Berger-Levrault, Nancy-Paris-Strasbourg, s.d.
  • Historique du 20e bataillon de chasseurs à pied, anonyme, Imprimerie Georges Flacon, Jarny-Gare, s.d.
  • Historique du 17e bataillon de chasseurs à pied, anonyme, Berger-Levrault, Nancy-Paris-Strasbourg, s.d.
  • Historique du 57e bataillon de chasseurs à pied, anonyme, Berger-Levrault, Nancy-Paris-Strasbourg, s.d.
  • Historique du 109e régiment d'infanterie, anonyme, numérisé, s.d.
  • Historique du 62e régiment d’artillerie de campagne, anonyme, Librairie Chapelot, Paris, s.d.
  • J.M.O. – Journal de marche et opérations du 21e BCP, extraits,(SHAT).
  • J.M.O. – Journal de marche et opérations du 21e RI, (SHAT), Carton 593, dossier 1 Extraits.
  • J.M.O. – Journal de marche et opérations de la compagnie 21/3 du 11e régiment du génie, (SHAT), (document numérisé du 17 au 21 août inclus)
  • J.M.O. – Journal de marche et opérations de la compagnie 21/4 du 11e régiment du génie, (SHAT), (document numérisé)
  • Journal de Marche d'un capitaine du 57e BCP dans les Vosges, 10e compagnie, Eugène Imbs, (en) Bulletin de la société philomatique vosgienne, T.67, 1963, p. 115 à 126.
  • (en) La Revue militaire française, 94e année, L'aile gauche allemande, (Août-septembre 1914), librairie militaire Berger-Levrault, 1924, p.
  • (en)L'armée allemande de 1914-1918 - d'après les sources allemandes, revue historique de l'armée no 1, mars 1949, p. 38 à 57.
  • Les combats des 20 et 21 août 1914, au Petit Donon décrits par un survivant", le sous-lieutenant Dalanzy., article publié avec un schéma dans le Journal « La Liberté de l'Est » en 1964.

Documents en allemand :

  • Regimentsgeschichte, Reserve.Infanterie.Regiment 109. im Weltkrieg 1914 bis 1918. (anonyme) s.d.
  • Regimentsgeschichte, Reserve.Infanterie.Regiment 119. im Weltkrieg 1914 bis 1918. (anonyme) s.d.
  • Regimentsgeschichte, Reserve.Infanterie.Regiment 120. im Weltkrieg 1914 bis 1918. (anonyme) s.d.
  • Divisionsgeschichte, Réserve.Division 26., Erster Abschnitt, der Vogesenfeldzug, August bis September 14.

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