Baie de Kotor

Bouches de Kotor

42°26′N 18°38′E / 42.433, 18.633

Bouches de Kotor
Type Baie
Localisation Mer Adriatique, océan Atlantique
Pays côtier(s) Monténégro Monténégro

Les bouches de Kotor (ou Boka Kotorska, en italien Bocca di Cattaro) sont une baie située sur la côte occidentale du Monténégro, dépendante de la mer Adriatique.

Sommaire

Description

La baie est souvent considérée comme le fjord européen le plus méridional bien qu'il ne s'agisse pas à proprement parler d'un fjord, mais plutôt d'un canyon immergé. Elle est composée de plusieurs golfes intérieurs reliés entre eux par de profondes passes et formant ensemble l’un des meilleurs ports naturels d’Europe.

Le plus important de ces golfes est le golfe de Tivat (Teodo), abritant un petit port. Sur la partie proche de la mer se trouve le golfe de Herceg Novi (Castelnuovo), qui garde l’entrée principale des bouches. Les autres golfes intérieurs ont ceux de Risan au nord-ouest et de Kotor au sud-est.

Vers l’intérieur, les longs murs de la ville de Kotor se trouvent prolongés vers le bastion Saint-Jean, sis à une altitude de 280 mètres au-dessus de l’eau, et sur les hauteurs de Krivošije (Krivoscie), un plateau sur le groupe de montagnes de l'Orjen, a 1894 m la plus haute montagne de la côte adriatique, sont généralement surmontés de fortins.

Il y a divers sites de grand intérêt sur les rives des Boka Kotorska. Herceg Novi possède un couvent orthodoxe de Saint Sava à proximité (monastère de Savina), sis parmi de luxuriants jardins. Le monastère fut fondé au XVIe siècle, et est notamment connu pour ses travaux en fer forgé du XVIIe siècle. La Sahat-Kula (Tour de l'horloge) est un monument de l'époque turque qui se trouve au centre de la ville et sépare la place basse de la ville de la place haute. La Kanli-Kula est une forteresse ottomane qui a servi de prison, alors que la Spanjola est une fortification de la Renaissance datant de l'époque où la ville avait été enlevée aux Turcs par les Espagnols.

Les villages proches de Herceg Novi disposent de plages pittoresques. Le village de Baosici conserve de plus la maison où vécut l'écrivain français Pierre Loti amoureux d'une jeune paysanne, Pasquala Ivanovic, qu'il décrira dans l'une de ses œuvres. La maison du Vieux-Capitaine est un musée à Baosici où vécut le marin Miroslav Strumberger.

Un monastère bénédictin se trouve sur une petite île face à la ville de Perast (Perasto), à une douzaine de kilomètres à l’est d’Herceg Novi. Perast elle-même fut indépendante un temps au XIVe siècle. De nombreuses demeures en pierre de cette époque sont conservées où les célèbres familles de marins Martinovic et Zmajevic, entre autres, ont vécu. La ville de Perast entretenait une école de navigation (la Nautica) où Pierre-le-Grand envoya ses boyards apprendre le métier lorsqu'il voulut créer une flotte impériale russe. Au XVIIe siècle, Perast avait le contrôle du passage le plus étroit des Bouches de Kotor, les Verige. Le col tire son nom des chaînes métalliques que la ville de Perast avait décidé d'étendre sous la mer d'un côté du golfe (le village de Kamenari) à l'autre (le village de Lepetani) en vue de se protéger de fréquentes attaques pirates. Ces chapines ne furent toutefois pas suffisantes, et la ville fut pillée par les pirates au XVIIe siècle, ce qui marqua son déclin.

Le village de Lepetani tire son nom des mots italiens les putane (c'est-à-dire les putains), puisque l'endroit était fréquenté par les filles à marins.

Le hameau proche de Risan (Risano), fut une cité illyrienne prospère, connue sous le nom de Rhizon dès -229, et elle fut la capitale de la reine Teuta. Elle donna un temps son nom aux gorges, connues alors sous le nom de Rhizonicus Sinus. Rhizon tomba sous influence romaine en -168, en même temps qu’Ascrivium, ou Ascruvium, la moderne Kotor (Cattaro), mentionnée à l’époque comme une cité voisine. Les nappes phréatiques et les eaux souterraines de Risan sont encore mal explorées et offrent un véritable défi aux amateurs de plongée les plus habiles.

Vue des Bouches de Kotor (XVIème siècle)

Kotor elle-même fut fortifiée dès le haut Moyen Âge, et fut l’une des cités-États dalmates les plus influentes au cours de cette période. Elle échut plus tard à la Bulgarie puis à la Serbie. Elle fut ensuite une république semi-indépendante sous protectorat des souverains de Serbie. Sa flotte marchande prospéra, surtout grâce aux échanges avec Dubrovnik et Venise (c'est ainsi qu'elle accueillit un ancêtre de Marinko Drzic qui fuyait la peste à Dubrovnik, ce qui valut à celui-ci de perdre son titre nobiliaire à son retour dans cette ville). Après la chute de la Serbie sous le joug de l’Empire ottoman à la fin du XIVe siècle, Kotor se trouva sous la dépendance de la République vénitienne. C'est de cette époque que la distinction des mœurs et des traditions des gens de la Boka (Bokelji) d'avec le Monténégrins (Crnogorci) est devenue plus visible.

Au XIXe siècle, la région échut quelque temps aux provinces illyriennes, créées par Napoléon, puis à l’Autriche, et au XXe siècle au Monténégro yougoslave (NB : la région de Herceg Novi fit cependant partie de la Croatie jusqu’en 1945). Dans les années 1990, elle fait partie de la 3e Yougoslavie Serbie-et-Monténégro, dissoute en 2006.

Les bouches constituèrent une des principales bases navales militaires yougoslaves. Les arsenaux sont cependant pour la plupart à l’arrêt, mais des tunnels creusés dans la roche à proximité de l’entrée des bouches, sur la rive sud, peuvent toujours être observés. Il s’agissait d’abris de protections pour les navires militaires.

Population

Îles Saint-Georges et Notre-Dame-du-Récif dans les bouches de Kotor

Historiquement, les Bouches de Kotor ont été au carrefour des deux grandes cultures balkaniques, ce qui a créé une mentalité et des coutumes différentes de celles du reste du Monténégro actuel. La culture catholique et latine, originaire de Dubrovnik et de Venise de même que de l'ancien royaume de Dioclée (ou Duklja) a empreint l'architecture (par exemple, la cathédrale romane de Kotor. La culture byzantine et continentale n'est pas demeurée en reste : fondation, au XIVe siècle de Herceg Novi par le Herzog de Saint-Sava. Au carrefour civilisationnel de la Grèce antique et de Rome, de Byzance et de l'Occident, puis de la Turquie et du monde chrétien, les Bouches de Kotor ont développé des différences d'avec les hautes-terres monténégrines. Ainsi, l'organisation tribale, qui a subsisté dans les hautes-terres jusqu'au XIXe siècle, s'est estompée, sans disparaître toutefois, à Kotor dès la fin du Moyen-âge au profit d'une organisation sociale calquée sur le modèle italien et quelquefois imposé par celui-ci. Ainsi, les Providur, gouverneurs nommés par la République de Venise, dirigeaient les affaires de Kotor à la Renaissance. De la même manière, les habits traditionnels de la Boka (noirs avec une calotte bleue) sont différents de ceux des Hautes-terres (à prédominance rouge et bleue). L'institution centrale de Kotor, la marine de Boka (Bokeljska mornarica) était bien sûr impossible à imaginer dans les hautes-terres. Il serait toutefois absolument faux de prétendre que la Boka n'entretenait pas des relations étroites avec le reste du Monténégro. Le marché de Kotor était l'endroit où les Monténégrins des hautes terres venaient échanger leurs biens; Perast était la ville où le prince-évêque Njegos venait se baigner et où, selon certains, il aurait écrit son œuvre Gorski Vijenac. De manière plus importante, plusieurs chants anciens des hautes-terres décrivent les liens politiques et amicaux qui pouvaient unir les gens de Boka à ceux des hautes-terres (les premiers vers de la mort d'Alaj-Beg Cengic) et des raids communs contre les Turcs pouvaient les unir (lors de la guerre de Morée, par exemple). Ajoutons que la marine de Kotor s'est révoltée lors de l'attaque de l'Autriche-Hongrie contre le Monténégro.

C'est ainsi que les Bouches de Kotor sont entrées, naturellement en quelque sorte, au sein du Monténégro actuel. Plusieurs habitants des hautes terres sont descendus depuis au bord de la rive et ce phénomène a accentué la présence orthodoxe dans la région. Lors de la guerre civile en Bosnie, des Croates sont partis de Boka Kotorska et des réfugiés, en majorité serbes, mais aussi croates et musulmans, y ont trouvé refuge. Aujourd'hui, la plupart des habitants de la région se définissent en tant que Serbes, alors que les Croates sont concentrés à Kotor. Les trois communes des Boka Kotorska totalisent une population de 71 443 personnes:

  • Kotor 23 481
  • Tivat 13 991
  • Herceg Novi 33 971

Parmi ceux-ci, 76 % se déclarent Serbes orthodoxes et 11 % catholiques. Le 21 mai 2006, 27 780 personnes ont voté pour l'indépendance contre 26 665  personnes pour le maintien de l'union avec la Serbie, .

Économie

Historiquement, l'économie des Bouches de Kotor s'oriente autour de trois axes: la marine marchande et militaire (Bokeljska mornarica), la pêche et l'élevage d'olives dans le massif d'Orjen qui surplombe la baie au Nord. La marine militaire tombe toutefois en désuétude et depuis l'indépendance du Monténégro, il est question de la dissoudre complètement. Aujourd'hui, la principale source de revenus des Bouches de Kotor est le tourisme. Les plages pittoresques et l'attrait historique de l'endroit attirent les touristes de Serbie et de Bosnie, mais aussi de plus en plus de touristes du reste de l'Europe.

Les Bouches de Kotor dans les œuvres poétiques

Les Bouches de Kotor ont été chantées par Pierre Loti qui dans sa nouvelle Pasquala Ivanovitch nous raconte la romance qu'il vécut avec une jeune paysanne de Baosici alors qu'il était en mission diplomatique au Monténégro. Valery Larbaud (Les poésies de A.O. Barnabooth) a comparé, dans le poème Europe, les Bouches de Kotor à une petite boîte de bois peint où flotte une odeur de rose "venue on ne sait d'où". Milos Crnjanski a écrit un guide touristique relatant son propre itinéraire dans la région, Aleksa Santic un poème et Ivo Andric, qui avait une résidence à Herceg Novi, a consacré quelques pages aux Bouches de Kotor.

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