Arthur Dillon (colonel)

Arthur Dillon (1750-1794)

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Arthur Dillon
Arthur Dillon
Naissance 3 septembre 1750
Braywich en Irlande
Décès 13 avril 1794 Paris
Origine Irlande Irlande
Allégeance France France
Grade Général
Image : peinture de Jean-Hilaire Belloc en 1834

Arthur comte de Dillon, né à Braywich en Irlande le 3 septembre 1750, mort à Paris le 13 avril 1794, est un général français. Il était le petit-fils du général Arthur Dillon, et le frère du général Théobald Dillon.

Sommaire

Biographie

Carrière militaire d’Ancien Régime

Il entra à 15 ans comme cadet au régiment de Dillon. À dix-sept ans, le 21 mai 1766, il reçut le brevet de colonel propriétaire de ce régiment, à condition de n'en prendre le commandement qu'à 23 ans ; ce qu'il fit, avec un peu d'anticipation, le 24 mars 1772.

Il fut marié une première fois en 1769 avec sa cousine Lucy de Rothe, dame du palais de Marie-Antoinette. De cette union naît en 1770 une fille, Henriette Lucy Dillon, qui épousa le comte de La Tour du Pin Gouvernet, fils de Jean-Frédéric de La Tour du Pin Gouvernet, dernier ministre de la guerre de Louis XVI. Elle raconte dans son Journal d'une femme de cinquante ans (édition Mercure de France) toute l'histoire de la Révolution telle qu'elle a vécue.

Il passa en 1777 en Amérique. En 1779, alors qu’il n’est encore que colonel, il débarque sur l’île de la Martinique, commandant l’un des trois régiments irlandais envoyé par Louis XVI sous les ordres de La Motte Piquet. La venue de ces troupes aux Antilles est la conséquence de la participation de la France à la guerre d’indépendance des colonies britanniques d’Amérique. Le comte Dillon est hébergé chez la belle créole Laure de Girardin de Montgérald (1764-1816), cousine de Marie-Joseph-Rose de Tascher de la Pagerie plus connue sous le nom de Joséphine de Beauharnais, future épouse du général Bonaparte et impératrice.

Signalé par sa bravoure à la conquête de la Grenade, au siège de Savannah, il devient brigadier des armées du roi en 1780. Après avoir contribué à la prise de Tobago, de Saint-Eustache, de Saint-Christophe, dont il est nommé gouverneur le 25 avril 1782, il est décoré chevalier de Saint-Louis, et obtient le brevet de maréchal de camp le 13 juin 1783.

En 1784, la guerre d’indépendance américaine est terminée. Dillon veuf depuis 1782 est promu général, et fait gouverneur de Tobago. Il revient en Martinique, renoue avec Laure de Girardin elle-même veuve depuis 1779. Ils se marient le 7 février 1785 à Paris en l’église Saint Sulpice. De cette deuxième union naît, le 25 juillet 1785, Elisabeth Frances Dillon dite Fanny, future épouse du général comte Bertrand, grand maréchal du palais de Napoléon.

Quelque temps après, Dillon fait un voyage à Londres, et reçoit le plus brillant accueil à la cour.

Révolution française

En 1789, en tant que député de la noblesse des colons de la Martinique, il alla siéger aux États généraux, où il défendit surtout les intérêts des colonies. Bien qu'il eût embrassé le parti révolutionnaire, il vota plusieurs fois dans le sens opposé, parlant quelquefois en faveur des ministres, contrariant très souvent les idées de ses collègues des colonies, et s'élevant aussi contre les gens de couleur.

Devenu lieutenant général en juin 1792, il reçoit, du général en chef La Fayette, le commandement de l’aile gauche de l’armée du Nord alors en Champagne. Après la journée du 10 août 1792, il fait prêter de nouveau à ses troupes le serment de fidélité à la loi et au roi. Aux commissaires dépêchés pour le destituer, il parvient cependant à s'excuser : le commandement lui est retiré le 18 août, mais il continue néanmoins d'être employé à l'armée du Nord.

Il passe alors sous les ordres de Dumouriez, auquel il commandait jusque là. Dirigeant l’avant-garde de l'armée du Centre, il contribua puissamment à la défaite des Prussiens en Champagne : il se distingua à Biesmes, où il arrêta la marche de l'ennemi, à Entrecœur, à la défense du camp de Sivray, à la reddition de Verdun. Mais, pendant la retraite des Prussiens, ayant écrit au prince de Hesse-Cassel pour l'engager à regagner l'Allemagne, il fut dénoncé par Laflotte.

Arthur Dillon et l'Irlande

Le surlendemain de l'exécution de Louis XVI, la perspective d'une guerre avec l'Angleterre était sur toutes les lèvres. Il semblait à tous qu'elle était inévitable, la seule question étant de savoir qui en prendrait l'initiative. À la Convention, le parti de la guerre était celui des Brissotins, du ministre des Affaires étrangères Lebrun-Tondu et de Dumouriez lui-même, également par Bertrand Barère de Vieuzac. En Angleterre, le gouvernement William Pitt armait car il n'ignorait pas que c'était une question de semaines. C'est dans cette situation que le général Arthur Dillon proposa le 23 janvier 1793 à la Convention un plan de descente et d'occupation de l'Irlande, talon d'Achille de l'Angleterre, qui malgré les massacres d'indépendantistes, n'avait encore pas réussi à se concilier les catholiques et à pacifier le pays. La perspective d'un soutien des Français aux indépendantistes était, depuis des années, l'obssession du ministère britannique qui, dès le début de la Révolution, avait dépêché à Paris un certain nombre d'agents d'influence et de renseignements, comme Nicolas Madget, pour neutraliser les velleités françaises en direction de l'Irlande. Outre la surveillance des Irish defenders réfugiés en Europe, et leur capture dans le meilleur des cas, les agents anglais cherchèrent à contrôler le comité diplomatique de la Constituante sous Mirabeau — travail de Auguste Miles et de Hugh Elliott — puis ils infiltrèrent progressivement le département des Affaires étrangères dès 1792. Sous le ministre de la Convention Lebrun-Tondu, les choses semblaient si faciles que cela a nourri les accusations de trahison retenues plus tard contre lui au Tribunal révolutionnaire. En réalité, la situation échappait à Lebrun-Tondu puisque, sous Barère, rapporteur et membre inamovible du Comité de salut public [1], le renseignement français était gangrené par le contre-espionnage britannique.

Lorsqu'Arthur Dillon proposa son plan d'invasion de l'Irlande, Charles-Marien Somers, l'espion principal de William Pitt à Paris, brillant successeur de Georges Munro - qui avait été identifié depuis et était retourné à Londres -, prévint son gouvernement du projet dès le 28 janvier 1793[2]. Dès lors, le but à atteindre fut d'éliminer Dillon. Bertrand Barère de Vieuzac, l'imposteur du Comité de salut public, pour reprendre l'expression de Vergniaud, profita de la publication de la "Lettre anglaise" où figurait le nom de Dillon pour le l'accuser de connivence avec l'Angleterre. Incarcéré aux Magdelonnettes, Arthur Dillon protesta de son innocence, expliquant qu'il était victime d'une homonymie : il s'agissait en fait d'un abbé Dillon, supérieur du collège irlandais de Douai, un véritable espion celui-là[3]. D'après une lettre de l'ancienne collection La Bédoyère, Arthur Dillon demanda à être conduit au Comité de salut public, s'engageant à démontrer "en présence d'experts", que la fameuse Lettre anglaise et les notes du portefeuille qui l'accompagnait, imprimées chez Baudouin, où se trouvait son nom, étaient "fausses, archi fausses et controuvées"[4]. Volant à son secours et convaincu de son innocence, Camille Desmoulins invita même la Convention à renvoyer le général Dillon devant un tribunal pour qu'il pût se justifier avec éclat.

Il lui fut seulement permis de demeurer à résidence chez lui. Mais sentant qu'il risquait de lui échapper, Barère, qui avait pris le contrôle des opérations au Comité de salut public, ordonna son arrestation et son envoi immédiat à la prison du Luxembourg. Il y obtint une accusation contre lui d'un autre prisonnier, Alexandre Laflotte, lui-même en situation très précaire et qui devait témoigner à charge au Tribunal révolutionnaire.

Profitant de l'affaire Georges-Jacques Danton, n'ignorant pas les liens existant entre Arthur Dillon et le couple Desmoulins, Bertrand Barère de Vieuzac le fit agréger à l'affaire Lucile Desmoulins accusée d'avoir voulu fomenter une révolte en faveur de son mari jugé avec Georges-Jacques Danton. Convaincus d'avoir voulu soulever la prison du Luxembourg, Lucile Desmoulins et Arthur Dillon furent condamné à la peine capitale sans même que cela donne lieu à débat, le 13 avril 1794, et guillotinés le soir même vers dix-neuf heures. Les condamnés moururent tous avec infiniment de courage et de dignité, à commencer par les deux femmes qui furent exécutées les premières après s'être embrassées selon un témoignage visuel rapporté dans un article paru dans la presse étrangère[5].

Son nom figure au côté nord de l'Arc de triomphe.

Notes

  1. Il y contrôlait entièrement les services secrets, indépendamment du ministre "potiche" Chemin-Deforgues
  2. Richard Hayes, irish and irishmen under the french Révolution, p 14-15 et 121-122
  3. Il est encore différent de l'oncle du général, Arthur Richard Dillon (1721-1806), archevêque de Narbonne, libertin fameux et co-auteur de la Feuille du Jour de Parisau, sous le nom d'abbé Coquillard
  4. Catalogue de lettres de M. J. L.B., de Nancy, vente du 25 janvier 1855, BHVP, 32924
  5. Nouvelles politiques et étrangères du 15 avril 1794. Mais une légende qui ne repose sur rien (sources ???) prétend que Lucile Desmoulins épouse de Camille Desmoulins, appelée la première à l'échafaud et saisie d'angoisse — ce qui est faux d'après les témoignages incontestables de la presse du temps et de Sanson l'exécuteur public lui-même— le supplia humblement de passer avant elle. « Il n'y a rien que je ne fasse pour une dame » répondit le comte en la saluant avec une politesse toute chevaleresque, et, montant rapidement les degrés de l'échelle, il livra sa tête à Sanson, en criant : « Vive le roi ! » (cela est confirmé par Sanson) d'une voix aussi forte que s'il eût commandé une évolution militaire.

Ouvrages

On a de lui :

  • Compte-rendu au ministre de la guerre (Paris, 1792) ;
  • Exposition des principaux événements qui ont eu le plus d'influence sur la révolution française (Paris, 1792).

Voir aussi

Sources

  • « Arthur Dillon (1750-1794) », dans Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang [sous la dir. de], Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, 1878 [détail des éditions]  (Wikisource)
  • Pierre Larousse : Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 15 volumes, (1863-1890)
  • Biographie moderne, Paris Eymery Éditeur (1815) ;
  • Dictionnaire des généraux, G. Six
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