Bandjoun

5° 21′ N 10° 24′ E / 5.35, 10.4

Bandjoun
Administration
Pays Drapeau du Cameroun Cameroun
Région Ouest
Département Koung-Khi
Géographie
Coordonnées 5° 21′ Nord
       10° 24′ Est
/ 5.35, 10.4
Altitude 1 515 m m
Superficie 27 400 ha = 274 km2
Démographie
Population 70 000 hab.
Localisation
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Bandjoun

Bandjoun (La' Jo en langue locale) est le chef-lieu du département du Koung-Khi, dans la province de l'ouest du Cameroun. Il constitue également une chefferie traditionnelle, la plus importante du pays bamilékés. Le palais abritant cette chefferie fut gravement endommagé par un incendie criminel le 20 janvier 2005.

Ses habitants parlent le Ghomala’ ou Bandjoun, qui appartient à la famille des langues bamiléké.

Éléments d'Histoire : L'histoire récente du peuple Bandjoun est aujourd'hui relativement bien connue. Mais cette histoire récente ne porte que sur les deux derniers siècles. La nécessité de conduire des recherches plus approfondies sur la préhistoire du village Bandjoun est plus qu'impérieuse de nos jours. En effet, certaines chronologies existantes font remonter la fondation du village Bandjoun au XIVe ou XVe siècles sous la royale magistrature de Notchwegom (1525 selon certaines sources).

Ayant installé le premier campement qui servira de tête de pont à l'expansion Bandjoun, il disparaît alors même qu'il est encore très jeune. Sa première épouse avec qui il avait déjà eu un jeune fils à peine adolescent (11 ans selon certains) va solliciter la protection de son beau-père en attendant que son fils Du'gnechom soit en âge de succéder à son père. C'est ainsi que le Roi Baleng aurait profité de l'occasion pour se réconcilier de manière posthume avec son fils en apportant tout son soutien à sa belle fille et en initiant son petit-fils à l'art d'édifier un pouvoir royal.

Du'gnechom à son tour, une fois devenu jeune adulte devient chef du campement installé par son père à Famleng et développe rapidement des qualités de grand chasseur et de meneur d'hommes. Il épouse ensuite une jeune promise que sa mère avait préparée pour lui, laquelle lui donne, assez rapidement un fils qu'ils baptiseront du nom de NOTOUOM. Ayant pris des dispositions pour agrandir son armée et développer des prétentions hégémoniques, il instruit son fils sur ses intentions et l'initie aux stratégies guerrières. Malheureusement, il disparaît tragiquement, probablement en 1589 alors que son fils NOTOUOM n'a que 19 ans. Ce dernier sera le véritable premier Roi de Bandjoun car à la mort de son père, il aura à cœur de réaliser ses objectifs et d'agrandir le village Bandjoun.

Durant le long règne de NOTOUOM qui ira jusqu'en 1641, il fera en sorte d'accroître la population de Bandjoun en achetant tout ce qu'il peut acquérir (bestiaux, vivres, objets précieux et mêmes esclaves qu'il affranchit en les intégrant à son royaume). C'est sous sa royale magistrature que le nom bandjoun voit le jour sous le vocable "Pa Djo" : ceux qui achètent ! Très expansif, il vassalise tous les petits chefs des villages voisins et modernise son royaume sur les plans administratif et militaire. Il crée des circonscriptions administratives appelées "Djie".

Grand vénérateur, il manifeste une remarquable piété vis-à-vis de Dieu qu'il matérialise à travers le "Si NOTOUOM" dont le sanctuaire est situé à Famleng, premier lieu de pouvoir établi par ses illustres prédécesseurs. Il transfèrera par la suite la capitale du royaume de Famleng à Hiala et assurera le découpage administratif à partir de Hiala. Ce découpage est encore en vigueur de nos jours. Famleng est par exemple situé dans la circonscription des Djieleng.

Cette version de l'histoire Bandjoun a été compulsée sur la base d'une méthodologie historique comparative. En effet, on ne pouvait longtemps créditer les théories qui situaient les origines de Bandjoun plus haut qu'au XVIe siècle. Les recherches engagées par les historiens autour de l'histoire du village Baleng permettent de situer avec moins d'incertitude les origines du village Bandjoun.

On peut donc considérer sans risque de trop se tromper que le Roi FODOUP qui fonda Baleng en 1545 eut du mal a concilier ses deux premiers fils TCHOUNGAFO et NOTCHWEGOM au sujet de qui lui succederait à sa disparition. Ayant marqué ouvertement sa préférence pour TCHOUNGAFO, NOTCHWEGOM en prit grand ombrage et décida de quitter le village de son père pour aller fonder son propre village plus bas dans la vallée du Noun. Prenant la précaution de ne pas irriter les petites chefferies qui existaient déjà dans la région, il alla s'installer à l'orée du dernier village là où enfin il pouvait trouver une terre libre, ce fut à l'actuel emplacement de Famleng.

Or il est désormais établi que le Roi FOUDOUP, premier Roi Baleng a règné entre 1545 et 1573. Il a effectivement été remplacé par son fils TCHOUNGAFO qui, quant à lui régna de 1573 à 1628. C'est TCHOUNGAFO qui installera et intronisera NOTOUOM I en 1589 sur le trône Bandjoun. Il assura cet office en tant que successeur du père du fondateur de Bandjoun. D'ailleurs, depuis 1589, la cérémonie d'intronisation du Roi des Bandjoun est conduite sous le puissant patronage du Roi des Baleng.

NOTOUOM I sera remplacé par son fils NOTOUOM II qui consolidera les acquis du Royaume de son père et qui affermira le prestige des Bandjoun dans la région. Son règne sera également assez long, ainsi que celui de son successeur NOTOUOM III. Des recherches sont encore en cours sur les règnes respectifs de NOTOUOM II et de NOTOUM III. Ces développements seront enrichis au fur et à mesure que les résultats de ces recherches seront exploitables.

Il faut également noter que certaines recherches menées portent par ailleurs sur les rapports belliqueux entre les Rois Bandjoun et les Rois Bamoun autour de l'objectif stratégique que fut le fleuve Noun. En effet, il est rapporté qu'au XVIIIe siècle une tentative d'invasion de Bandjoun par les armées du Sultan Bamoun se solda par une débâcle militaire totale des Bamoun et que le Sultan fut poursuivi et assiégé à Foumban par le Roi KAMGA I qui l'obligea d'ailleurs à signer un traité d'armistice. Cette épopée vaut aux Bandjoun le respect et la considération que le peuple frère Bamoun voue aux "Pouen Nkoutou" comme il désignent leurs frères Bandjoun.

Sommaire

La Chefferie Bandjoun

A 20 km de Bafoussam, sur la route de Bagangté, se trouve la chefferie de Bandjoun, la plus belle du pays Bamiléké. Des chemins sinueux, bordés de clôtures enfermant des bananiers, mènent à une succession de cases traditionnelles, bien alignées et soutenues par des piliers de bois sculpté, sorte de colonnades autour de l'habitat qui mérite d'être détaillée.

Chefferie Bandjoun

Les façades sont faites de bambous patiemment liés avec des fibres végétales; certaines sont ornées de motifs géométriques. Les portes, encadrées de panneaux sculptés, sont surélevées à 50 cm du sol pour que les eaux d'écoulement et les animaux ne les franchissent pas. L'ensemble est surmonté d'un lourd toit conique suffisamment épais pour ne pas laisser filtrer les gouttes de pluie.

L'extérieur de la case tend à changer de plus en plus, malgré la volonté de certains notables Bamilékés qui essayent de conserver l'ancienne architecture locale. Le toit de chaume est remplacé par un toit de tôle ondulée et les rideaux en bambou ne couvrent plus les façades. Par contre, l'intérieur des cases reste partout le même. Le foyer est au centre de la grande pièce; trois pierres suffisent à supporter les marmites. Tout le mobilier est en bambou; telle l'échelle pour grimper au grenier où est stockée la réserve de maïs, d'arachides et de bois, également les étagères pour ranger les ustensiles ménagers, les lits et même les tabourets.

La chefferie contient aussi un musée où l'on trouve les accessoires des anciens chefs, le patrimoine de la famille, mais aussi un grand bâtiment moderne qui sert de salle de fêtes, de salle de réunion...

La chefferie

La grande case mesure 17 m de haut et servait autrefois de résidence au chef. Elle fut construite par le roi NOTOUOM I il y a plus de quatre siècles environ. Depuis; elle est régulièrement restaurée. Sa partie supérieure est utilisée comme grenier à arachides et à maïs, à l'instar des autres cases. Elle est constituée de 3 couloirs et d'une salle de réunion décorées de peaux de lion, symbole du chef, de panthère, symbole des grands notables et des portes avec gravures de lézards, symbole des petits notables. Elle supportée par des piliers sculptés dont ceux du milieu sont les plus anciens, ayant résisté aux trois incendies qui ont eu lieu à la chefferie.

La structure de la chefferie ressemble à celle de la concession des notables. L'entrée principale mène à la grande case et les cases des femmes sont situées des deux côtés de la route. Les femmes d'un côté sont dirigées par la première épouse encore appelée "nkoung" et celles de l'autre par "Djuikam", la femme de son prédécesseur qu'il prend pendant l'initiation.

Les concessions initiatiques entourent la chefferie et sont dirigées par des notables très influents. Exemple des différentes concessions d'initiation du chef ou "Fam", la concession du bracelet royal et la concession de "Taptouom-Kwamou", l'un des deux initiateurs du "Todjom", remède initiatique que l'on administre à tous les bébés Bandjounais quel que soit le lieu où ils vivent.

La foret de la chefferie est très importante. La partie située juste derrière la grande case comprend le "Fam" ou lieu d'enterrement du chef. Elle n'est foulée que par les initiés. Une autre forêt se trouve près de la place du marche de "Dzemto", et tout le long de la colline des étrangers "mghue". C'est le lieu de repos des totems des initiés.

La chefferie est le centre de convergence des différentes provinces ou "Dje", qui sont des unités administratives traditionnelles avec chacune une spécificité. Les missionnaires Allemands par exemple étaient installés à "Djiomghue", juste après la rivière des étrangers. Le "Dje Njiomghue" est spécialisé dans la magie ou "nkou" dirigé par "Tatuene" et "Tatuebou". Lutter contre les esprits maléfiques, annuler la pluie lors des cérémonies importantes, ou chasser l'esprit d'un initié décédé est leur domaine. Le "Dje Djesse" est spécialisé dans le "Dje" ou sacrifices pour bénir le chef et demander la pluie à Dieu. Quand il fait trop chaud, "DZudie Teyo" "Dzudie Tambou" et 5 autres font un tour à Baleng et leur retour est salué de la première pluie avant les semences.

Contrairement au chef qui est enterré par les initiés au "Fam", les épouses et les princes sont enterrés dans d'autres concessions hors de la chefferie.

Le chef

Il est appelé Fôn de Bandjoun par les étrangers. En patois, on l'appelle " Fô a djo ", ce qui veut dire le Chef de Bandjoun.

Il est entouré par

  • le conseil des neuf notables, constitué de notables du premier degré. Les notables sont appelés Nkam. Ce sont eux qui assistent le chef dans toutes ses décisions législatives. La salle où a lieu le conseil est appelée le la'kam, c'est en quelque sorte une assemblée nationale. Presque la totalité des lois édictées par le chef est initiée par eux. Le conseil limite et tempère l'autorité du chef évitant par là les abus de pouvoir et glissement possible vers la dictature.
  • le conseil des sept notables, constitué de notables du second degré. Ce sont les agents d'administration du village: ils sont chargés de maintenir la paix, l'ordre et la sécurité interne.
  • les chefs de quartier qui sont à la tête d'un quartier du village et agissent chacun dans leur sphère de compétence

Le chef est à la fois

  • le détenteur du pouvoir magico-religieux, car il est considéré comme un être supérieur, ayant un pouvoir charismatique. Il est avant tout l'intermédiaire entre les morts et les vivants.
  • le détenteur du pouvoir économique. Il est l'unique propriétaire du territoire constituant son État. C'est lui qui donne le droit d'usage sur la terre, droit qui peut-être enlevé pour indignité. Par là, il est tout puissant puisque la terre est un bien indispensable. La terre ne se vend pas puisque c'est la propriété des dieux qui ne la donnent, à travers le chef, qu'en usage aux habitants de la chefferie.
  • le juge, l'arbitre: c'est lui qui nomme les membres du tribunal central qui, sous sa présidence, tranchent les différends et rendent les sentences sans appel sur les affaires qui lui sont transmises par les tribunaux de quartier. Il délègue aux chefs de quartier le pouvoir de juger les petites affaires, chacun dans le territoire qui relève de sa compétence.
  • Le détenteur du pouvoir politique et administratif: il découpe le territoire en quartiers et nomme à leur tête les chefs de quartier et leur délègue une partie de ses pouvoirs. La population lui paie en travail et en nature un impôt dont la périodicité et le montant ne sont pas fixés, mais dépendent des besoins du chef et de l'esprit de compétition des contribuables. Le chef est assisté dans son gouvernement par certaines personnalités influentes de la société regroupées au sein de sociétés secrètes coutumières.

Les femmes du chef

La famille du chef est très nombreuse.

L'un des grands Chefs de Bandjoun, Kamga II, avait plusieurs dizaines de femmes et presque 250 enfants. Depuis sa mort en 1975, sa succession a été assurée tour à tour par ses fils :

  • Fotue Kamga (technicien d'agriculture à qui on doit la construction du musée et du palais moderne) : il est mort tragiquement d'un accident de voiture loin de son royaume, après avoir pris une trentaine de jeunes épouses),
  • Ngnie Kamga (administrateur civil et fin danseur, il est l'initiateur de la semaine annuelle de fierté "msem" des Bandjouns) : il avait environ 60 épouses, dont les veuves de son frère Fotue Kamga,
  • actuellement Djomo Kamga Honore (ingénieur des polymères) : il s'attelle à reconstruire le patrimoine détruit par un incendie juste après son accès au trône ; en plus des nouvelles épouses, il a la responsabilité de prendre les jeunes veuves de ses prédécesseurs en signe de continuité)

À noter

  • Les habitations

Les habitations des notables ont des toits pointus, le nombre de pointes dépend de la hiérarchie.

  • Le musée

Le chef possède un grand nombre d'objets d'art ayant appartenu à ses ancêtres:

  1. calebasses et statues ornées de perles
  2. bijoux et statuettes en ivoire
  3. masques
  4. chapeaux de danse: le plus grand qui est porté uniquement par le chef lors de la grande fête annuelle pèse 25kg et il le porte durant presque toute la danse d'exhibition ou Tso, soit à peu près deux tours de la place du marche Dzemto. Il est aidé par les serviteurs, qui portent aussi ses queues de cheval, alors que les autres notables sont aides dans le transport de leurs chapeaux chacun par un fils.
  5. tableaux, meubles (dont des trônes)
  6. trophées de chasse
  7. Looba il est là bas !!

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